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Full text of "Histoire naturelle des oiseaux"

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HARVARD UNIVERSITY. 




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LIBRAEY 



MUSEUM OF COMPARATIVE Z00L0GY. 








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HISTOIRE 

NATURELLE, 

GÉNÉRALE ET PARTICULIÈRE, 

AVEC LA DESCRIPTION 

DU CABINET DU ROÎ, 



Tome Neuvième, 



HISTOIRE 

NATURELLE 

DES OISEAUX. 



Tome Neuvième. 




A PARIS, 

Suivant la Copie iu-^% 

DE L'IMPRIMERIE ROYALE. 



M. DC CL XX IX. 



TABLE 

De ce qui eft contenu dans 
ce Volume. 

LJAlovette Page i 

Variai de V Alouette 28 

U Alouette noire a dos fauve. 3 5 
Le Cujelier 35 

La Farloufe ou l'Alouette des prés. 

45 
Variété de la Farloufe 51 

Oifeau étranger qui a rapport à la 

Farloufe 52, 

U Alouette pipi • 54 

La Locujlelle 59 

La Spipolette 6t 

La Girolle ...•.,. 6j 

La Calandre ou groffe Alouette. 70 
Oifeaux étrangers qui ont rapport, 

à la Calandre yy 

I. La Cravate jaune ou Calandre 
du cap de Bonne-ejpérance. IbicL 

a 



yj TABLE. 

IL Le HauJJe-col noir ou l'Alouette 
de Virginie .......;,.... 79 

III. V Alouette aux joues brunes de 

Penjilvanie 82 

La RouJJèline ou V Alouette de ma- 
rais 85 

La Ceinture de prêtre ou V Alouette 

de Sibérie 87 

Oifeaux étrangers qui ont rapport 

aux Alouettes 89 

I. La Variole Ibid. 

1 1. La Cendrille 90 

III. Le Sirli du cap de Bonne-ejpé- 

rance 91 

Le Cochevis ou la grojje Alouette 

huppée 93 

Le Lulu ou petite Alouette huppée. 

105 

La Coquillade 1 09 

Oifeau étranger qui a rapport au 

Cochevis 1 1 2. 

La Grifette ou le Cochevis du 

Sénégal . Ibid. 

Le Kofjignol 115 

Variété du RoJJîgnol 16% 



T A B L E. vij 

Oifeau étranger qui a rapport au 

RoJJîgnol 166 

Le Foudi - jala Ibid. 

Par M. DE MONTBEILLARD. 

La Fauvette 1 68 

La Pajfcrïnette ou petite Fauvette. 

178 
La Fauvette à tête noire,. 181 
La Grifette ou Fauvette grife. 1 9 e 

La Fauvette babillarde 195 

La RouJJette ou Fauvette des bois. 

201 
La Fauvette de rofeaux.. . . 206 
La petite Fauvette roujje . . 211 

La Fauvette tachetée 215 

Le Traîne-buiJJbn ou la Fauvette 

d'hiver 218 

La Fauvette des Alpes . . . . 226 

Le Pitchou 230 

Oifeaux étrangers qui ont rapport 

aux Fauvettes. . . • . . . . 232 

I. La Fauvette tachetée du cap de 

Bonne-efpérance Ibid. 

ai] 



yiij TABLE. 

IL La petite Fauvette tachetée du cap 

de Bonne-ejpérance 233. 

III. La Fauvette tachetée de la Loui- 

fiane . « , Ibid. 

IV. La Fauvette à poitrine-jaune de 

la Louijîane 23 5 

Y. La Fauvette de Cayenne à queue 

roujfe , 236 

y\. La Fauvette de Cayenne à gorge 
brune & ventre jaune . . . Ibid. 
Y IL La Fauvette bleuâtre de Saint- 
Domingue 237 

Le Cou-jaune 239 

Le Rojjignol de muraille . . . 2,47 

Le Rouge-queue 161 

Le Rouge- Queue de la Guyane* 27 1 

Le Bec-figue 27 2 

Le Fiji de Provence 283 

La Pivote ortolane 284 

Le Rouge-gorge . ...• 285 

La Gorge-bleue 300 

Oifeau étranger qui a rapport au 
Rouge-gorge & à la Gorge-bleue. 308. 

Le Traquet 311 

Le TarUr. . • . é ♦ . . 5x3 



TABLE: ix 

Oifeaux étrangers qui ont rapport 

au Traquet & au Tarier. ?z8 

Ï.Le Traquet owTariër du Sénégal. Ib. 

IL Le Traquet de Vile de Luçon. $29 

III. Autre Traquet des Philippines. 330 

IV. Le grand Traquet des Philippines. 

V. Le Fibert ou le Traquet de Mada* 

gafear. . 333 

VL Le grand Traquet....... 334 

VII. Le Traquet du cap de Bonne-ejpé- 

rance 335 

VIIL Le ClignotonTraquetâ lunette. 337 
LeMotteux vulgairement Cul-bl. 3 41 
Oifeaux étrangers qui ont rapport 

au Motteux «.,... 357 

I. Le grand Motteux ou Cul-blanc 

du cap de Bonne-efpérance. Ibid. 

IL Le Motteux ou Çul- blanc yerddtre. 

358 

III. Le Motteux du Sénégal... 359 
La Lavandière & les Bergerettes 

ou Bergeronettes 360 

La Lavandière }6z 

Les Bergeronettes ou Bergerettes. 



x TABLE. 

La Berge ro nette grife. Première e£- 

P èce m*-. 377 

La Bergeronette de printems. Se* 

conde efpèce • . . 384 

La Bergeronette jaune. Troifième ef- 
pèce 388 

Oifeaux étrangers qui ont rapport 

aux Bergeronettes $96 

I. La Bergeronette du cap-de Bonne- 

efpérance Ibid. 

II. La petite Bergeronette du cap de 

Bonne efpérance 397 

III La Bergeronette de Vile de Timor. 

398 
IV. Le Bergeronette de Madras. 399 

Les Figuiers 40 1 

Le Figuier vert & jaune. Première 

efpèce , 403 

Le Chérie. Seconde efpèce. . . 405 
Le petit Simon. Troifième efp. 407 
Le Figuier bleu. Quatrième efp. 409 
Le Figuier du Sénégal. Cinquième 

efpèce 410 

Le Figuier tacheté. Première ef- 
pèce s . 414 

Le Figuier à tête rouge. Seconde 
efpèce , 416 



TABLE. xj 

Le Figuier à gorge blanche. Troifiè- 
me efpèce * . . . . 418 

Le Figuier à gorge jaune. Quatrième 
efpèce 419 

Le Figuier yert& blanc. Cinquième 
efpèce , 421 

Le Figuier à gorge orangée. Sixième 
efpèce 422 

Le Figuier à tête cendrée. Septième 
efpèce 424 

Le Figuier brun. Huitième efp. 426 

Le Figuier aux joues noires. Neu- 
vième efpèce 427 

Le Figuier tacheté de jaune. Dixiè- 
me efpèce . . 429 

Le Figuier brun & jaune. Onzième 
efpèce 431 

Le Figuier des Japins. Douzième 
efpèce 433 

Le Figuier à cravate noire. Treiziè- 
me efpèce 43^ 

Le Figuier à tête jaune. Quatorzième 
efpèce 438 

Le Figuier cendré à gorge jaune. 
Quinzième efpèce 440 

Le Figuier cendré à collier. Seizième 
efpèce 442 



xij TABLE. 

Le Figuier à ceinture. i*].^ efpèce, 444 
Le Figuier bleu. l8. me efpèce. . . 446 
Le Figuier varié. 19.°* efpèce. *. 448 
Le Figuier à tête roujfe* 20. me efp. 450 
Xe Fig à poitrine rouge. 21. mc efp. 452 
Xe JRg-. gris-de -fer. 22.™ efpèce. 454 
X<? Fig aux ailes dorées. 2$. me efp. 457 
X€ Xïg. couronné d'or. 24. me efp. 459 
Xe Figuier orangé, 25. , me efpèce.. 461 
Xe Figuier huppé. 26.™ efpèce . . 462 
Xe Figuier noir. 27.™ efpèce, *. 463 
Xe Figuier olive. 28. me efpèce. . . 464 
Xe jRg; protonotaire. 2<). me efp. 465 
Xe i%. a de mi- collier. 30. me efp. 466 
Le Fig. à gorge jaune 31. me efp. 467 
Le Figuier brun olive. 32. me efp. 468 
Le Figuier grajjet. 3J. me efpèce. 469 
• Le Figuier cendré à gorge cendrée. 3 4- me 

efpèce 470 

Le grand Figuier de la Jamaïque. 3 5 
efpèce 47 1 



me 



Par M. de Bu ff on. 



HISTOIRE 



\i^irr^-\\ ,. m f i ^ 

. ttt *** ;; ^fô 1 1 :^ > t f l: i 

HISTOIRE 

NATURELLE. ' 

*L'ALOUETTE{a). 

Cet oiseau , qui eft fort répandu 
aujourd'hui , femble l'avoir été plus ancien- 



* Voye\ les planches enluminées, h.° 363 , ^g. i;J 

f fl J Kopu<Toç Kopvtfaxo? , Ariftote , Hz^?. animal. 
îib. v , cap. 1 ; & lib- ix , cap. xxv. JElian , lih. 1 y 
cap. xxxv ; & Hb. xvi , cap. v. 

Alauda , Gallico vocabulo» Pline , /i£. x/ , cap* 
xxxv- 

Alauda non criflata , feu gregalis. Alouette. Béfon , 
jVaf. des i féaux , pag. 269. 

En Grec moderne , chamochiladi. Bélon , obf 
folio verfo 12. 

Alauda fine criftâ , terraneola , forte gurgnlus ; en 
Grec , TïtyiyÇ x*!**'^*, d'où peut-être s'eft for- 
mé chamochilados : en Grec moderne ? a/^/a , Tpa^T/? j 

Oifeaux , Tome IX. A 



2 Eiftoire Naturelle 

nement dans nos Gaules qu'en Italie, 
puïfque fon nom latin alauda > félon les 



nom qui fembîe plutôt appartenirau moineau , dont 
le nom grec eft $&yxrtk j à Parme, en langage vul- 
gaire , ngio ; en Italien , lodola campeftre non capelluta, 
lodora , petrouella ; en Lombardie , fartagnia ; en 
Allemand, heid lerk , fandcnh , himmel-Urck , holi^ 
îerch; aux environs de Baie , lurUn ; en Anglois, 
jvUdlerch , hetkrck , lavervfc ; en liiyrien , skrziwan. 
Geiner, //*>es,pag 78. 

En Catalan , ILufeta. Barrère. Speeim. novttm , 
page 40. 

Alauda non criftata ; en Italien, lodola; alloâola , 
alfadetta ; en Efpagnol / cugniada ; en Allemand, 
/«rcÂ: ; en Saxe & en Flandre, leewerck ; en Hol- 
iandois, kzufich ; en vieux Saxon , keawcvct ou /ee/% 
#>erc , fangkrch (alauda catwra j ; himmei lech ( alauda 
cœhpetaj', korn-Urch ( alauda fegetum J. Aldrovande, 
Qruit/wl. tome II , pages 835 & 844. 
Jonfton, Av. pages 69 & 70. 
Alauda, lodola noftrale. Olina, Uccelleria, fol» T2f 
Alauda vulgaris ; the common larok. Willugbby , 
QrnithoL pag. 149, 

7^e common jidd-larck , orsky-lark* Ray, Synopf» 
pag. 69, Sp. 1, 

Sibbaïde. ^r/cs ,&of. part. II, lib? m, fe<ft. m, 
cap. iv. 

7^é lank, l'alouette. Albin y lib. 1 , n.° XLI. 
Alauda, quajî alauda à ludendo, en Grec, KopK, 
xopvfctxoç , en Grec moderne, flirte, en Anglois, 
î/2e /«ryt. Charietonj Exerciu elajf graniv. tant. Sp, 



de V Alouette. 5 

Auteurs Latins ïes plusinftrùits 3 eft cTori- 
gine gauloife (b). 

Alauda arvenps ; redtricibus extimis duabus extrorsùm 
longitudinal'! ter albis', intermediis interiori latere ferrugi- 
neis; en Suédois, laerk a- Lin. Fauna Suecica , n.° 190 £ 
£f $0. Nat. éd. XIII > tom. I , pag. 287. 

Mulïer, Zootog. Danica , pag. 28 , n.° 229. 

Feldlcrche. Kramer , Eknchus Auftr. inf pag. 362 , 
Sp. 2. 

Mohering, Av* gênera, pag. 43 , n.o 32. 

Alauda ariorum ; en Allemand , die feldlercfie + 
korn- krc fie. F ïich. , tom* 7, clajfi 11, divif. 1 1 > pU 
i, n.o 15. 

Alauda jimpliciter ; en Allemand , lercfie Kfein , 
Or do av. page 71. 

Alauda vertice piano; en Grec , Kopvfctxoç, ûxT/kac 
ityitâm , iwarlt&ç ; en Allemand , fang-lerche , grojfe- 
lerche , &c. Schwenckfeid, ^j\ j/'/e/I pag. 191. 

En Poionois , skowoneck* Rzaczynski, aadt. Poion. 

pag?354> n -° v - . . 

Alauda fupcrnè wgricante , grifio rufe fiente & albido 
varia , infinie ail? a , paululkm ad rufifcentem indï- 
fians ; collo infiriore maculis longitudinale us nigrican- 
tibus infignito ; tœniâ fupra ocul&s albo-rufifcente ; redri- 
cibus binis utrimque extimis exteriàs albis extima inte* 

riùs ultime mcdutate obliqué albâ Alauda , 

l'alouette. BriJJèa s tome III, page 335. 

The sky-larck ( l'alouette célefte ). Britis/i ^00- 
logy , page 93. 

En Cïuyenne, îouette, aîavette, îayette. Saïerne, 
Hijl. Nat. dus Oifiaux , pag. 1 90 ', à Paris , mauviette* 

( bj Le nom celtique eft daud 7 d'où nous avons 

A ij 



4 Hijîoire Naturelle 

Les Grecs en connoifloient de deux 
efpèces, Tune qui avoit une huppe fur la 
tête, &que, par cette raifon , Ton avoit 
nommé korydos > korydalos , gale ri ta > 
cajjita ; l'autre qui n'avoit point de 
huppe (c), & dont il s'agit dans cet 
article, Willughby eft le feul Auteur que 
je fâche, où Ton trouve que cette der~ 
nière relève quelquefois les plumes de fa 
tête , en forme de huppe , & je m'en 
fuis afluré moi-même à l'égard du mâle , 
en forte que les noms de gale ri ta & de 
korydos peuvent auflî lui convenir (d). 



formé aloue, puis alouette', apparemment que les 
foldats de la Légion nommée Alauda, portaient fur 
leur cafque un pennache qui avoit quelque rap- 
port avec celui de l'alouette huppée? Schwenck- 
feld & Kfein , qui apparemment n'avoient pas fu 
Pline , dérivent ce nom d'alauda à laude , parce que , 
félon fe premier, on a remarqué qu'elle s'élevoit 
fept fois le jour vers le ciel, chantant les louanges 
de Dieu. Avïarium Silejtœ , pagv 191. Il eft bien 
reconnu que toutes les eréatures attendent Pexiftence 
& font la gloire <lu Créateur; mais faire chanter 
les heures canoniales à de petits oifeaux , & fon?- 
der cette conjecture fur la reflèmblance fortuite 
d'un mot latin avec un mot gaulois, il faut avouer 
que c'eft une idée bien puérile. 
(t) Ariftote, Hiftoria animalium,\\b. IX , cap. XXV* 
(i) Willughby, Ornithol, page 149. 



. de V Alouette. j 

Les Allemands Fappellent lerch 5 qui fe 
prononce en plufieurs" provinces krich , 
&paroît viilblement imité defon chant (e). 
M, Barrington la met au nombre des 
alouettes qui chantent le mieux (f) , Se 
Ton s'en fait une étude de l'élever en 
volière pour jouir de fon ramage en toute 
faifon *, & par elle , du ramage de tout 
autre oifeau qu'elle prend fort vite, pour 
peu qu'elle ait été à portée de l'enten* 
dre quelque tems (g) 9 Se cela même 
après que fon chant propre eft fixé : aufîî 
M. Daines Barrington l'appelle-t-ii oifeau 
moqueur, imitateur, mais elle imite avec 
cette pureté d'organe , cette flexibilité de 
gofier qui fe prête à tous les accens > & 
qui les embellit -, (ï Ton veut que fon ra- 



(e) Ecce fuum tirlU s tlrile , Juum tirilt tra&at , 
dit M. Linnaeus , Syfi. Ndt. éd. XIII, n.° 105. 

(f) II fuo canto « dihttzpok per ejfèr varia , pim* 
ii gorgie * fminuimenti diverfi. Olina , page 1 2. 

(g) Frifch , pi. x ? > Schwenckfeld prétend 
qu'elle chante mieux que l'alouette nîippée. Avis.- 
rium Siàfîœ, page 192; d'autres préfèrent Je ramage 
de celle-ci, Kempter 9 ceîui de l'alouette du Japon, 
qui peut-être n'eft pas de fa même efpèce. Voyez 
fur-tout le Mémoire de M. Barrington , Tranfadt* 
philofoph. 1773 , vol. LXIII, part. 1 1. 

À ii\ 



6 Hijîoire Naturelle 

mage , acquis ou naturel , foit vraiment 
pur, il faut que fes oreilles ne foientfrap* 
pées que d'une feule efpèce de chant, fur- 
tout dans le tems de la jeunefle , fans 
quoi ce ne feroit plus qu'un compofé 
bizarre & mal aflorti de tous les ramages 
qu'elle auroit entendus. 

Lorfqu'elle eft libre , elle coiaimence 
à chanter dès les premiers jours du prin- 
tems , qui font pour elle le tems de 
Famour , & elle continue pendant toute 
ïa belle faifon y le matin & le foir font les 
tems de la journée où elle fe fait le 
plus entendre , & le milieu du jour, celui 
où on l'entend le moins (A). Elle eft du 
petit nombre des oifeaux qui chantent en 
volant -, plus elle s'élève , plus elle force 
ïa voix, & fouvent elle la force à un tel 
point, que quoiqu'elle fe foutienne au 
haut des airs & à perte de vue , on l'en- 
tend encore diftindternent , foit que ce 
chant ne foit qu'un fimple accent d'amour 



(h) Aïdrovande, Ornithol. tom* II , pag. 833. 
Cela peut être vrai dans les pays chauds, comme 
Pltaîie & la Grèce ; «ar , dans nos pays tempérés , 
on ne remarque point que l'alouette fe taile au 
milieu du jour. 



de V Alouette. j 

ou de gaieté 5 Toit que ces petits oifeaux 
ne chantent ainfï en volant que par une 
forte d'émulation & pour fe rappeller en- 
tr'eux. Un oifeau de proie , qui compte 
fur fa force & médite le carnage, doitailer 
feul , & garder dans fa marche un fiience 
farouche, de peur que le moindre cri ne 
fût pour fes pareils un avertiiîement de 
venir partager fa proie , & pour les oifeaux 
foihies , un fignai de fe tenir fur leurs 
gardes -, c'eft à ceux-ci à fe raifembler , à 
s'avertir , à s'appuyer les uns les autres , 
& à fe rendre , ou du moins à fe croire 
forts par leur réunion. Au refte, Talon ette 
chante rarement à terre , où néanmoins 
elle fe tient toujours lorfqu'elie ne vola 
point*, car elle ne fe perche jamais fur 
les arbres 5 & on doit la compter parmi 
les oifeaux pulvérateurs (i) ; auflî celxx 
qui la tiennent en cage ont-ils grand foin, 
d'y mettre dans un coin une couche aifez 
épaifle de fablon où elle puifle fe pou- 
drer à fon aife , & trouver du foulage- 
ment contre la vermine qui la tourmente -, 
ils y ajoutent du gazon frais fouvent re- 



(i) Ariftote , Hift» animal iib« ix , cap. xlix* 

Aiv 



8 Hljîoire Naturelle 

nourelé , & ifs ont l'attention que la. cage 
foit un peu fpaeieufe. 

On a dit que ces oifeaux avoient de 
l'antipathie pour certaines conftellations , 
par exemple , pour Arâurus , & qu'ils fe 
Jaifoîent lorfqtie cette étoile commençoit à 
fe lever en même tems que le Soleil {k)\ 
apparemment que c'eft dans ce tems qu'ils 
entrent en mue , & fans doute ils y entre- 
roient toujours quand Arclurus ne fe levé* 
roit pas. 

Je ne m'arrêterai point à décrire un 
oifeau auflï connu > je remarquerai feule- 
ment que fes principaux attributs font 
d'avoir le doigt du milieu étroitement 
«ni avec le plus extérieur de chaque 
pied , par fa première phalange -, l'ongle 
du doigt poftérieur fort long & prefque 
droit, les ongles antérieurs très -courts 
fk peu recourbés : le bec point trop foi- 
ble quoiqu'en alefne *, la langue aifez 
large , dure & fourchue , les narines ron- 
des & à demi - découvertes , i'eftomac 
charnu & afiez ample 5 relativement au 



(h) Anton. Mizaldus apud Aldrov» QwttoU 
tom. II , pag. 834. 



de V Alouette. 9 

▼oîume du corps -, le foie partagé en deux 
lobes fort inégaux , le lobe gauche pa- 
roifiant avoir été gêné & arrêté dans fon 
accroiffement par le volume de TeftomaC} 
environ neuf pouces de tube inteftinal \ 
deux très-petits cœcum communiquant à 
Tinteftin -, une véficule du fiel : le fond 
des plumes noirâtre , douze pennes à la 
queue & dix - huit aux ailes , dont les 
moyennes ont le bout coupé prefque 
carrément & partagé dans fon milieu par 
un angle rentrant , caraétère commun à 
toutes les alouettes (/). J'ajouterai en- 
core que les mâles font un peu plus bruns 
que les femelles ( m ) , qu'ils ont un 
collier noir , plus de blanc à la queue & 
la contenance plus fière , qu'ils font un 
peu plus gros ( n ) , quoique cependant 

(/•) Voyez l'Ornithologie .de BrilFon , tome II ^ 
page 335 effuiv. Wiilughby, Ornithologia , pag» 14,9. 

(772) Frii'ch, pL xv* Aldrovande : il m'a paru 
que les alouettes ou mauviettes de Beauce , qui fe 
vendent h Paris, font plus brunes que nos alouettes 
de Bourgogne. Quelques individus ont plus ou 
moins de rouiFâtre , plus ou moins de pennes de 
l'aile bordées de cette couleur* 

(n) Albin y M'ifl- Nat> de$ Oifeaux , tome ï , 
P a 8e 35- 

A* 



io HiJIoire Naturelle 

le plus pelant de tous nt pèfe pas deux 
onces ; enfin qulls ont , comme dans 
prefque toutes les autres efpèees 5 le pri- 
vilège exclufif du chant. Olina femble 
fuppofer qu'ils ont l'ongle poftérieur plus 
long (o) ; mais je foupçonne avec 
M. Klein > que cela dépend autant de 
Tâge que du fexe. 

Lorfqu'aux premiers beaux jours du 
printems 5 ce mâle eft preffé de s'unir 
à fa femelle , il s'élève dans l'air en répé- 
tant fans ceiîe fon cri d'amour , & em- 
feraiïant dans fon vol un efpace plus ou 
moins étendu , félon que le nombre de 
femelles eft plus petit ou plus grand : 
îorfqu'il a découvert celle qu'il cherche, 
il fe précipite & s'accouple avec elle* 
Cette femelle fécondée fait promptement 
fon nid \ elle le place entre deux mottes 
de terre , elle le garnit intérieurement 
d'herbes > de petites racines sèches (p ) y 



(o) Gefner afïure avoir vu un de ces ongTes 
long d'environ deux pouces , maïs il ne dit pas fi 
l'oifeau étoit mâle ou femelle. Jves^ pag. 81. . 

(pj Les chaffeurs difent que le nid des alouettes 
eft mieux construit que celui des cailles & des 
perdrix. 



de V Alouette. 1 1 

8c prend beaucoup plus de foin pour le 
cacher que pour le conftruire-, anflî trou- 
ve-t-on très-peu de nids d'alouette , rela- 
tivement à la quantité de ces oifeaux (q). 
Chaque femelle pond quatre ou cinq 
petits œufs qui ont des taches brunes fur 
un fond grifatre , elle ne les couve que 
pendant quinze jours au plus , & elle 
emploie encore moins de tems à con- 
duire & à élever Ces petits : cette prompti- 
tude a fouvent trompé ceux qui vouioient 
enlever des couvées qu'ils avoient décou- 
vertes , Se Aldrovande tout le premier (r) : 
elle difpofe aufïï à croire, d'après le témoi- 
gnage du même AIdrovandre & d'Olina , 
qu'elles peuvent faire jufqu'à trois cou- 
vées dans un été -, la première , au com- 
mencement demain la féconde, au mois de 
juillet-, & la dernière , au mois d'août (/ ) ; 



Ça') Defcripu 0/300 animais, tomel, pag. 118. 

(r) Maires pullos implumas adhuc in agros ad paft- 

tum educunt. quod me puerum adhuc fîtpius fe- 

fellit ; cum tnim illos recèns exclu fos & nudçs fer è plu- 
mis ohfervajjltn , poft triduum ad uidum revenais evolajjè 
jum repperi. Aldrovande, tom* II, pag. 834. 

(f) Aldrovande , ibidem* Olina , Uccelleria f 
page 12. 

A V j 



1 1 Hijïoire Naturelle 

mais fi cela a lieu , c'eft fur-tout dans les 
pays chauds 5 dans leiquels il faut moins 
de tems aux œufs pour éciore, aux petits 
pour arriver au terme où ils peuvent fe 
palier des foins de la mère , & à la mère , 
elle - même , pour recommencer une 
nouvelle couvée. En effet , Aldrovande 
& Olina qui parlent des trois couvées 
par an , écrivoient & obfervoient en 
Italie -, Frifch , qui rend compte de ce 
qui fe pafîe en Allemagne , n'en admet 
que deux , & Schwenckfeld n'en admet 
qu'une feule pour la Siléiîe. 

Les petits fe tiennent un peu Jéparés 
îes uns des autres, car la mère ne les raf- 
femble pas toujours fous fes ailes, mais 
elle voltige fouvent au-defîus de la cou- 
vée , la luivant de l'œil, avec une folli- 
citude vraiment maternelle , dirigeant 
tous fes mouvemens , pourvoyant à tous 
fes befoins , veillant à tous fes dangers. 

I/inftin6t qui porte les alouettes fe- 
melles à élever & foigner ainfî une cou- 
vée, fe déclare quelquefois de très-bonne 
heure , & même avant celui qui îes dif- 
pofe à devenir mères, &qui dans Tordre 
de la Nature devroit , ce fejuble , précé- 



de F Alouette. t j 

der. Ont m'avoit apporté , dans le mois 
de mai , une jeune alouette qui ne man- 
geoitpas encore feule*, je la fis élever, 
& elle étoit à peine fevrée lorfqu'oii 
m'apporta d'un autre endroit une couvée 
de trois ou quatre petits de la même 
efpèce 5 elle fe prit d'une affeéHon fingu- 
lière pour fes nouveaux venus , qui né* 
toient pas beaucoup plus jeunes qu'elle \ 
elle les foignoit nuit& jour, les réchauf- 
foit fous fes ailes, leur enfoncoit la nour- 
riture dans la gorge avec le bec ; rien 
n'étoit capable de la détourner de ces 
intéreflantes fondions •, fi on l'arrachoit 
de deffus ces petits , elle revoloit à eux 
dès qu'elle étoit libre , faas jamais fongei? 
à prendre fa volée , comme elle l'auroit 
pu cent fois : fon afïe&ion ne faifant que 
croître, elle en oublia à la lettre le boire 
& le manger , elle ne vivoitplus que de 
la becquée qu'on lui donnoit en même* 
tems qu'à fes petits adoptifs , & elle mou- 
rut enfin confumée par cette efpèce de 
paillon maternelle : aucun de ces petits 
ne lui furvécut -, ils moururent tous les 
uns après les autres , tant fes foins leur 
étoient devenus néce.flaires, tant ces me- 



2 4 Hi/Iolre Naturelle 

mes foins étoient non-feulement affe&ion- 
nés , mais bien entendus. 

La nourriture la plus ordinaire des jeu- 
nes alouettes font les vers , les chenilles , 
les œufs de fournis & même de Saute- 
relles , ce qui leur a attiré , & à jufte 
titre , beaucoup de confidération dans les 
pays qui font expofés aux ravages de ces 
infeétes deftru&eurs (t) : lorfqu'elles 
font adultes , elles vivent principalement 
de graines , d'herbe , en un mot , de ma- 
tières végétales. 

Il faut, dit-on, prendre en o<5fcobre ou 
novembre celles que Ton veut conferver 
pour le chant, préférant les mâles autant 
qu'il eft poffîbie (u) , & leur liant les 
ailes lorfqu'elles font trop farouches , de 
peur qu'en s'élançant trop vivement elles 
ne fe caffent la tête contre le plafond de 
ïeur cage. On les apprivoife affez facile- 
ment, elles deviennent même familières 
jufqu'à venir manger fur la table & fe 
pofer fur la main > mais elles ne peuvent 



(t) Pïutarque , it Ifîde. 

(u) Voyei Albin, Hift. Nat> des Oifiaux , à J'en* 
droit cité. 



de l'Alouette. 1 5 

fe tenir fur le doigt, à caufe de k con- 
formation de l'ongle poftérieur trop long 
& trop droit pour pouvoir l'embraiïer -, 
c'eft fans doute pour k même raifon 
qu'elfes ne fe perchent pas fur les arbres. 
D'après cela on juge bien qu'il ne faut 
point de bâtons en travers dans k cage 
où on les tient. 

En Flandre , on nourrit les jeunes avec 
de la graine de pavot mouillée , & lors- 
qu'elles mangent feules , avec de k mie 
de pain auflï humeéfcée ; mais dès qu'elles 
commencent à faire entendre leur ramage, 
il faut leur donner du cœur de mouton 
ou du veau bouilli haché avec des œufs 
durs (x) •, on y ajoute le blé, l'épeautre 
& l'avoine mondées, \q millet, la graine 
de lin , de pavots & de chenevis écra- 
fés (y) , tout cela détrempé dans du lait v 
mais M, Frifch avertit que lorfqu'on ne 
leur donne que du chenevis écrafé pour 
toute nourriture, leur plumage eft fujet 
à devenir noir. On prétend aufîi que k 



(#) Albin, à l'endroit cité» 
(y) Voyez Olma , page 12. Defcript. of* 300» 
animais y tom. I, pag. 118. Frifià 7 pi. *5 y &o 



1 6 Hijloire Naturelle 

graine de moutarde leur eft contraire ; 
à cela près , il paroît qu'on peut les nour- 
rir avec toute forte de graine ,. & même 
avec tout ce qui fe fert fur nos tables , 
& en faire des oifeaux domeftiques. Si 
Ton en croit Frifch , elles ont l'inftind: 
particulier de goûter la nourriture avec 
la langue avant de manger. Au refte , elles 
font fufceptibles d'apprendre à chanter 
Se d'orner leur ramage naturel de tous les 
agrémens que notre mélodie artificielle 
peut y ajouter. On a vu de jeunes mâles 
qui , ayant été iifflés avec une turlutaine , 
avoient retenu en fort peu de tems des 
airs entiers , & qui les répétaient plus 
agréablement qu aucune linotte ou ferin 
n'auroit fii faire. Celles qui reftent dans 
l'état de fauvage , habitent pendant l'été 
les terres les plus élevées & les plus sèches > 
l'hiver elles defeendent dans la plaine , 
fe réuniffent par troupes nombreufes & 
deviennent alors très-grafles , parce que 
dans cette faifon étant prefque toujours à 
terre, elles mangent, pour ainfidire, 
continuellement. Au contraire, elles font 
fort maigres en été, tems où elles font 
prefque toujours deux à deux i volant' 



de l'Alouette, i y 

fans cefïe , chantant beaucoup , mangeant 
peu & ne fe pofant guère à terre que pour 
faire l'amour. Dans les plus grands froids , 
& fur-tout lorfqu'il y a beaucoup de 
neige, elles fe réfugient de toutes parts 
au bord des fontaines qui ne gèlent point y 
c'eft alors qu'on leur trouve de l'herbe 
dans le géfier , quelquefois même elles 
font réduites à chercher leur nourriture 
dans le fumier de cheval qui tombe le 
long des grands chemins \ & , malgré cela 9 
elles font encore plus grafles alors que 
dans aucun tems de l'été. 

Leur manière de voler eft de s'élever 
prefque perpendiculairement êc par repri- 
ses , & de fe foutenir à une grande hau- 
teur , d'où , comme je l'ai dit , elles favent 
très-bien fe faire entendre : elles dépen- 
dent au contraire en filant pour fe pofer 
à terre , excepté lorfqu'elles font mena- 
cées par l'otfeau de proie , ou attirées par 
une compagne chérie v car, dans ces deux 
cas, elles fe précipitent comme une pierre 
qui tombe d). 

(l ) Voyex Oîina , Uccelîeria , pag. 1 2 J ou plutôt 
royez les alouettes dans les champs* 



1 8 HiJIolre Naturelle 

II eft aifé de croire que de petits of- 
feaux qui s'élèvent très-haut dans l'air, 
peuvent quelquefois être emportés par 
un coup de vent fort loin dans les mers , 
& même au-delà des mers, ce Sitôt qu'on 
55 approche des terres d'Europe , dit le 
55 Père Dutertre^ a ) , on commence à 
55 voir des oifeaux de proie, desalouettes, 
55 des chardonnerets qui , étant emportés 
*5 par les vents > perdent la vue des terres , 
55 Se font contraints de venir fe percher 
55 fur les mâts & les cordages des navires. >* 
C!eft par cette raifon que le Doéteur 
Hans Sloane en a vu à quarante milles en 
mer dans l'océan , & le comte Marfigli 
dans la méditerranée (b). On peut même 
foupçonner que celles qu'on a retrouvées 
en Penfiîvanie , en Virginie , & dans d'au- 
tres régions de l'Amérique , y ont été 
tranfportées de la même façon. M. le che- 
valier des Mazis m'afîiire que les alouettes 
paflent à File de Malte dans le mois dç 
novembre , & quoiqu'il ne fpécifie pas les 



(a) Bift. des Antiiîes, tome II, page 55. 

(b) Hift. Nat. de îa Jamaïque , tome I , pag. 51. 
—-Vie du comte Marfigli, deuxième partit) pag. 148. 



de V Alouette. i 9 

efpèces , il eft probable que l'efpèce com- 
mune eft du nombre, car M. Lottinger 
a obfervé qu'en Lorraine il y en a un 
paftage conlidérable 3 qui finit précisé- 
ment dans ce même mois de novembre , 
& qu'alors on n'en voit que très-peu ; 
que les paiîagères entraînent avec elles 
celles qui font nées dans le pays *, mais 
bientôt après il en reparoît autant qu'au- 
paravant, foit que d'autres leur Succèdent; 
Toit que celles qui avoient d'abord fuivx 
les voyageufes reviennent fur leurs pas , 
ce qui eft plus vraifemblable. Quoi qu'il 
en foît , il eft certain qu'elles ne patient 
pas toutes , puifqu'on en voit prefque en 
toute faifon dans notre pays , & que dans 
ïa Beauce, la Picardie, & beaucoup d'au- 
tres endroits , on en prend en hiver des 
quantités confidérables *, c'eft même une 
opinion générale en ces endroits , qu'elles 
ne font point oifeaux de paffage -, que C\ 
elles s'abfentent quelques jours pendant 
la plus grande rigueur du froid , & fur- 
tout lorfque la neige tient long-tems , 
c'eft le plus fouvent parce qu'elles vont 
fous quelque rocher , dans quelque ca- 



20 Hi/Ioire Naturelle 

verne, à une bonne expofition (c) 9 Se 
comme j'ai dit , près des fontaines chau- 
des y fouvent même elles difparoiffeht 
fubitement au printems , lorfqu'après des 
jours doux qui les ont fait fortir de leurs 
retraites, il fument des froids vifs qui 
les y font rentrer* Cette occultation de 



(e) t)ans îa partie du Engey , fi tuée au bas 
èes montagnes , entre ie Rhône & le Dain , on 
a vu fouvent fur la fin d'octobre ou au commen- 
cement de novembre, une multitude innombra- 
ble d'alouettes pendant une quinzaine de jours 7 
jufqu'à ce que la neige gagnant la plaine , les obli- 
geât d'aller plus loin» Dans les grands froids, qui 
fe firent reflentir fa dernière quinzaine du mois 
«le Janvier 1776 > il parut, aux environs du Pont- 
de-Beauvoifm une fi prodigieufe quantité d'alouet- 
tes, qu'avec une perche un feuï homme en tuoit 
la charge de deux mulets: elles fe réftagioient juf- 
que dans les maifons & étoient fort maigres. Il 
eft clair que , dans ces deux cas , les alouettes n'ont 
quitté leur féjour ordinaire que parce qu'elles n'y 
trouvoient plus à vivre; mais on fent bien que 
cela ne fuffit pas pour qu'elles doivent être regar- 
dées abfolument comme oifeaux de pafîage. Thé- 
venot dit que les alouettes paroirTent en Egypte 
au mois de feptembre , & y féjournent jufqu'à la 
£n de l'année. Voyage, du Levant, tomt l^page 493* 



de V Alouette. z i 

l'alouette ctoit connue d'Ariftote (d) , 
& M. Klein dit qu'il s'en eft affuré par 
fa propre obfervation (e ). 

On trouve cet oifean dans prefque tous 
les pays habités des deux continens , & 
jufqu'au cap de Bonne-efpérance , félon 
Kolbe (/) -, il pourroit même fubfîfter 
dans les terres incultes qui abonderoient 
en bruyères & en genévriers , car il fe 
plaît beaucoup fous ces arbrifTeaux (g) , 
qui le mettent à l'abri , lui & fa couvée , 
contre les atteintes de l'oifeau de proie, 
Avec cette facilité de s'accoutumer à tous 
les terreins & à tous les climats , il pa- 
roîtra fingulier qu'il ne s'en trouve point 
à la Côte-d'or, comme l'afîure Villault (h) , 
ni même dans i'Andaloufîe , s'il en faut 
cr©ire Averrocs (i). 

fc- ■ ■ ■ ■ i.i i» i i ■ ■ ■ ■ ■■»■■! mu i ii — 

(i) Hi]}> ammaHum, \ib> VIÏÏ , cap. xvi , 6* 
ciconia latet & merula , & turtur & alauda» 

(e) Klein , page 181. 

(f) Hiftoire générale des Voyages , tome IV ", 
page 143. 

(g) Turiitr. ô* Longollus apuà Gefnerum ? de Avi- 
bus , pag. 8 1 • 

(h j l^oyti fon Voyage de Guinée, page 370* 
( i ) AvenQèi apud Aldrov* tonu 1 1 ; Omithologla f 
page 832* 



22 HiJIoire Naturelle 

Tout le monde connoît les difiérens 
pièges dont on fe fert ordinairement pour 
prendre les alouettes , tels que collets , 
traîneaux, lacets , pantière, mais il en eft 
un qu'on y emploie plus communément, 
& qui en a tiré fa dénomination de filet 
d'alouette : Pour réuflîr à cette chafie , 
il faut une matinée fraîche, un beau foleil, 
un miroir tournant fur fon pivot, & une 
ou deux alouettes vivantes qui rappellent 
les autres , car on ne fait pas encore imi- 
ter leur chant d'afîez près pour les trom- 
per , c'eft par cette raifon que les Oife- 
leurs difent qu'elles ne fuivent point l'ap- 
peau -, mais elles paroiffent attirées plus 
fenfihlement par le jeu du miroir-, non 
fans doute qu'elles cherchent à fe mirer , 
comme on les en a accu fées d'après I'inf- 
tinéfc qui. leur eft commun avec prefque 
tous les autres oifeaux de volière , de 
chanter devant une glace avec un redou- 
blement de vivacité & d'émulation j mais 
parce que les éclairs de lumière que 
jette de toutes parts ce miroir en mouve- 
ment , excitent leur curiofité , ou parce 
qu'elles croient cette lumière renvoyée 
par la furface mobile des eaux vives qu'elles 



de ? Alouette. 1 3 

cherchent dans cette faifon 5 au(îie:i prend- 
on tous les ans des quantités confidéra- 
blés pendant l'hiver aux environs des 
fontaines chaudes où j'ai dit qu'elles fe 
raifembloient *, mais aucune chaffe n'en dé- 
truit autant à-Ia~fois que la chafle aux 
gluaux qui Te pratique dans la Lorraine 
iirançopft & ailleurs (£) , & dont je don- 
nerai ici le détail, parce qu'elle eft peu 
connue. Oncommenceparpréparerquinze 
cens ou deux mille gluaux : ces gluaux font 
des branches de faille bien droites ou du 
moins bien dreffées, longues d'environ 
trois pieds dix pouces , aiguifées & même 
un peu brûlées par l'un des bouts: on 
les enduit de glu par l'autre de la lon- 
gueur d'un pied : on les plante par rangs 
parallèles dans un terrein -convenable, qui 
eft ordinairement une plaine en jachère, 
& où l'on s'eft afîuré qu'il 7 a fiiffifam- 
ment d'alouettes pour "indemnifer des 
frais , qui ne laiffent pas d'être confidéra-* 



(£) M. de Sonini fait depuis ïong-tems exé- 
cuter cette chaiTe dans fa terre de Manoncour , en 
Lorraine; feu ie roi Staniflas y prenok pïaiiir & 
l'a fouvent honoré de fa préfence. 



24 HiJIoire Naturelle 

blés *, Tintervalle des rangs doit être tel 
que Ton puiiîe pafler entre deux fans tou- 
cher aux gluaux *, Tintervalle des gluaux 
de chaque rang doit être d un pied , & 
chaque gluau doit répondre aux inter- 
valles des gluaux des rangs joignans. 

L'art coniïfte à planter ces gluaux bien 
régulièrement , bien à-plomb , &*de ma- 
nière qu'ils puiflent refter en Situation 
tant que Ton n'y touche point , mais qu'ils 
puiflent tomber pour peu qu'une alouette 
les touche en paflant. 

Lorfque tous ces gluaux font plantés > 
ils forment un carré long qui préfente 
l'un de fes côtés au terrein où font les 
alouettes *, c'eft le front de ia chafîe : on 
plante à chaque bout un drapeau pour 
fervir de point de vue aux chafleurs , & 
dans certains cas pour leur donner des 
fignaux. 

Le nombre des chaffetirs doit être pro- 
portionné à l'étendue du terrein que l'on 
veut embrafler. Sur les quatre ou cinq 
heures du foir, félon que l'on eft plus ou 
moins avancé dans l'automne , la troupe 
fe partage eu deux détachemens égaux, 
commandés chacun par un chef intelli- 
gent , 



de V Alouette. i$ 

gent , lequel eft lui-même fubordonné à 
un commandant-général, qui fe place au 
centre. 

L'un de ces détachemens, fe raffemble 
au drapeau de la droite , l'autre au dra- 
peau de la gauche , & tous deux gardant 
un profond filence, s'étendent chacun de 
leur côté fur une ligne circulaire pour le 
rejoindre l'un à l'autre , à environ une 
demi-lieue du front de la chafle, & for- 
mer un feul cordon qui fe reflerre tou- 
jours davantage en fe rapprochant des 
gluaux, & poulie toujours les alouettes 
en avants 

Vers le coucher du foîeil , le milieu du 
cordon doit fe trouver à deux ou trois 
cens pas du front: c'eft alors que Ton 
donne, c'eft-à-dire , que l'on marche avec 
chxonfpedfron , que l'on s'arrête, que l'on 
fe met ventre à terre , que Ton fe relève 
& qu'on fe remet en mouvement à la voix 
du chef -, fi toutes ces manœuvres font 
commandées à propos & bien exécutées* 
ia plus grande partie des alouettes ren» 
fermées dans le cordon , & qui à cette 
heure-là ne s'élèvent que de trois ou 
quatre pieds , fe jettent dans les gluaux, 

Oijèaux , Tome IX. B 



2(3 Hijloire Naturelle 

les font tomber , font entraînées par leur 
chiite & fe prennent à la main. 

S'il y a encore du tems , on forme du 
côté oppofé un fécond cordon de cin- 
quante pas de profondeur, & l'on ramène 
les alouettes qui avoient échappé la pre- 
mière fois : cela s'appelle revirer. 

Les curieux inutiles fe tiennent aux 
drapeaux, mais un peu en arrière , afin 
d'éviter toute confufion. 

On prend jufqu'à cent douzaines d'à* 
louettes & plus dans une de ces chaffes ; 
& Ton regarde comme très - mauvaifes 
celle où Ton n'en prend que vingt- cinq 
douzaines. On y prend auiïï quelquefois 
des compagnies de perdrix & même des 
chouettes, mais on en eft très- fâché, 
parce que ces évènemens font enlever les 
alouettes , ainfi que le paflage d'un lièvre 
qui traverfe l'enceinte, & tout autre mou- 
vement ou bruit extraordinaire. 

Les oifeaux voraces détruifent auffi 
beaucoup d'alouettes pendant l'été , car 
elles font leur proie la plus ordinaire f 
même des plus petits , & le coucou , qui 
ne fait point de nid , tâche quelquefois 
de s'approprier celui de l'alouette > & de 



de ï Alouette. 27 

fubftitiîer fes œufs à ceux de la véritable 
mère (q) : cependant malgré cette im~ 
menfe deftru&ion , l'efpèce paroît tou- 
jours fort nombreufe , ce qui prouve fa 
grande fécondité & ajoute un nouveau 
degré de vraifemblance à ce qu'on a dit 
de fes trois pontes par an. II eft vrai que 
cet oifeau vit affez long-tems pour un fi 
petit animal 5 huit à dix ans félon Olina ; 
douze ans félon d'autres-, vingt-deux fui- 
vant le rapport d'une perfonne digne de 
foi , & jufqu'à vingt-quatre fi Ton en croit 
Rzaczynski. 

Les anciens ont prétendu que la chair 
de l'alouette bouillie > grillée & même 
calcinée & réduite en cendre , étoit une 
forte de fpécifique contre la colique : il 
réfulte au contraire de quelques obferva- 
tions modernes qu'elle la donne fort fou- 
vent , & M. Linnaros croit qu'elle eft con- 
traire aux perlonnes qui ont la gravelle. 
Ce qui paroît le mieux avéré , c'eft que 
k chair des alouettes ou mauviettes eft 

fq) Cuculte in nidis parit alienis & yrœcipuè in 
palumbium & curucœ, & alaudœ humu Ariftot. Hift. 
iïat, Animalium, lib. IX, cap. XX IX. 



28 Hijîoire Naturelle 

une nourriture fort faine & fort agréable' 
lorsqu'elles font graffes , & que les pico- 
temens d'eftomac ou d'entrailles qu'on 
éprouve quelquefois après en avoir mangé , 
viennent de ce qu'on a avalé , par mégar-? 
de , quelques fragmens de leurs petits os > 
leiquels fragmens font très-fins & très- 
aigus. Cet oifeau pèfè plus ou moins , 
feïon qu'il a plus ou moins de graiffe 3 de 
fept ou huit gros à dix ou douze. 

Longueur totale , environ fept pouces •> 
bec , fix à fept lignes -, ongle poftérieur 
droit-, fix lignes*, vol , douze à treize 
pouces-, queue, deux ponces trois quarts 
un peu fourchue , compofée de douze 
pennes , dépafTe les ailes d'onze lignes. 

Variétés nz l ALOUETTE* 

I. L'A LOEUTTE BLANCHE (tf) " M. riï BriC* 

fon & Frifch ont eu railon de regarder 
cette alouette comme une variété de l'ef- 
pèce précédente: c'eft en effet une véri- 



ÇaJ Jlauda alba fuit criftâ ; en Catalan , îlaufttta 
Uanca , calandrina. Barrer e , Spzcinu uop. ciaff, ni', 
13. xvi j page 40, 



w. IX. 



PLIpty. a#. 






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«to^Éâ^^: i 



ëiné^. 



R ? 



c/lvA' ,,<'/. 



J,' ALOUETTE. 



c *<{/// Saussard <v 



V 



de V Alouette. 29 

table alouette qui , fuivant M. Frifch , 
nous vient du Nord -, comme le moineau 
& rétourneau blancs , l'hirondelle & ia 
fauvette blanches ? Sec. lefqueïs portent 
tous fur leur plumage l'empreinte de lem 
climat natal. M. Klein n'eft point de cet 
avis , & il fe fonde fur ce qu'à Dantzick > 
qui eft plus au Nord que les pays où il 
paroît quelquefois des alouettes blanches, 
on n'en a pas vu une feule depuis un 
demi-fiècle. S'il m'étoit permis de pro- 
noncer far cette queflîon, je dirais que 
l'avis de M. Frifch $ qui fait venir toutes 
les alouettes blanches du Nord , me 
femble trop exclufïf , & que la raifon 
que M. Klein fait valoir contre cet avis > 
n'eft rien moins que déciiive : en effet , 
l'obfervation prouve & prouvera qu'il 
y a des alouettes blanches ailleurs que 
dans le Nord \ mais il faut convenir 
aufîî que les alouettes blanches qui fe troir 



Die weiffe lerche > l'alouette blanche. Frifch s 
pi. I I, n.° 16 , cl. 1 1 , ciiv. 1 1. 

Alauâa candi da , alouette blanche. BriJJôn , tom. III, 
P a g e 339- 

Fanat candida* Muller, Zoobg. Dax. page 28 , 
n.° 229. 

Biij 



3 o Hifîoire Naturelle 

vent dans la partie du Nord ou eft la 
Norwège , la Suède, ]f Danemarck , ont 
plus de facilité à Ce répandre de-là dans 
îa partie occidentale de 1* Allemagne , la- 
quelle n'eft féparée de ces pays par aucune 
mer confidérable , qu'à fe rendre à l'em- 
bouchure de la Vîftuîe, en traverfant la 
mer Baltique. Quoi qu'il en foit , outre 
les alouettes blanches qui paroiffent quel- 
quefois aux environs de Berlin , fuivant 
M. Fnfch, on en a vu plusieurs fois aux 
environs de Hiidesheim dans la baffe 
Saxe (b). La blancheur de leur plumage 
eft rarement pure -, dans l'individu ob- 
iervé par M. BriiTon , elle étoit mêlée 
d'une teinte de jaune, mais le bec , les 
pieds & les ongles étoient tout- à -fait 
blancs. Dans le moment où j'écrivois ceci, 
on m'a apporté une alouette blanche 
qui avoit été tirée fous les murailles de 
la petite ville que j'habite : elle avoit le 
fornmet de la tête & quelques places 
fur le corps de la couleur ordinaire -, le 
refte de la partie fupérieure , compris la 

(b) Vbyei Coîîecftion académique étrangère ^ 
tome III , page 240. 



de £ Alouette. 3 1 

queue & les ailes , étoit varié de brun 
& de blanc , la plupart des plumes & 
même des pennes étant bordées de cette 
dernière couleur ; le defîous du corps 
étoit blanc moucheté de brun , fur - tout 
dans la partie antérieure & du côté droit, 
le bec inférieur étoit aufïi plus blanc 
que le Supérieur 5 & les pieds d'un blanc* 
file varié de brun. Cet individu m'a 
femblé faire la nuance entre l'alouette 
ordinaire & celle qui eft tout* à -fait 
blanche. 

J'ai vu depuis une autre alouette dont 
tout le plumage étoit parfaitement blanc, 
excepté fur la tête où paroiflbient quel- 
ques veftiges d'un gris d'alouette à demi- 
effacé -, on l'avoit trouvé dans les envi- 
rons de Montbard : il n'y a pas d'ap- 
parence que ni l'une ni l'autre de ces 
alouettes vînt des côtes feptentrionales de 
ïa mer Baltique. 

IL* L'Alouette noire (c). Je 
regarde encore , avec M, Briffon , cette 

* Voyez î es planches enluminées, //.° àgOifig. r. 
' c) The hlack-lark, alouette noire. Albin, Htjl* 
Nat* des Oifiaux > tome 1 1 1, page 2i,n.°LI. 

B iv 



3 i Hifîoire Naturelle 

alouette comme une variété de l'alouette 
ordinaire -, Toit que ce changement de 
couleur foit un effet du chenevis , lorf- 
qu'on le donne à ces oifeaux pour toute 
nourriture, foit qu'il ait une autre caufe -, 
l'individu que nous avons fait repréfenter 
avoit du roux-brun à la naiiiance du dos 3 
& les pieds d'un brun-clair. 

Albin , qui a vu & décrit d'après na- 
ture cette variété , nAus la repréfente 
comme étant par- tout d'un brun-ïombre 
&rougeâtre, tirant fur le noir*, par-tout, 
dis-je, excepté derrière la tête où il y 
avoit du jaune-rembruni, & fous le ventre 
où il y avoit quelques plumes bordées 
de blanc -, les pieds , les doigts & les on- 
gles étoient d'un jaune-fale. Le fujet d'a- 
près lequel Albin fait fa defcription , avoit 
été pris au filet, dans un pré aux envi- 
rons de Highgate , & il paroît qu'on n'y 
en trouve pas fouvent de pareils. 

M. Mauduit m'a afluré avoir vu une 
alouette parfaitement noire, qui avoit 
été prife dans la plaine de Montrouge, 
près de Paris. 



de V Alouette. 3 3 



* L'ALOUETTE noire a dos fauve. 

S 1 cette alouette , qui a été rapportée 
de Buénos-aires par M. Commerfon , n'é- 
toit pas beaucoup plus petite , & fî elie 
n'étoit pas originaire d'un pays très-dif- 
férent du nôtre , il feroit difficile de ne 
pas la regarder comme une variété dans 
î'e/pèce de l'alouette, identique avec ia 
variété précédente, tant la reilembiance 
du plumage eft frappante ! elle a la tcte , 
le bec, les pieds 5 la gorge, le devant du 
cou , toute la partie inférieure du corps , 
& les couvertures fupérieures de la queue, 
d'un brun noirâtre *, les pennes des ailes 
& de la queue d'une teinte un peu moins 
foncée -, la plus extérieure de ces derniè- 
res , bordées de roux ; le derrière du 
cou , le dos , les fcapulaires , d'un fauve 
orangé , les petites & moyennes couver- 
tures des ailes noirâtres bordées du même 
fauve. 



Voytl ies planches enluminées ; n>° 738,^. 3. 

Bv 



34 HiJIoire Naturelle 

Longueur totale , un peu moins de 
cinq pouces *, bec , fîx à fept lignes , ayant 
îes bords de la pièce fupérîeure un peu 
échancrés vers la pointe*, tarfe , neuf li- 
gnes -, doigt poftérieur , deux lignes & 
demie -, fon ongle 5 quatre lignes 5 légère- 
ment recourbé \ queue , dix-huit lignes , 
un peu fourchue , compoiée de douze 
pennes, dépaffe les ailes de fept à huit 
lignes. En y regardant de près , on recon- 
noît que fes dimenfions relatives ne font 
pas non plus les mêmes que dans la variété 
précédente. 







des Alouettes. $j 



* LE CU JE LIER (a). 

Je crois cet oifeau affez diffèrent de 
l'alouette commune , pour en faire une 



* Voyz\ les planches enluminées, n.° 66o,fig* 2* 
(a) Totiovilla. Olina, Uccelleria, pag. 27- 
Alauàa arborea ; en Anglois ; The waQd->larck+ 
Wiilughby , OmiihoU pag. 149- 

— Ray, Synopf. Av. pag. 69. 

■ — Charleton , Exercit clajf. graidv>canU G* VIII f 
Sp. 2, pag. 88. 

— Sibbafde, Atlas, feot. part- II, lib. ni, 
cap. 1 v. 

— Rzaczynski r Auïï- llifl^ Nat» Polon» Punclum; 
IX, iu° ex 1- 

— Aibin , Hift^Nat. des Oifcaux , tome 1 > pag, 36* 
lî.° XLII. 

— British Zooïogy , pag. 94. 

Alauda arborea , Syheflrisj pratorum , novalium **. ^ 
Kïein, Ordo Av. §- XXX I , G. v I , Sp- 1 1. Nota r 
que cet Auteur confond ici plufieurs efpèces dV- 
louettes. 

Alauda non criflata , fufca* Barrère , Spscim. nov, 
clafiV m, G. xvi, pag- 40. 

Alauda redtricibus fafcis , prima obliqué dimidrats* 
ëlbâ y ficundâ ( aliàs fecundâ , tertiâ , quartâque / 
macula cuneiformi alèâ*- Linnœus 7 Fauna Sutcic&y, 
B>° 192» 



3 6 Hijîoire Naturelle 

efpèce particulière. En effet, il en diffère 
par le volume & par la forme totale , 
ayant le corps plus court & plus ramafle, 
étant beaucoup moins gros , & ne pc- 
fant au plus qu'une once : il en diffère 
par fon plumage , dont les couleurs font 
plus foibles , & où, en général , il y a 
moins de blanc , & par une efpèce de 



Aîauda arborea^ capite vittâ amwlari albâ cinÏÏQ* 
Linnaeus , Syfî* Nau éd. XIII, pag. 287. 

En Danois & en Norwcgien, skow-larke^ hecde- 
iarke, lyng-larke. Muller , Zoologie Datu prodr. m* 

Alauda lineolâ fuperciliorum albâ , torque in collo pat- 
lido j caudâ brevijjimâ ; en Autrichien , ludlacke , wald~ 
lerche, Kramer, Elenchus Aujlr inf. pag. 362. 

Alauda fupernè fufco & rufo-flavicante varia , in* 
femè alba ; collo inferiore & pe&ore albo-flavtcantibus , 
maudis fufcis infigtntis ; uropygio grifeo-otivaceo; tœmâ 
fupra oculos candidâ \ redtrice extimâ exteriùs & apice 
<clbâ. . . Alauda arborea , l'alouette de bois ©a le cuje- 
lier. Brijfim, tome III, page 340. 

On Pappelle en quelques cantons de la Bourgogne , 
pirouot', en Sologne, cochel'wier, cochelmeu , piénu , flû- 
ttux, alouette fluteufe , lutbcux , turlut , turlutoir , mu- 
fette ; ailleurs, trelus cotrelus ; en Sainîonge , cou*- 
trioux ; à Nantes , alouette calandre , & par corrup- 
tion y ef cariatide Voyci Saler ne , Hift- Nat* des 
Oifeaux, page 190 Alouette de montagne ? feloa 
quelques-uns, 



des Alouettes. 3 7 

Couronne blanchâtre plus marquée dans 
cet oifeau que dans l'alouette ordinaire : 
il en diffère par les pennes de l'aile , 
dont la première & la plus extérieure eft 
plus courte que les autres d'un demi- 
pouce : il en diffère par fes habitudes 
naturelles , puifqu'il fe perche fur les ar- 
bres , tandis que l'alouette commune ne 
fe pofe jamais qu'à terre -, à la vérité , iî 
fe perche fur les plus greffes branches 
fur lefquelles il peut fe tenir fans être obli- 
gé de les embraffer avec fes doigts , ce qui 
neferoitguèrepofïïble,vula conformation 
de fon doigt trop long, ou plutôt de fon 
ongle poftérieur & trop peu crochu pour 
failir la branche : il en diffère en ce qu'il 
fe plaît & niche dans les terres incultes 
qui avoifïnent les taillis , ou à l'entrée 
des jeunes taillis , d'où lui eft venu , fans 
doute , le nom & alouette de bois > quoi- 
qu'il ne s'enfonce jamais dans les bois > 
au lieu que l'alouette ordinaire fe tient 
dans les grandes plaines cultivées : il en 
diffère par fon chant , qui reffemble 
beaucoup plus à celui du roflignol qu'à 
celui de l'alouette ( b ) , & qu'il fait en- 

(bj Voyt\ OUna> Ucçtlleria , pag. 27. Albin ? 



3 S Hijloirc Naturelle 

tendre non-feulement îe jour , maïs en- 
core la nuit comme le roffignol , non- 
feulement en volant, mars aum étant per- 
ché fur une branche. M. Hébert a re- 
marqué que les fifres des Cent-fuiffes de 
ia garde , imitent aflez exactement le ra- 
mage du cujelier \ d'où Ton peut con- 
clure , ce me femble, que cet oifeau eft 
commun dans les montagnes de Suiffe (c) , 
comme il l'eft dans celles du Bugey. Il 
diffère de l'alouette par la fécondité -, car, 
quoique les hommes faffent moins la 
gerre au cujelier , fans doute comme 
étant une proie trop petite y & quoiqu'il 
ponde quatre ou cinq œufs comme l'a- 
louette ordinaire , l'efpèce eft cependant 
moins nombreufe (d). Il en diffère par 
le tems de la ponte , car nous avons vu 
que l'alouette commune ne fiifoit pas fa 
^première ponte , avant le mois de mai , au 
Heu que les petits de celle-ci font quelque- 
fois en état de voler dès la mi-mars (e). 
Enfin il en diffère par la délicatefle 



j&i/7. Nat. des Oi féaux , tome I , page 36, &c 
(c) Rapprends qu'il fe trouve en effet dans 

prairies les p ! us hautes de ia Suifle* 
(à) British Zoology , pag^gq* 
(ej Albin r tome Tyf&fp 36* 



des Alouettes. 3^ 

du tempérament , puifque , félon la re* 
marque du même Albin , il n eft pas 
poflîble , quelque foin que Ton prenne, 
d'élever les petits que Ton tire du nid-, 
ce qui néanmoins doit fe restreindre au 
climat de l'Angleterre & autres femblables 
ou plus froids, puifqu'Olina,. qui vivoit 
dans un pays plus chaud ,, dit pofitivement 
qu'on prend dans le nid les petits de la 
tottovilla , qui eft notre cujelier -, que y 
dans les commencemens , on les élève de 
même que les roflîgnols dont ils ont le 
chant (/) , & qu'enfuite on les nourrit 
de panis & de millet. 

Dans tout le refte , le cujelier a beau* 
coup de rapport avec l'alouette ordinaire; 
comme elle , il s'élève très-haut en chan-* 
tant , & fe foutient en l'air -, il vole par 
troupes pendant les froids ; fait fon nid 
à terre & le cache fous une motte de 
gazon \ vit, de huit à dix ans , fe nour- 
rit de fcarabées , de chenilles y de grai- 
nes -, a la langue fourche , le ventricule 
mufculeux & charnu , point d'autre jabot 

m ' ' ' ■ ■ ■ " 1 ■ ■ m m ■ 1 1 m 

(f ) Wiiiughby trouve que fe chant du çujeîi$y 
a du rapport avec celui du merte> 



40 Hifîoire Naturelle 

qu'une dilatation afîez médiocre de la 
partie inférieure de l'oefophage , & les 
cœcums fort petits (g). 

Olina a remarqué que les plumes du 
fommet de îa tête font d'un brun moins 
ebfcur dans la femelle que dans le mâle y 
& que celui-ci a l'ongle poftérieur plus 
long -, il auroit pu ajouter qu'il a la poi- 
trine plus tachetée y & les grandes pennes 
des ailes bordées d'olivâtre > au lieu 
qu'elles font bordées de gris dans la fe- 
melle : il dit encore qu'on prend le cuje- 
lier comme l'alouette , ce qui eft vrai y & il 
prétend que cette efpèce n'eft guère con- 
nue que dans la campagne de Rome , 
ce qui eft contredit avec raifon par les 
Naturaliftes modernes mieux inftruits : 
en effet, il eft plus que probable que le 
cujelier n'eft point fixé à un feul pays > 
car on fait qu'il fe trouve en Suède fé- 
lon M. Linnœus 5 & en Italie fuivant 
Olina *, & , puifqu'il s'accommode de ces 
deux climats , qui font forts diflérens , on 
peut croire qu'il eft répandu dans les 
climats intermédiaires , & par conféquent 

— ■».... ■ ■■ ■ ■ i i» ■ .— mu » mmmm 

(g) Willughby ? à l'endroit cité* 



des Alouettes. 41 

dans la plus grande partie de l'Europe (h)* 
Ces oifeaux font aiiez gras en automne, 
& leur chair eft alors un fort bon manger. 

Albin prétend qu'on les chaiTe en trois 
faifons , fivoir , pendant l'été , terns oîi 
fe prennent les petits branchkrs , qui 
gazouillent d'abord , mais pour peu de 
teins , parce que bientôt après ils entrent 
en mue. 

Le mois de feptembre eft îa féconde 
fûfon , & celle où ils volent en troupes , 
& rodent d'un pays à l'autre, parcou- 
rant les pâturages, & fe perchant volon- 
tiers fur les arbres à portée des fours à 
chaux (i). C'eft encore le terns 011 les 
jeunes oifeaux changent de plumes , & 
ne peuvent guère être diftingués des plus 
vieux. 

La troifîème & la meilleure faifon 
commence avec le mois de janvier (k) * 

»■ ' '-■- '■■ " " " ' m 

(h) Hahitat in Earopâ, &c. Syft. Nat. n.° 93. 
( / ) Kramer , à l'endroit cité. 
(£) M. Hébert a tué de ces oifeaux pendant 
î'hivcr s en Brie , en Picardie & en Bourgogne : 
il a remarqué que , pendant cette faifon , on les 
trouve par terre dans les plaines, qu'ils font afiez 
communs dans le Bugey , 5c encore plus en Bour- 
gogne- D'un autre côté, M. Lottinger prétend qu'ils 



42 Hifloire Naturelle 

& s'étend jufqu'à îa fin de février , tems 
auquel ces oifeaux fe féparent deux à 
deux pour former des fociétés plus in- 
times. Les jeunes cujeliers pris alors y 
font ordinairement les meilleurs pour 
îe chant , ils gazouillent peu de jours 
après qu'on les a pris , & cela d'une ma- 
nière plus diftindte que ceux qui ont été 
pris en toute autre faifon (/)„ 

Longueur totale 3 fix pouces 5 bec y 
fept lignes 5 vol > neuf pouces ( dix f 
félon M. Lottinger) -, queue, deux pouces 
un quart 5 un peu fourchue , compofée 
de douze pennes , dépaffe les ailes d'en-: 
viron treize lignes. 

m * . 1 ■ ■ — Àmmm — — — —m tmmm — mm 

arrivent fur la fin de février , & qu'ils s'en vont 
au commencement d'Octobre ; mais tout cela te 
concilie, û parmi ces alouettes, comme parmi les 
communes, if y en a de voyageufes & d'autres 
réiîdentes* 

(l) Voyt\ Albin , tome 1 , page 36. Il recom- 
mande de les nourrir alors de cœur de mouton , 
de jaunes d'œufs, de pain, de chenevis, d'œufs 
de fourmis, de vers de farine ; & de mettre dans 
ïeur eau deux ou trois tranches de réglilTe, & un 
peu de fucre candi , avec une pincée ou deux de 
fafran , une fois la femaine; de les tenir dans un 
lieu fec où donne le foîeil, & de mettre du fablon 
dans leur cage- Il paroît qu'Albin avoit obfervé cet 
©ifeau par lui-même. 



(>/7l . IX, 



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-tf/.r./ Th.lUnuwhirJ'cuh. 



X.IE, CUJJil^TJLU 



des Alouettes. 43, 

■ 1 . ■■ ' » - I..I...I., - 1. -1.1 ■ »<m 

* LA FARLO USE 
ouVALOUETTE de prés, (a) 

Jdélon & Olina difent que ceft la 
plus petite de toutes les alouettes , mais 



* Voyei les planches enluminées , //.° 574 , fig- 2* 

(a) Failouie, failope , alouette de prés, petite 
aîouette. Bélon, Hifi. Naudts Oi féaux t page 271» 

Lodola il prato , calandriuo. Olina > Uccelleria A 
page 27* 

Alauda pratorum BelkniU AIdrovande, tome II ' * 
pag. 849* M- Briffon croit que la féconde fpipola 
d'Aldrovande eft la tarioufe ; cependant il me lem- 
ble que fes defcriptions ont des différences affez 
considérables* 

— Jonfton , Av. pag* 71» 

— The tit-lark. Sibbalde , ÂtU Seat- part. II 4 
iib. ni, cap. 1 v , pag. 17. 

*- Wiliughby , pag. 1 50 > §. 1 v- 

— Ray, Synopf. Av. pag. 69. 

•— • Charleton , clajf. granit cant-pzg. 88 7 G» VIII * 
Sp. 3. t • 

— British Zooïogy, pag. 94, Sp. 1 1 1- 

Alauda pratevjîs ; en Allemand , die wiefen krchu 
Frich , tom. I , clajjl 1 1 , divif. 1 1 , n.° 16. 

The tit-lark, alouette de prés. Albin, tome I* 

pi* XL III. 



44 Hijloire Naturelle 

c'eft parce qu'ils ne connoiiîbîent pas 
l'alouette pipi , dont nous parlerons dans 
ïa fuite. La farloufe pèfe fix à fept gros > 
& n'a pas neuf pouces de vol. La cou- 
leur dominante du defïiis du corps eft 



Alauàa lineolâ fuperciliorurh albâ , reciricibus dua-* 
eus ext/nùs intmr&ùm a/bis» Linnaeus , Fauna Suecica * 
n.° 91 ; & Syft. Mat, éd. XIII, n.° 105 , Sp. 2, 
page 287. 

— Muiler ,- Zoohgiœ Dan prodr. pag. 28 , n.° 230* 

AlauAa peclore iutefiente, puntlis atns ; en Autri-* 

chien , breinvogi\ à Nuremberg , kraufvogl;en Styrie? 

fchmelvogl. Kramer , Elenchus Auftr. inf. page 362 , 

Sp. 4. 

Petite alouette , alouette de bois ou de bruyères, 
alouette bâtarde, folle, percheuie ; en Eeauce , 
alouette bretonne, en Sologne, tique , Jaque , akiki ; 
en Provence, bedouide: ailleurs, alouette buijjonnière* 
Saleme , Cifeaux , p^ge 192. Alouette cour te à Genève , 
parce qu elle a en effet la queue courte* En Pro- 
vence, pivoton fuivant M. Guys. 

Farloufe des bois ou des taillis, alouette des jar- 
dins , vulgairement bec- figue , félon M» Lottinger. 

Alwîda fupernè nigricante & olivaceo varia, ihfernh 
fordidè albo-flavicans ; collo infcnora & pe&ore mucu- 
lis lengiiudinalibus nigricantibus infignitis ; uropygio 
olivaceo ; tœniâ fupra oculos firdidc albo - flavicante ; 
rcdtrice extimâ exteriùs cV ultimâ medietate albâ, pro- 
xhnè fcquenti apice albo maculatâ. . . . Alauda pra- 
tenfis, Palouette de prés ou la farloufe. Brijfon , 
tome III, page 343, 



des Alouettes. 45 

l'olivâtre varié de noir dans la partie an* 
térieure , & l'olivâtre pur & fans mélange , 
dans la partie poftérieure \ le delTous 
du corps eft d'un blanc- jaunâtre , avec 
de c taches noires longitudinales fur la 
pr trine & les côtés , le fond des plumes 
eft noir , les pennes des ailes prefque 
noires , bordées d'olivâtre , celles de la 
queue de même , excepté la plus exté<- 
rieure qui eft bordée de blanc , & la 
fuivante qui eft terminée de cette m3rne 
couleur. 

Cet oifeau a des efpèces de fourciïs 
blancs , que M. Linnasus a choifïs pour 
caradfcérifer l'efpèce : en général, le mâle 
a plus de jaune que la femelle à la gorge , 
à la poitrine, aux jambes, & mime fous 
les pieds, faivant Albin. 

La farloufe part rapidement au moindre 
bruit , & fe perche fur les arbres quoi- 
que difficilement *, elle niche à peu-près 
comme le cujelier, pond le même nomr 
bre d'œufs, Sec. {b)\ mais elle en diffère 
en ce qu'elle a la première penne des 
ailes prefque égale aux fuivantes , & le 



(h) Brîtish Zooïogy , page 93, 



4 6 HiJIoire Naturelle 

chant un peu moins varié , quoique fort 
agréable : les Auteurs de la Zoologie Bri~ 
tannique trouvent à ce chant de la ref- 
fembiance avec un ris moqueur , & Al- 
bin , avec le ramage du ferin de Canarie; 
tous deux l'accufent d'être trop bref & 
trop coupé -, mais Bélon & Oiina s'accor- 
dent à dire que ce petit oifeau eft recher- 
ché pour fon plaifant dianter^ & j'avoue 
qu'ayant eu occalion de l'entendre , je le 
trouvai en effet très-flatteur , quoiqu'un 
peu trifte , & approchant de celui du 
roiîignol , quoique moins fuivi. II eft à 
remarquer que l'individu , que j'ai ouï 
chanter, étoit une femelle , puifqu'en la 
diiîéquant je lui ai trouvé un ovaire : iï 
y avoît dans cet ovaire trois œufs plus 
gros que les autres , lefquels fembloient 
annoncer une féconde ponte. Oiina dit 
qu'on nourrit cet oifeau comme le roffi- 
gnol , mais qu'il eft fort difficile à éle- 
ver*, & y comme il ne vit que trois eu 
quatre ans (c) , cela explique pourquoi 
l'efpèce eft peu nombreufe, & pourquoi 
le mâle , lorfqu'il s'élève pour aller à la 

(i) Oiina, page 27, 



des Alouettes. 47 

découverte d'une femelle , embraffe dans 
(on vol un cercle beaucoup plus étendu 
que l'alouette ordinaire (d) , Se même 
que le cujelier. Albin prétend que cette 
alouette eft de longue vie , peu fujette 
aux maladies , & qu'elle pond ordinaire- 
ment cinq ou fix œufs -, fi cela étoit , 
l'efpèce devroit être beaucoup plus nom* 
breufe qu'elle ne l'eft en effet. 

Suivant M. Guys , la farloufe fe nour- 
rit principalement de vermifleaux & d'in- 
feétes qu'elle cherche dans les terres nou- 
vellement labourées ; Willughby lui a 
trouvé en effet dans l'eftomac , des feara» 
bés & de petits vers : j'y ai trouvé moi- 
même des débris d'infe£tes 3 & de plus, 
de petites graines & de petits cailloux. 
Si Ton en croit Albin , elle a l'habitude , 
en mangeant, d'agiter fa queue de côté 
& d'autre, 

Les farloufes nicheftt ordinairement 
dans les prés , & même dans les près 
bas & marécageux (e) > elles pofent leur 
jaïd à terre (f) , & le cachent très-bien , 

(d) Frifch,^. 16. 
(t) Brïtish Zooiogy , page 94. 
(f) Bélon , Nat* des Oifeaux , pag. 272*. — » Britrsk 
Zoolegy, ibidem* 



48 Hïfîoire Naturelle 

tandis que la femelle couve 5 le mâle fe 
tient perché fur un arbre dans le voifi- 
nage , & s'élève de tems à autre , en chan- 
tant & battant des ailes. 

M. WiilugLby j qui paroît avoir ob- 
fervé cet oifeau de fort près , dit , avec 
raifon , qu'il a l'iris noifette , le bout de 
la langue divifé en piufieurs filets, le 
Ventricule médiocrement charnu , les cœ- 
curas un peu plus longs que l'alouette , 
& une véficule de fiel. J'ai vérifié tout 
cela 5 & j'ajoute qu'il n'a point de jabot 
& même que l'œfophage n'a prefque 
point de renflement à l'endroit de fa 
jonction avec le ventricule , & que le 
ventricule eu géfier eft gros à proportion 
du corps. J'ai gardé un de ces oifeaux 
pendant une année entière , ne lui faifant 
donner que de petites graines pour toute 
nourriture. 

La farioufe fe trouve en Italie , en 
France , en Allemagne , en Angleterre 
&: en Suède. Albin nous dit qu'elle paroît 
(fans doute dans le canton de l'Angle-* 
terre qu'il habite ) au commencement 
d'avril , avec le roflignol , & qu'elle s'en 
va vers le mois de feptembre \ elle part 

quelquefois 



des Alouettes. 4^ 

quelquefois dès la fin d'août, fuivant 
M. Lottinger, & femble avoir une lon- 
gue route à faire (g) -, dans ce cas, elle 
pourroit être du nombre de ces alouettes 
qu on voit paffer à Malte dans le mois 
de novembre , en fuppofant qu'elle s'ar- 
rête en chemin dans les contrées oi\ 
elle trouve une température qui lui con- 
vient. En automne , c eft-à-dîre , au temps 
des vendanges, elle -fe tient autour des 
grandes routes (h). M. Guys remarque 
qu'elle aime beaucoup la compagnie de 
fes femblables , & qu'à défaut de cette 
fbciété de prédilection , elle fe mêle dans 
les troupes de pinfons & de linottes 
qu'elle rencontre fui: fon paffage. 

Au refte , en comparant ce que les Au- 
teurs ont dit de la farloufe, je vois des 
différences qui me feroient croire que 



fgJXJne feule fois M. Lottinger en "a vu une en 
Lorraine au mois de février 1774; ma ^ s ^ a vu 
aufli ce même hiver d'autres oifeaux, qui n'ont pas 
coutume de reitex en Lorraine, tels nue verdiers, 
bergeronettes, lavandières, &c. ce que M. Lottin- 
ger attribue , avec raifon , à la douce température 
de l'hiver de cette année 1774- 

(h) Voyt\ Albin, à l'endroit cité. 

Oifeaux ,. Tome IX, G 



JO Hijloire Naturelle 

cette efpèce eft fujette à beaucoup de va- 
riétés, ou qu'on Ta confondu quelquefois 
avec des efpèces voifïnes , telle que le 
cujelier & l'alouette pîpi (i). 

Longueur totale, cinq pouces & demi-, 
bec , fix lignes , bords de la pièce fupé- 
rieureun peu échancrés vers la pointe-, vol, 
environ neuf pouces -, queue , deux pou- 
ces, un peu fourchue , compofée de douze 
pennes^ dépaiîe les ailes de huit lignes * 
l'ongle poftérieur eft moins long & plus 
arqué que dans les efpèces précédentes. 

(i) La difpofition des taches du plumage eft 
à-peu-près la même dans ces trois efpèces, quoi- 
que les couleurs de ces taches foient différentes 
dans chacune, & Jes habitudes encore plus diffé- 
rentes , mais moins cependant que les opinions des 
divers Auteurs fur les propriétés de la farloufe , & 
fax les détails de fon hiftoire. Il ne faut que com- 
parer Béîon, Aldrovande, BriiTon, Olina, Albin , 
écc. on verra que les couleurs du plumage , par 
ïefquelles M. Brifibn caraCférife l'efpèce , ne font 
pas les mêmes que dans Aldrovande; celui-ci ne. 
parle point du long doigt poftérieur, mais ri parle 
d'un certain mouvement de queue, dont les au- 
tres, excepté Albin, ne dirent rien. Ce dernier 
prétend que fon tit-lark, eft vivace & peu fujet 
aux maladies; Olina & Béion afïurent, au con- 
traire, que la farîoufe s'élève difficilement, & Olina 
dit pofitivemer«t qu'elle vit peu : ajoutez à cela 
les différentes opinions fur fon chant. 



/r. 



FtHZ/HyrJ 




LATARLOTSE ou Î/AI1, GUETTE DE PRES - 



dts Alouettes. y i 



Variûtû du laFARLOUSE. 

La Fa&louse- blanche (k) ne diffère 
de la précédente que par fon plumage, 
qui eft prefque univerfellement d'un 
blanc- jaunâtre ^ mais plus jaune fur les 
ailes s elle a le bec & les pieds bruns : 
telle étoit celle qu'AIdrovande a vu en 
Italie \ 8c quoique le Jéfuite Rzaczynskï 
lui donne place parmi les oifeaux de Po- 
logne , je doute qu'elle fe trouve dans 
ce pays , ou du moins qu'il l'y ait vue » 
d'autant qu'il fe fert des paroles mêmes 
d'Aldrovande fans y rien ajouter. 



(k) Boarina , Bovarina , fpipda alba. Aldrovaî)Qe t 
Ornlt/ioL lib. XVII , cap. XXVI. 

— Jonfton, Aves, page 87- 

— Willughby , OmithoL iib. 1 1 , fed. î ï , cap. ï , 

f»m 

— Ray , Synopfi page 8 1 . 

Stipula lutea , Boarina. Rzaczynski , Jttiïaar. Polon* 
page 420, n.° 92. 

Àlmda pratenfîs candida, Fa farloufe Hanche. . • 
BriJJçn, tome III, page 346. 

Cij 



j z HiJIoire Naturelle 

ftmJmmm mu n i " — ' "j 

OISEAU ÉTRANGER 

Qui a rapport à la FAKLOUSE. 

LA FARLOUSANNE. 

Je donne ce nom à Une alouette de 
îaLouifiane, que j'ai vue chez M.Mau- 
duit , & qui m'a para avoir beaucoup de 
rapports avec la farloufe : elle a la gorge 
d'un gris-jaunâtre -, le cou& la poitrine 
grivelés de brun fur ce même fond j îe 
refte du défions du corps fauve -, le defc 
fus de la tête & du corps mêlé de brun- 
verdâtre &. de noirâtre -, mais comme ce 
font des couleurs fombres , elles tran- 
chent peu Tune fur l'autre, & il réfulte 
de leur mélange une teinte prefque uni- 
forme de brun - obfcur -, les couvertures 
fupérieures d'un brun-verdâtre fans mé- 
lange -, les pennes de la queue brunes ; 
la plus extérieure mi-partie de brun-noi- 
râtre & de blanc , le blanc en dehors , 
&la fuivante terminée de blanc, les pen- 
nes -& les couvertures fupérieures des 



des Alouettes. j 5 

ailes d'un brun-noirâtre , borné d'un 
brun plus clair. 

Longueur totale , près de fept ponces , 
Bec , fept lignes *, tarfe , neuf lignes -, doigt 
poftérieur avec l'ongle , un peu moins de 
huit lignes -, cet ongle un peu plus de 
quatre lignes , légèrement courbé *, queue , 
deux pouces & demi 9 dcpafle les ailes 
de feize lignes. 




C rij 



j4 Hifîoire Naturelle 



*L>ALO UETTE PIPI (a): 

C'est la plus petite de nos alouettes 
de France -, fon nom Allemand piep- 



* Voyelles planches enluminées , n.° 66 1 ,fig-a» 

fa) Alauda minor ; en Anglois , the pippit or 
fmall lark , la petite alouette. Albin y tom. I, pag* 
29, pi. xliv. 

Bis piep- 1ère he, himen-vogeUin r alouette pïpî , 
Frifch, tom. I, ciaff. H , div. il* pL n, n.-° 16. 

Alauda trivialis » re&ricibus fofeis ; extimâ iimi* 
diato albâ , fecundâ apke cunelformi albâ \ lima ala* 
rum duplici albidâ. Linnseus, SyP Nat. éd. XIII, 
pag 288, n.° 105, Sp. 5- 

— Muîler Zoolog. Dan./?. 233; en Danois, 
hauge-hylde , pihe-lerke. 

The grafshoper lark p alouette fauterelle» Btitish 
Zoology. G. xyin, Sp. vi, pag. 95. 

Alauda fupemè nigricante & olivaceo paria , infer* 
ne albo-flavicans ; pedtore & ventre maculis longirudi- 
nalibus nigricantibrts in/ignitis • re&rice extimâ ex te- 
riàs 6* ultimâ medietate albâ >. proximè fequenti albo 
maculatâ .... Alauda fepiaria, alouette de buîiïbn. 
Briffi/ij tome III, page 347. 

En Lorraine , vulgairement finfîgnotte , fefon 
M» Lottinger; dans le Bugey, bec -fi d'hiver. 

M. Brilfon croit que le fpipola d'Aldrovande , 
tome II j page 750 ) eft fon alouette de buûTcn, 



des Alouettes. y y 

Iercke y 8c Ton nom Anglois pipit font' 
évidemment dérivés de ion cri (b), & 
ces fortes de dénominations font toujours 
îes meilleures, puifqu^elles repréfentent 
l'objet dénommé autant qu'il eft pofîible j 
auflî n'avons-^nous pas héfité d'adopter co 
nom de pipi. Ori compare le cri de cette 
alouette, du moins fon cri d'hiver y à 
celui d'une fauterelîe , mais il eft un peu 
plus fort & plus perçant : l'oifeau le fait 
entendre foit en volant , foit en fe per- 
chant fur les branches les plus élevéqs? 
des buiffons , car il fe perche même fur 
îes petites branches , quoiqu'il ait l'ongle 
de derrière fort long-, ( moins long ce- 
pendant & plus recourbé que dans l'a- 
louette ordinaire) mais il fait fort bien fe 
fervir de Ces ongles antérieurs pour faifïr 
les petites branches & s'y tenir perché à 



c'eft-à-dire, notre alouette pipi; mais îes deferip- 
tion-s ne s'accordent pas : d'un autre côté , Aidro- 
vande croit reconnoître dans ce fpipola Vanthos 
d'Ariitote, Hift. animal, lib» VIII, cap. 1 1 1 ; & 
lîb. IX, cap. 1 y que nous avons rapporté au ver- 
tlier. Voytx tome IV, page 171. 
(h) Frifch,^. 16. 

C iv 



] 6 Hijtoire Naturelle 

il fe tient aufïï à terre , & court très- 
Içgèrement. 

Au printemps 3 îorfque le mâle pipi 
chante fur fa branche , c'eft avec beau- 
coup cTadiron -, il fe redreffe alors , il 
entr'ouvre le bec > il épanouit fes ailes 9 Se 
tout annonce que c'eft un chant d'a- 
mour : de temps en temps il s'élève aflez 
feaut , il plane quelques momens , & 
retombe prefque à la même place, en 
"continuant toujours de chanter , & de 
chanter fort agréablement -, fon ramage eft 
iïmpïe, mais il eft doux, harmonieux & 
nettement prononcé-, ce petit oifeau fait 
fon nid dans des endroits folitaires , & 
le cache fous une motte de gazon -, auflî 
fes petits font - ils fouvent la proie des 
couleuvres : fa ponte eft de cinq œufs 
^marqués de brun vers le gros bout. Il a 
la tête plutôt longue que ronde -, le bec 
très - délicat & noirâtre *, les bords de la 
pièce fupérieure échancrés près de la 
pointe -, les narines à demi - recouvertes 
par une membrane convexe de même 
couleur que le bec, & cachées en partie 
fous de petites plumes qui reviennent en 
avant) feize pennes à chaque aile j le 



des Alouettes. 57 

deiïus du corps d'un brun-verdâtre varié , 
ou plutôt onde de noirâtre -, le deflbus 
d un blanc-jaunâtre , moucheté irréguliè- 
rement fur la poitrine & fur le cou -, le 
fond des plumes cendre- foncé -, enfin deux 
raies blanchâtres fur les ailes , dont 
M. Linnœus a fait un des caractères de 
l'efpèce. 

Les alouettes pipi paroifïent en An- 
gleterre vers le milieu de feptembre , 8c 
on en prend alors une grande quantité 
dans les environs de Londres (c) *, elles 
fréquentent les bruyères & les plaines, 
6c voltigent plutôt qu'elles ne volent, car 
elles ne s'élèvent jamais beaucoup* II en 
refte ordinairement quelques-unes pen- 
dant l'hiver fur les marais des environs 
de Sarbourg* 

On peut juger par la forme Se la dé- 
licateffe du bec de l'alouette pipi qu'elle 
fe nourrit principalement d'infcâes & 
de petites graines , & par fa petitefïe 
qu'elle ne vit pas fort long-temps. Elle 
le trouve en Allemagne , en Angleterre 



(*) Aîbin r à l'endroit cité. 



5 8 Hijloire Naturelle 

6 même en Suède , à ce que dit M. Lîn- 
n£iis dans fon Syjîème de la Nature , 
quoiqu'il n'en faite aucune mention dans 
ia Fauna Suecica , du moins la première 
édition. Cetoifeau eft allez haut monté. 

Longueur totale, environ cinq pouces 
& demi \ bec , (ix à iept lignes y doigt 
poPcérieur , quatre lignes -, Ton ongle , 
cinq 5 vol , huit pouces un tiers *, queue , 
deux pouces, dépafïe les ailes d'un pou- 
ce {d)\ tube inteftinal , fix pouces & 
demi, œfophage , deux pouces & demi, 
dilaté avant ion infertion dans le géfier 
qui eft mufculeux *, deux très-petits cœcum : 
je n'ai point trouvé de véfîcule du 
fiel *, le géfier occupoit la partie gauche 
du bas-ventre -, il étoit recouvert par le 
foie , & nullement par les inteftins. 



( d) Compofée de dix pennes > fuivant un bon 
Observateur; mais je ioupçonne qu'il y en avoit 
«n deux d'arrachées* 



r. /.\. 



/'l.JfTfrgtf.'Jg. 














i 'a/A ■ ŒauMwd'Sc 



T/ALOrKTTE PIPI. 



des Alouettes. j$ 

LA hOCUSTELLE (a). 

Cette alouette eft encore plus petite 
que la précédente , & elle eft la plus pe~ 
tite de toutes celles de notre Europe. Les 
Auteurs de la Zoologie Britannique , à 
qui feuls nous devons la connoiflance de 
cette efpèce, lui ont donné le nom d'a- 
louette des failles , parce qu'on la voit 
tous les ans revenir vifiter certaines fauP 
faies du territoire de Whiteford en Flint- 
shire, où elle pafîe tout l'été. La locuf- 
telle ne diffère de l'alouette pipi 3 ni par 
fon éperon-, ni par fes allures, ni par fon 
chant qui reffemble par conféquent à 
celui d'une cigale 5 & c'eft par cette rair. 



(a) Thewillow lark , Pafouette des fautes. Britisk 
Zoology , pag. 95. 

Locuftdla avieda D° Johnfuih Willughby , Omi* 
îhol. pag. 151- 

Les deicriptioBS de ces deux Auteurs convien- 
nent mieux à cette efpèce qu'à la précédente; 
d'ailleurs ils ont écrit en Angleterre , & jufqu'iop 
la locufîeiie n'a point été obfervée ailleurs, 

G vj 



60 JJlfioire Naturelle 

fon que je lui ai confervé le nom de 
iôcuftelle que lui a donné Willughby. 
Quant au plumage j elle a la tête & le 
deifus du corps d'un brun-jaunâtre, avec 
: des taches obfcures*, les pennes des ailes 
.brunes ^ bordées de jaune- fale -, celles de 
la queue d'un brun-foncé -, des efpèces 
■ de fourcils blanchâtres-, & le deflbus du 
corps d'un, blanc teinté de jaune. 




des Alouettes. ە 

I L 3 I ■ =3 

LA SPIPOLETTE(a). 

J'adopte ce nom que Ton donne à 
Florence à Toifeau dont il s'agit ici. Il effc 



(a) GUreana; en Allemand , gicfcerlin , gucker*- 
Un 9 grien poegelin* Gefner , Av. append. pag. 795» 
■ — ■ Aldrovande , OmithoL tom. II ? pag. 736. 
— - Ray , Synopf. pag. 81 , Sp. 8. 

— WiHughby, OmithoL pag. 154. 

Alauda minor camptflris D. JeJJop. Ray > Synopf 
page 70. 

— WiHughby, jrcg. 150, §. 4. 

Spipoletta fiormtim&; à Venife , tordino 9 Ray> 
pag- 7° 5 •$/>• 9" 

— WiHughby, ;?tfge 152. 

Alauda novalium , alouette des friches; en AïFe-* 
mand , èrach-lerche , gereaf /ercfo, X:raz/f hrche. Frifch 9 
tom. I, clajjl 11, div. 11, pL 1 , «. v 15. 

Stoparola \ ( à fli puits) , acredula , glanana Gef- 
ntn 5 Oxoxvyàv ;. en Siléiien ,., floeplin g , flopptlvogel , 
fpiefloerche , greinerliii. Schwenckfeld , ^r« «Sï/s/". 
pag. 349. 

— ■ -Rzaczynsky., AuBuht* Folon. page 421 ; en 
Poîonois , id\bto. 

Alauda gula pe&oreque flavefcente. Linnseus , Fauna 
Suecica, n.° 193. 

Alauda redtricièus fufcis, inferîori medietate , exeep~ 
in uiurmediii dmous, albii ', gulâ peftoreque flavef» 



£# Uiflolre WaturslU 

un peu plus gros que la farloufe , & fer 
tient dans les friches & les bruyères -, il 
a le doigt poftérieur fort long, comme 
l'alouette , mais fon corps eft plus effilé ; 
& il diffère encore de cette dernière par 
le mouvement de fa queue, femblable à 
celui de la lavandière & de la farloufe.. 
Ces oifeaux fe plaifent dans les bruyères , 
les friches & fur -tout dans les éteules 
d'avoine 5 peu après la moiiïon : ils s'y 
raffemblent en troupes aflez nombreufes. 
Au printemps , le mâle fe perche pour 
rappeler ou découvrir la femelle , quel- 
quefois même il s'élève en Fair, en chan- 
tant de toutes (es forces, puis revient 
bien vite fe pofer à terre, ou eft toujours 
îe rendez-vous* 



m\tt , pikerlin (iïfez gicktrlinj. Linnaeus, Syft. Nat» 
td. XIII, pag. 288. 

■ — Muiler, Zoolog. Ban. pag. 29 r n.° 232 ; en 
Danois , mark-lœrke. 

jilauda fupernè grifeo-fufea ad olipaceum inclinans ^ 
infernè fordidè albo flapie ans, colla inferiore & p effort 
maculis lougituâinalibus fufeis infîgnitis'y tœniâ fupra 
9cuhs fordidè alèo-flavicante ; reffrice 1 extimâ exteriùs 
y ultimâ medietate albâ^proximè fîqmnîi apice ali&' 

maculaîâ ..Alauda campeftris , l'alouette de 

'"ohamp. Brijfon, tora* III, pag* 349. 



des Alouettes. 6$ 

Loriqu'on approche du nid, la mère 
fe trahit bientôt par fes cris , en quoi fon 
inftin& paroît différer de celui des autres 
alouettes qui , lorfqu'elles craignent quel- 
que danger fe taifent & demeurent im- 
mobiles. 

M. Willughby a vu un nid de /pipo- 
lette fur un genêt épineux , fort près de 
terre r compofé de moufle en dehors , 
& en dedans de paille & de crin de 
cheval ( b ).- 

On eft aflez curieux d'élever les jeunes 
mâles à caufe de leur ramage 3 mais cela, 
demande des précautions: il faut au com* 
mencement couvrir leur cage d'une étoffe 
verte * ne leur laifler que peu de jour r 
& leur prodiguer les œufs de fourmis. 
Lorfqu'ils font accoutumés à manger &à 
boire dans leurprifon, on peut diminuer 
par degrés la quantité des œufs de four- 
mis, j fubftituant infenfîMementleche'- 
iievis écrafé > mêlé avec de la fleur de 
farine & des jaunes d'œufs* 

On prend les fpipolettes au filet traîné. 



(h) Willughby, Ornithohgia, page 25. 



^4 Uifloire Naturelle 

comme nos alouettes , & encore avec de$ 
gluaux que l'on place fur les arbres oiï 
elles ont fixé leur domicile -, elles vont 
de compagnie avec les pinfons, il paroît 
même qu'elles partent & qu'elles revien- 
nent avec eux. 

Les mâles diffèrent peu des femelles à 
l'extérieur ^ mais une manière fûre de les 
reconnoître , c'eft de leur préfenter un 
autre mâle , enfermé dans une cage , i!s 
fe jetteront bien-tôt deffus comme (ux 
un ennemi, ou plutôt comme fur un 
riv:al (t)\ 

Willughby dit , que la fpipolette dif- 
fère des autres alouettes par la couleur 
2*oire de fon bec & de fes pieds ( d) , 
il ajoute que le bec'¥ft grêle , droit & 
pointu, les coins de la bouche bordés 
de jaune -, qu'elle n'a pas , comme le cuje- 
lier , les premières pennes de l'aile plus 
courtes que les fuivantes, & que le mâle 
a les ailes un peu plus noires que la 
femelle. 

Cet oifeau fe trouve en Italie, en Aï* 



(c) Voyt\ Frifch, pi 15. 
(à). Ornithologie 9 page 253* 



ies Alouettes. Sf 

ïemagne , en Angleterre , en Suéde 5 
&c. (e). 

M. Briffon regarde f alouette des champs 
de Jeflbp comme étant de la même ef- 
pèce que la iîenne , quoiqu'elles différent 
entr'elles.par l'ongle poftérieur qui eft 
fort long dans la dernière v & beaucoup 
plus court dans l'alouette de Jeffbp (/) v 
mais on fait que la longueur de cet ongle 
eft fujette à varier fuivant l'âge, le fexe, 
Sec. II y a une différence plus marquée 
entre l'alouette de champ de M. Briffon 
& celle de M. Linn«eus , quoique ces deux 
Naturalistes les regardent comme appar- 
tenant à la même eipèce } l'individu décrit 
par M. Linnasus avoit toutes les pennes 
de la queue , à l'exception des deux in- 
termédiaires ? blanches depuis labafe ju£ 
qu'au milieu de leur longueur } au lieu 
que celui de M. Briffon n'avoit de blanc 
qu'aux deux pennes les plus extérieures , 
£ms parler de beaucoup d'autres différent 



(e) Voyez Aïdrovande & Wiiîughby , aux en- 
droits cités. — British Zoelogy , page 94; & Fauna 
Suecicci) r..° 193. 

(ÎJ y°y*l l'Ornithologie de Willughby r pag. 150» 



66 Uifloire Naturelle 

ces de détail , qui fuffîfeiit avec les précé- 
dentes pour conftituer une variété. 

Les fpipolettes vivent de petites grai- 
nes & d'infe&es -, leur chair , lorfqu'ellc 
effi-graffe , eft un très-bon manger : elles 
ont la tête & tout le defîus du corps d'un 
gris-brun teinté d'olivâtre -, les fourcils , 
la gorge & tout le deflous du corps d'un 
blanc-jaunâtre , avee des taches brunes 
oblongues fur le cou & la poitrine -, les 
pennes & les couvertures des ailes , bru- 
nes, bordées d'un brun plus clair -, les 
pennes de la queue noirâtres , excepté les 
deux intermédiaires qui font d'un gris- 
brun, la plus extérieure qui eft bordée 
de blanc , & la fuivante qui eft terminée 
de même •> enfin le bec noirâtre & les pieds 
bruns. 

Longueur totale , fix pouces & demi 5 
Bec , fix à fept lignes *, vol , onze pouces 
& plus s queue, deux pouces & demi, 
«m peu fourchue , compofée de douze 
pennes, dépafîeles ailes de quinze lignes,. 



des Alouettes, Gy 



LA G IROLE (a). 

M. Brisson foupçontie , avec grande ap- 
parence de raifon , que rîndividù obfervé 
par AIdrovande , étoit un jeune oifeau 
dont la queue extrêmement courte & 
compofée de plumes très-étroites 3 n'étoit 
pas entièrement formée , & qui avoit en- 
core la commiflure du bec bordée dé 
jaune v mais H y auroit eu, ce me femble ? 
une féconde conféquence à tirer de-là 5 
c'efl: que c'était une fimple variété d'âge 3 
^ppartenaate à une efpèce connue , d'au- 
tant plus qu'AIdrovande y le feul Auteufc 
qui en ait parlé 5 na jamais vu que ce 



(a) Giarola. Aïdrovande, Omithoh tome II r 
page 765. 

Giarôta Aldrovanil 7 calcare oblongo. WiiïMghbjj 

P*g- l 5~ > §• **• 

— Ray,Synopf. Av. pag. 70, Sp. 10. 

Alauda fîtpernè fufco-caftama ; marginibus penntt* 
mm iilutioribus ; infernè alba ; teeniâ tranfperfè albi- 
canu oecipitium cingentt ; reftrice extimâ aie a , pro~ 
xhnè fequenti apiee albâ . . . Alauda italica, 1'aloueUC' 
d'Italie. Brijfin, tonu III, pag. isS- 



68 Hifioire Naturelle 

feul individu. II étoit de la taille de notre 
aîouette commune-, il en avoit le prin- 
cipal attribut -, c'eft-à-dire , le long éperon 
à chaque pied -, le plumage de'fa tête & 
de tout le deffus du corps étoit varié de 
brun -marron, de brun plus clair,- de 
blanchâtre & de roux vif: AIdrovande le 
compare à celui de la caille ou de la 
bécaile. Il avoit le deflbus du corps blanc-, 
le derrière de la tête ceint d'une efpèce 
de couronne blanchâtre *, les pennes des 
ailes brun-marron , bordées d'une couleur 
plus claire -, celles de la queue , du moins 
les quatre paires intermédiaires , de la 
.même couleur-, la paire fuivante mi-partie 
de marron & de blanc , & la dernière 
paire toute blanche -, la queue un peu 
fourchue , longue d'un pouce -, le fond 
des plumes cendré -, le bec rouge à large 
ouverture -, les coins delà bouche jaunes -, 
les pieds couleur de chair -, les ongles 
blanchâtres -, l'ongle poftérieur long de 
fix lignes , prefque droit & feulement un 
peu recourbé par le bout. 

Cet oifeau avoit été tué aux environs 
de Boulogne , fur la fin du mois de mai. 
Je le préfente ici feulement comme un 



des Alouettes. 69 

problème à refondre aux Naturalistes, qui 
font à portée de l'obferver , & de le rap- 
porter à fa véritable efpèce -, car, encore 
une fois, je doute beaucoup que Ton en 
doive faire une efpèce diftinête & Répa- 
rée. JM. Ray lui trouve beaucoup de rapr 
port avecie cujelier, & ne voit de diffé- 
rence que dans les couleurs "des pennes 
de la queue $ cependant il auroit dû y. 
voir auflï une différence de grandeur 5 
puifqu'il eft auflï gros que l'alouette or- 
dinaire , & par conféquent plus gros que 
le cujelier y différence à laquelle on'doit 
avorr encore plus d'égard , fi Ton fuppofe 
avec M. Briffon que Toifeau d'Âldro*: 
yande étoit jeune. 



SWé 



m. 



^Sjp 



yO HiJIoire Naturelle 

IMMimiiMi i ■ nurnmÊÊÊBÊMmMA,mL.*i4éJUB3*zGBBMi\\ ni— mi iag 

— ' " ■ ■ ■ ■!< 

* L^ CALANDRE 
ou GROSSE ALO UETTE (a). 

vJppien , qui vivoit dans le fécond fïècle 
de l'Ere chrétienne y efl: le premier parmi 

* Fbj'eç les planches enluminées, n*° 363., ;/zg. 2. 

(a) Corydalus , galerita , alauda maxima ; en 
^Grec , KopucT^Àoç fAsycoÂrstroç \ calandre. Béfon , Hift. 
Nat. Ses Oifeavx , pag. 270, cap. XXIV. 

Calandra , a/Wa maxima ; forte gurgulus Albcrti , 
KaxavcTpà; Oppiani; C/mmœ^slos^id e/2, calandrus SU* 
vatici; en Grec moderne, brakola ; en Allemand, 
kalander , galander; en Italien & Efpagnol, shalan- 
dra , chalandria;h Venife, coiydalos, mot grec de- 
venu vulgaire. Gefner, ^v. pag. 80. 

— Aldrovande, Ornitol. tome II, pag- 846. 
Calandra , lodola maggmre. Olina , Uccelleria , 

page go* 

Calandra. Willugfaby , OmithoL pag. IJI. Il ne 
connoiflbit point cet oifeau qu'il confond avec 
l'ortolan de neige : Ray ne l'a pas même nommé. 

— The buntitig. Charleton , Exercit. page 88 , 
tt.° 4. Il avoit , comme on voit, adopté l'erreur 
djg Wiliughby. 

— Klein, Ordo Av. pag. 72. Cet Auteur jugeant 
d'après la figure donnée par Olina, étoit periuadé 
que la calandre n'étoit autre chofe qu'une alouette 



des Alouettes. j\ 

les Anciens qui ait parlé de cet oifeau, 
en indiquant la meilleure façon de le 
prendre (b) * & cette façon eft précifé- 
nient celle que propofe Olina : elle con- 
iîfte à tendre le filet à portée des 
eaux où la calandre a coutume d'aller 
boire. 

Cet oifeau ^ft plus grand que Ta* 



commune , à laquelle îe deflinateur wok fait un 
bec un peu trop épais» 

Alauda non cri fiât a , cinerea, pe&ore allo^ maculofo i 
en Catalan , calandra •> aneda, Barrère , Specim* iiqv. 
Sp. 5, page 40. 

AUuàa re&rice extimâ exteriùs totâ , albâ, fecundâ 
terdâque apice albis , fafciâ peftorali fufcâ. Calandra , 
Linnaeus, Syfi. Nat. éd. Xlil, Sp. 9 , pag. 288. 

Tht calandra, la calandre. Edwards 9 p). 268. 

Alauda fupemè fufco & grifeo varia , infime aléa ; 
collo inferiore & pe&ore nigro macula tis; remigibus mino- 
ribus apice albis ; rediriez extimâ exteriùs & ultimâ 
medietate , albâ ; duabus proximè fequentibus apice 

albis Alauda major Jive calandra 5 la groffé 

alouette ou la calandre. Brijfin, tome III 9 pag. 352. 

En Provence 9 couIafîade, à caufe de ion collier. 

Aux environs d'Orléans , alouette de bruyère ; 
en Grec moderne 9 kalandra. Salerne , Oifeaax 9 
page 196. Cet Auteur nous apprend que la rue de 
la calandre à Paris tire fbn nom d'une calandre 
qui y pendoit pour enfeigne« 

(b) Ixeutic. Ub, III. 



ji Hljloire Naturelle 

louette-, il a aufli le bec pins court 8c 
plus fort, en forte qu'il peut cafler les 
graines y de plus i'efpèce eft moins nom- 
breufe & moins répandue. A ces diffé- 
rences près , la calandre reffemble tout- 
à-fait à notre alouette , même plumage , 
à-peu-près même port , même .confor- 
mation dans renfemble& dans les détails, 
même mœurs & même voix, fi ce n'eft 
qu'elle eft plus forte , mais elle eft auflï 
agréable (^), & cela eft fi bien reconnu, 
qu'en Italie on dit communément chanter 
comme une calandre , pour dire chanter 
bien (d). De même que- l'alouette ordi- 
naire, elle joint à ce talent naturel celui de 
contrefaire parfaitement le ramage de plu- 
sieurs oifeaux , tels que le chardonneret, la 
linotte, le ferin, Sec. & même îe pio- 
ïement des petits pouffins, le cri d'appel 
de la chatte (e), en un mot, tous les 
fons analogues à fes organes , & qui s'y 
font imprimés lerfqu'ils étoient encore 
tendres* 



fcj Bélon,, Nature des Oifeaux , page 270. 

(d) Aïdrovande, Ornithol. tome II ? pag. 847, 

(e) Oiina , à Pendroit cité. 

Pou* 



des Alouettes. j 5 

Pour avoir des calandres qui chantent 
bien, il faut > félon Olîna", prendre les 
jeunes dans le nid , & du moins ayant 
leur première mue , préférant , autant 
qu'il eft poffible y celle de la couvée dit 
mois d'août , on les nourrira d'abord 
avec de la pâtée compofée en partie 
de cœur de mouton -, on pourra leur 
donner enfuite des graines avec de la 
mie de pain , &c. ayant foin qu'elles 
aient toujours dans leur cage un plâtras 
pour s'aiguifer le bec, & un petit tas de 
fablon pour s'y égayer lorfqu'elles font 
tourmentées par la vermine .Maigre toutes 
ces précautions , on n'en tirera pas beau- 
coup de plaifir la première année 5 car 
la calandre eft un oifeau fauvage , c'eft- 
à-drre , ami de la liberté , & qui ne fe 
façonne pas tout de fuite à l'efclave. 
Il faut même dans les commencemens 
au lui lier les ailes , ou fubftituer au 
plafond de la cage une toile tendue (f) y 
mais auflî lorfqu* elle eft civiiifée & qu'elle 
a pris le pli de fa condition , elle chante 
fans ceffe , fans cefîe elle répète ou fori 

(f) Ibidem. 

Oifeaux , Tome IX D 



74 HiJIoire Naturelle 

ramage propre ou celui des autres 
oifeaux 5 & elle fe plaît tellement à cet 
exercice, qu'elle en oublie quelquefois 
ïa nourriture ( g}„ 

On diftingue ïe mâle en ce qu'il eft 
plus gros 3 & qu'il a plus de noir autour 
du cou *, la femelle n'a qu'un collier fort 
étroit {h)\ quelques individus, au lieu 
de collier , ont une grande plaque noire 
fur le haut de la poitrine *, tel étoit l'in- 
dividu que nous avons fait repréfenter. 
Cette efpèce niche à terre comme l'a- 
louette ordinaire , fous une motte de 
gazon bien fournie d'herbe , & elle pond 
quatre ou cinq œufs. Olina , qui nous 
apprend ces détails , ajoute que la calan- 
dre ne vit pas plus de quatre ou cinq 



(g) Gefner, de Avions , pag. 8o« 

(A) Voyei Edwards,/?/. 268. Celui qui a donné 
cette obfervation à M- Edwards , avoit une méthode 
de diftinguer îe mâle de la femelle parmi ïes petits 
oifeaux ; c'étoit de les renverfer fur le dos & de 
fouMer fur l'eitomac ; lorfque c'eft une femelle, 
Jespîumesfe fè*parent de chaque coté , laiflant l'efto- 
mac à nu; mais cette méthode n'eft s.û-re que dans 
h faifon où ies oifeaux nichent, Gefner , de Jy* 
page 8.0. 



des Alouettes. 7 j 

ans, & par confcquent beaucoup moins 
que l'alouette : Béton çonjeânre qn'ell^ 
va par troupes comme cette dernière 
efpèce -, il ajoute qu on ne la verroit point 
en France , fi on ne l'y apportait d'ail- 
leurs *, mais cela fignifie feulement qu'on 
n'en voit point au Mans ni dans les pro- 
vinces voifines , car cette efpèce eft com- 
mune en Provence , où elle fe nomme 
coidaJJade> à caufe de fon collier noir , & 
où Ton a coutume de l'élever à caufe de 
fon chant. A l'égard de l'Allemagne, de la 
Pologne , de la Suède & des autres pays 
du Nord^, il ne paroît pas qu'elle y foit 
fréquente : on la trouve .en Italie , vers les 
Pyrénées , en Sardaigne -, enfin M. RuiTel 
a dit à M. Edwards qu'elle étoit com- 
mune aux environs d'Alep , & ce dernier 
nous a donné la figure coloriée d'une 
vraie calandre , qui venoit , difoit-on ,' 
de la Caroline (i) -, elle pouvoit y avoir 
été tranfportée, elle ou fes père & mère , 
non-feulement par un coup de vent , 
mais encore par quelque vaiffean Euro- 



Ci) Glanures, féconde partie, pag. 123 ,pl 268. 

Dij 



7 6 Hifloire Naturelle 

péen -, 8c > comme c'eft un pays chaud , il 
eft très-probable que r.efpèçe peut y prof- 
pérer & s y naturalifer. 

M. Adanfon regarde la calandre comme 
tenant le milieu entre l'alouette & la 
grive , ce qui ne doit s'entendre que dij 
plumage & de la forme extérieure , car 
les habitudes de la grive & de la calandre 
font fort différentes , entre autres dans 
îa conftruftion du nid. 

Longueur totale ? fept pouces & un 
quart ; bec , neuf lignes \ vol , treize 
pouces & demi-, queue, deux pouces un 
tiers , compofée de douze pennes , dont 
les deux paires les plus extérieures font 
bordées de blanc y la troiiième paire ter- 
minée de même , la paire intermédiaire 
gris -brun, tout le refte noirâtre; ces 
pennes dépaffent les ailes de quelques 
lignes -, doigt poftérieur , dix lignes. 




des Oifiaux étrangers, 77 

OISEAUX ÉTRANGERS 

Qui ont rapport à la Calandre. 

% 

*LA CRAVATE JAUNE 

ou C A L A N D R E 

dv cap de Bonne-espérance {a). 

Je if 5 ai point vu l'individu qui a ferri 
de modèle à la figure £ de la planche £04 > 
mais j'en ai vu plufieûrs de la même e(- 
pèce. En général , les maies ont le deflus 
du corps brun, varié de gris r la gorge 

+ Voyez îes planches enluminées, u^go^^fig. 2. 

fa) Alauia fupernè fufco & grifio paria y infemè ex 
fufo ad aurantium inclinans ; guitare aurantio , Hneâ 
fufifi circamdaio ; txriia fiïpra oculos ftavo-atirantiœ; 
reètncibus quatuor utiimque ex t'unis apice albis », . . . . 
Alauda tapais Bonz-fpei , Palouette du cap de 
Bonne-efpérance. Bnffon , tome III', pag. 364. 

M. le vicomte de Querhoè'n, enfeigne de vaif- 
feau, & M. Commerfon , ont tous deux obfervé 
cette alouette, au cap de I3onne-efpérance ? en des 
fcems différens. 

I>nj 



78 Hijloire Naturelle 

& le haut du cou d un bel orangé , <& 
cette efpèce de cravate eft bordée de 
noir dans toute Ta circonférence \ cette 
même couleur orangée fe retrouve encore 
au-defilis des yeux en forme de fourciîs , 
fur les petites couvertures de l'aile , par 
petites taches 5 & fur le bord antérieur de . 
cette même aile dont elle deflîne le con- 
tour : ils ©nt la poitrine variée de brun, 
de gris & de jaunâtre -, îe ventre & les 
flancs d'un roux-orangé *, le deffus de la 
queue grifâtre; les pennes de la queue 
plus ou moins brunes , mais les quatre 
paires les plus extérieures bordées & 
terminées de blanc -, les pennes des ailes 
brunes auiîi bordées , les grandes de 
jaunes , & les moyennes de gris \ enfin le 
bec & les pieds d'un gris-brun plus ou 
moins foncé» 

Deux femelles que j'ai obfervées 
avoient la cravate non pas orangée-, mais 
d'un roHx - clair , la poitrine grivelée de 
brun fur le même fond , qui devenoit 
plus foncé en s'éloignant de la partie 
antérieure \ enfin le deflus du corps plus 
varié , parce que les plumes étpient bor- 
dées d'un gris plus clair. 



des Oifeaux étrangers. 7 9 

Longueur totale , fept pouces & demi -, 
bec , dix lignes ; vol , onze pouces & 
demi *, doigt poftérieur , ongle compris , 
plus long que celui du milieu -, queue , 
deux pouces & demi y un peu fourchue > 
compofée de douze pennes , dépafïe les 
ailes de quinze lignes. J'ai vu & mefuré 
tin individu qui avoit un pouce de plus 
de longueur totale > & les autres parties à 
proportion; 

I L 

LE HAUSSE-COL NOIR 

ou l ALOUETTE de Virginie* 

Je rapproche cette Alouette amé- 
ricaine de la cravate jaune à laquelle elle 
a beaucoup de rapport -, mais elle en 
diffère cependant par le climat , par la 
grofïeur & par quelques détails du plu- 
mage : elle pafle quelquefois en Alle- 
magne ( a ) dans les teitis de neige , & 



(a) The lark , Païouette» Catesby > pï. 32. 

Alauda Ueniaus feu nivatis ; en Allemand , di& 
fc/mec-lîTche. Frifçh , tom, I* cl //* dw. 11 , pL ri , 
*P 16. 

Div 



8o Hijîoire Naturelle 

c'eft par cette raifon que M. Frïch Ta 
appellce alouette d'hiver ;■ mais il ne faut 
pas k confondre avec le lulu , à qui , 
félon Gefner (b) , on pourroit donner 
ïe même nom, puifqu'il paroît dans le 
tems où la terre eft couverte de neige. 
M. Frifch nous dit qu'elle eft peu connue 
en Allemagne , & qu'on ne fait ni d'où 
-elle vient ni où elle va. 

On en a pris auffi quelquefois aux envi- 
rons de Dantzick , avec d'autres oifeaux , 
fans les mois d'avril & de décembre, 
& Tune d'elles a vécu plusieurs mois en 



Alauâa gutture flavo Virginia & Carolina \ en 
•Aîtenv-jncl . gelbartigelerche.Kïe'm y Ord. Av. pag. 164. 

Alduda jupernè fubfufca , infernè albo-fiapicans-y 
guttur* & ajclo inferwre lu tel s, tœniâ utr inique longitu- 
dmali nigrâ infra oculos ; tœniâ tran fiers â lunulatâ in 
fummope&Gre nigrâ; remigibus re&ricibufquefubfufcis...» 
Mauda Virginiana , l'alouette d« Virginie , .Brijfoip» 
tom, III, page 3,67. 

Alauda alpeftris , re&ricibus dimidio intmore albis.; 
gulâ flavâ, fifciâ fuboculari peBoralique nigrâ. .... 
Linnacus, Syjh Nat. éd. XIII, page 289. 

C'eft vraifembiabïement Yalauda riparia minot 
torquata de Barrère. France équinoxialc ? féconde 
partie , page 122. 

(b) De Jyib'us, pags 795.. 



des Oifcûiix étrangers. 8 f 

cage. M. Klein préfunie qu'elles avoîent 
été apportées par un coup de vent de 
l'Amérique feptentrionale dans la Nor- 
wcge ou dans les pays qui font encore 
plus voifins du pôle , d'où elles avoîent 
pu facilement paffer dans des climats 
^phis doux. 

II paroît d'ailleurs que ce font des oî- 
feaux de paffage *, car nous apprenons cîe 
Catefby qu'elles ne par'oiiTent que l'hiver 
dans la Virginie & la Caroline , venant 
du nord de l'Amérique par grandes vo- 
lées, & qu'au commencement du prin- 
tems elles retournent fur leurs pas. Pen- 
dant leur féjour > elles fréquentent les 
dunes , & fe nourrirent de l'avoine qui 
croît dans les fables; 

Cette alouette eft de la grofîeur de la 
nôtre, & fon chant eft à-peu-près le 
même : elle a le deffus du corps brun •„ 
le bec noir v les yeux placés fur une bandé 
jaune qui prend à la bafe du bec y la 
gorge & le sefte du cou de la même cou- 
leur , & ce jaune eft en partie terminé de 
chaque côté par une bande noire qui , 
partant des coins de la bouche s pafîe fous* 
îes yeux , & tombe jufqu'à la moitié du, 

Dv 



82 HiJIoire Naturelle 

cou 5 H eft terminé au bas du cou par une 
efpèce de coîîier ou haufle-col noir : la 
poitrine & tout ïe défions dû corps font 
d'une couleur de pailie-foncée. 

Longueur totale , Cix pouces & demi y 
bec , fept lignes -, le doigt & l'ongle pofté- 
rieurs encore plus longs que dans notre 
alouette; queue, deux pouces & demi, 
un peu fourchue , compofée de douze 
pennes , dépaffe les ailes de dix à onze 
lignes. 

I I I. 

L'ALO UETTEaux joues brunes 

DE F E N S I L V AN I E {a). 

Voici encore une alouette de paiïage , 
& qui eft commune aux deux conti- 



(a) The laïkfrom Penfylvania. Edwards,/?/. 297. 

Alauda fupernè où fi are faf.a , in ferrie fulvo-rufef- 
cens , maculis fufas paria ; geiris tàgîicantibus ; tœniâ 
utrimqae Jlipra ocalos rufe fiente ; redtrice ex rima alla , 
proximc Jequenti apice albâ.... Jiaada. Penfylvaiiica , 
l'alouette de Peniilvanie, BriJJbn 9 tome VL^fi/pplé- 
ment, page 94. 

Theredlark, alouette rougeâtrç> Brïtiih Zoology , 



des Oi/eaux étrangers. %$ 

tfens-, car M. Bartran , qui l'a envoyée 
à M. Edwards, lui a mandé qu'elle corn- 
mençoit à fe montrer en Peniîlvanie 
dans le mois de mars , qu'elle prenoit fa 
route par le nord, & qu'on n'en voyoit 
plus à la fin de mai;, &, d'un autre côté,, 
M. Edwards allure l'avoir trouvée dans- 
les environs de Londres. 

Cet oifeau efi de la groffeur de la fpï-r 
polette : il a le bec mince , pointu & de 
couleur foncée v les yeux bruns , bordés- 
d'una couleur plus claire , & fîtués dans* 
une tache Brune , de forme ovale , qui 
defcend fur les joues, & qui efl circons- 
crite- par une zone en partie blanche , en 
partie d'un fauve vif. Tout le deffus du 
corps efl; d'un brun-obfcur,^ l'exception 
des deux pennes extérieures de la queue 
qui font blanches -, le cou , la poitrine & 
tout le defîous du corps font d'un fauve 
rougeâtre , moucheté de brun : les pieds 
Se les ongles font d'un brun-foncé comme 
le bec -, l'ongle poftérieur eft fort lono- 
mais cependant un peu. moins que dans 
l'alouette commune. Enfin une fînguia- 
rite de cette efpècey c'eft que l'aile étant 
repliée & dans fou repos , la troifiènjc 

Dvj. 



S 4 tJifloire Naturelle 

penne , en comptant depuis le corps , at- 
teint l'extrémité des plus longues pennes 9 
ce qui efï, félon M. Edwards, le carac- 
tère confiant des lavandières *, & ce n'eft 
pas le feul trait de reffemblance qui fe 
trouve entre ces deux efpèces -, car nous 
avons déjà vu à la fpipolette & à la far- 
loufe un mouvement de queue femblab le 
à celui des lavandières y auxquelles on a 
donné trop exclu fiv ement , comme oh 
voit ? le nom de hoce-queues* 




des Alouettes. 85 



*LA KOUSSELINE 

ou l ALOUETTE de marais (a) - 

Cette alouette qui fe trouva en Aî^ 
face, eft d'une groileur moyenne entre 
l'alouette commune & la farloufe -, je 
l'appelle roujjeiine , : parce que la coup- 
leur dominante de fon plumage eft un. 
roux plus ou moins clair : elle a îe deffus 
de la tête Se du corps varié de cette coup- 
leur & de brun *, les cotés de la tète 
rouflatres , rayés de trois raies brunes 
prefque parallèles v dont la plus haute 
pafie. fous l'œil \ la gorge d'un roux très~ 
clair*, la poitrine d'un roux un peu plus 
foncé , & Cerné de petites taches brunes 
fort étroites y le ventre & les couvertures 



# Voyez ï es planches enluminées, £•- 66 1 ,fig. r. 

(o) An alauda pineti , coloris ravi , ruhicofi de 
JLçaezyttski ; en Polonois > skowronek borowy , lercha 
hdwuchna ? Dans le pays Meffin , grande Jïnjtgnotte 
d'eau i ailleurs > alouette d'eau grande farloufe des 
jfréS' 



t& Mijfoirê Natureïït* 

inférieures de la queue dam roux-clair;' 
les pennes de la queue & des ailes noi- 
râtres,, bordées du même roux -, le bec & 
les pieds jaunâtres. 

Cette alouette fait- entendre fon chant 
dès le matin , comme plufieurs autres eP 
pèces de ce genre , & fon- ramage eft 
fort agréable, félon Rzaczynski. Son: 
nom d'alouette de marais indique affez 
qu'elle fe tient près des eaux y on la ; 
voit fouvent fur la grève \ quelquefois 
elle niche fur les bords de la Mofelle v 
dans les environs de Metz, où elle paroît 
tous les ans en octobre , & où Ton en 
prend alors quelques-unes. 

M. Maudiiit m'a parlé d'une alouette 
touffe, qui avoit les plumes du deffus du 
corps terminées de blanc, ainfi que les 
pennes latérales de la queue -, c'eft pro- 
bablement une variété dans l'efpèce de 
îa rouffeiine,;. 

Longueur totale , fïx pouces un quart "5 
fcec, huit lignes ; tarfe, un pouce-, doigt 
poftérieur , quatre lignes*, fon ongle , 
trois lignes & demie , un peu courbé -, 
queue , deux pouces un quart y dépafle te$^ 
ailes de dix-huit lignes,- 



des A fouettes* 87* 

*LA CEINTURE DE PRÊTRE 

ou z ALOUETTE br Sibérie {a). 

De tous les oiseaux à qui on a donne 
le nom d'alouette , ceft celui-ci qui a le' 
plus beau plumage & le plus diftingué : 
il a la gorge , le front & les côtés de la 
tête d'un joli jaune , relevé par une petite 
tache noire entre l'œil & le bec , la- 
quelle fe réunit à une autre tache plus 
grande, fituée immédiatement fous l'œil , 
la poitrine décorée d'une large ceinture 
noire y le refte du deflous du corps 
blanchâtre^ les flancs un peu jaunâtres 5 
variés par des taches plus foncées y le 
defîus de la tête & du corps varié de rouf- 
fâtre & de gris-brun -, les couvertures fit- 
périeures de la queue jaunâtres, les pen- 
nes noirâtres, bordées de gris , excepté 
les plus extérieures , qui le font de blanc y 
les pennes des ailes grifes , bordées fine- 



* Voyelles planches enluminées , n*o 650, flg i»- 
(a) Ne feroit-ce pas ïe thufu ty diriger dsntparje 

M. Muifer avec incertitude dans fa Zoologie Da- 

xioife j/^e 29? 



8 8 Hijloire Naturelle 

ment d'une couleur plus noire \ les cqvl^ 
vertures fupérieures du même gris, bor- 
dées de rouflâtre 5 le bec & les pieds 
gris-de-plojnb. 

Cetoifeau a été envoyé de Sibérie, où 
il n'eft point commun. Le voyageur Jean 
Wood parle de petits oifeaux femblables 
\ l'alouette , vus dans la nouvelle 
Zemble (b) -, on pdurfoit foupçonner 
que ces petits oifeaux font de la même 
efpèce que celui de cet article 5 puifque 
les uns & les autres fe plaifent dans les 
climats feptentrionaux : enfin je trouve v 
dans le catalogue des oifeaux de Rufïie 3 
une alauda tungujlica , ce qui femble 
indiquer une alouette huppée du pays 
des Tongufes , voifins de la Sibérie. Il 
faut attendre les obfervations pour mettre 
ces oifeaux à leur place. 

Longueur totale , cinq pouces trois 
quarts -, bec , fîx à fept lignes -, doigt 
poftérieur , quatre lignes & demie -, fori 
ongle , cinq lignes & demie *, queue 5 
deux pouces 3 compofée de douze pennes , 
dépafle les ailes d'un pouce. 

( b yVoyei Uift. générale dçs Voyages P tom, XK % 

j-'^e 167. 



des Oifsaux étrangers. 89 



OISEAUX ÉTRANGERS 

Qui ont rapport aux Alouettes* 
II 

L A VARIOLE.* 

C'est M. Commerfon qui nous a rap- 
porté cette jolie petite alouette du pays 
qu'arrofe la rivière de la Piâta. Le nfcm 
de Variole , que nous lui avons donné , 
a rapport à l'émail très -varié & très- 
agréable de Ton plumage : elle a en effet 
le deflus de la tête & du eorps noirâtre , 
joliment varié de différentes teintes de 
roux-, le devant du cou émailié de même V 
la gorge & tout le defïous du corps blan- 
châtre^ les pennes de la queue brunes , 
bordées 3 les huit intermédiaires de roux*- 
ckir, & les deux paires extérieures de 
blanc -, les grandes pennes des ailes grifes , 
& les moyennes brunes , toutes bordées 

* Voyti les planches enluminées , n.° 738 r $$ f- 



90 Uijloire Naturelle 

de rotiflatre -, le bee brun , échancré près 
de la pointe y les pieds jaunâtres* 

Longueur totale, ciirq pouces un quart;; 
bec , huit lignes ; tarfe , fept ou huit li- 
gnes-, doigt poftérieur, trois lignes \ Ton 
ongle, quatre lignes ; queue , vingt lignes , 
un peu fourchue , compofée de douze 
■gcnms y dépaffe les ailes d'un pouce, 

I L 

LA CENDRTLLË. 

J'ai vu le defïîn d'Une alouette dit 
cap de Bonne-efpérance , ayant la gorge 
Se tout le deflbus du corps blanc, le deflus 
de la tête roux , Se cette efpèee de calotte 
bordée de blanc depuis la bafe du bec 
jufqu'au-delà des yeux -, de chaque côté 
du cou , une tache ronfle bordée de noir 
par en haut \ la partie fupérieure du cou 
& du corps , cendrée , les couvertures 
fupérieures des ailes & leurs pennes 
moyennes, grifes -, les grandes , noires, 
ainfî que les pennes de la queue. 

Longueur totale , cinq pouces ; bec , 
kuit lignes ô ongle du doigt poftérieur 



des Oifeaufi étrangers. p r 

droit & pointu , égal à ce doigt -, queue 5 
dix-huit à vingt lignes 5 dépaflant les ailes 
de neuf lignes. 

Y auroit-il quelque rapport entre la 
cendrille & cette alouette cendrée que 
l'on voit en grandnombre 5 félon M. Shaw ? 
aux environs de Biferte, qui eft l'ancienne 
Utique ? toutes deux font d'Afrique , 
mais il y a loin des côtes de la Méditer- 
ranée au cap da Bonne - efpérance , & 
d'ailleurs l'alouette cendrée de Biferte 
n'eft pas aflez connue pour qu'on puiffe 
la rapporter à fa véritable efpèce: peut- 
être faudra-t-il la rapprocher de la gri,- 
fette du Sénégal, 

I I I. 

* L E S I RL I 

du cap de Bonne-espérance {aSj- 

Si cet oiseau femble s'éloigner du* 
genre des alouettes par la courbure de 



* Voyez îes planches enluminées, n. & 712". 
(a) C'efi une efpèce nouvelle, quia été envoyée 
au Cabinet du Roi par M, de Rolenevez^ & qui 



pz HiJIoire Naturelle 

fon bec , il s'en rapproche beaucoup par 
|a longueur de fon éperon , c eft-à-dire , 
de fon ongle poftérieur. 

II a toute la partie fupérieure variée 
de bran plus ou moins foncé , de roux 
plus ou moins clair , & de blanc y les 
couvertures des ailes , leurs pennes &: 
celles de la queue r brunes , bordées de 
blanchâtre , quelques-unes ayant une 
double bordure T Tune blanchâtre & l'au- 
tre rouffâtre y toute la partie inférieure du 
corps blanchâtre, femée de taches noi- 
râtres -, le hec noir & les pieds bruns. 

Longueur totale ,. huit pouces •, bec % 
tiri pouce-, tarfe, treize lignes -, doigt pof- 
térieur, quatre lignes, f ongle de ce doigt, 
fèpt lignes , droit & pointu *, queue , en- 
viron deux pouces & demi , compofée de 
douze pennes , dépafle les ailes de dix- 
huit lignes. 

»■ " ■ ' ■ i "• ' ; ■ "' ■■' " ' " ' ■ ■ - ™ ■ ■ m ■ h ■!■ ■■ ■ . I - i , 

ne reiïembîe que par fe nom au shiriée de M. Ed- 
wards, pL 342 , lequel eft un troupiale. Voyez ci- 
deffus, lomi III, page 214, & toms If 1 page 303* 



des Alouettes. 9 $ 



+ LE COCHE VIS 

ou LA GROSSE ALOUETTE HUPPÉE (a), 

Cette alouette a été nommée Cochevis , 
parce qu'on a regardé l'aigrette déplumes 



* Voye\ les planches enluminées , ti°° 503 ,fig. 1. 

(a) KopiTctXQÇ xo<pw i^7tt ; gakrita , criflata , fer* 
rg/;a;Àriftote, Hift. animal. ïib- IX, cap- 25. 

GaUritus, (& non galericus comme dit Gefner). 
Varron. Ling. lau iib- IV- 

Gakrita , gallic® yocabulo alauda* PlLçie 9 //£. XI, 

Alauda criflata , fia terrena , cajjita , galerita ; en 
Grec , KopucT.a?vK , K&pycToç • cochevis* Béion , Nature 
des Oifeaux, page 267. 

Alauda criflata , alauda pileata fyhatici ; forte goflur- 
dus , gu\ardus ; à Damas , anaberi , alcanabir; ailleurs 9 
kambrah , alcubigi , geceid ; en Italien , kdola capel- 
luta , chapelina , çnvardla , ciperina ; en Allemand , 
hrch , àeubellerch jWaeglerch ( alouette des chemins); 
en Angiois, lark. Gefner, Aves , page 79. 

Alauda criflata ; en Italien , capelluta , capellitia» 
Aîdrovande , OnuthoL pag. 841. 

Lodola capelluta ; en Latin 5 galerita» Olina 9 T/fr- 
telleria , fol. 13. 

Alauda criflata major. Jonfton, Av* pag. 70» 

— En Angiois , the crefted lark; en Allemand t 



5>4 Hi/Ioire Naturelle 

dont fa tête eft furmontée 5 comme une 
clpèce de crête ,& co'nféquemment comme 



kommamek. WiHu.ghby, Ornithol. pag^ 161 , §. vu. 

— The greater crefted Urk. Ray , Synopf. page 69 , 

S?. 4' 

— .Sibbalde, ^//<w Scot. part. II, Hb. III, 

cap. iv , page 17. 

- — Alauda capdiata, alauda viarum ; en Aïfemand , 
kobellerch , kottlerch , Iuerle. ...... Schwenckfeld , 

Av. Sifef. pag- 192, Sp. 2. 

- — En Poïonois^ dxjcrlatka. Rzaczynski , Auïï. 

Polon. pag- 354 > n '° v * 

Alauda capitula, cri fiata , viarum ; en Allemand, 
kobel-koth-wegeheubel-lerchê. Kiein , Ordo Àvinm , 
pag. 71, Sp. ni. 

Alauda fiyhcfiris galerita , en Allemand heide- 
ilerche , baum-lerche, holli- 1ère lie. Frifctï , tom* l ± 
'claf II, d'w, il , pi T y iu° 15. . 

Alauda galerita, cri fiata , caffita\ en Angîois , fAe 
cre/fc^ /ar£., cotfwold lark ; en Grec, Kàpufav. Char- 
ïeton, Avesj pag. 88. 

The crefîed- lark 1 alouette huppée, Albin , tom. III , 

n.'° 5*- 

Alauda cri fiata re&ricibtis ni gris , extimis duabus 
margine exieriori albis, capite crifiato. Linnieus, Syfi. 
Hat. ed- XIII, pag. 288 , Sp. 6. 

— Muiier , Zoologiœ Dan. prodromus , pag. 29; 
en Danois, top laerke^ vei-laeike. 

Alauda crlfiâ depen dente ; en Autrichien , koth- 
lerche , fihopf-krche. Kramer , ElencL Aufir. inf. 
page 362. 

Cbchevis, c'eft-à-dire , vifage de coq, feloa 



des Alouettes. 9 y 

un trait de reiïemblance avec le coq. 
Cette crête , ou plutôt cette huppe , eft 
compofée de quatre plumes de princi- 
pale grandeur, fuivant Béton-, de quatre 
ou fix, fuivant Olina, & d'un plus grand 
nombre, félon d'autres qui le portent 
jufqirà douze (b). On ne s'accorde pas 
plus fur la fîtuation & le jeu de ces plumes 



Ménage , parce que le cochevis reflembïe un peu 
au coq par fa crête; en Berry , alouette crêtée; 
en Sologne, aîouette duppée (pour alouette hup- 
pée); en Beauce, aîouette cornue ou de chemin,; 
galerite , feîon Cotgrave; ailleurs, aîouette de Brje j 
d'arbres, de vigne , groiïe aîouette; dans le Féri- 
gord , verdauge; en Provence & dans POrîéanois 5 
* calandre. Voyz\ Salerne , Hifi° Nat* des Oifeaux 9 
page 194. 

Alauda criflata , fuptrnl grifea , paululkm ad ru- 
fefcentem inclin ans , pennis in medio obfçurioribus , i/f- 
fernè albo-rufefiens ; collo infeiiore maculis faturatè 
fufcis infîgnito ; tœniâ fupra cculos albo - rufefcente , 
re&rice extimâ in utroqut latere , proximè feauenti in 
Iatere exteriore, fulvis* . .- Alauda criflata, l'alouette 
huppée ou le coche vis- BriJJvn , tom. III , pag. 357. 

On a pu remarquer que le cochevis a plufieurs 
noms communs avec l'alouette ordinaire , & Pon 
n'en fera pas furpris fi Pon fe rappelle ce que j'ai 
dit , que le mâle de cette dernière efpèce fait aufîî 
fe faire une huppe en relevant les plumes de fa tête; 

(b) Wiliughby, Ornithol page 151, 



9 6 Hijlolre Naturelle 

que fur leur nombre-, elles font toujours 
relevées ielon les uns (c) , & félon d'au- 
tres l'oifeau peut les élever ou les abaifler , 
les étendre ou les refferrer à fon gré {d)\ 
foit que cette différence dépende du 
climat , comme l'infinité Turner , ou de 
la faifon , ou du fexe , ou de quelqu'autre 
circonftance. Ceft une preuve de plus 3 
ajoutée à mille autres , qu'il eft difficile de 
fe former une idée complète de l'efpèce , 
d'après l'examen , même .attentif > d'un 
petit nombre d'individus, 

Le cochevis eft un oifeaupeu farouche, 
dit Bélon , qui fe réjouit à la vue de 
ï'homme & fe met à chanter lorfqu'il le 
voit approcher : il fe tient dans les champs 
& les prairies fur les revers des folles & 
fur la crête des filions : on le voit fort 
fouventaubord des eaux & fur les grands 
chemins, où il cherche fa nourriture dans 
ïe crotin de cheval , fuMout pendant l'hi- 
ver: M. Frifch dit qu'on le rencontre 
auflî à l'entrée des bois , perché fur un 



(c) Turner , apnd Csfner 9 â& Jvibus , pag. 79. 
(dj Willughby , page 151. Briûbn , Ormthoiog* 
tome III, page 358. 

arbre.* 



des Alouettes. 97 

arbre (*), mais cela eft rare, & il eft 
encore plus rare qu'il s'enfonce dans les 
grandes forets -, il fe pofe quelquefois 
fur les toits, les murs de clôture, &c. 

Cette alouette, fans être aufïï commune 
que l'alouette ordinaire , eft cependant 
répandue aflez généralement dans l'Eu- 
rope , lî ce n'eft dans la partie feptentrio- 
nale. On en trouve en Italie, fuivantOli- 
na -, en France , fuivant Bélon •, en Alle- 
magne x félon Willughby -, en Pologne , 
félon Rzaczynski} en Ecoffe, félon Sïb~ 
bald : mais je doute qu'il y en ait en 
Suède , vu que M. Linnxus n'en a point 
fait mention dans fa Fauna Suecica. 

Le cochevis ne change pas de demeure 
pendant l'hiver (f) \ mais Bélon ne de- 
voit point pour cela foupçonner une 
faute dans le texte d'Ariftote , car ce 
texte ne dit point que le cochevis quitte 
le pays , il dit feulement qu'il fe cache 
pendant l'hiver (g) , & c'eft un fait qu'on 



(e) Frifch, à Pendroit cité. 

(f) Bélon , à l'endroit cité. 

(g) <$®\u yk? . . . $ xôpweTof. Hift. Animal'initi) 
lib. vin, cap. xvi. 

Gif eaux j Tome IX. E 



5>8 Eifloire Naturelle 

en voit moins dans cette faifon que pen- 
dant l'été. 

Le chant des mâles eft fort élevé , & 
-cependant iî agréable & fî doux , qu'un 
malade le fouftnroit dans fa chambre (A) *, 
pour en pouvoir jouir à toute heure, 
on les tient en cage -, ils l'accompagnent 
ordinairement du trtmouffement de leurs 
ailes : ils font les premiers à annoncer 
chaque année le retour du printemps , 
& chaque jour le lever de l'aurore , fur- 
tout quand le ciel eft ferein -, & même 
alors ils gazouillent quelquefois pendant 
4a nuit (i), car c'eft le beau temps qui 
eft i'ame de leur clïant & de leur gaieté -, 
au contraire un temps pluvieux & fombre 
leur infpire latrifteiîe & les rend muets : 
ils continuent ordinairement de chanter 
jufqu'à la fin de fepternbre. Au refte, 
comme ces oifeaux s'accoutument diffici- 
lement à la captivité , & qu'ils vivent 
fort peu de temps en cage (£), il eft 



(h) Voyti le Traité du ferin, pag. 43. 
(i ) Frifch , à Pendroit cité. 
(k) Albert prétend avoir obfervé que , lorfque 
ces oifeaux reitent long-temps en cage, ilsdevien- 



des Alouettes. 99 

à propos de leur donner , tous les ans, 
ia volée fur la fin de Juin , qui eft le 
temps où ils ceflent de chanter , fauf à en 
reprendre d'autres au printemps fuivant \ 
ou bien on peut encore conierver le 
jamage en perdant Toifeau \ il ne faut 
pour cela que tenir quelque temps auprès 
d'eux une jeune alouette ordinaire ou un 
jeune feriu, qui s'approprieront leur chant 
à force de l'entendre (/). 

Outre la prérogative de mieux chan- 
ter qui diftingue le mâle de la femelle , 
il s'en diftingue encore par un hec plus 
fort, une tête plus grofle,& parce qu'il a 
plus de noir fur la poitrine (m). Sa ma- 
nière de chercher fa femelle & de la 



rient borgnes h ïa fin , & que cela arrive au bout 
de neuf années fapud Gefner , page %\). Mais 
Aldrovande remarque que ceux qu'on élève à 
Boulogne, vivent à peine neuf ans , & qu'ils ne 
deviennent ni aveugles ni borgnes avant de mourir, 
(OmithoL tome 1 1 , page &34J/. On voit, à travers 
cette contrariété d'avis, qu'il y a une manière de 
gouverner le cochevis en cage, pour le faire vivre 
plulieurs années, & peut-être pour lui conferverla 
vue , manière que M. Frifch ignoroit fans doute. 

(i) Frifch, ibidem. 

(m ) Olina, Uccelhria, page 13. 

Eij 



ico Hijloire Nature lie 

féconder efl la même que celle du mâle 
de l'efpèce ordinaire , excepté qu'il décrit 
dans Ton vol un plus grand cercle, par 
ia raifow que Tefpèce eft moins nom*- 
breufe. 

La femelle fait fon nid comme l'a- 
îouette commune , mais le plus fouvent 
dans le voifinage des grands chemins -, 
elle pond quatre ou cinq œufs qu'elle 
couve aflez négligemment -, & Ton prétend 
qu'il ne faut en effet qu'une chaleur fort 
médiocre , jointe à celle du foleil , pour 
les faire éelore {n)\ mais les petits ont- 
ils percé leur coque & commencent-ils à 
implorer fon fecours par leurs cris répé- 
tés , c'eft alors qu'elle fe montre vérita- 
blement leur mère, & qu'elle fe charge 
de pourvoir à leurs befoins jufqu'à ce 
qu'ils foient en état de prendre leur 
volée. 



(n) Gomme ces nids font à terre, il peut fe 
faire que quelque perfonne ignorante & créduîe 
ait \m un crapaud auprès, & même fur les oeufs, 
& delà ia fable que le cochevis & quelques au- 
tres efpèces d'alouettes laûTent aux crapauds le 
foin de couver ieuis œufs. 



des Alouettes, iôi 

M.-Frifch dit qu'elle fait deux pontes par 
an, & qu'elle établit Ton nid, par préfé- 
rence , fous les genévriers : mais cela 
doit s'entendre principalement du pays 
où l'obfervation a été faite. 

La première éducation des petits tèuC* 
fit d'abord fort aifément ^ mais , dans la 
fuite, elle devient toujours plus difficile, 
& il eft rare , comme je l'ai dit d'après 
M. Frifch , qu'on puiiîe les conferver en 
cage une année entière , même en leur 
donnant la nourriture qui leur convient 
le mieux , c'eft-à-dire , les œufs de four- 
mis, le cœur de bœuf ou de mouton 
liaché menu , lechenevis écrafé , le millet : 
il faut avoir grande attention en leur 
donnant à manger , & en leur întfoduî- 
fant les petites boulettes dans le gofïer * 
de ne pas leur renverier la langue , ce 
qui pourroît les faire périr. 

L'automne eft la bonne fûfoiï pour 
tendre des pièges à ces oifeaux *, on les 
prend alors en grand nombre & en 
bonne chair , à l'entrée des bois. M. Frifch 
remarque qu'ils fuivent l'appeau, ce que 
ne font pas les alouettes communes : voici 
d'autres différences ; le cochevis ne vole 

E iîj 



Î02 Hijïoire Naturelle 

point en troupes j fon plumage eft moins 
varié 5 & a plus de blanc -, il a le bec 
plus long , la queue & les ailes plus cour- 
tes *, il s'élève moins en l'air -, il eft plus 
ïe jouet des vents , & refte moins de 
temps lans fe pofer : dans tout le refte 
ies deux efpèces font fembiables , même 
dans la durée de leur vie , je veux dire 
de leur vie fauvage & libre. 

Il fembleroit, d'après ce que j'ai rap- 
porté des mœurs de l'alouette huppée > 
qu'elle a le naturel plus indépendant , 
plus éloigné de la domefticité que les au* 
très alouettes, puifque , malgré fon incli- 
nation prétendue pour l'homme 5 elle ne 
connoit point d'équivalent à la liberté , 
& qu'elle ne peut vivre long-temps dans 
la prifon la plus douce & la plus com- 
mode •, on diroit même qu'elle ne vit 
folitaire que pour ne point fe foumettre 
aux aifujettiflemens inféparables de la vie 
faciale *, cependant il eft certain qu'elle a 
une Singulière aptitude pour apprendre 
en peu de temps à chanter un air qu'on lui 
aura montré ( o ) ; qu'elle peut même en 

foj li n'y a peut-être que fe cochevis qui 



des Alouettes. i o 3 

Apprendre plufieurs, & les répéter fans les 
brouiller & fans les mêler avec fon ra- 
mage , qu'elle femble oublier parfaite- 
ment (p). 

L'individu obfervé parWîHughby avoît 
îa langue large , un peu fourchue , les 
cœcum très-courts , & le fiel d'un vert- 
obfcur & bleuâtre, ce que ce Naturalifte 
attribue à quelque cauie accidentelle. 

Aldrovande donne la figure d'un co- 
chevis fort âgé , dont le bec étoit blanc 
autour de fa bafe -, le dos cendré -, le def- 
fous du corps blanchâtre , & la poitrine 
auiïï , mais pointillée de brun*, les ailes 
prefque toutes blanches , & la queue 
noire (q). Il ne faut pas manquer Tocca» 
fi on de reconnoître les effets de la vieil- 



apprenne au bout d'un mois ; iî répète Pair qu'on 
lui a montré, même en dormant & te tête fous 
l'aile ; mais la voix eft très-foihle. JEdonolog'e , 
page 92, édition de 1773. 

(p) Le cochevis peut apprendre pîufieurs airs 
parfaitement, ce que le ferin ne fait pas . . - Outre 
cela , il ne retient rien de fon chant naturel ... Ce 
qu'on ne peut ôter au ferin. Traité du ferin dt 
Canarie , page 43, édition de 1707» 

(<l) Aldrovande, OrnithoL tome ïï, pag. 842. 

E iv 



104 HiJIoire Naturelle 

îefîe dans les animaux, fur-tout dans ceufc 
qui nous font utiles, & auxquels nous ne 
donnons guère le temps de vieillir. D'ail- 
leurs cette efpèce a bien d'autres ennemis 
que l'homme \ les plus petits oifeaux car- 
nafïiers lui donnent la chafle, & Albert 
en a vu dévorer un par un corbeau (r) ; 
auffi la préfence d'un oifeau de proie 
l'ellraie, au point de venir fe mettre à la 
merci de rOifeleur , qui lui femble 
moins à craindre, ou de refter immo- 
bile dans un fillon , jufqu'à fe laiffer pren- 
dre à la main. 

Longueur totale , fix pouces trois 
quarts -, bec , huit à neuf lignes -, doigt 
poftérieur avec l'ongle, le plus long de 
tous, neuf à dix lignes-, vol, dix à onze 
pouces j queue, deux pouces un quart , 
compofée de douze pennes, dépaife les 
ailes d'environ treize lignes. 

(t) Gefner, de Jvibus, pag. 8i. 



uix: 



P/ ■ V> nai/iû^- 




COCnK VIS ou LA GROSSE ALOVTaT TE HUPPEE. 



des Alouettes. 105 

* LE L U LU 

OU LA PETITE ALOUETTE HUPPEE (a). 

Cette alouette, que je nomme Lulu 
d'après fon chant (b) , ne diffère pas 



* Voyi\ les planches enluminées , n.° 503 , fig. 2. 

fa) Aliai galerira genus; en Allemand, coper; 
en Suifle, koîel-leich , flein lerch , baum-lerch ; en, 
Anglois, wood krck. Gefner, Av, pag. 80. 

Alauda criflata m'mor ; en Italien , iodola campa- 
gnola. . -Aldrovande, OrnithoL tome II, pag. 846. 

— Jonfton, page 70. 

— Willughby, OrnithoL pag. 15a, §. vm. 

— Ray, Synopf pag. 69; en Anglois, the lejf-r 
crefled lark* 

— British Zooîogy, page 95. 

— Alauda arbore a , fera , fylvaiica ; calandra * 
uoimii ; en Grec Kopi>eT»v^êX*TûçÀva>vy / Moç; en Alle- 
mand , keide-krche , mittpl-lerche* • • Schwenckfeid, 
A^Silèf.^g. 193. 

— Rzaczynski, Audtaar. Pelon» pag. 354. 
Alauda criftata , fupernè fubfafca , in fente albicans*, 

çriflâ longori\ remigibus re&ricibufque fuùfufcis", vedi- 
bus fubruiris .... Alauda criftata m'mor , la petite 
alouette huppée. Brijjln 9 tome III, pag. 361. 

f£^ Ato/?r/ voce/7i illius . .. » efjè aluni tamquam 
lu lu lu fœpius répétition* Gefner ^ </« Jrfr. pag. 8o. 

E v 



ïo6 Hijloire Naturelle 

feulement du cochevis par fa taille , qui 
eft beaucoup plus petite -, par la couleur 
de fon plumage, qui eft moins lombre ,. 
par celle de fes pieds qui font rougeâtres *, 
par fon chant ou plutôt par fon cri défi- 
gréable qu'elle ne fait jamais entendre 
qu'envolant ,felon Tobfervation d'Aldro- 
vande-, enfin par l'habitude qu'elle a de 
contrefaire ridiculement les autres oi- 
feaux (c) y mais encore par le fond de 
Finftindt , car on la voit courir par trou- 
pes dans les champs (d) , au lieu que le 
cochevis va feul , comme je l'ai remarqué -, 
elle en diffère même dans le trait princi- 
pal de fa reffemblance avec lui , car les 
plumes , qui compofent fa huppe, font 
plus longues à proportion (e). 

On trouve le lulu en Italie , en Au- 
triche, en Pologne, en Siléfie (f) , & 

(c) Colomenfes aucupes coperam affirmant. . ...... 

inepte allarum avium voces referre. Geiner , de Avihm x 
pag. 80. 

(à ) Aldrovande, OrnithoL page 847. 

fe) Idem, ibidem. 

(f) Schwenckfeld & Rzaczynski ïe mettent au 
nombre des oifeaux de Siltiie & de Pologne 7 
mais l'un & l'autre n'ont fait que copier Aidxo- 
Tan de. 



des Alouettes. r o j 

même dans les contrées feptentrionales 
de l'Angleterre, telles que la province 
d'Yorck (g) •>> mais fon nom ne paroît 
pas dans la lifte des oifeaux qui habitent 
la Suède (h). 

II fe tient ordinairement dans des en- 
droits fourrés , dans les bruyères & même 
dans les bois , d'où lui eft venu le nom 
allemand wald-lerche ; ceft-Ià qu'il fait 
(on nid, & prefque jamis dans les blés. 

Lorique le froid eft rude, & fur -tout 
lorfque la terre eft couverte de neige, 
il fe réfugie iur les fumiers , & s'approche 
des granges pour y trouver à vivre : il 
fréquente auiîî les grands chemins , & 
fans doute par la même rarfon. 

Suivant Longolius , c'efè un oifeau de 
paflage , qui refte en Allemagne tout l'hi- 
ver, & qui s'en va autour de réquinoxe(i) 

Gefner fait mention d'une autre alouette 
huppée , dont il n avoit vu que le portrait > 



fg>Johnfon dans POrnithoîogie de Wiîfughby^. 
à î'endroit cité. Bolton, dans ia Zoologie Bntart- 
nique, page 95. 

(h) Par exemple, dans h Famia Sueclca. 

(ij Voyei AWrovande, à l'endroit cité* 

E vj 



i c 8 HiJIoire Naturelle 

& qui ne cîiiîéroit de la précédente que 
par quelque variété de plumage 3 où Ton 
voyoit plus de blanc autour des yeux & 
du cou , & fous le ventre ( k ) ; mais ce 
pouvoit être un efîet de la vieiileffe > 
comme nous en avons vu un exemple à 
l'article du cochevis y ou de quelqu'autre 
caufe particulière \ & il n'y a certainement 
pas là de quoi établir une autre efpèce, ni 
même une variété : auffi fon nom Alle- 
mand eft-il tout-à-fait retîemblant à celui 
que les Angîois donnent au cochevis. 

Je dois remarquer que l'éperon ou 
l'ongle poflérieur n J a pas , dans la figure 
de Gefner, la longueur qu'il a communé- 
ment dans les alouettes. 



(h) Aluia crljlata albicam; en Allemand, Wali- 
hrche* Gefner, Av. p^g. 80. ■ — • Barrère, Spccim. 
uov. pag. 40 ; en Catalan, cugullada : il eft pro- 
bable que cet oifeau eft le même que Yalanda 
cri fia ta cinerea du même Auteur , & qui fe nomme 
en Catalan coturiieu. 



***;&?t^K 



des Alouettes. i o 9 



LA COQUILLADE* 

C'est une espèce nouvelle que M. Guys 
nous a envoyée de Provence : je la rap- 
proche du coche vis , parce qu'elle a fur 
la tête une petite huppe couchée en ar- 
rière, & que fans cToute elle fait relever 
dans Toccafion -, elle eft proprement Toi- 
feau du matin , car elle commence à 
chanter dès la pointe du jour, & femble 
donner le ton aux autres oifeaux. Le mâle 
ne quitte point fa femelle, félon le même 
M. Guys, & tandis que l'un des deux cher- 
che fa nourriture, c'eft-à-dire, des in- 
fedes , tels que chenilles & fauterelles , & 
même des limaçons, l'autre a l'œil au 
guet , & avertit fon camarade des dan- 
gers qui menacent. 

La coquillade a la gorge & tout le 
defîous du corps blanchâtre, avec de pe- 
tites taches noirâtres fur le cou & fur la 



Voyei les planches enluminées : n % ° 662, 



i i o HiJIoire Naturelle 

poitrine-, les plumes de la huppe noires, 
bordées de blanc -, le defTus de la tête & 
du corps varié de noirâtre & de roux- 
clair ; les grandes couvertures des ailes 
terminées de blanc -, les pennes de la 
queue & des ailes brunes , bordées de 
roux-clair , excepté quelques pennes des 
ailes qui font bordées ou terminées de 
blanc *, le bec brun r de{Tus , blanchâtre 
defîous # , les pieds jaunâtres. 

Longueur totale , fix pouces trois 
quarts*, bec, onze lignes, afîezfort-,tarfe, 
dix lignes-, doigt poftérieur , neuf à dix 
lignes , ongle compris -, cet ongle , fix 
lignes-, queue, deux pouces, dépaflant 
les ailes de fept à huit lignes. 

M. Sbnnerat a rapporté du cap de 
Bonne-cfpérance une alouette fort ref- 
femblante à celle-ci , foit par fa grofleur 
& fes proportions , foit par fon plu- 
mage-, elle n'en diffère qu'en- ce qu'elle 
n'a point de huppe -, que la couleur du 
defîous du corps eft plus jaunâtre, & que 
parmi les pennes de la queue & des 
ailes , il n'y en a aucune qui foit bordée 
de blanc j mais ces différences font trop 



des Alouettes. i \ i 

petites pour conftituer une variété dans 
cette efpèce -, c'étoit peut-être une fe- 
melle ou un jeune oifeau de l'année. 

Dans le Voyage au Levant de M. F. 
Ha/Telquift, il eft fait mention {tome II y 
page 30), de l'alouette d'Efpagne, que 
ce Naturalifte vit dans la Méditerranée , 
au moment où elle quittoit le rivage -, 
mais il n'en dit rien de plus , & je ne 
trouve dans les Auteurs aucune efpèce 
d'alouette qui ait été défignée fous ce 
nom. 




112 HlJIoire Naturelle 
OISEAU ÉTRANGER 

Qui a rapport au Cochevis. 

*LA GRISETTE 
ou LE COCHE VIS nu Sénégal (a). 

On doit à M. Brifïbn prefque tout ce 
que Ton fait de ce cochevis étranger-, il 
a l'attribut cara&ériftique des cochevis , 
c'eft-à-dire, une efpèce de huppe , com- 
pofée de plumes plus longues que celles 
qui couvrent le refte de la tête ; la grof- 
feur de Toifeau eft à peu-près celle de 
l'alouette commune -, il appartient à l'À- 



* Voyez les planches enluminées, n.° 504, fig. 1. 

(a) Alauda cri fia ta , p/pernè fufco & grifeo paria ; 
inf&riè albicans : collo inferiore maculis fufiis injigmto > 
nmigibus 111 tenus in exortu rufefcentièus ; re&iîcibus 
hinis utrimque extimis exterius albo rufe/ccntièus» - . . 
Alauda SenegaUnfis crifiata , i'aiouette huppée du 
Sénégal, BriJJbn , tome III ? page 362, 



des Alouettes. i r 5 

frîque Se fe perche fur les arbres , qui fe 
trouvent au bord du Niger -, on le voit 
auffi dans l'île du Sénégal : il a le deiius 
du corps varié de gris & de brun-, les 
couvertures fupérieures de la queue d'un 
gris-roufsatre -, le deflbus du corps blan- 
châtre , avec de petites taches brunes fur 
le cou; les pennes de Tarie gris-brun, 
bordées de gris *., les deux intermédiaires 
de la queue 3 grifes -, les latérales brunes y 
excepté la plus extérieure qui eft d'un 
blvnc-roufsati*e , & la fuivante qui eft 
bordée de cette même couleur \ le bec , 
couleur de corne -, les pieds & les ongles 
gris. 

J'ai vu une femelle dont ia huppe 
étoit couchée en arrière comme celle du 
mile, & variée , ainfî que la tête & le 
deiius du corps > de traits bruns fur un 
fond roulîkre \ le refté du plumage étoit 
conforme à la deicription précédente. 
Cette femelle avoit le bec plus long 8c, 
la queue plus courte. 

Longueur totale, fîx pouces & demi; 
bec , neuf lignes & demie \ vol , onze 



i r 4 TJiJloire Naturelle 

pouces*, doigt poftérieur, ongle compris* 
égal au doigt du milieu -, queue , deux 
pouces deux lignes, un peu fourchue, 
compofée de douze pennes , dépaffe les 
ailes de fix à fept lignes* 




du RoJJîgnol i i j 



*LE ROSSIGNOL {a). 

Il n'est point d'homme bien organifé (i), 
à qui ce nom ne rappelle quelqu'une de 



* Vovei les planches enluminées, ».° 615 , jîg. 2. 

fûj 'AHeTàv Lufcinia. Arirtote , IHJh Animal. 
iib. IV, cap. ix ; Iib. V, cap. ix; & iib. IX-, 
cap. xv & xlix 

— ^Elien, Hat animal. îib. I, cap. 42-; iib, V, 
cap. 38; & Iib. XII, cap. 28. 

Lufcinia. Pîine , N«*. H/,?. Iib. X , cap. XXIX 
& xlii. Nos Êtymoïogiftes font venir lufcinia de 
lufcus, louche ; mais malheureufernent le roflrgnoî 
n'eit point louche : d'autres le cirent à /«ce, parce 
qu'il annonce , dit-on, îe retour de la lumière , 
& if l'annonce en effet tant que îa nuit dure. 

Lufcinia ; lufciola > quoi t.uftuosè canat. Varron , 
de ling+ Lan iib. IV. Il me lemble que lufciola ainiî 
que rufïgnuolo , rojfignol , &c« ont plus de rapport 
avec lufciniola , qu'avec , lutluosè , qui d'ailleurs 
n'exprime nullement le caraâère du chant du rof- 
fignoî. 

Roffignoî, pour ce qu'il eR roux; celui qui fait 

( 1 ) Je dis bien organifé , car on a vu des 
hommes qui avaient de l'antipathie pour le chant 
des roffignols, & s^aebarnoient aies détruire, pour 
entendre à leur aife îe croate ment des grenouilles. 



1 1 6 Hi/Ioire Naturelle 

ces belles nuits de printemps où le cîeî 
étant ferin, l'air calme, toute la Nature 



conftamment fa réfidence dans îes forets, s'appelfe 
au Mans rojfignol ramage', en Grec , aidoi ; en Latin , 
Philoviela^' lufc'mia lucinia (à luco ubi canere foletj ; 
ïujcola Varroms ( d'autres appliquent ce dernier 
tiom à la huppe ). Bélon , Nat. des Oi féaux , pag. %%$\ 
en Grec moderne, adonis aîdonL Bélon s Oijery» 
fol. 12. Cn donne ces noms à une efpèce de merle 
folitaire, félon Dapper, Hift* des lies de l'Aichipel, 
page 460. 

Lufcinia , Ph'domcla ( non Philomena ) ; iaulia 
cornix ; en Hébreux, peut-être , trac h mas, en Arabe, 
tnondon, audon (par corruption du mot grec, AjkTwvj 
dont or* a fait aufii A/B»<fàv); odorbrion ; en Alle- 
mand , nacht-gall ; en Anglois , nyghyngall ; en 
Iiiyrïen , flawick ; en Italien , roffignuulo , vfcimmlo, « .. 
en hiver, uni fono, fuivant quelques-uns. (Aldro- 
\ande , Italien , dit qt.e ce nom d'hiver lui eft 
inconnu); en Efpagnol, rmjfeumr ; en François, 
ToujJtgncl\ Gefner , Àves, page 592. 

tu feinta , lufcmola , atthis , atthicora , voit cris 
attica » dauLïas aies, pendiona avis, fuivant quel- 
ques-uns acrednla , Oxoxvyàv ; tardilingua dans les 
Poètes, félon Saint Chryfoftôme, fans doute, parce 
que , félon la fable, Philomefeaeu fa langue coupée ; 
en lifpagnol, ru'jfenol; en HoMandois, nachtegael ; en 
Arabe, ranan. Ajfmt, Afcvts , le petit du premier 
âge, le rofîîgnttiet. Aldrovande, Ornithol. tom. II , 
page 773. 

Lufc'mia , rufignuolo , ufîgnuolo, rojftgnaolo 9 éal cohr 



du RoJJîgnol. i i 7 

en filence, &, pour ainfi dire, attentive, 
il a écouté avec raviiîement le ramage 



jojjlyio , lufcinia philumena dans une infcription. 
QtillQ, Uccelitria , foi. I. 

Lufcinia , lufciiùola, Jonfton , >^res , pag. 88. 

— M oh e ring, ^. ge/fer:/ , page 44. 

Lujlinia montana, aies pandionia\ en Angïois , 
t-te ni gh tin gâte , ffc /«/7S'" nightingale. Charleton , 
Exercit. canor. claffis y page 98. 

Lufcinia feu Philomela ; en Angîoîs , Me nigaud* 
gah* Willughby, OnûthoU pag. 161, cap. ix. 

— Ray, Synopf Av. pag. 78. 

— Sibbalde, AtL fat iib- 3, part. 2, pag. 18. 
Lufcinia m///or, montana \ en Allemand, klehiQ 

naçhdgal ; parmi les Oifeleurs , doerling* Rzaczynskr , 
Autluar. Polon* pag 391. JEdon , acredula , idem, 
LJifl- Nat. Polon. pag. 286. 

Motacilla rufo-cinerea , annillis , feu genuum annulis 
cinereis ; en Suédois, naecktergahL Linnaeus, Fauna 
Suecica , n. Q 214. Syft. Nat. éd. XIII, page 328, 
n. 9 114. 

— En Danois, nat tergal Muller, Zoologiœ Dan* 
prodrom. pag. 32, n.° 265. 

— En Autrichien, au-vogel , auen-nachtigall. 
Kramer, Elençh. auflr. inf pag. 375. 

Lufcinia ficedula tota fulva, canota; en Catalan , 
rojfinyol. Barrère, Specim. nov, pag. 42, G. xviil , 
5p. 5, 

— En Allemand, roth-vogd. Frifch , tom, 1 s 
clajf 11, div. v , pL 1 , n.° 21. 

— Err Allemand, doerling, tagfchlaeger , wede} 
/chwant-^ Klein, Ordo Aviiiin^ pag, 73» 



i *i 8 Hijlolre Naturelle 

de ce chantre des forêts. On pourroît 
citer quelques autres oifeaux chanteurs , 
dont la. voix le difpute à certains égards 
à celle du roflignol-, les alouettes, le ferai , 
le pinf on , les fauvettes , la linotte , le 
chardonneret , le merle commun , le 
merle folitaire, le moqueur d'Amérique 
fe font écouter avec plaifîr (b), lorfque 

— Themghtivga'eX chantre de nuit), du mot 
angîois night ( nuit ) , & du Saxon , galan,( chantre )♦ 
British Zoolozy , pag. ioo. 

Le roffignoi franc, rofiïgnol chanteur, roflignol 
des bois; en Provence, rouffignol ou rouffîgneau, fa 
femelle , rouffignolette , le jeune , roujfignolet. Saler ne , 
Mifl. Kat. des Oifeaux , page 230. 

(bJV'ài eu occaiîon, dit M. Daines Barring- 
ton, d'entendre un moqueur d'Amérique qui chan- 
toit parfaitement* . . .Dans f'efpace d'une minute , 
il imitoit fe cujefier, fe pinfon , fe merfe, fa grive 
& le moineau , on me dit même qu'if aboyoit 
comme un chien; en forte que cet oifeau paroît 
porté à imiter tout fans difcernement & fans choix : 
cependant il faut avouer que fe timbre de fa voix ap- 
proche piusdu timbre de fa voix du roiïlgnol que ce- 
lui d'aucun autre oifeau quej'ai entendu. A l'égard 
du chant naturel de cet oifeau , fe voyageur Kaim , 
prétend qu'il eft admirable, (tom. I* pag. 2.19J ; 
mais ce Voyageur n'a pas fait en Amérique un 
..féj our allez long pour connoître exactement ce chant 
naturel, & à mon avis fes imitateurs ne réunifient 
jamais bien que dans i'imkation. Je ne nierois pas 



du Rojpgnol. i i 9 

îe roflîgnol fe tait : les uns ont d'auiïi 
beaux fous, les autres ont le timbre auflî 
pur & plus doux , d'autres ont des tours 
de gofïcrs auffi flatteurs \ mais il n'en eft 
pas un feul que le roflîgnol n'efface par 
la réunion complète de ces talens divers , 
& par la prodigieufe variété de Ton ra- 
mage-, en forte que la.chan.fcn de chacun de 
ces oifeaux prife dans toute fon étendue, 
n'eft qu'un couplet de celle du roflîgnol : 
le roflîgnolcharme toujours, & ne fe répète 
jamais, du moins jamais fervilementj s'il 
redit quelque paflage , ce paflage eft 
animé d'un accent nouveau , embelli par 
de nouveaux agrémens -, il réufïït dans 
tous les genres -, il rend toutes les expref- 
fions, il faifit tous les caractères , & de 
plus il fait en augmenter l'effet par les 
■contraftes. Ce coryphée du printemps fe 
prépare-t-il à chanter l'hymne de la Na- 



cependant que ïe chant propre du moqueur pût 
égaler celui du roflîgnol; mais on conviendra que 
l'attention qu'il donne à toutes fortes de chants 
étrangers, à toutes fortes de bruits, même défa- 
gréables, ne peut qu'altérer & gâter fon ramage 
naturel. Vcyti Transactions philofophiques ? volume 
LXI11, part" jj. 



120 Hifîoire Naturelle 

ture , il commence par un prélude timide , 
par des tons foibîes , prefque indécis , 
comme s'il vouloit eiîayer fon infiniment 
& intérefier ceux qui Técoutent (c); mais 
enfuite prenant de Taflurance, il s'anime 
par degrés, il s'échauffe, & bientôt il 
déploie dans leur plénitude toutes les 
rciiources de fon incomparable organe : 
coups de gofiers éclatans, batteries vives 
& légères *, fufées de chant, où la netteté 
eft égale à la volubilité : murmure inté- 
rieur & fourd qui n'eft point appréciable 
à Foreille, mais très-propre à augmenter 
l'éclat des tons appréciables -, roulades 
précipitées brillantes & rapides , articu- 
lées avec force & même avec une dureté 
de bon goût -, accens plaintifs cadencés 
avec moiefle -, fons filés fans art -, mais 
enflés avec ante; fons enchanteurs & pé- 
nétrans -, vrais foupirs d'amour & de vo- 
lupté qui femblent fortir du cœur & font 



(t) J'ai Couvent remarque , dit M, Barrington , 
que mon raffignp! , quiétoit un excellent chanteur, 
commençoitfachanfonpardestons radoucis, comme 
avoient coutume de faire tes anciens Orauurs, & 
qu'il ménageoit fes poumons pour renforcer la 
voix à propos, & avec tout l'art de* gradations. 

palpiter 



du Rojfîgnol. 121 

palpiter tous les cœurs > qui caufent à 
tout ce qui eft fenfïble une émotion fi 
douce , une langueur fi touchante : c'eft 
dans ces tons paffionnés que Ton recon- 
noît le langage du fentiment qu'un époux 
heureux adrefle à une compagne chérie , 
& qu'elle feule peut lui infpirer, tandis 
que dans d'autres phrafes plus étonnantes 
peut-être , mais moins expreflîves > oa 
reconnoît le (impie projet de Tamufer 
& de lui plaire , ou bien de difputer 
devant elle le prix du chant à des 
rivaux jaloux de fa gloire & de fon 
bonheur. 

Ces différentes phrafes font entre- 
mêlées de filences (d) , de ces filences 



(à) M. Barrington nous apprend que îes Oife-* 
leurs Anglois & les gens de ia campagne , qui ont 
de fréquentes occafions d'entendre ie roffignol , 
défignent les principales de fes phrafes par des noms 
particuliers 7 fiveet ; jng fîveet ' 9 foeet jug ; pipe 
rattk\ bell pipe. ; fwat , fwat , fwaty \ water-bubble l 
feroty; skegi skeg, skeg; whîtlow , whitlouw , whit-> 
louw. Mais il faut remarquer que, dans l'appli- 
cation que l'on a fait de ces noms différent aux 
différentes phrafes du chant des oifeaux , on a fait 
plus d'attention au fon de chaque mot qu'à fa 
lignification. 

Oifeaux > Tome IX E 



12 2, Hijloire Naturelle 

qui , dans tout genre de mélodies, con- 
courent ïi puiflamment aux grands effets ^ 
on jouit des beaux fons que Ton vient 
d'entendre , & qui retentiffent encore 
dans l'oreille -, on en jouit mieux parce 
que la jouiflance eft plus intime , plus 
recueillie, & n'eft point troublée par des 
fenfations nouvelles ; bientôt on attend , 
on defire une autre reprife : on efpère 
que ce fera celle qui plaît -, fi Ton eft 
trompé, la beauté du morceau que Ton 
entend ne permet pas de regretter celui 
qui n'eft que différé , & Ton conferve 
l'intérêt de l'efpérance pour les reprifes 
qui fuivront. Au refte , une des raifons 
pourquoi le chant du roiïignol eft plus 
remarqué & produit plus d'effet , c'eft , 
comme dit très -bien M. Barrington , 
parce que chantant la nuit , qui eft le 
tems le plus favorable , & chantant 
feul , fa voix a tout fon éclat , & n'eft 
offufquée par aucune autre voix : il 
efface tous les autres oifeaux, fuivant le 
même M. Barrington , par fes fons moel- 
leux 8c flûtes , & par la durée non in- 
terrompue de fon ramage qu'il foutient 
quelquefois pendant vingt fécondes ; le 



du Rojjignol. i : 2$- 

itieme obfer valeur a compté dans , ce" 
ramage feize reprifes différentes , bien 
déterminées par leurs premières & der~ 
nières notes , & dont l'oifeau fait varier 
avec goût les notes intermédiaires : enfin 
il s'eft afliiré que la fphère que remplit Iz 
voix d'un roffignol, lia pas moins d'un 
mille de diamètre , fur-tout lorfque Y . . . 
eft calme \ ce qui égale au moins la portée 
de la voix humaine. 

II eft étonnant qu'un Ç\ petit oifean $ 
qui ne pèfe pas une demi-once , ait tant 
de force dans les organes de la voix : auffi. 
M. Hanter a-t-il obfervé que les mufcles* 
du larynx , ou fi. Ton veut du gofier $ 
étoient plus forts à proportion dans cette 
efpèce que dans toute autre \ & même 
plus forts dans le mâle qui chante , que 
dans la femelle qui ne chante point. 

j Ariftote, &: Pline d'après lui, difent 
c|jLie le chant du roffignol dure dans toute 
fa force quinze jours Se quinze nuits fans 
interruption , dans le tems où les arbres 
ie couvrent de verdure , ce qui doit ne 
s'entendre que des roffignols fauvages , 
&. n'être pas pris .à la rigueur car ces 
oïfeaux ne, faut pas muets «avant m:^orh j 

ï Kl 



f 24 Hijloire Naturelle 

l'époque fixée par Ariftote -, à la vérité , 
ils -ne chantent pas alors avec autant 
d'ardeur ni aufîî conftamment -, ils com- 
mencent d'ordinaire au mois d'avril , & 
ne finiflent tout-à-fait qu'au mois de juin , 
vers le folftice \ mais la véritable époque 
où leur chant diminue beaucoup, c'eft 
celle où leurs petits viennent à éclore , 
parce qu'ils s'occupent alors du foin de 
les nourrir , & que , dans l'ordre des inf- 
tinéts , la Nature a donné la prépondérance 
à ceux qui tendent à la confervation des 
efpèces. Les roflîgnols captifs continuent 
de chanter pendant neuf ou dix mois, 
& leur chant eft non - feulement plus 
îong-tems foutenu , mais encore plus 
parfait & mieux formé : de-là M. Bar- 
rmgton tire cette con(équence , que dans 
cette efpcce , ainfi que dans bien d'autres , 
le mâle ne chante pas pour amufer fa 
femelle , ni pour charmer fes ennuis 
durant l'incubation : conféquence jufte & 
,de toute vérité. En effet , la femelle qui 
couve-, remplit cette fonâion par un 
xnftind:, ou plutôt par une paillon plus 
forte en elle que la paflîon même de 
l'amour j elle y trouve des jouiflances 



du Roffîgnol. 12 f 

intérieures dont nous ne pouvons bien 
juacr , mais qu'elle paroi t fentir vive- 
. ment , & qui ne permettent pas de fflp- 
pofer que dans ces momcns elle ait befom 
de confolation. Or, puifque ce n'eft 
ni par devoir ni par vertu que la femeile 
couve 3 ce n'eft point non plus par pro- 
cédé que le mâle chante -, il ne chante 
pas en effet durant la féconde incubation; 
c'eft l'amour , <$c fur-tout le premier pé- 
riode de l'amour qui infpire aux oifeaux 
leur ramage : c'eft au printems qu'ils 
éprouvent & le befoin d'aimer & celui de 
chanter -, ce font les mâles qui ont le plus 
de defîrs , & ce font eux qui chantent le 
plus : ils chantent la plus grande partie de 
l'année lorfqu'on fait faire régner autour 
d'eux un printems perpétuel qui renou- 
velle inceffamment leur ardeur ? fans leur 
offrir aucune occaiîon de l'éteindre -, c'eft 
ce qui arrive aux rolîignoîs que l'on tient 
en cage , & même comme nous venons 
de le dire, à ceux que l'on prend adultes -, 
on en a vu qui fe fo&t mis à chanter de 
toutes leurs forces pevi d'heures» après 
avoir été pris. Il s'en faut bien cependant 
qu'ils faient infenfibies à la perte de leur 

Fiii 



n6 Hiftoire Naturelle 

liberté , fiïr-tbût dans les commencemens ; 
"ils fe laifleroient mourir de faim les fept 
ou huit premiers jours , fi on ne leur don- 
noit la bequée , & ils le cafleroient" la tète 
contre le plafond de leur cage, fi on ne 
leur attachoit lés ailes \ mais à la longue 
la pafïïon de chanter remporte , parce 
qu'elle eft entretenue par une paflîoh 
plus profonde. Le chant desautres oifeaux, 
le ion des inftrumens , lesaccens dune 
voix douce & fonore les excitent auflï 
beaucoup*, ils accourent, ils s'approchent 
attirés par les beaux fons 5 mais les duos 
feinblent les attirer encore plus puiiTam- 
,ment , ce qui prouveroit qu'ils ne (ont 
:pas infenfibles.atix effets de l'harmonie *, 
ce ne font point des auditeurs muets , 
;Hs fe- mettent a l'iimlTon & font tous leurs 
-efforts pour éclipier leurs rivaux 5 pour 
couvrir toutes les autres voix & même 
tous les autres bruits, on prétend qu'on 
en a vu tomber morts aux pieds de îa 
perfonne qui chan-toit -, on en a vu un 
filtre qui s'agitoit , gonfloit fa gorge & 
faifôit entendre un gazouillement de 
colère > toutes les fois qu'un ferin qui 
étoit près de lui , fe difpofoit à chanter ^ 



du RoJJîgnoî. 127 

& il étoit venu à bout par fes menaces 
de lui impofer filence (e), tant il eft 
vrai que la fupériorité n'eft. pas toujours 
exempte de jaloufie ! Seroit-ce par une 
fuite de cette paillon de primer , que ces 
oifeaux font fi attentifs à prendre leurs 
avantages , & qu'ils fe plaifent à chanter 
dans un lieu réfonnant ou bien à portée 
d'un écho ? 

Tous les roffignols ne chantent pas 
également bien \ il 7 en a dont le ramage 
eft fi médiocre que les amateurs ne veu- 
lent point les garder *, on a mcnie cni 
s'appercevoir que les roffignoîs d'un pays 

— hu. i m i i. . . 11 j . 1 - « .i .». , -,,.,., „ .. -m<è l: . ■ . .■■—■ HT*» 

fe) Note de M. de Varkourt 9 Avocat. M. fe 
Moine , Tréforier de France, à Dijon, qui mat 
Ton 8 p'aifir à élever des roffignoîs, a auiïi remarqué 
que fes fiens pourfuivoient avec colère un ferin 
privé qu'il avoit dans la même chambre , lorfque 
celui-ci s'approchoit de leur cage; mais cette ja- 
loufie fe tourne quelquefois en émulation; car on 
a vu des rofïïgnol-s qui chantoient mieux que fes 
autres, uniquement parce qu f îis avoient entendu 
des oifeaux qui ne chantoient pas û bien qu'eux. 
Certain ïnttr fe , palàmque animofa contentïo eft : 
viêta morte finit fœpe vitanu Piine, lié» X, cap» xxix* 
On a cru les entendre chanter entr'eux des efpèces 
de duos à ia tierce. 



128 Hijîoire Naturelle 

ne chantoient pas comme ceux d'un autre; 
îes curieux en Angleterre préfèrent , dit- 
on , ceux de la province de Surry à ceux 
de Middleffex , comme ils préfèrent les 
pinfons de la province d'Effex , & les 
chardonnerets de celle de Kent. Cette 
diverfïté de ramage dans des ©ifeaux 
d'une même efpèce a été comparée , avec 
raifon , aux différences qui fe trouvent 
dans les diaîeétes d'une même langue : 
il eft difficile d'en afîigner les vraies cau- 
fes , parce que la plupart font acciden- 
telles. Un roiïignol aura entendu , par 
hafard, d'autres oifeaux chanteurs, les ef- 
forts que l'émulation lui aura fait faire , 
auront perfeétionné fon chant, & il l'aura 
tranfmis ainfî perfectionné à fes defeen- 
dans -, car chaque père eft le maître à 
fchanter de fes petits {f)\ & l'on Cent 
combien dans la fuite des générations , 
ce même chant peut être encore perfec- 

( f) Plurts fîngulis funt cantus & non iidem omni- 
eus* Pline , lib. X, cap* xxix- 

Jam verà lufclnia pnllos fnos docere , vifa efl 

jSudlt difcipula . . . • • & reddit ? intdligitur emendatci 
'ione&io, & in docente qugiam reprehenfîv, Uid, liJb> 
IV f cap, i£. 



du Rojjigtwl. 1 2 9 

. tïonni ou modifié diverfement par d'au- 
tres hafards femblables. 

Pafle ie mois de juin, le roiîîgnol ne 
chante plus , & il ne lui refte qu'un cri 
rauque, une forte de croafîement f ou 
l'on ne reeonnoît point du tout la mélo- 
dieufe Philomèle -, & il n'eft pas furpre- 
nant qu'autrefois en Italie on lui donna 
un autre nom dans cette circonftance (g)\ 
c'eft en effet un autre oifeau , un oifeau 
âbfolument différent , du moins quant à 
la voix , & même un peu quant aux cou- 
leurs du plumage. 

Dans ï'efpèce du roiîîgnol y comme 
dans toutes les autres, il fe trouve quel- 
quefois des femelles qui participent à la 
conftitution du mâle , à fes habitudes & 
fpécialement à celle de chanter. J'ai vu 
une de ces femelles chantantes qui étoit 
privée*, fou ramage reflembloit à celui 
du mâle \> cependant il n'étoit ni auffi 
fort ni auflî varié: elle le conferva juf- 



(g) Adulte, œfîate , voctm mittit diverfam , non 
êtiam variam aut celerem , modulatamqm y fed Jim- 

plicem & quidem in terra Italà aiio nomine tum 

appllmr. Ariftote, Bift*Jnimal-\ïb. IX, cap. xlix» 

F Y 



i'3'o Hijîoirc Naturelle 

qu'au printems y mais alors fubordon- 
mnt l'exercice de ce talent qui lui étoit 
étranger , aux véritables fonctions de font 
iexe , elle fe tut pour faire Ton nid & 
la ponte , quoiqu'elle n'eût point de mâle. 
Il lemble que dans les pays chauds , tels 
que la Grèce, il eft aflez ordinaire de 
voir de ces femelles chantantes , & dans 
cette cfpèce & dans beaucoup d'autres, 
du moins c'eft ce qui refaite d'un paffage 
d'Ariftote (h). 

Un muficien , dit M. Frifch , devroît 
étudier le chant du roflignol , c'eft ce 
qu'eflaya jadis le Jéfuite Kirker (i) 9 Se 
ce qu'a tenté nouvellement M. Barring- 
ton , mais de l'aveu de ce dernier , c'a 
été fans aucun fuccès; ces airs notés, étant 
exécutés par le plus habile joueur de 
îlûte, ne reflembloient point du tout au 



(h) Canunt nonnulli mares perinde ut fuœ fœmi-* 
fi& ; fiait in lufeimarum génère potet ; j œmii/a tamen 
cefjat cancre dam incubai- HU.fr. Ànii'AaJ. Ui* IV. 9 
-cajj. IX' 

Les enthoufiaftes des beaux fous croient que ceux 
<îu rofôgnoi contribuent plus que la chaleur à 
vivifier le fœtus dans l'œuf* 

(i) Voyex fa Mufurgïe. 



du Roffignol i 3 î 

chant du roffignol. M. Barrington foup- 
conne que la difficulté vient de ce qu'on 
ne peut apprécier au jufte la durée rela- 
tive , ou iî Ton veut > la valeur de cha- 
que note : cependant quoiqu'il ne foit 
point aifé de déterminer la mefure que 
fuit le roffignol lorfqu'il chante , de faifir 
ce rythme fi varié dans fes mouvemens , 
fi nuancé dans fes transitions \ fi libre dans 
fa marche , iî indépendant de toutes nos 
règles de convention , & par cela même 
fi convenable au chantre de la Nature; 
ce rythme , en un mot, fait pour être 
finement fenti par un organe délicat, & 
non pour être marqué à grand bruit par 
un bâton d'orqueftre -, il me paroît encore 
plus difficile d'imiter avec un infiniment 
mort les fon-s du roffignol , fes accens 
iï pleins d'ame & de vie -, fes tours de go- 
fier , fon expreffion , fes foupirs -, il faut 
pour cela un infiniment vivant , & d'une 
perfection rare , je veux dire uae voix 
fonore , harmonieufe & légère, un timbre 
pur , moelleux, éclatant-, un gofier de la 
plus grande flexibilité , & tout cela guidé 
par une oreille jufte , foutenu par un taéfc 
fur , & vivifié par une fenfibîlîté exauife ; 



1 yi Hijloire Naturelle 

voilà les inftrumens avec lefquels on peut 
rendre le chant du roflîgnol. J'ai vu 
deux perfonnes qui n'en auraient pas 
noté un feul pafîage, & qui cependant 
l'imitoient dans toute fon étendue , & 
de manière à faire illufion : c'étoit deux 
hommes -, ils fiffloient plutôt qu'ils ne 
chantoient, mais l'un fiffloit fi naturelle- 
ment, qu'on ne pouvoit distinguer à la 
conformation de fes lèvres , fi c'étoit lut 
ou fon voifin qu'on entendoit ', l'autre 
fiffloit avec plus d'effort , il étoit même 
obligé de prendre une attitude contrainte; 
mais quant à l'effet , fon imitation n'étoit 
pas moins parfaite : enfin on voyoit , il 
y a fort peu d'années , à Londres , un 
homme qui, par fon chant, favoit attirer 
ïcs roflîgnols , au point qu'ils venoient 
fe percher fur lui & fe laiiîoient prendre 
à la main (k). 

Comme il n'eft pas donné à tout le 
monde de s'approprier le chant du ro£- 



( h) Annual Regifter, 1764. Aldrovande, 783. 
Hommes reperti qui fonum tarum additâ in tranfoerfas 

erundines aquà , foramen infpiranus iniiÇattâ 

nddemit Jimilitudine. Pline -, lib* X, cap. xxix% 



du RoJJignoL 135 

fîgnol par une imitation fidèle , & que 
tout le monde eft curieux d'en jouir , 
plufieurs ont tâché de fe l'approprier 
d'une manière plus (impie , je veux dire 
en fe rendant maîtres du rolîignol lui- 
même y & le réduifant à l'état de domef- 
ticité -, mais c'eft un domeftique d'une 
humeur difficile , & dont on ne tire le 
fervice déliré qu'en ménageant fon carac- 
tère. L'amour & la gaieté ne fe comman- 
dent pas , encore moins les chants qu'ils 
infpirent : iî l'on veut faire chanter le 
roffignol captif, il faut le bien traiter 
dans fa prifon , il faut en peindre Ijes 
murs de la couleur de fes bofquets > l'en- 
vironner y l'ombrager de feuillages , éten- 
dre de la moufle fous fes pieds , le ga- 
rantir du froid & des vifites importu- 
nes (7) , lui donner une nourriture abon- 
dante & qui lui plaife y en un mot , il 
faut lui faire illufion fur -fa captivité , & 
tâcher de la rendre aufît douce que la 
liberté > s'il étoit pofïible. A ces condi- 
tions le roffignol chantera dans la cage y 

(î) On recommande même de le nettoyer rare- 
ment lorfqu'it chante. 



ï 3 4 Hijîcire Naturelle 

fi c'eft un vieux , pris dans le commen- 
cement du printems , il chantera au 
bout de huit jours & même plutôt (m) 3 
& il recommencera à chanter tous les 
ans au mois de mai & fur la fin de dé- 
cembre-, fi ce font des jeunes de la pre- 
mière ponte , élevés à la brochette 5 ils 
commenceront à gazouiller dès qu'ils 
commenceront à manger feuîs -, leur voix 
fe haufîera 3 fe formera par degrés *, elle 
fera dans toute fa force fur la fin de dé- 
cembre 5 & ils l'exerceront tous les jours 
de Tannée , excepté au tems de la mue : 
ils chanteront beaucoup mieux que les 
roffignols fauvages -, ils embelliront leur 
chant naturel de tous les paflages qui 
leur plairont dans le chant des autres 
oifeaux qu'on leur fera entendre (n) , & 

(m) Ceux qu'on prend , après ïe 15 de mai , 
chantent rarement le reite de la faifon : ceux qui 
ne chantent pas au bout de quinze jours, ne chan- 
tent jamais bien, & fouvent font des femelles 

(n) Aviadcirum vonnullde. haud voco.ni paternam 
emittunt , cuin eJttcatione patemâ caruerint , & canti- 
bus ( ai'ùs ) iufueverint. Pline, lib. IV, cap, 1 x. 
Vifum f£pe jujjas cecinijfe & cum fymphomâ aller-', 
najfe. Lib. X, cap^ xxxx. 



du Rojpgnol. i 35 

de tous ceux que leur inipirera l'envie 
de les furpafîer: ils apprendront à chan- 
ter des airs fi on a la patience & le mau- 
vais goût de les fiffler avec la rojjigno- 
lette , ils apprendront même à chanter 
alternativement avec un chœur , & à ré- 
péter leur couplet à propos *, enfin ils 
apprendront à parler quelle langue on 
voudra. Les fils de l'empereur Claude 
en a voient qui parloient Grec & Latin (o) } 
mais ce qu'ajoute Pline eft plus merveil- 
leux, c'eft que tous les jours ces oifeaux 
prépar oient de nouvelles phrafes, &même 
des phrafes allez longues 9 dont ils réga- 
loient leurs maîtres (p) : l'adroite flatte- 
rie a pu faire croire cela à de jeunes 
princes 3 mais un Philofophe tel que 
Pline ne doit fe permettre y ni de le 
croire, ni ne chercher à le faire croire 3 
parce que rien n'eft plus contagieux que 



(n) Philoitrate en cite un exemple. Docemur 

fecreto & ubi nulla alla vox ajfidente qui crebrô 

dicat. . . . ac cibis blandunte» Pline , lib. X, cap* xlil 

(p) Prœterea méditantes in diem 6* ajfîduè nova 
loquentes longiore etiam contexte. Pline , Hift. Nat. 
lib. X , cap~ xlii, Ces jeunes Princes étoienc Drufus 
& Britannicus* 



i 3 6 Hifioin Naturelle 

Terreur appuyée d'un grand nom : auflf 
plufieurs Ecrivains fe prévalant de l'au- 
torité de Pline, ont renchéri fur le mer- 
veilleux de Ton récit. Gefner ,. entre au- 
tres , rapporte fa lettre a un homme digne 
de foi ( comme on va le voir ) où il eft 
queftion de deux rofïignols ., appartenans 
à un maître d'hôtellerie de Ratifbonne , 
lefquels pafloient les nuits à converfer, 
en allemand , fur les intérêts politiques 
de l'Europe , fur ce qui s'étoit paffé r 
fur ce qui devoit arriver bientôt, & qui 
arriva en effet -, à la vérité , pour rendre 
la chofe plus croyable , l'auteur de la 
ïettre avoue que ces rofïignols ne faifoient 
que répéter ce qu'ils avoient entendu 
dire à quelques militaires , ou à quelques 
députés de la Diète , qui fréquentoient 
la même hôtellerie (q)\ mais avec cet 
adouciffement même , c'eft encore une 
hiftoire abfurde & qui ne mérite pas 
d'être réfutée férieufement. 

J'ai dit que les vieux prifonniers avoient 
deux faifons pour chanter , le mois de 
mai & celui de décembre -, mais ici l'art 

(l) Gefner, Am, pag- 594* 



du RoJJignol. i 3 7 

peut encore faire une féconde violence 
à la Nature , & changer à fon gré Tordre 
de ces faifons , en tenant les oifeaux dans 
une chambre rendue obfcurepar degrés, 
tant que Ton veut qu'ils gardent le fdence, 
& leur redonnant le jour , auflî par de- 
grés 5 quelque tems avant celui 011 Ton 
veut les entendre chanter -, le retour mé- 
nagé de la lumière , joint à toutes les 
autres précautions indiquées ci-defîus , 
aura, fur eux les effets du printems. 
Ainfi , l'art eft parvenu à leur faire chan- 
ter & dire ce qu'on veut & quand on 
veut *, & fï Ton a un affez grand nombre 
de ces vieux captifs , & qu'on ait la petite 
induftrie de retarder & d'avancer le tems 
de la mue , on pourra , en les tirant fuc- 
ceflivement delà chambre ob foire, jouir 
de leur chant toute l'année fans aucune 
interruption. Parmi les jeunes qu'on élève, 
il s'en trouve qui chantent la nuit , mais 
la plupart commencent à fe faire entendre 
ïe matin fur les huit à neuf heures dans 
le tems des courts jours , & toujours plus 
matin à mefure que les jours croiffent. 

On ne fe douteroit pas qu'un chant 
aufli varie que celui du roflïgnol a . effc 



138 Hijîoire Naturelle 

renfermé dans les bornes étroites dune 
feule o£fcave -, c'eft cependant ce qui 
réfulte de Tobfervation attentive d'un 
homme de goût , qui joint la juftefle de 
l'oreille aux lumières de fefprit ( r) : à la 
vérité 5 il a remarqué quelques fons aigus 
qui alîoient à la double o&ave , & pat 
foient comme des éclairs -, mais cela n'ar- 
rive que très-rarement (f) , & lorfque 
i'oifeau y par un effort du gofîer fait 
oélavier fa voix , comme un Auteur fait 
oétavier fa flûte en forçant le vent. 

Cet oifeau efl: capable à la longue de 
s'attacher à la perfonne qui a foin de 
lui -, lorfqtiTine fois la connoiiïance eft 
fiite y il diftingue fon pas avant de la 
voir , il la falue d'avance par un cri de 



(t) M. îe Docteur Remond , qui a traduit plu- 
iîeurs morceaux de la Collection académique. 

f f) Le même M, Remond a reconnu dans h 
chant du rofiignol des batteries à la tierce , à h 
quarte & à l'octave, mais toujours de l'aigu au 
grave , des cadences toujours mineures, fur pres- 
que tous les tons , mais point d'arpèges ni de 
deffin fuivi. M. Barrington a donné une balance 
des oifeaux chanteurs, où il a exprimé en nom- 
bres ronds les degrés de perfection du chant propre 
à chaque efpèce* 



du Rojpgnol. i 3 9 

joie , & s'il éft en mue , on le voit 
le fatiguer en efforts inutiles pour chan- 
ter, & fuppléer par la gaieté de fes mou- 
vemens, par Famé qu'il met dans Tes re- 
gards, à Texpreffionque Ton gofier lui 
refufe -, lorfquil perd fa bienfaitrice, il 
meurt quelquefois de regret*, s'il furvît, 
il lui faut long-tems pour s'accoutumer 
à un autre ( t) ', il s'attache fortement 
parce qu'il s'attache difficilement, comme 
font tous les caractères timides & fauva- 
ges -, il efl auflî très-folitaire -, les roffî- 
gaols voyagent feuîs , arrivent feuls aux 
mois d'avril & de mai , s'en retournent 
i eu is au mois de feptembre (u) , & lort 

(t) « Un roffignol , dont j'avois fait prient ? 
dit M. îe Moine, ne voyant plus fa gouvernante,»* 
ce {Ta de manger , & bientôt il fut aux abois, il »? 
ne pouvoir plus fe tenir fur le bâton de fa cage; »» 
mais ayant été remis à fa gouvernante , il fe rani- 1 
ma, mangea , but, fe percha & fut rétabli en >* 
vingt- quatre heure5. » On en a vu, dit-on, qui 
avint tté'lâchés dans les bois, font revenus che^s 
leur maître. 

(u) En Italie , il arrive en mars & avril, & fe 
retire au commencement de novembre; en Angle- 
terre, ii ai rive en aviii &. mai , & repart dès le 
rn< ! s d'août: ces éppq.ues dépendent 3 comme on 
le juge bien , de la température locale & de celïç 
de la failon. 



1 40 Hifioirc Naturelle 

qu'au printems le mâle & la femelle 
s'apparient pour nicher , cette union par- 
ticulière femble fortifier encore leur aver- 
lion pour la fociété générale *, car ils ne 
fouffrent alors aucun de leurs pareils dans 
le terrein qu'ils fe font approprié ; on 
croit que c'eft afin d'avoir une chafTe afîez 
étendue pour fubfiftes eux & leur fa- 
mille -, & ce qui le prouve , c'eft que ïa 
difrance des nids eft beaucoup moindre 
dans un pays où la nourriture abonde -, 
cela prouve auiîî que la jaloiilîe n'entre 
pour rien dans leurs motifs, comme quel- 
ques-uns l'ont dit , car on fait que la ja- 
loufîe ne trouve jamais les difïances aiîez 
grandes, & que l'abondance des vivres 
ne diminue ni fes ombrages ni fes pré- 
cautions. 

Chaque couple commence à faire fon 
nid vers la fin d'avril & au commencement 
de mai j ils le conftruifent de feuilles , de 
joncs , de brins d'herbe greffier e en - de- 
hors , de petites fibres , de racines , de 
crin, & d'une efpèce de bourre en -de- 
dans -, ils le placent à une bonne expoil- 
tion, un peu tournée au levant, & dans 
le yoifinage des eaux y ils le pofent ou fur 



du Rojfîgnol. 141 

les branches les plus baffes des arbuftes , 
tels que les grofeiiliers, épines blanches, 
pruniers fauvages , charmilles, &c. ou fur 
une touffe d'herbe, & même à terre, au 
pied de ces arbuftes *, c'eft ce qui fait que 
leurs œufs ou ieurs petits , & quelquefois 
la mère , font la proie des chiens de 
chaffe , des renards , des fouines , des 
belettes , des couleuvres , &e. 

Dans notre climat , la femelle pond 
ordinairement cinq œufs (a?) , d'un brun 
verdâtre uniforme , excepté que le brun 
domine au gros bout, & le verdâtre au 
petit bout : la femelle couve feule , elle 
ne quitte fon pofte que pour chercher à 
manger , & elle ne le quitte que fur le 
foîr, & lorfqu'elle eft prefféepar la faim : 
pendant fon abfence, le mâle femble avoir 
l'œil fur le nid. Au bout de dix -huit ou 
vingt jours d'incubation, les petits com- 
mencent à éclore : le nombre des mâles 
eft communément plus que double de 
celui des femelles -, aufïï lorfqu'au mois 

(x) Ariftote dit cinq eu fix: cela peut être 
vrai de ia Grèce , qui eft un pays plus chaud , & 
où ii peut y avoir plus de fécondité. 



1 4 z Hijîoire Naturelle 

d'avril on prend tin mâle apparié , il cil 
bientôt remplacé auprès de la vcuve> par 
un autre , & celui-ci par un troifième -, en 
forte qu'après l'enlèvement fucceffif de 
trois ou quatre mâles , la couvée n'en va 
pas moins bien. La mère dégorge la 
nourriture à fes petits , comme font ies 
femelles des ferins -, elle eft aidée par le 
père dans cette intéreffante fonction : 
c'-eft alors que celui-ci ceffe de chanter , 
pour s'occuper férieufement du foin de la 
famille : on dit même que, durant l'incu- 
bation , ils chantent rarement près dij 
nid , de peur de le faire découvrir -, niais 
lorfqu'on approche de ce nid , la tendreffe 
paternelle fe trahit par des cris que lui ar- 
rache le danger de la couvée , & qui ne 
font que l'augmenter. En moins de quinze 
jours les petits font couverts de plumes , 
Se c'eft alors qu'il faut fevrer-ceux qu'on 
veut élever : lorfqu'ils volent feuls 5 les 
père & mère recommencent une autre 
ponte , & après cette féconde , une troi- 
sième -, mais , pour que cette dernière 
ïéuffiiTe , il faut que les froids ne furvien- 
rient pas de bonne heure : dans les éajte 
chauds*, ils font jufqu'à quatre pontes , K r 



du RoJJîgnoL 143 

par -tout les dernières font les moins 
nombreufes. 

L'homme , qui ne croit pofféder que 
îorfqu'il peut ufer & abufer de ce qu'il 
pofsède , a trouvé le moyen de faire ni- 
cher les roilïgnols dans la prifon -, le plus 
grand obftacle étoit l'amour de la liberté , 
qui eft très^vif dans ces oifeaux } mais on 
a fu contre-balancer ce fentiment naturel 
par des fentimens aulïi naturels & plus 
forts , le befoin d'aimer & de fe repro- 
duire , l'amour de la géniture , &c. on 
prend un mâle & une femelle appariés , 
& on les lâche dans une grande volière, 
ou plutôt dans un coin de jardin planté 
d'ifs, de charmilles & autres arbriiïeaux, 
& dont on aura fait une volière , en l'en- 
vironnant de filets : c'eft la manière la 
plus douce & la plus fûre d'obtenir de 
leur race -, on peut encore y réulîîr , mais 
plus difficilement , en plaçant ce mâle & 
cette femelle dans un cabinet peu éclairé , 
chacun dans une cage féparée , leur don~ 
nant tous les jours à manger aux mêmes 
heures , laiffant quelquefois les cages ou* 
vertes , afin qu'ils faiîent connoiiîance avec 
Je cabinet 3 la leur ouvrant tout-à-fait au 



144 'Hpjîoire Naturelle 

mois d'avril pour ne la plus fermer , & 
leur fourniflant alors les matériaux qu'ils 
ont coutume d'employer à leurs nids , 
tels que feuilles de chêne , moufle , chien- 
dent épluché ,, bourre de cerf, des crins , 
de la terre , de l'eau *, mais on aura foin de 
retirer l'eau quand la femelle couvera (y). 
On a aufïï cherché le moyen d'établir des 
roflîgnols dans un endroit où il n'y en a 
point encore eu j pour cela , on tâche de 
prendre le père, la mère & toute la cou- 
vée avec le nid , on tranfporte ce nid dans 
un fîte qu'on aura choifi le plus fembla- 
ble à celui d'où on l'aura enlevé •, on 
tient les deux cages qui renferment le 
père & la mère à portée des petits , jufqu'à 
ce qu'ils aient entendu leur cri d'appel , 
alors on leur ouvre la cage , fans fe mon- 
trer -, le mouvement de la Nature les 
porte droit au lieu où ils cnt entendu 
crier leurs petits -, ils leur donnent tout 
de fuite la béquée , ils continueront de les 
nourrir tant qu'il fera néceflaire, & l'on 
-prétend que , l'année fuivante, ils revien- 



(y) Vtyti te Traité du roffignoî ipap 96- 

dront 



du RoJJîgnol. î4j 

dront au même endroit ( £ ) ; ils y re- 
viendront , fans doute , s'ils y trouvent 
une nourriture convenable & îes com- 
modités pour nicher > car fans cela tous 
les autres foins feroient à pure perte , & 
avec cela ils feront à-peu-près fuper- 
flus(a). 

Si Ton veut élever foi-même de jeunes 
roffignoïs, il faut préférer ceux de la pre- 
mière ponte 5 & leur donner tel inftitu- 
teur que Ton jugera à propos -, mais les 
meilleurs , à mon avis , ce font d'autres 
rolîîgnols , fur-tout ceux qui chantent le 
mieux. 

Au mois d'août îes vieux Se les jeunes 
quittent les bois pour fe rapprocher des 
bluffons 5 des haies vives , des terres nou- 
vellement laboprées, où ils trouvent plus 
de vers & d'infe&es *, peut-être auffî ce 
mouvement générai a-trii quelque rapport 
à leur prochain départ \ il n'en refte point 



(ibidem, page 105. 

(a) Lorfqu'il y a, dans un endroit, nourriture 
abondante & commodités pour nicher , ona beau 
prendre ou détruire les rofîignols, il en revient 
toujours d'autres , dit M. Friich, 

Oifiaux , Tome XX G 



Ï46 Hijîoire Naturelle 

en France pendant l'hiver, non plus qu'en 
Angleterre, en Allemagne , en Italie, en 
Grèce, &c. (/»)•, &, comme on aflure qu'il 
n'y en a point en Afrique ( c ) , on peut 
juger qu'ils fe retirent en Afîe (d). Cela, 
eft d'autant plus vraifemblable que Ton 
en trouve en Perfe, à la Chine , & même 
au Japon , où ils font fort recherchés , 
puifque ceux qui ont la voix belle s'y 
vendent, dit-on, vingt cobangs (e). Ils 
font généralement répandus dans toute 
l'Europe , jufqu'en Suède Se en Sibé- 
rie (/) , où ils chantent très-agréable- 



( b ) Le rofirgnoï difparoît en automne , & ne 
reparoît qu'au printems , dit Ariftoïe. HijL Jni- 
mai lib. V, cap. IX. 

(O Payez te Traité du roflignol, page 21. A ïa 
vérité , le voyageur ie Maire parle d'un roflignol 
îu Sénégal. (Voyage aux Canaries, &c. pag. 104^; 
mais qui ne chante pas fi bien que le nôtre. 

( </) Voyex Olina, XJccdkna, page 1. Ils fe trou- 
vent dans les faulfaies & parmi les oliviers de 
Jddée. Haflèlquifl. 

( e) Kempfer , Hifi- du Japon , tome I ? pag. 1$. 
Le cobang vaut quarante taels, ie taeï cinquante- 
fept fous de France ; & les vingt cobangs près de 
cent louis* Les rofîignoîs étoient bien plus chers à 
Home, comme nous le verrons à l'article du rofli- 
gnol blanc. 

(/) M. Gmelin parle avec tranfport des rives 



du Roffîgnol. 147 

ment *, mars en Europe comme en Afïe, il 
y a des contrées qui ne leur conviennent 
point, & où ils ne s'arrêtent jamais-, par 
exemple, le Bugey jufqu'à la hauteur de 
Nantua, une partie de la Hollande, l'E- 
toffe , l'Irlande (g) ; la partie nord du 
pays de Galles , & même de toute l'An- 
gleterre , excepté la province d' Yorck ; 
le pays des Dauliens aux environs de 
Delphes, le royaume de Siam, &c. (A). 
Par-tout ils font connus pour des oifeaiuc 
voyageurs , & cette habitude innée eft 
fi forte en eux, que ceux que Ton tient 
en cage s'agitent beaucoup au prin- 
temps 3c en automne , fur-tout la nuit , 



agréabies du ruifîeau de Sibérie , appelé berejfouka ê 
& du ramage des oifeaux qui s'y font entendre , 
parmi lefquels le roffignol tient ïe premier rang. 
Voyagé de Sibérie , tome I, pag. 112. 

(g) yoye\ Aldrovande, tome II, page 784. Je 
fais qu'on a douté de ce qui regarde l'Irlande, 
ï'Écoffe & fa Hollande , mais ces aflfertions ne 
doivent pas être prifes à ïa rigueur , elles lignifient 
feulement que les roffignois font fort rares dans 
ces pays; ils doivent l'être en effet par-tout où 
il y a peu de bois & de buiffons, peu de chaleur, 
peu d'infectes, peu de belles nuits , &c. 

(à) Voyages de Struys, tome /, page 53, 

Gij 



î4§ Hijloire Naturelle 

aux époques ordinaires marquées pour 
leurs migrations : il faut donc que cet 
ïnftinâ: qui les porte à voyager foit indé- 
pendant de celui qui les porte à éviter lé 
grand froid , & à chercher un pays où ils 
puiffent trouver une nourriture convena- 
ble > car 5 dans la cage , ils n'éprouvent ni 
froid ni difette , & cependant ils s'agitent. 
Cet oifeau appartient à l'ancien conti- 
nent, & quoique les Millionnaires Se les 
Voyageurs parlent du roflignol du Ca- 
nada 9 de celui de la Louiiiane, de celui 
des iintilîes, &c. on fait que ce dernier 
eft une efpèce de moqueur -, que celui de ! 
3a Louifiane eft le même que celui des 
Antilles , puifque , félon ïe Page Dupratz, ; 
il fe trouve à la Martinique & à la Guade- 
loupe -, & Fon voit par ce que dit le Père 
Çharlevoix de celui du Canada, ou que 
ce n'eft point un roflignol , ou que c'eft 
un rofïïgnol dégénéré (i). Il eft poflibîe 
en effet que cet oifeau, qui fréquente les 

(i) «Le roflignol de Canada, dit ce Mifiïon-v i 
ta naire, eft à peu-près le même que le nôtre par, I 
*» la figure , mais ii n'a que la moitié de fon chant. » | 
Kowdlc France, tome III, page 157, 



I 



du Rojffîgnol. 149 

parties feptentrionales de l'Europe & de 
î'Afie, ait franchi les mers étroites qui , à 
cette hauteur, féparent les deux conti- 
nens , ou qu'il ait été porté dans le nou- 
veau par un coup de vent ou par quel- 
que navire, & que trouvant le climat peu 
favorable , foit à caufe des grands froids , 
foit à caufe de l'humidité, ou du défaut 
de nourriture (£) , il chante moins bien 
au nord de l'Amérique qu'en Afie & en 
Europe , de même qu'il chante moins bien 
en Ecofle qu'en Italie ( / ) ; car c'eft une 
règle générale que tout oifeau ne chante 
que peu ou point du tout lorfqu'il fouffre 
du froid, de la faim, &c. & Ton fait d'ail- 
leurs que le climat de l'Amérique , §c 
fur-tout du Canada , n'eft rien moins que 
favorable au chant des oifeaux -, c'eft ce 
qu'aura éprouvé notre roffignol tranf- 



(k) Je fais qu'il y a beaucoup d'infectes en 
Amérique, mais la plupart font ii gros & ti bien 
armés , que le roffignol loin d'en pouvoir faire 
fa proie, auroit fouvent peine à fe défendre contre 
feurs attaques. 

(I) Foyei Aïdrovande , OmithoL tome lï , pag. 
785, où il cite Reprit* Jpponetifîs. Cet oifeau paraît 
ionc quelquefois en Écolfe. 

G îij 



ïjo Nijîoire Naturelle 

planté au Canada -, car il eft plus que pro- 
bable qu'il s y trouve aujourd'hui , l'indi- 
cation trop peu circonftanciée du Père 
Charlevoix ayant été confirmée depuis 
par le témoignage pofitif d'un Médecin 
réiîdant à Québec , & de quelques Voya- 
geurs (m). 

Comme les rofîignoîs , du moins les 
mâles , paflent toutes les nuits du prin- 
temps à chanter 3 les Anciens s'étoient 
perfuadé qu'ils ne dormoient point dans 
cette faifon (72), & de cette conféquenec 
peu jufte eft née cette erreur que leur 
chair étoît une nourriture antifoporeufe , 
qu'il fuffifoit d'en mettre le cœur 5c les 
yeux fous l'oreiller d'une perfonne pour 
lui donner une infomnie -, enfin ces erreurs 
gagnant du terrein & pafîant dans les arts , 
ïe roflignol eft devenu l'emblème de la 
vigilance. Mais les modernes , qui ont 
obfervé de plus près ces oifeaux , Ce font 
aperçus que , dans la faifon du chant , 

(m) Ce Médecin a mandé a M. de Saïerne , 
que notre roflignol fe trouve au Canada comme ici 
dans la faifon. Il fe trouve aufli à fa Gafpefie, félon 
le P. Leclcrc, & n'y chante pas fi bien. 

(nj Héfiodej Élieii. Voye\ ce dernier, lifa. XII. 



du RoJpgnoL 151 

ils dormoient pendant le jour , 8c que 
ce fommeil du jour, fur-tout en hiver , 
annonçoît qu'ils étoient prêts à repren- 
dre leur ramage. Non - feulement ils 
dorment , mais ils rêvent ( o ) , Se d'un 
rêve de roflignol, car on les entend ga- 
zouiller à demi-voix & chanter tout bas. 
Au refte , on a débité beaucoup d'autres 
Cables fur cet oifeau , comme on fait fur 
tout ce qui a de la célébrité -, on a dit 
qu'une vipère , ou félon d'autres , un 
crapaud, le fixant lorfqu'il chante , le 
fafeine par le feul afeendant de fon re- 
gard , au point qu'il perd infailliblement 
la voix & finit par tomber dans la 
gueule béante du reptile. On a dit que 
les père & mère ne foignoîent parmi 
leurs petits que ceux qui montraient du 
talent, & qu'ils tuoient les autres, ouïes 
laifîbient périr d'inanition (il faut fuppo- 
fer qu'ils favent excepter les femelles). 
On a dit qu'ils chantoientbeaucoup mieux 
lorfqu'on les Écoutoit que lorfqu ils chan- 
toient pour leur plaifir. Toutes ces er- 
reurs dérivent d'une fource commune , 



(a) Voyz\ îe Traité du rofiîgnoî. 

G iv 



ïj2 Hifoife Naturelle 

de l'habitude où font les hommes de 
prêter aux animaux leurs foibleffes , leurs 
paiîîons & leurs vices. 

Les roiîignols qu'on tient en cage , ont 
coutume de fe baigner après qu'ils ont 
chanté : M. Hébert a remarqué que c'étoit 
la première chofe qu'ils faifoient le foir , 
au moment où Ton allumoit la chandelle *, 
il a auffi obfervé un autre effet de la 
lumière fur ces oifeaux , dont il eft bon 
d'avertir : un mâle qui chantoit très-bien 5 
s'étant échappé de fa cage, s'élança dans 
3e feu , où il périt , avant qu'on pût lui 
donner aucun fecours. 

Ces oifeaux ont une efpèce de balance* 
ment du corps qu'ils élèvent & abaiifent 
tour-à-tour, & prefque parallèlement au 
plan de pofition -, les milles que j'ai vus 
avoientee balancement (îngulier, mais une 
femelle que j'ai gardée deux ans ne l'avoit 
pas : dans tous, la queue a un mouvement 
propre de haut en bas , fort marqué , &: 
qui fans doute a donné occafion à M. Lin- 
rmis de les ranger parmi les hoche-queues 
ou motacilles. 

Les roffignols fe cachent au plus épais 
des buîflbns : ils fe nourriflent d'in fe&es 



du RojjîgnoL i 5 j 

aquatiques & autres , de petits vers > 
d œufs ou plutôt de nymphes de four- 
mis -, ils mangent aulîî des figues , des 
baies, &c. mais comme il feroît difficile 
de fournir habituellement ces fortes de 
nourritures à ceux que I on tient en cage y 
on a imaginé différentes pâtées dont ih 
s'accommodent fort bien. Je donnerai 
dans les notes celle dont fe fert un ama- 
teur de ma connoiiîance (p ), parce qu elle 



(p) M. îe Moine, que j'ai déjà eu occafïon de 
citer plufieurs fois , donne des pâtées différentes , 
félon îes différens âges; celle du premier âge eft 
compofée de cœur de mouton , mie de pain , che- 
nevis & perfil, parfaitement piles & mêlés; ii en. 
faut tous les jours de fa nouvelle. La féconde con- 
fiée en parties égales d'omelette hachée & demie 
de pain , avec une pincée de periiï hachée. La 
troisième eft plus compofée & demande pius de 
façon : prenez deux livres de bœuf maigre, une 
demi-livre de pois-chiches, autant de miîiet jaune 
ou écorcé, defemence de pavot blanc & d'amandes 
douces, une livre de miel blanc, deux onces de 
iîeur de farine ., douze jaunes d'œufs frais, deux 
ou trois onces de beurre frais & un gros & demi 
de fafran en poudre; le toutféché, chauffé long- 
temps en remuant toujours, & réduit en une pouf- 
fière très-fine, pafîee au tamis de foie* Cette pou* 
dre fe conferve & fert pendant un an. 

G y 



ï J4 Hijioire Naturelle 

eft éprouvée , & que j'ai vu un roffignol 
qui , avec cette feule nourriture , a vécu 
jufqu'à fa dix-feptiènie année : ce vieil- 
lard avoit commencé à grifonner dès 
Tâge de fept afts ; à quinze , il avoit des 
pennes entièrement blanches aux ailes & 
à la queue -, fes jambes ou plutôt fes 
îarfes, avoient beaucoup groffi-, par Tac- 
croiflement extraordinaire qu avoient pris 
ies lames dont ces parties font recou- 
vertes dans les oifeaux -, enfin il avoit des 
efpèces de nodus aux doigts comme les 
goutteux, & on étoit obligé de tems eu 
tems de lui rogner la pointe du bec 
fupérieur (q); mais il n'avoit que cela 
des incommodités de la vieillefîe -, il étoit 
toujours gai, toujours chantant, comme 
dans fon plus bel âge , toujours careffant 
ïa main qui le nourriflbit. Il faut remar- 
quer que ce roffignol n'avoit jamais été 



(([) Les ongles des rofïïgnoJs que l'on tient en 
cage, croifïent aufli beaucoup dans les commet 
eemens, & au point qu'ils leur deviennent em- 
barraffans par leur exceflive longueur : j'en ai vu 
qui formoicnt un demi-cercfe de cinq lignes de 
diamètre , mais dans la grande vîeilleffe il ne Jeur 
en reite preique point, 



du RoJJignol. ijy 

apparié : l'amour femble abréger les jours , 
mais il les remplit , il remplit de plus le 
vœu de la Nature; fans lui, les fentimcns 
iî doux de la paternité feroient inconnus ; 
enfin il étend l'exiftence dans Favenir, 
& procure au moyen des générations qui 
fe Succèdent , une forte d'immortalité \ 
grands & précieux dédommagemens de 
quelques jours de trifteffe & d'infirmités 
qu'il retranche peut-être à la vieilleffe ! 

On a reconnu que les drogues échauf- 
fantes & les parfums excitoient les rof- 
fignoîs à chanter; que les vers de farine 
& ceux du fumier leur cowvenoient lors- 
qu'ils étoient trop gras , & les figues lors- 
qu'ils étoient trop maigres -, enfin que les 
araignées étoient pour eux un purgatif: 
on confeille de leur faire prendre tous 
les ans ce purgatif au mois d'avril : une 
demi-douzaine d'araignées font la dofe -, 
on recommande auffi de ne leur rien 
donner de Salé. 

Lorfqu'ils ont avalé quelque chofe 
d'indigefte , ils le rejettent fous la forme 
de pilules ou de petites pelotes > comme 
font les oifeaux de proie , & ce font en 
effet des oifeaux de proie très-petits , 

G vj 



t$6 Hiftoire Naturelle 

mais très- féroces , puifqu'ils ne vivent que 
d'êtres vivans. Il eft vrai que Bélon ad- 
mire la providence qu'ils ont de n avaler 
aucun petit ver qiiils ne ï aient pre- 
mièrement fait mourir; mais c'eft appa- 
remment pour éviter la fenfation défa- 
gréable que leur cauferoit une proie 
vivante , & qui pourroit continuer de 
vivre dans leur eftomac à leurs dépens. 

Tous les pièges font bons pour les 
roiîignols -, ils font peu défians quoiqu'affez 
timides : fi on les lâche dans un endroit 
où il y a d'autres oifeaux en cage , ils vont 
droit à eux , & c'eft un moyen entre 
beaucoup d'autres , pour les attirer : le 
chant de leurs camarades , le fon des 
inftrumens de mufique, celui d'une belle 
voix , comme on l'a vu plus haut , & 
même des cris défagréables , tels que ceux 
d'un chat attaché au pied d'un arbre, 8c 
que l'on tourmente exprès, tout cela les 
fait venir également ; ils font curieux & 
même badauds -, ils admirent tout & font 
dupes de tout (r), on les prend à la 



(r) Am miratrix, dit Mi Unnœus, 



du RoJJîgnol. ijj 

pipée, aux gluaux, avec le trébuchet des 
mélanges dans des reginglettes tendues 
fur la terre nouvellement remuée (f) , 
où Ton a répandu des nymphes de four- 
mis , des vers de farine , ou bien ce qui y 
reffemble , comme de petit morceaux 
de blancs d'œufs durcis, &c. II faut avoir 
l'attention de faire ces reginglettes & 
autres pièges de même genre avec du 
taffetas & non avee du filet où leurs 
plumes s'embarrafleroient , & où ils en 
pourroient perdre quelques-unes , ce qui 
retarderoit leur chant ; il faut au con- 
traire , pour l'avancer au temps de la 
mue , leur arracher les pennes de la 
queue, afin que les nouvelles foient plutôt 
revenues 5 car tant que la Nature travaille 
à reproduire ces plumes , elle leur interdit 
le chant* 



(f) Quelquefois iïs fe trouvent en très-grand 
nombre dans un pays. Bélon a été témoin que , dans 
un village de la forêt d'Ardenne, les petits bergers 
en prenoient tous les jours chacun une vingtaine, 
avec beaucoup d'autres petits oifeaux; c'étoit une 
année de féchereffe, & toutes les mares, dit Bélon y 

étoient taries ailleurs car ils fe tiennent advnz 

dedans les forêts 7 en l'endroit où eft l'humeur. 



i j 8 Hifloire Naturelle 

Ces oiieaux font fort bons à manger 
ïorfqu'iis font gras , & le difputent aux 
ortolans-, on les engraiiïe en Gafcogne 
pour la table -, cela rappelle la fantaifis 
d'Héliogabale qui mangeoit des langues 
de rofïignols , de paons , &c. & le plat 
fameux du comédien Efophe , compofé 
d'une centaine d'oifeaux tous recomman- 
dables par leur talent de chanter ou par 
celui de parler (t). 

Cogime il eft fort effentiel de ne pas 
perdre fon temps à élever des femelles , 
on a indiqué beaucoup de marques diftinc- 
tives pour reconnoître les. mâles \ il ont , 
dit-on ? l'œil plus grand , la tête plus 
ronde , le bec plus long > plus large à fa 
bafe , fur-tout étant vu par-deffous ^ le 
plumage plus haut en couleur , le ventre 
moins blanc, la queue plus touffue & plus 
ïarge ïorfqu'iis la déploient *, ils commen- 
cent plutôt à gazouiller > & leur gazouil- 
lement eft plu6 foutenu : ils ont l'anus 
plus gonflé dans la faifon de l'amour , & 



(t) Pline, Ub. IX, cap. ir. Ce pîat fut eftimé 
600 fefterces. Aldrovande a auffi mangé des roffi* 
guois & les a trouvés bons, 



du RoJJignoL i 5 9 

ils fê tiennent long-tems en la même 
place , portés fur un feul pied , au lieu que 
îa femelle court çà & là dans la cage ; 
d'autres ajoutent que le mâle a à chaque 
aile deux ou trois pennes dont le côté ex- 
térieur & apparent eft noir , & que {es 
jambes, lorf qu'on regarde la lumière au 
travers, paroiflent rougeâtres , tandis que 
celles de la femelle paroifient blanchâtres : 
au refte , cette femelle a dans la queue 
ïe même mouvement que le mâle , & 
lorfqu'elle eft en joie elle fautille comme 
lui , au lieu de marcher. Ajoutez à cela les 
différences intérieures qui font plus décr- 
ives : les mâles que j'ai difféqués au 
printems avoient deux tefticules fort 
gros , de forme ovoïde*, le plus gros des 
deux ( car ils n'étoient pas égaux) avoit 
trois lignes & demie de long, fur deux de 
large -, l'ovaire des femelles , que j'ai ob~ 
fervées dans le même tems , contenoit des 
oeufs de différentes groffeurs , depuis un 
quart de ligne jufqu'à une ligne de 
diamètre. 

Il s'en faut bien que ïe plumage de 
cet oifeau réponde à fon ramage -, il a tout 
le deffus du corps d'un brun plus ou 
gnoins roux i la gorge, la poitrine & le 



l£o Hijîoirc Naturelle 

ventre d'un gris blanc \ le devant du cou 
d'un gris plus foncé *, les couvertures in- 
férieures de la queue & des ailes d'un 
fclanc-roufsâtre , plus roufsâtre dans les 
mâles-, les pennes des ailes d'un gris-brun 
tirant au roux , la queue d'un brun plus 
roux 5 le bec brun , les pieds aufïî > mais 
avec une teinte de couleur de chair *, le 
fond des plumes cendré-foncé. 

On prétend que les roflîgnols qui font 
nés dans les contrées méridionales ont le 
plumage plus obfcur , & que ceux des 
contrées feptentrionales ont plus de blanc : 
îes jeunes mâles font auffi , dit-on , plus 
blanchâtres que les jeunes femelles, & en 
général la couleur des jeunes eft plus 
variée avant la mue, c'eft-à-dire , avant la 
fin de juillet , & elle eft fi femblable à 
celle des jeunes rouge-queues, qu'on les 
diftingueroit à peine s'ils n'av oient pas 
un cri différent (u); auffi ces deux es- 
pèces font-elles amies (x). 

fu ) Le petit roflïgnol mâîe dit \ifcra , eifera 
fuivant Olina; croi , croi, fe!on d'autres : chacun 
a fa manière d'entendre & de rendre ces fons in- 
déterminés, & d'ailleurs fort variables. 

( xj On dit même qu'elles contractent des ajlian-* 
ces entr'eiies. 



,J2C. 



J*l. PT, jttaç. jl6û 




K 4e/. Jfaffi \Th.Roussckt Scalp. 

UtOSSIGNOX . a LE ROSSIGlSTOIi DE MURAILLE 



./**/ 



du RoJJîgnol. i6t 

Longueur totale, fix pouces un quart - 5 
bec, huit lignes, jaune en dedans, ayant 
une grande ouverture , les bords de la, 
pièce fupérieure échancrés près de la 
pointe -, tarfe , un pouce v doigt exté- 
rieur uni à celui du milieu par fa bafe ; 
ongles déliés , le poftérieur le plus fort de 
tous ; vol , neuf pouces -, queue , trente 
lignes , compofée de douze pennes , dé- 
paffe les ailes de feize lignes. 

Tube inteftinal , du ventricule à Fanus , 
fept pouces quatre lignes -, œfophage près 
de deux pouces , fe dilatant en une efpèce 
de poche glanduîeufe avant fon infertion 
dans le gélier, celui ci mufculeux , il oc- 
cupoit la partie gauche du bas - ventre, 
n'étoit point recouvert par les inteftins y 
mais feulement par un lobe du foie 9 
deux très-petits cœcum ; une véficule du 
fiel : le bout de la langue garni de filets 
& comme tronqué , ce qui n'étoit pas 
ignoré des Anciens (y), & peut avoir 
donné lieu à la fible de Phiiomèle qui 
eut la langue coupée. 



(y) Propririm lufcimœ & atricapitta ut flimma 
tinguœ acumine careatrt. Ariftote 3 Hifl. Animai Jib. 
IX, cap. xv. Au refte, il faut 'remarquer que, 



1 6 1 Hifioirc Naturelle 



[Variétés du ROSSIGNOL. 

I. Le grand Rossignol (i). II eft 
certain qu'il y a variété de grandeur dan» 
cette efpèce , mais il y a beaucoup d'in- 
certitudes & de contrariétés dans les opi- 
nions des Naturaliftes fur les endroits où 
fe trouvent les grands roflignols -, c'eft 
dans les plaines & au bord des eaux y 
félon Sch wenekfeld qui afligne aux petits 
les coteaux agréables -, c'eft dans les fo- 



furvant les Grecs, qui font ici îes Auteurs origi- 
naux, ce fut Prog'né qui fut métamorphosée en 
xoflîgnoï , & Phiiomèle , fa fœur en hirondeHe 9 
ce font ies Écrivains latins qui ont chargé ou 
brouillé les noms, & leur erreur a pafle en force 
de loi. 

(\) Lufîinia major; en AHemand, grojfi-vachti- 
galle , ou iimplement nachtigalk. Schwenczfeld f 
Av. Silefi pag. 296. 

— ■ Rzaczynski , AuStuar. Polon. pag. 391 ; en 
Polonois, ftomck witkf\y. 

— Briffon , tome J/i, page 400. 

— Au vogdy auzn nachtigïlb Kramer , Eknchui , 
pag. 376. 

Sprojf-vogtl ou fprojfer en Allemand. Frifch ? 
tome I, pi. 21. 



du Rojpgnol 163 

têts fclon AIdrovande \ félon d'autres , 
au contraire , ceux qui habitent les forêts 
sèches & n'ont que la pluie & les gouttes 
de rofée pour fe défaltérer , font les plus 
petits , ce qui eft très-vraifemblable. En 
Anjou , il eft une race de rofïïgnols beau- 
coup plus gros que les autres , laquelle 
fe tient & niche dans les charmilles -, les 
petits fe plaifent fur les bords des ruif- 
îeaux & des étangs : M. Frifch parle auffi 
d'une race un peu plus grande que la 
commune, laquelle chante plus la nuit, 
& même d'une manière un peu différente ; 
enfin l'Auteur du traité du rofïïgnol , 
admet trois races de roffignols -, il place 
les plus grands, les plus robuftes, les 
mieux chantans dans les huilions à portée 
des eaux -, les moyens dans les plaines ; 
& les plus petits de tous fur les monta- 
gnes. Il réfulte de tout cela qu'il exifte 
une race , ou fi l'on veut, des races de 
grands rofïïgnols , mais qui ne font point 
attachées à une demeure bien fixe. Le 
grand rofïïgnoi eft le plus commun en 
Siléfie ; il a le plumage cendré avec un 
mélange de roux , & il paffe pour chan- 
ter mieux que le petit 



164 Hifioire Naturelle 

IL Le Rossignol blanc (a). Cette 
variété étoit fort rare à Rome : Pline rap- 
porte qu'on en fit préfent à Agrippine, 
femme de l'empereur Claude , & que 
i'individii qui lui fut offert , coûta fix 
mille fefterces ( b ) , que Budé évalue à 
quinze mille écus de notre monnoie, fur 
le pied où elle étoit de fon tems , & 
qui s'évalueroit aujourd'hui à une fomme 
numéraire prefque double : cependant 
AIdrovande prétend qu'il y a erreur dans 
îes chiffres , & que la fomme doit être 
encore plus grande (c). Cet Auteur a 
vu un rofiïgnol blanc , mais il n'entre dans 
aucun détail -, M. le marquis d'Argence 
en a actuellement un de cette couleur 
qui eft de la plus grande taille , quoique 
jeune, & dont le chant eft déjà formé , 
mais moins fort que celui des vieux : 
ce II a y dit M. le marquis d'Argence, la 
53 tête & le cou du plus beau blanc , les 



(a) Lufcinia caudida , ïe roffignol blanc BnJJon , 
tome III, pag. 401. 

(b) Piine, Hift. Nat. lib. X, cap. XXIX. 
(q) Aidrovande? OruithoL tom. Il, page. 771* 



du RoJJîgnol. \6f 

53 ailes & la queue de même -, fur le mi- 
33 lieu du dos , fes plumes font d'un brun 
33 fort clair & mêlées de petites plumes 
33 blanches .... celles qui font fous le 
33 ventre font d'un gris^-blanc. Ce nou- 
33 veau venu paroît caufer une jaloufie 
33 étonnante à un vieux rofïïgnol que j'ai 
33 depuis quelque temps. 3> 




166 Hijîoire Naturelle 

»■! » »«■ ■ i i mi. ! » i n > nn 1>i m i mu p u '— S ■■!■! i ii i m m i I ■»■■ » »■*■ ■ ■■ 5 3» 

OISEAU ÉTRANGER 

Qui a rapport au Rossignol. 

LE FOUDI-JALA (d). 

Ce Rossignol qui fe trouve à Madagaf- 
car , eft de la même taille du nôtre , & 
lui reffemble à beaucoup d'égards -, feu- 
lement il a les jambes & les ailes plus 
courtes, & il diffère aufli par les couleurs 
du plumage *, il a la tête roufle avec une 
tache brune de chaque côté , la gorge 
blanche -, la poitrine d'un roux clair; le 
ventre d'un brun teinté de roux & d'o- 
live -, tout le deflus du corps , compris ce 
qui paroît des pennes de la queue & des 



(i) Ficedula fuperne fufco - olivacea 9 capiti rufo ; 
gutture albo ; pedtore dilutè rufo ; ventre ex fufco ad 
ittfum 6* olivaceum inclinante; macula utrimqm ponè 
oculos fufcâ ; rcStricibus fupernè fufeo-olivaceis , fubtus 
viriài - olivaceis. . . . Lufcinia Madagafcarienfis ? le 
roffignoi de Madagascar où on l'appelle fiudi-jala* 
Briflbn, tome 111, page 401, 



des Qifeaux étrangers. i6y 

aiîes 5 d un brun olivâtre •> le bec 5c les 
pieds d'un brun-foncé. M. Briflbn , à qui 
Ton doit la connoiflance de cette efpèce , 
ne dit point fi elle chante, à moins qu'il 
n'ait cru l'avoir dit affez en lui donnant 
le nom de roflîgnol. 

Longueur totale , fix pouces cinq li- 
gnes; bec, neuf lignes-, tarfe, neuf lignes 
& demie \ vol , huit pouces & demi \ 
queue , deux pouces & demi , compofée 
de douze pennes, iin peu étagée , dépafle 
Les ailes d'environ vingt lignes» 




2 68 Eïjîoire Naturelle 

t LA FAUVETTE {a). 
Première efpèce. 

Le triste hiver , faifon de mort , eft le 
temps du fommeii , ou plutôt de la tor- 
peur de la Nature > les infeétes fans vie , 



* Voyelles planches enluminées, n.° S7%fig- *« 
(a) Motacilla virefcente-cinerea , artubus fufcis , 
fiibtus flavefcens , abdomine albo Scatarello vulgo. 
Aldrovande , Avi. tome II, pag. 759 , avec une 
mauvaife figure , page 76c. — Ficedula feptima 
Aldrovandi. Willughby , OmithoL pag. 158. — Ray, 
Synopf Ain. pag. 79, n.° a, 7* — Ficedula feptl- 
ma. Linn, Syjl. Nat. éd. VI, G. 82, Sp. 19, idem. 
— Fauna Suecica , n.° 234. Motacilla virefcente- 
cinerea , fubtus flavefcens abdomine albido , artubus 
fuccin. Hippolaïs ., Linnîtus , 5yj2. JV^ir. éd. X , G. 99, 
Sp. 7. — Ficedula fupernè grifco- fufca , infernè alba 9 
cum atiquâ rufefcentis mixturâ ; tœtiiâ fupra Ocufos 
albicante ; re&ricibus fufcis , cr/s exterioribus grifeo- 
fufcis f extimâ obliqué plufquam dimidiatim fordidè 
ûlbâ. Curruca^ la fauvette. Briflbn , Ornith. tom. III , 
pag. 372. — Les Italiens, confondantapparemment 
îe bec-figue & la fauvette, parce que fe plumage 
eft à peu-près femblabîe , & qu'on ne peut les bien 
diftinguer que par leurs mœurs ? nomment cette 

les reptiles 



de la Fauvette. 169 

les reptiles fans mouvement , les végé- 
taux fans verdure & fans accroiffement , 
tous les habitans de l'air détruits ou relé- 
gués, ceux des eaux renfermés dans des 
prifons des glace , & la plupart des ani- 
maux terrcftres confinés dans les caver- 
nes, les antres & les terriers *, tout nous 
préfente les images de la langueur Se de 
la dépopulation > mais le retour des oi- 
féaux au printems eft le premier fignal 
& la douce annonce du réveil de la Na- 
ture vivante -, & les feuillages renaiflan* 
Se les bocages revêtus de leur nouvelle 
parure, fembleroient moins frais & moins 
touchans fans les nouveaux hôtes, qui 
viennent les animer & y chanter l'amour* 
De ces hôtes des bois , les fauvettes 
font les plus nombreufes, comme Ie9 
plus aimables -, vives , agiles , légères & 
fans cefle remuées, tous leurs mouve- 
mens ont l'air du fentiment \ tous leurs 
accens , le ton de la joie -, & tous leurs 



dernière beccafico. Dans le Bouîonnoi$, on l'appelfe 
fcatarello fuivant Aidrovande; colombadz eu Pro- 
vence & pettickap dans ia province d'Yorck ea 
Angleterre. 

Qifeaux, Tome IX H 






i 70 IJipobe Naturelle 

jeux , l'intérêt de l'amour. Ces jolis oi- 
ieaux arrivent au moment où les arbres 
développent leurs feuilles & commencent 
à biffer épanouir leurs fleurs-, ils fe di(- 
perfent dans toute rétendue de nos cam- 
pagnes ; les uns viennent habiter nos jar- 
dins, d'autres préfèrent les avenues & les 
bo/quets , plufîcurs efpèces s'enfoncent 
-dans les grands bois, & quelques-unes le 
cachent au milieu des rofeaux. Ainft, les 
fauvettes remplirent tous les lieux de la 
terre , & les animent par les mouvemens 
& les accens de leur tendre gaieté (b). 
À ce mérite des grâces naturelles , 
nous voudrions réunir celui de lar beauté; 
mais en leur donnant tant de qualités 
aimables , la Nature Terrible avoir oublié' 
de parer leur plumage. Il eft obfcur & 
terne, excepté deux ou trois efpèces qui 
font légèrement tachetées , toutes les au- 



(S) « L'on ne fauroit trouver I'efté en quelque 
i»lieu umbrageux le long des eaux, qu'on n'oye 
wlesïauvettes chantant à gorge defployée, fi hault 
wqu'on les oit d'un grand demi-quart de lieue, - 
*parquoi c'eft un oifeau }h cogneu en toutes con- 
trées. » -Béton 9 Nat. des Oifeaux ,page 34c 

oî-. 



de la Fauvette. i 7 1 

très n'ont que des teintes plus ou moins 
fombres \ de blanchâtre , de gris & de 
roufsâtre. 

La première efpèce , ou la fauvette pro- 
prement dite , eft de la grandeur du rof- 
îignoi. Tout le manteau qui, dans le rof- 
fignol eft roux-brun , eft gris-brun dans 
cette fauvette s qui de plus eft légère- 
ment teinte de gris-roufsâtre à la. frange 
des couvertures des ailes , & le long des 
barbesde leurs petitespennes; les grandes 
font d'un cendré-noirâtre, ain(î que les 
pennes delà queue, dont les deux les plus 
extérieures font blanches du côté exté- 
rieur , & deux côtés à la pointe , fur l'œil, 
depuis le bee > s'étend une petite ligne 
blanche en forme defourcrl, &i'on voit 
une tache noirâtre fous l'œil & un peu 
en arrière -, cette tache confine au bianc 
de la gorge, qui fe tient de .jroufsâtrc 
fur les côtés , & plus fortement fous le 
ventre. 

Cette fauvette eft la plus grande de> 
toutes 5 excepté celle des Alpes , dont 
nous parlerons dans la fuite. Sa longueur 
totale eft de iîx pouces *, ion vol de huit 

Hij 



i 7 2 Hifioire Naturelle 

pouces dix lignes ; fon bec , de la pointe 
aux angles , a huit lignes & demie ; fa 
queue , deux pouces lîx jignes -, fon pied, 
dix lignes. 

Elle habite avec d'autres efpèces de 
fauvettes plus petites dans les jardins , les 
bocages & les champs femés de légumes, 
comme fèves ou pois } toutes fe pofent fur 
la ramée qui foutient ces légumes -, elles 
s y jouent , y placent leur nid , fortent 
& rentrent fansceffe, jufqu'à ce que le 
tems de la récolte, voifin de celui de 
leur départ , vienne les chaffer de cet 
afyle, ou plutôt de ce domicile d'amour, 

Ceft un petit fpeôacle de les voir s'é- 
gaier, s'agacer & fe poiirfuivre -, leurs atta** 
ques font légères , & ces combats innocens 
fe terminent toujours par quelques chang- 
ions. Lafauvette futremblème des amours 
volages 9 comme la tourterelle de l'amour 
fidèle ; cependant la fauvette , vive & 
gaie , n'en eft ni moins aimante , ni moins 
fidèlement, attachée, & la tourterelle 
tïi&e & plaintive, n'en eft que plus fean- 
(daieufement libertine (b ). Le mâle de 

CO V*yt\ l'article de fa tourterelle, vol IL 



de la Fauvette. 173 

ïa fauvette prodigue à fa femelle milte 
petits foins pendant qu elle couve \ il par- 
tage fa follicitudepour les petits quivien* 
nent d'éclorc , & ne la quitte pas même 
après l'éducation de la famille -, fon amour 
femble durer encore après fes defirs fa- 
tisfaits. 

Le nid eft compofé d'herbes sèches j 
de brin^ de chanvre & d'un peu de crin 
en dedans \ il contient ordinairement cinq 
œufs que la mère abandonne lorfqu'on 
les a touchés , tant cette approche d'un 
ennemi lui paroît d'un mauvais augure 
pour fa future famille. Il n'eft pas pofE* 
ble non plus de lui faire adopter des 
œufs d'un autre oifeau : elle les recon- 
noît , fait s'en défaire & les rejettcr. a J'ai 
fait couver à plufîeurs petits oifeaux a 
des œufs étrangers, dit M. le vicomte a 
de Querhoent, des œufs de méfinges < # 
aux roitelets, des œufs de linotte à un « 
rouge-gorge; je n'ai jamais pu féuffir ce 
à les faire couver par des fauvettes, u 
elles ont toujours rompu les œufs, & u 
lorfque j'y ai fubftitué d'autres petits , u 
elles les ont tués auffitôt. " Par qiteï 

H iij 



174 Hijîoire Naturelle 

charme donc , s'il en faut croire la mul- 
titude des Oifeîeurs , & même des Ob- 
servateurs, fe peut-il faire que la fauvette 
couve l'œuf que le coucou dépofe dans 
fon nid, après avoir dévoré les fiens, 
qu'elle fe charge avec affeâion de cet 
ennemi qui vient de lui naître , & qu'elle 
traite comme fien ce hideux petit étran- 
ger ? Au refte , c'eft dans le nid de la fau- 
vette babilîarde que le coucou, dit-on, 
dépofe le plus fouvent fon œuf -, & dans 
cette efpèce, le naturel pourroit être dif- 
férent. Celle-ci eft d'un cara&ère crain- 
tif ; elle fuit devant des oifeaux tout auflî 
foibies qu'elle , & fuit encore plus vite 
& avec plus de raifon devant la pie- 
grièche fa redoutable ennemie -, mais finfc 
tant du péril pafté tout eft oublié , & le 
moment d'après , notre fauvette reprend 
fa gaieté , fes mouvemens & fon chant, 
Ceft des rameaux les plus touffus qu'elle 
le fait entendre , elle s'y tient ordinaire^ 
ment couverte, ne fe montre que par 
inftans au bord des bluffons , & rentre 
vite à l'intérieur, fur-tout pendant la cha- 
leur du jour. Le matin ? on la voitrecueil- 



de la Fauvette. i 7 j 

lir la rofée, & 5 après ces courtes pluies 
qui tombent dans les jours d'été, courir 
fur les feuilles mouillées & fe baigner 
dans les gouttes qu'elle fecoue du feuil- 
lage. 

Au refte, prefque toutes les fauvettes 
partent en même tems, au milieu de 
l'automne , & à peine en voit-on encore 
quelques-unes en octobre: leur départ fe 
fait avant que les premiers froids viennent 
détruire les infedtes & flétrir les petits 
fruits dont elles vivent -, car non-feule- 
ment on les voit chaffer aux mouches, 
aux moucherons & chercher les vermrf- 
feaux, mais encore manger des baies de 
lierre , de mézéréon & de ronces -, elles 
engraiiTent même beaucoup danslafaifon 
de la maturité des graines diiiureau, de 
lyèhle & du troène. 

Dans cet oifeau, le bec eft très-légè- 
rement échancré vers la pointe -, la langue 
eft effrangée par le bout & paroît four- 
chue -, le dedans du bec , noir vers le 
bout eft jaune dans le fond-, le géfier 
eft mufeuieux &: précédé d'une dilata- 
tion de TœfoDhage; les inteftins font 

H iv 



Ij6 Hijloire Naturelle 

ïongs de fept pouces & demi : commu- 
nément on ne trouve point de véficule 
du fiel 5 mais deux petits cœcurn} le doigt 
extérieur eft uni à celui du milieu par 
îa première phalange, & l'ongle pofté- 
rieur eft le plus fort de tous. Les tefti- 
cules , dans un mâle pris le 1 8 juin , 
avoient cinq lignes au grand diamètre , 
quatre dans le petit. Dans une femelle 
ouverte le 4 du même mois , Yoyi duc- 
tas très-dilaté , renfermoit un œuf ? & la 
grappe offroit les rudimens de plulieurs 
autres d'inégale grofleur. 

Dans nos provinces méridionales & 
en Italie, on nomme aflez diftin&ement 
bec-figues la plupart des efpèces de fau- 
vettes: méprife à laquelle les Nomen- 
dateurs avec leur nom générique {fia- 
âula) n'ont pas peu contribué. Aldro- 
vande n'a donné les efpèces de ce genre 
que d'une manière incomplète & confuîe \ 
il femble ne l'avoirpas aflez connu. Frilch 
remarque que le genre des fauvettes eft 
en effet un des moins éclaircis & des 
moins déterminés dans toute l'Ornitho- 
logie. Nqhs ayenç tâché dy porter quel- 



Ji- f%T. &aç ,j.p&. 




LA FAVVET TE 



de la Fauvette. i 7 7 

ques lumières en fuivant Tordre de la 
Nature. Toutes nos deferiptions , excepté 
celle d'une feuie efpèce, ont été faites 
fur l'objet même , & c'eft tant fur nos 
propres obfervations que fur des faits 
donnés par d'excellens Obfervateurs que 
nous avons repréfenté les différences, les 
reflemblances & toutes les habitudes na- 
turelles de ces petits oifeaux, 




H * 



i 7 3 Hijloirc Naturelle 

*LA PASSERINETTE 

ou F ET I TE FA VVETTE (a). 

Seconde efpèce. 

jMous adoptons pour cet oifeau le 
.nom de Pafferinette qu'il porte en Pro- 
vence*, c'eft une petite fauvette qui dif- 
fère de la grande, non- feulement par la 



* Voyi\ les planches enluminées , n. 9 579 , fig, 2. 

(a ) Bonn Qtvuenfibus. Afdrovande , Avi. tom. II , 
V ? 'r- 733? avec **ne mauvaife figure, pag. 734* 
— Borin, Jonfîon, Avi. avec la figure empruntée 
d'Aldrovande, pi. 44. — Mufcicapa ficunJa Aldro- 
vandi , feu Borin Geuueiijîun. Wiiîughby , Ormthol* 
pag. 158.— Ray, tympf. Avi. pag. <8i, n.° 50* 
•— Ficedula fupemè gnfea , ivfernè cincrea alba , cum 
al'yquâ mfefcenth mixtura ; ventre albv ; riStrkibut 
fupemè grifèo fufeis^ fubtus dilutè cintreis. Curruca 
minor, la petite fauvette; Brifibn, OrnitkeU tome III, 
page 374- 

Dans îe Bouïonois , cette fauvette s'appelle chivin ; 
dans le pays de Gènes, borin , fuivant afdrovande 
& Wiilugiiby , qui le répètent d'après lui; aux en- 
rirons de Marfeiite èecafigulo , & apparemment de 
même dans les autres endroits > où la fauvette eft 

appellée oecafet>» 



de la Fauvette. i 7 9 

taille , mais aufïï par la couleur du plu- 
mage, & par Ton refrain monotone tlp> 
tïp , qu'elle fait entendre à tousmomens, 
en fautillant dans les buiiïons , après de 
courtes repriies d'une même phrafe de 
chant. Un gris-blanc fort doux couvre 
tout le devant & îe deiîous du corps , 
en fe chargeant fur les cotés d'une teinte 
brune très-claire-, du gris-cendré égal & 
monotone occupe tout le deflus , en fe 
chargeant un peu & tirant au noirâtre 
dans les grandes pennes, des ailes & de 
la queue -, un petit trait blanchâtre en 
forme de fourcil lui parte fur l'œil \ Ja 
longueur eft de cinq pouces trois lignes > 
fon vol d'environ huit pouces. 

La paiTerinette fait fon nid près de 
terre fur les arbuftes; nous avons vu un 
de ces nids fur un grofeillier dans un 
jardin , il étoit fait en demi-coupe, com- 
polé d'herbes sèches, aiîez groiïières en 
dehors , plus fines en dedans Se mieux 
tiflucs; il contenoit quatre œufs, fond 
blanc-l'ale, avec des taches vertes & ver- 
dâtres, répandues en plus grand nombre 
vers le gros bout. Cet oifeau a l'iris des 
yeux d'un brun-marron, & l'on voit une 

Hvj 



i 8 o Hijtoire Naturelle 

très-petite échancrure près de la pointe 
du demi-bec fupérieur-, l'ongle poftérieur 
cft le plus fort de tous -, les pieds font 
de couleur plombée; le tube inteftinal, 
du géfier à l'anus, a fept pouces, & 
deux pouces du géfier au pharynx-, le 
géfier eft mufculeux & précédé d'une dila- 
tation de rœfophage*, on n'a point trouvé 
de véficule du fiel, ni de cœcum dans 
l'individu obfervé , qui étoit femelle -, la 
grappe de l'ovaire portoit des œufs d'i- 
négale groffeur. 




de la Fauvette. 1 8 i 

*LAFAVVETT'Ea tête noire (a). 

Troifième efpèce. 

AmsTOTE^en parcourant les divers 
changemens que la révolution des faifons 



* Vbyei les planches enluminées, fl.°58o, fig. 1 9 
le mâle ; & fig. 1 9 la femeiie. 

(a) En Grec, Msa*vM6pu$o$ , MêXetv«Kc<patx©-. Aldro- 
vande & Wiflughby lui appliquent fe nom géné- 
rique & commun de 3k«*xif En Italien , capinera, 
eapenegro; dans le Boulonois& le Ferrarois, cj/?g- 
nero ; en Allemand, grafymuckl, grafe-fpati; & 
dans Frifch , œonc/S ;?z^ (/«s fchervar^en-platte ( Je 
mâle) j 772om7i mitciner rothlichen platte (la femelle). 
Les Siléfiens & les Saxons lui appliquent égale- 
ment fe nom de moine, petit moine : monch meun- 
cHein ; en Rufîie , fchwarti-kopff; en Bohème ,plask ; 
fuivantRzaczynski, en Polonois , Jîgo*W£fl ; en An- 
giois, btack-cap. La femelle eft connue en Pro- 
vence fous le nom de tefto roujjê. 

Atrkapilla.Gefaçr , Avi. pag. 384; /</. Icon. Avi* 
pag. 47. — Schwenckfeld , Avi. Silef. page 227. 
>— Bélon, Obferv. pag. 19. — Jonfton, Avi, pag. 90, 
avec la figure du mâle prife d'01ina,p/. 45, dans 
la même page , la femelle fous le nom de atricar 
pilta altéra,— Liwutus, Syfi. Nat. éd. VI, G. 8a.> 



i 8 2 Hijîoire Naturelle 

apporte à la nature des oifeaux, comme 
plus immédiatement fournis à l'empire 
de l'air , dit que le bec-figue Te change 



Sep. 16. Motacilla teflacea , fubtus cinerea , pîleo 
obfcuro, atricapilla- Linn. Syft. Nat* éd. X, G. 99, 
Sp. 19. Atricapilla , feu ficedula. Aîdrovande, Avi. 
tom. III, pag. 756, avec une figure du mâle très- 
peu exacte , page 757 ; & dans la même page fa 
femelle fous le nom de atricapilla alla caftun^o 
tertice, avec une figure encore plus mauvaife. 
^—Atricapilla, feu ficedula Aldrovandi. Willughby, 
Qmithol. pag. 162, avec la figure du mâle priie 
d'Olîna, pi. xli — Ray , Synopf Avi* page 79, 
n.° a , 8. — Atricapilla Schwenckfeldii , ficedula Bel- 
lonii , Gejheri & Aldrovandi. Rzaczynski , Au&uar. 
Hifl. Nah Polon pag. 366.- € ur rue a atricapilla. 

Frifch , avec une figure exacte du mâle, //. 23; 
dans la même une figure auffi bonne de fafem?He, 
fous le nom de curruca vertice fubrubro. — Sylvie, 
atricapilla Klein, Avi pag. 79 n° 14, le mâle-, 
même page, n.° 15, fylvia vertice fubrubro , la 
femelle. — Motacilla teflacea , fubtus fubcinerea pilio 
obfcuro. Linn. Fauna Suec n-° 229 , avec de maû~ 
vaifes figures du mâle & de la femelle taè. 1 
n ° 229. — Capinera. Olina, pag. 9, avec une figure 
exacte du «mâle.- — Ficedula fuptrne gnfeo fufca , ad 
olivaceum inclinons, in fer ne grifia; ventre cinereo albo ; 
capite fuperiùs nigro fmas), dilute cafianeo { facmina^ "; 
reclfricibus cinereo fufeis, oris exterioribus fufca oliva- 
ceis. Curruca atricapilla > ta fauvette a tête noire 
JZrijfiti ? Qmkh^î. tams UJ,pag~$%o. 






de la Fauvette. i 8 3 

dans l'automne en fauvette à tête noire (b); 
cette prétendue métamorphofe qui a fort 
exercé les Naturaiiftes , a été regardée 
des uns comme merveilleufe , & rejetée 
des autres comme incroyable (c)\ cepen- 



(b) FiceduU & atricapîl/œ invicem commutantur, 
fit enim ïncunte autumno ficedula \ ab autumno profi- 
tais atricapilia. Nec enim inter eos diferimen aliquoâ 
ru fi colQrii & vocs efl. Avem autem ejje eamdam confiât : 
quia diim immutarerur hoc genus utruuique confpeHiun 
eft nondum abfolutum , nec alterutrum ad hue proprium 
liilum habens appeilalionis. Nec mivum fi hœc ira voce 9 
aut colore mutafèr , quando & palumbes lùeme non. 
gémit. Voyez Hift. Animal, lib. IX 9 cap. 49. Quant 
à l'autre pafiage du même livre, chapitre xv, où 
Ariftote parle encore d'un oifeau à tête noiie, 
atricapilia, qui pond jufqu'à vingt œufs , & niche dans 
des trous d'arbres ; on doit l'entendre de la nonette 
ou petite méfange à tête noire , à qui feule ces 
caractères peuvent convenir. 

( c ) Niphus , dans Àîdrovande , s'efforce de re- 
foudre ce problème, en diftinguant une grande & 
une petite tête noire, cette dernière n'étant point 
tranfmuée en bec-fjgue, & qu'on voit en même 
tems que cet oifeau; l'autre qu'on ne voit jamais 
avec lui, & qui effectivement fe métamorphofe. 
Les Oifeleurs Bouloneis s ajoute Aîdrovande , le 
dijltngvent a'wfi ; & cependant îi fe refuie à cette 
opinion ; & Pinftant d'après il confond la fauvette 
à tête noire avec le bouvreuil, quoique la figure 
qu'il donne (/ege 757 ) foxt celle de la fauvette. 



i 84 Hiftoire Naturelle 

dant elle n'eft ni l'un ni l'autre y Se nous 
paroît très-fimple : les petits de la fau- 
vette dont nous parlons ici , font pen- 
dant tout Tété très-femblables par le plu- 
mage au bec-figue: ce n'eft qu'à la pre- 
mière mue qu'ils prennent leurs couleurs, 
& c'eft alors que ces prétendus bec-figues 
fe changent en fauvettes à tête noire y 
cette même interprétation eft celle du 
pafîage où Pline parte de ce change- 
ment (d). 

Aldrovande, Jonfton & Frifch, après 
avoir décrit la fauvette à tête noire , 
paroiflent faire une féconde efpèce de 
la fauvette à tète brune (e)\ cependant 
celle-ci n'eft qu$ la femelle de l'autre , 
& il n'y a d'autres différences entre le 
mâle & la femelle que dans cette cou- 
leur de la tête , noire dans le premier , 
& brune dans la féconde : en effet, une 



fi) Alla ratio ficedufis quam lufciniis; nom for- 
mam fimul coferemgue mutant. Hoc nomen aifi autumno, 
poflea mdancoryphi. Pline , Hift. Nat. Yib. 

fej Atricapilla altéra. Jonfton, Avï* pag. 90,. 
pî. 45- — AîricapiUa alla caftaneovertice, Aldrovande» 
Avi. tome II, pag. 757. — Curruca vzrtiu fubru* 
bro. FrLch 7 pL 23. 



de la Fauvette. i 8 5 

éalotte noire couvre f dans le mâle , le 
derrière de la tête & le fommet , jufque 
fur les yeux -, au-defibus & à Tentour du 
cou eft un gris-ardoifé plus clair à la 
gorge , & qui s'éteint fur la poitrine 
dans du blanc, ombré de noirâtre vers 
les flancs -, le dos eft d un gris-brun , plus 
clair aux barbes extérieures des pennes > 
plus foncé fur les inférieures , & lavé 
d'une foibîe teinte olivâtre. I/oifeau a 
de longueur cinq pouces cinq lignes > 
huit pouces & demi de vol. 

La fauvette à tête noire eft de toutes 
les fauvettes celle qui a le chant le plus 
agréable & le plus continu -, il tient un 
peu de celui du rofïignol , & Ton en 
jouit bien plus long-tems, car phdïeurs 
Termines après que ce chantre du prin- 
tems s'eft tu , l'on entend les bois réfon- 
ner par-tout du chant de ces fauvettes *, 
ïeurvoix eft facile, pure & légère-, &Ieur 
chant s'exprime par une fuite de modula- 
tions peu étendues , mais agréables, flexi- 
bles Se nuancées*, ce chant fcmble tenir de 
la fraîcheur des lieux ou il fe fait enten- 
dre -jii en peint, la tranquillité, il en ex- 
prime même le bonheur j car les cœurs 



i 8 6 Hifioire Naturelle 

fenfibles n'entendent pas , fans une doues 
émotion , les accens infpirés par la Na- 
ture aux êtres qu'elle rend heureux. 

Le mâle a pour fa femelle les plus ten- 
dres foins , non-feulement il lui apporte 
fur le nid des mouches, des vers & des 
fourmis, mais il la foulage de l'incommo- 
dité de fa fituation -, il couve alternative- 
ment avec elle : le nid eft placé près de 
terre , dans un taillis foigneufement caché , 
& contient quatre ou cinq œufs , fond ver- 
dâtreavec des taches d'un brun léger. Les 
petits grandiflent en peu de jours, &, pour 
peu qu'ils aient de plumes, ils fautent du 
nid dès qu'on les approche & l'abandon- 
nent. Cette fauvette ne fait communé- 
ment qu'une ponte dans nos provinces; 
Olina dit qu'elle en fait deux en Italie , 
& il en doit être ainfi de plufieurs efpè- 
cesd'oi féaux dans un climat plus chaud, 
&où la faifon des amours eft plus longue. 

A fon arrivée au printems, lorfque 
les infeâes manquent , par quelque re- 
tour du froid , la fauvette à tête noire 
trouve une refîource dans les baies de 
quelques arbuftes, comme du lauréole 
Se du lierre : en automne, elle mange 



de la Fauvette. i 8 7 

aufïï les petits fruits de la bourdaine & 
ceux du cormier des chaffeurs (f). Dans 
cette faifon, elle va fouvent boire ,& on 
la prend aux fontaines fur la fin d'août*, 
elle eft alors très-grafle & d'un goût dé- 
licat. 

On rélève auffi en cage , & de tous les 
oifeaux qu'on peut mettre en volière, dit 
Olina , cette fauvette eft un des plus aima- 
bles (g). L'affe&ion qu'elle marque pour 
fon maître eft touchante -, elle a pour l'ac- 
cueillir un accent particulier , une voix 
plus afte&ueufe -, à fon approche, elle 
s'élance vers lui contre les mailles de fa 
cage : comme pour s'efforcer de rompre 
cet obftacle & de le joindre , & par un 
continuel battement d'ailes accompagné 
de petits cris, elle femble exprimer l'em- 
preffement & la reconnoiffence ( A). 

Les petits élevés en cage, s'ils font à 

—Il l> ■ ■ '■ » ■ » ' I ■ I M l M 

(f) Schwenckfeîd, Avium , Silef page 228. 

(g} Fragl'altri uccelletd dï gabhia , t di natura 
allegro, ; ai canto foave e dllcttofo , dï vijla vaga c 
gratiofa. Oîina, Ûccdleria , page 9. 

Qh Olina page y; c'eit d'elle que Mademoi- 
feiie Defcartes a dit n'en déplaifi à mon oncle 3 elle 
* du fentiment, 



i 8 8 HiJIoire Naturelle 

portée d'entendre le rofïîgnol, perfec* 
tionnent leur chant, & le dîfputent à 
leur maître (i). Dans la faifon du dé- 
part , qui eft à l'a fin de feptembre, tous 
ces prifonniers s'agitent dans la cage, fur- 
tout pendant la nuit & au clair de la 
lune (£ ), comme s'ils favoient qu'ils ont 
un voyage à faire, & ce defir de changer 
de lieu eft û profond & fi vif, qu'ils pe- 
ndent alors en grand nombre du regret 
de ne pouvoir le fatisfaire. 

Cet oifeau fe trouve communément en 
Italie, en France, en Allemagne & juf- 
qu'en Suède (/); cependant on prétend 
qu'il eft aflez rare en Angleterre (m). 

m ' i — 

(i) La fauvette (à tête noire) que j'éîevois, 
a formé fon chant fur celui du roffignoi, & a 
étendu fa voix au point qu'actuellement elle fait 
taire mes roffignols qui font fes maîtres. Note com- 
muniquée par Mm le Treforier le Moine. — 1 giova~ 
Mtti piefi alla ragna faranno il verfo bofeareccio , e 
piglieramio altre jbrti.di vtrfi , di fantlli împarau, 
cvtro altri uccelli, imparandu li nidiaci tutto quello che 
gli vitn infegnatïm Oiina , Uccelleria, pag. 9. 

fk) Traité du roffignoi, page 138. Salerne, 
Ormtholm page 239. 

(O Frifcb 

fm) Fréquentât in Itcliâ ; in Anglià quoqutmfei 

ràriite inymtur 9 WBlughby> r pag, 163. ■ 



de la Fauvette. 189 

ÀIdrovande nous parle d une variété 
dans cette efpèce, qu fi appelle fauyette 
variée ( n) , fans nous dire fi cette variété 
n'eft qu individuelle , ou fi c'eft une race 
particulière. M. Briflbn, qui la donne fous 
le nom de fauvette noire & blanche, n'en 
dit pas davantage-, & il paroît que la 
fauvette d dos noir de Frifch (o) n'eft en* 
eore que cette même variété de la fau- 
vette à tête noire. 

La petite colombaude des Provençaux 
eft une autre variété de cette même fau- 
vette; elle eft feulement un peu plus 
grande, Se a tout le deffus du corps d'une 
couleur plus foncée &prefque noirâtre-, 
la gorge blanche & les côtés gris : elle 
eft leftc & très-agile *, elle aime les om- 
brages & les bois les plus touffus, & fe 
déle&e à la rofée, qu'elle reçoit avidement. 

Dans une fauvette à tête noire, femelle, 
ouverte le 4 juin, l'ovaire fe trouva garni 
d'œufs de différentes groffeurs*, le tube 
inteftinal, de Fanus au géfier, étoit long 



(n) Fktdula varia AIdrovande , Av. tome II* 

pag. 759, avec une figure très-peu reconnoifiabïe. 

( ) Curruca albg & tiigro varia ? tom. IJJbpag. 383» 



190 Hijloire Naturelle 

de fept pouces un quart \ il y avoit deux 
cœcum bien marqués , de deux lignes de 
long-, le géfier mufculeux étoit long de 
cinq lignes -, la langue effilée & fourchue 
par le bout # , le bec fupérieur tant foit 
peu échancré *, le doigt extérieur uni à 
celui du milieu par fa première phalange, 
l'ongle poftérieur le plus fort de tous. 

Dans un mâle, le 19 juin, les tefticules 
avoient quatre lignes de longueur & trois 
de large -, la trachée-artère avoit un nœud 
renflé à l'endroit de la bifurcation *, & 
Tœfophage , long d'environ deux pouces, 
formoit une poche avant foa infertioa 
dans le géfier. 




J.V , 



j'/.ry/f.pM. 








■FAUVETTE A TE TE NOTRE .s.XE BEC FIGUE 



de la Fauvette. 191 

* LA GRISE TTE (p). 

ou FAUVETTE grise, 

en Provence Passerine. 

Quatrième efpèce. 

Aldrovande parle de cette Fauvette 
grife fous le nom de Stoparola que lui 



* Voye\ les planches e n î u minées, n.° 579, jzg. 3* 
(p) Stcparola pttlgè. Aidrovande , Av'u tom. II, 
pag. 732, avec une très-mauvaife figure. — Siopa- 
roia. Jonl't on , Avi. pag. 87 , & la figure empruntée 
d'Aldrovande,/?/. 44* — Stopaiola Aldrovandi. Wiî- 
lughby , OrinithoL pag. 153. — Ray, Synopf pag. 77 , 
B.°a, I. — Stoparola pedtore & ventre cand'ido , Al- 
droiaudi. Wilïughby. OmithoL pag. 171 n.° 5. 
— Citieraria» Linnœus, Syfl. Nat. éd. VI, Gen. 82, 
Sp. 15. — MotaciUa fupra cinerea, fubtus alba 5 
reclrice prima longitudinalucr dimidïato albâ , fecundâj 
cpice albâ* Sylvia , Syfl, Nat. éd. X , G. 99 , Sp 9, 
— MotaciUa fupra cinerea , infra alba ; reclrice prima 
longitudinaliter dimidïato - albâ , fecundâ apice albâ» 
Idem- Fauna Suec* n.° 228. — Ficedula fuperne gri- 
fe a , infernè alba , cum aliquâ ruffcentis mixture % 
reclricibus decem intermediis fufus , marginibm gri- 
feis, extimà ex tenus albo lufefcente , inferiùs diluiè 



i$t Hijloire Naturelle 

donnent les Oifeleurs Boulonoîs , appa- 
remment , dit ce Naturalifte , parce qu'elle 
fréquente les buifîbns & les halliers , où 
elle fait fon nid(^). 

Nous avons vu l'un de ces nids fur un 
prunelier à trois pieds déterre -, il eft en 
forme de coupe, & compofé de moufle 
de prés entrelacée de quelques brins 
d'herbes sèches*, quelquefois il eft entière- 
ment tifiii de ces brins d'herbes plus fines 
en dedans , plus groflîères en dehors \ ce 
nid contenoit cinq œufs fond gris-verdâ- 
tre , femés de taches roufsâtres brunes 
plus fréquentes au gros bout. 

La mère fut prife avec les petits -, elle 
avoit l'iris couleur de marron ', les bords 
du bec fupérieur légèrement échancrés à 



cinerea , orâ candiâL Curruca ciuerea , fwt cineraria * 
la fauvette grife ou la grifette. Brijjbn, Ornkhol- 
tome II I-y page 376. — Motaàlla fubeincrea* Bar- 
rère, OrnithoL cîaff. 111, G. xix, Sp. 5. 

Les Oifeleurs Boulonois la nomment ftoparola , 
fuivant Àîdrovande; les Suédois, skogskRett ou 
skogsbietter & mefar fuivant Linnaeus; ies Pro- 
vençaux , ptijferine* 

( q ) Stoparolà nefeio quat vocabuîo , nifi forte à 
fiipulis. Aidrovan.de, torn* II, pag. 732. ♦ 

ia pointe 



de la Fauvette. 1 9 3 

ïa p@îhte -, les deux paupières garnies de 
cils blancs \ la langue effrangée par le 
bout \ le tube inteftinal , du géfler à Ta- 
mis 5 étoit de fîx pouces de longueur ", il y 
avoit deux cœcum longs de d!eux lignes , 
adhérens à Tinteftin *, de rœfophage au 
géfier, la diftance étoit de deux pouces, 
& le premier , avant fon infertion , for- 
moit une dilatation -, la grappe de l'ovaire 
étoit garnie d'œufs d'inégale groffeur. 

Dans un mâle ouvert au milieu du mois 
de mai , les vifeères fe trouvèrent à très- 
peu-près les mêmes \ des deux tefticules , 
ïe droit étoit plus gros que le gauche, & 
avoit , dans fon grand diamètre , quatre 
lignes , & deux lignes trois quarts dans le 
petit ; on obferva le géfler mufculeux , 
dont les deux membranes fe dédoublent v 
il contenoit quelques débris d'infeâes Se 
point de graviers -, l'iris étoit mordoré- 
clair , dans un autre elle parut orangée-, 
ce qui montre que cette partie eft fujette 
à varier en couleurs , & ne peut point 
fournir un caraélère fpécifique. 

Aldrovande remarque que Fœil de la 
grifette eft petit , mais qu'il eft vif & gai. 
Le dos & le fommet de la tête font gris- 

Oifeaux > Tome IX. I 



194 Hifioire Naturelle 

cendré *, ies tempes , deiîus & derrière 
l'œil , marquées d'une tache plus noirâtre -, 
la gorge eft blanche jufque fous l'œil -, 
la poitrine & l'eftomac font blanchâtres, 
lavés d'une teinte 'de roufsâtre -clair , 
comme vineufe. Cette fauvette eft un 
peu plus groiîe que le bec-figue : fa Ion* 
gueur totale eft de cinq pouces fept 
lignes *, elle a huit pouces de vol : on 
l'appelle pajjèrine en Provence , & fous 
cet autre ciel , elle a d'autres habitudes 
& d'autres mœurs -, elle aime à fe repoier 
fur le figuier & l'olivier , fe nourrit de 
leurs fruits , & fa chair devient très-déli- 
cate *, fon petit cri femble répéter les 
deux dernières fyliabes de fon nom de 
paderine. 

M. Guys nous a envoyé de Provence 
une petite efpèce de fauvette , fous le 
nom de bouj carie , gravée dans nos plan- 
ches enluminées, n. Q 6$$ , fïg. 2. L'ef- 
pèce avec laquelle la boufearie nous pa* 
roît avoir plus de rapport , tant par la 
forme du hec que par la grandeur, eft la 
grifette *, cependant la boufearie en dif- 
fère par le ton de couleur, qui eft plutôt 
fauve & brun que gris. 



de la Fauvette. ie>j 



* LA FAUVETTE bab illarde (r). 
Cinquième efpèce. 

Cette Fauvette eft celle que Von en- 
tend le plus fouvent & prefque inceflam- 
ment au printems -, on la voit aiifîî 
s'élever fréquemment d'un petit vol % 
droit au-defîus des haies , pirouetter en 



* Foyez les planches enluminées, w.° 580 , fig. 3. 

(t) En Grec ?**&*« r E'^fcaïf , en Grec mo- 
derne, noTcLuifa. ; en Latin moderne, curruca', en 
Italien , piiamofche , bccjfieo ccnapino ; & dans le 
peuple de la campagne , (lartagnia 9 ftartagna; aux 
environs du lac Majeur , ficcafiga ; dans le Bou- 
lenois, canevarola; en Allemand , graff-much, fahle^ 
gras-mue h., fuivant Gefner & Frifch , fcknepffii & 
weufiling ; en liiyrien , pimige ; en Poîonois, piegya ; 
en Suédois, krnka; en Anglois, titlmg- 

Curruca. Gefner, Àv'i. page 369, //. icoiu Av'u 
page 47. — Schwenckfeld , Avi. Silef. page 255, 
-— • Sibbalde, &o£. /7/w/?r. part. II, 15b. ni , pag. 17. 
-— Linnaeus, Syfi. Nat. éd. VI, Gen. 82. Sp. 21. 
— Rélon , obfcrv. page 17. Curruca , /£« /?fl#cr 
granùneus Schwenckfeldii ; hypoliïs allouun* Rzac- 
zynski, Autluar. page 377. Curruca; Alberto mil- 
thia ; hypolaï$.\ pajjer fepiarius , /W. H//?. A 7 af. /Vcw. 
page 278- — Curruca cantu lufciniœ, Frifch , avec 

iij 



ï 9 6 Hïjtoire Naturelle 

l'air , & retomber en chantant une petite 
reprife de ramage fort vif, fort gai 5 tou- 
jours le même , & qu'elle répète à tout 
moment , ce qui lui a fait donner le nom 
de babillarde *, outre ce refrain qu'elle 



vine belle figure, pL 21. — Hypolaïs , feu curruca» 
Aîdrovande , Avi. tome II, page 752 , avec une 
mauvaife figure prife de Gefner. — Jonfton , Avi* 
page 90, avec la même figure , planche 45, idem. 

— Fîcedula canablna , avec la figure empruntée 
d'Oiina, pi. 33» — Fîcedula canabina. Wiiiughby , 
OrnithoL avec la figure prife dans Gïina , tab. 23. 
*rf Fîcedula roflro àf pedibus luteis major. Barré re , 
OrnithoL cialï. III, Gen, 18 , Sp. 2. — Parus 

fubviridis , feu curruca , idem , ibid. Gen. 24 , Sp. 6. 

— Motacilla fupra fufca , fubtus exalbida ; macula 
j)Onè oculos grifa. Linnaeus, Fauna Suecica , n.° 233. 
■ — Motacilla fupra fufca , fubtus albida , redtricilus 
fufcis : ex tréma margine tenuiore albâ. Curruca r Lin- 
nsus, fyft. Nat. éd. X, G. 99, Sp. 6. — Mota- 
cilla fupra yrifia , fubtus cinerea , remi gibus primori- 
bus apïce ohfjf&tis» Phiîomela, idem , ibidem , Sp. 10, 

— Lufcïnia fufca. Klein , Avi. page 73 , n.° 3 , 
idem , ibid. n.° 2. Lufcinia altéra. — Canevarola 
Bononienfîbus di&a. Aidrovande , Avi- tome 1 1 , 
page 754 5 avec une figure peu reffemblante. — Jonf- 
ton , Avi. page 88 , .tab. 45, la figure copiée d'Aï- 
drovande. — Charleton , Exercit. pag. 97 , n.° xil , 
idem. Onomaft- pag. 91, n.° XII. — Beccafigo cana-« 
pino. Olina, page 11 , avec une figure peu exacle. 
rr Fauyutt brune. Eéion 7 Nat. des Oif page 340 , 



'de la Fauvette. 197 

chante le plus fouvent en l'air , elle a une 
autre forte d'accent ou de fifflement fort 
grave bjie , bjie ', qu'elle fait entendre de 
répaîfleur des buîflons \ Se qu'on n'imagr- 
neroit pas fortir d'un oifeau fi petit-, fes 
mouvemens font aufîî vifs y auffi f requerra 
que fon babil eft continu -, e'eit la plus 
remuante & la plus lefte des fauvettes. 
On la voit fins ceife , s'agiter , voler , 
fortir , rentrer parcourir les huilions, fins 
jamais pouvoir la faifir dans un inftant 
de repos. Elle niche dans les haies , le 
long des grands chemins, dans les endroits 
fourres, près de tene & fur les touffes 
même des herbes engagées dans îe pied 
des buiffons (f) ; fes œufs font verdatres 
pointillés de brunv 

Suivant Bélon , les Grecs modernes 

avec une figure pafîàbfe , îdemJ Portrait d'oifeaux , 
pag. 85, a. Fauvette noire ou brune, avec la mêîne 
figure. — Ficeduk fupernè cinereo fufca , infime alba , 
cum aliqwâ rufefeeutis mixtùrâ, vertice cinereo, tœniû 
infra oculos faturate cinerea', reciricibas f'ufcis) margi- 
tiibus grifeis , extimâ ex tenus & apice alla , intenus 
cinereâ tnargine alhà prœditj* . • ., • Curruca garrula y 
îa fauvette babillarde. Bnjjbn , OrnithoU tome III, 
page 384. 

(f) Kidtim fufandit inur gramina rotundum ? 

I iij 



198 Hlfîolre Naturelle 

appellent cette fauvette potamida , oîfeau 
du bord des rivières ou des ruiffeaux •, 
c'eft fous ce nom qu'il Ta reconnue en 
Crète -, comme fî 5 dans un climat plus 
chaud (t) , elle afledoit davantage de 
rechercher la proximité des eaux , que 
dans nos contrées tempérées où elle trouve 
plus aifément de la fraîcheur -, les infedtes 



ova malo ; plerumque qulnque aliquando feptem , fubvi- 
TÏdia , pun&is notata* Sehwenckfeld , Avi* Silef 

P a g e 155- 

(r) Quelques Auteurs grecs & modernes ont 
mis potnnida de nom vulgaire , penfant exprimer 
le roffignol ; toutefois fommes bien allures que 
jtûtamida n'eft pas roffignol ; ear ior'qu'étions en 
Crète , trouvâmes le nid de tel oiieau qu'ils nom- 
ment poiamida , fur une plante de tcucrion , & le- 
quel pûmes reconnoître que c'étoit de l'oifeau que 

notre vulgaire nomme une fauvette brune Ce 

n'eft pas fans raifon que le vulgaire de la Grèce 
fa nomme poiamida, car elle fuit communément 
les ruiflelets ; pour ce qu'elfe y trouve mieux fa 
pafiure qu'elfe prend de vermine en vie. Bélon , 
Nat. des Oifeaux , page 340. — " Il y a^un autre 
*> oifeau appelé par les Anciens curuca, que les 
»> François connoilTent fous le nom de fauvette brune, 
.•♦ & que les Grecs, qui habitent à préfent cette île 
(de Crète), appellent potamida- L'on tient que fe 
» coucou eft fon ennemi , & qu'il mange fes petits 
quand il en trouve Toccalion. » Dapfer 9 dejlrijjt* 
des îles de VAtchipU, pige 62, 



êe la Fauvette. 199 

que l'humidité échauffée fart éclore > font 
fa principale nourriture. Son nom dans 
Arrftote (u) , défigne un oifeau qui cher- 
ché fans cette les v'ermiffeaux -, cependant 
on voit rarement cette fauvette à terre , 
& ces vermhTeaux qui font fa pâture ? 
font les chenilles qu'elle trouve fur les 
arbuftes & les huilions. 

Bélon qui l'appelle d'abord fauvette 
brune , lui donne enfuite le furnom de 
plombée > qui repréfente beaucoup mieux 
la vraie teinte de fon plumage. Elle a le 
fommet de la tète cendré -, tout le manteau 
cendré-brun-, le devant du corps blanc lavé 
de roufsâtre -, les pennes de l'aile brunes * 
leur bord intérieur blanchâtre -, l'extérieur 
des grandes pennes eft cendré, & celui de's 
moyennes eft gris - roufsâtre -, les douze 
plumes de la queue font brunes bordées 
de gris , excepté les deux plus extérieures 
qui font blanches en -dehors comme 
dans la fauvette commune -, le bec & les 
pieds font d'un gris-plombé *, elle a cinq 



( w ) t'ivoxaiç , que Gaza traduit curruca; nom que 
tous les Naturaliftes ont appliqué à cette fauvette* 
YpolaïS) quoi ytrminUus pafcatur. SchwenckfelcU 

liv 



200 Hijlolre Naturelle 

pouces de longueur & fïx pouces & demi 
de vol , fa groïfeur eft celle de la grifette, 
& en tout elle lui refîemble beaucoup. 

C'eft à cette efpèce qu'on doit rappor- 
ter 5 non-feulement le bec- figue de chanvre 
d'Oiina ( x ) 3 qu'il dit être fi fréquent 
dans les chenevières de la Lombardie-, 
mais encore la canevarola d'Aldrovande , 
& la fauvette titling de Turner (y). Au 
refte , cette fauvette fe prive aifément y 
comme elle habite autour de nous dans 
nos près , nos bcfquets , nos jardins , 
elle eft déjà familière à demi -, fi Ton veut 
l'élever en cage*, ce que Ton fait quelque- 
fois pour la gaieté de fon chant , il faut , 
dit Olina , attendre à l'enlever du nid 
qu'elle ait pouffé (es plumes , lui donner 
une baignoire dans fa cage , car elle meurt 
dans le tems de la mue fi elle n'a pas la 
facilité de fe baigner-, avec cette précau- 
tion & les foins néceffaires , on pourra la 
garder huit à dix ans en cage ( [). 

(x) Beccafico canapino* Olina, Uccelleria. , pag. II. 

(y) Aldrovande., terne II ', page 754, remarque 
que la canevarola refiembïe entièrement à la fauvette 
tirling de Turner , qu'il vient de rapporter lui- 
même, page précédente, à fa cunuca* 

fa) Olina > page ij. 



ie la Fauvette. 201 



LA ROUSSETTE 

ou LA FAUVETTE jdes bois {a). 

Sixième efpèce. 

Si Bélon ne diftinguoit pas auflî expref- 
fément quil le fait la roujfette (b) ou 



(a) Roujfette* Béïon ,. Nat. fies Oi féaux , pag. 338 , 
avec une mauvaife figure, pag. 339; ia même y 
Portrait d'oif pag. 84 , b. Béion ne donne pas d'au- 
tres noms à cette fauvette , que les noms génériques 
de 2wt*?uï & de beccafigha — Lufciniola* Aldrovande 9 < 
Jlvu tom. I1 1 page 765 , avec ia figure emprun- 
tée de Bé!on. — Jonfton t Avl page %%. — Lufciniola; 
Belloniï- Charleton , Exercit* pag. 97, n-° 14, idem. 
Onomafl. pag. 92 , n.° 14. — Lufciniola feu roujfette 
Belloiài , Jldrovandi..Wû\uohby , OrnithoL pag. 171- 
îi.° i- — K?Ly,SynopfAvi'p?ig~io,Ti. .i. — Schoe- 
nobœnuS'-LimiBtuSi Syfî* Nat. éd. VI, G. 82, Sp. 9. 
— Motacilla teftaceo fufca , fubtas palliée tefiacea 
€apite maculato. Idem , éd. X , Gen. 99 , Sp. 40. 
~— Motaeilla tefiacea fufca , fubtus pallidè tefiacea ca~ 
pite maculato* Fauna Suecica, n.° 222. — Fkedulœ 
fupernè fufco & rufo varia , inferuc rufefens; peftort\ 
dorjb concolore ; remigibns. fufiis , oris exterionbus 
rufis ; redtricibus penitus fufiis* Curruca fylveftris fîve 
lufciniola , !a fauvette de bois ou la roufiette. Brijfon^ 
OrnithoU tom. III, page 393. 
(bj Nature des Gifea-ux , page 338- 



2 2 Hijloire Natu re lie 

fauvette des bois , de fon mouchet (c) , 
que nous verrons être la fauvette d'hi- 
ver •, nous aurions regardé ces deux oi- 
feaux comme le même , & nous n'en 
cuffions fait qu'une efpèce -, nous ne fa- 
vons pas encore fî elles font différentes , 
car les reffemblances paroîflent fi grandes 
& les différences fi petites, que nous réu- 
nirions ces deux oifeaux fi Bélon, qui 
les a peut-être mieux obfervés que nous , 
ne les avoit pas féparés d'efpèce & de 
nom. 

Comme toutes les fauvettes , celle-ci 
cft toujours gaie , alerte , vive , & fait fou- 
vent entendre un petit cri -, elle a de plus 
un chant qui, quoique monotone , n'eft 
point déiagréable \ elle le perfectionne 
ïorfqu'elle eft à portée d'entendre des 
modulations plus variées & plus brillan- 
tes (d). Ses migrations femblent fe bor- 



(c) Nature des Oifeaux, page 375. 

(d j a Ceux que j'élevois m'ont paru avoir un 
s* chant plus mélodieux que les fauvages , peut- 
*> être parce qu'ils entendoient allez fouvent jouer 
99 du violon; ils chantoient affez fréquemment.» 
JVofe àf. M. k vicomte de Qucrlwëtit. 



de la Fauvette. 203 

lier à ftos provinces méridionales -, elle 
y paroît l'hiver (e) , & chante dans cette 
faifon : au printems , elle revient dans 
nos bois , préfère les taillis & y conftruit 
fon nid de moufle verte & de laine -, elle 
pond quatre ou cinq œufs d'un bku-cé- 
lefte. 

Ses petits font aifés à élever & à nour- 
rir , & Ton en prend volontiers la peine 
pour le plaifir que donne leur familia-* 
rite , leur petit ramage & leur gaieté. 
Ces oi féaux ne laiiTent pas d'être coura- 
geux, ce Ceux que j'élevois , dit M. de 
Querhoënt , fe faifoient redouter de te 
beauepup d'oifeaux aufli gros qu'eux \cc 
au mois d'avril , je donnai la liberté à iè 
tous mes petits prifonniers -, les rouifet- U 
tes furent les dernières à en profiter. U 
Comme elles ail oient fouvent faire de ce: 
petites promenades , les fauvagçs de la ce 
même efpèce les ponrfuivoient , mais et 
elles fe réfugioient fur la tablette de ce 
ma fenêtre , où elles tenoient bon : elles u 
hériflbient leurs plumes > chaque parties 



(e) Elle ne quitte point fe pays ? & chante 
Fkiver comme h roitelet» Idem* 



Ivj 



2 04 Hijioire Naturelle 

***frédonnoit une petite chanfon & bec- 
jjquetoit la planche à la manière des 
35 coqs , & le combat s'engageoit aufîîtôt 
avec vivacité. " 

Cette fauvette eft ïa feule que nous 
n'ayons pu décrire d'après Nature v la 
description qu'on nous donne du plu- 
mage , nous confirme dans la penfée que 
cette efpèce eft au moins très-voifine de 
celle de la fauvette d'hiver x fi ce n'eft 
pas précifément la même : celle-ci a la 
tète, le deflus du cou , la poitrine, le dos & 
le croupion, variés de brun & de roux, 
chaque plume étant dans fon milieu de 
la première couleur , & bordée de la fé- 
conde -, les plumes fcapulaires , les cou- 
vertures du deffus des ailes & de la queue , 
variées de même & des mêmes couleurs -, 
la gorge , la partie inférieure du cou , le 
ventre & les côtés rouflâtres v les pennes 
des ailes brunes , bordées de roux*, celles 
de la queue tout-à-fait brunes. Elle eft 
de la grandeur de la fauvette , première 
efpèce : La robe des fauvettes eft généra- 
lement terne & obfcure -, celle de la rouf 
fette ou fauvette des bois eft une des 
plus variées , & Bélon peint avec expref- 



de la Fauvette. 205 

fion l'agrément de fon plumage (/). II 
remarque en même terras que cet oifeati 
n'eft guère connu que des Oifeleurs , & 
des payfans voifins des bois (g), Se 
qu'on le prend dans les chaleurs , lorfqull 
va boire aux mares.. 



(f) w Ceux qui font couftumiers de tendre aux 
oifeaux, ou de les prendre à fa pipée, n'en laif-« 
fent aucuns fans lui bailler quelques noms; par- ♦« 
quoi trouvant ceitui-ci aucunement fréquent , « 
ayant plufieurs madrures de couleur exquife ,- ** 
entre phénicée & orangée fur fe bout des plumes, t* 
qui font que Poifeau en apparoiit rouiTalire, lui <* 
ont impofé ce nom. » Nat. des Oifeaux, pag. 338. 

(g) " Nous ne pouvons imaginer quel nom 
ancien grec ou iatin , a obtenu cette rouïïette; *« 
mefmement eft peu cogneue, linon en certains ♦< 
endroits par les payfans des villages litués le long « 
des forefts.... Auiïï qui vouldroit voir l'expé- « 
lience de l'appellation de cet oifeau , auroit à « 
s'enquérir des Oifeleurs qui tendent par les forefts , u 
car ceux qui fe tiennent qz villes n'en favent *i 
nouvelles» a Idem , ièidenu 



fr$bé&S 



10 6 HiJIoire Naturelle 

LA FAUVETTE jde roseaux (h). 

Septième ejpèce. 

La Fauvette de rofeaux chante dans les 
nuits chaudes du printems comme le 



(h) En Allemand, weiderich. Rzac — Wyden- 
gnekerk , wydenguckerlin , félon Gefner. En Suifîe , 
wydtrle , \dxepp.e , idem. En Polonais , wier^bownio^ka. 
En Anglois , fedge bird , oifeau de fauge fuivant 
Albin - 

Salicaria» Gefner, Icoiu Avi. page 50, avec une 
irès-mauvaife figure- — Salicaria Ornithologi. Aïdro- 
vande , Avi. tome II, page 737, avec la figure copiée 
de Gefner. — Salicaria Gefneri. Willug^by , Ornith* 
page 158. — Ray, Synopf. Avi- page 81 , n.° il 
— Rzaczynski, Autluar* page 419- — Lufiiniafali- 
taria , GefnerL Klein , Avi. page 74 , n.° 4. 
rr- Wydengiickerlhu Gefner, Avi. pag« 796, avec 
une très-mauvaife figure- — Stoparola altéra , Jonf- 
toh, .//*>/.- page 87, avec la figure empruntée d'AÏ- 
drovande y tab. 44. — Rzaczynski , Hift*- Nau- Polon* 
page 421. — Avis confimilis floparolœ r J magnaiù- 
m<e. Aldrovande, AvL tome II 5 page 732, avec 
une figure peu reflembîante , page 733. — Avis 
eonfimilh ftoparolœ. ô* magnanimœ Aldnvandi. Wilîugh. 

OrnithoL page 153 Ray , Synopf. Avi. page 81 , 

n.° 6* — AvisfloparoU Jimilis*- Sibbaicie ? Scot* illuftr° 



de la Fauvette. 207 

rofïïgnoï , ce qui lui a fait donner , par 
quelques-uns , le nom de rofîîgnol des 
fauîes ou des o fiers (i). Elle fait fon nid 
dans les ro féaux > dans les buiflons , au 
milieu des marécages , & dans les taillis 
au bord des eaux : nous avons vu un de 
ces nids fur les branches baffes d'une 
charmille près de terre -, il eft compofô 
de paille & de brins d'herbe sèche , d'un 
peu de crin en-dedans : il eft conftrurfc 
avec plus d'art que celui des autres fau- 
vettes -, on y trouve ordinairement cinq 
œufs, blanc-fale, marbrés de brun , plus 
foncé & plus étendu vers le gros bout. 

Les petits, quoique fort jeunes ôc fans 
plumes , quittent le nid quand on y tou- 
che , & même quand on l'approche de 



part. II, lib. m, page 17.' — Motacilla cinerea 9 
Jubms alba , fuperciliis albis , falïcana* Linnaeus r 
Syfl. Nat. éd. X , G. 99 , Sp» 18. Oifeau de fauge.- 
Mbui , tome III, pag. 26 , avec une figure mai 
coloriée r pL 60. — Fkedula fupernè grifea r ad oli- 
vaceum inctinans , irifemè flavicans ; tœtiiâ fupra ocur 
los flapie ante' 9 re&mibus cinareo-ff/feis, oris exteviorièus 
grifeo-olivaceis. Cnrruca amndinacea , la fauvette de 
jofeaux, BriJJbrij Ornirhoi. tome 111, pag. 378. 
(i) Luftinia falicaria+ Gefner ? Klein, 



2o8 Hifioire Naturelle 

trop près \ cette habitude qui eft propre 
aux petits de toute la famille des fauvettes 5 
& même à eette efpèce qui niche au milieu 
des eaux r femble être un caraétère dttÊ 
tinâif du naturel de ces oifeaux. 

On voit , pendant tout Tété v cette fan* 
vette s'élancer du milieu des rofeaux 
pour faifir au vol les demoifelles & autres 
infeétes qui voltigent fur les eauxv elle 
ne ceffe en même-tems de faire enten- 
dre fon ramage (k)\ & , pour dominer 
feule dans un petit canton , elle en chaile 
les autres oifeaux (/)•, & demeure maî- 
treffé dans fon domicile, qu'elle ne quitte 
qu'au mois de feptembre pour partir avec 
fa famille. 

Elle eft de la grandeur de k fauvette 
à tête noire -, ayant cinq pouces quatre 
lignes de longueur , & huit pouces huit 
lignes de vol -, foi? bec eft long de fept 

(k) C'eft un oifeau très-babillard; en Brie, où 
on l'appelle effarvatte\ on dit en proverbe, babiller 
comme une effarvatte. Note communiquée par M. Hébert* 
Mais nous devons obferver que le véritable effar- 
Tifatte e£t cet oifeau que nous avons indiqué tonu III, 
j>a$e 294 , fous ce même n©m > & fous ceki dr 

petite roujferoll^, 

(l) Gefner. 



de la Fauvette. 209 

lignes & demie 5 les pieds de neuf \ fa 
queue de deux pouces , l'aile pliée s'étend 
un peu au-delà du milieu de la queue : 
elle a tout le deflus du corps d'un gris- 
rou/îâtre clair , tirant un peu à l'olivâtre 
près du croupion *, les pennes des ailes 
plus brunes que celles de la queue -, les 
couvertures inférieures des ailes font d\\ti 
jaune-claire -, la gorge & tout le devant dit 
corps jaunâtre , fur un fond blanchâtre , 
altéré fur les côtés & vers la queue de 
teintes brunes. 

Il n'y a nulle apparence que la petro^- 
nella de Schwenckfeld, oifeau qui niche 
fous les rochers & à plate -terre > qu'on 
ne voit que dans les endroits efcafpés des 
montagnes , qui remue incejfamment la 
queue , comme la lavandière (772) , foit 
notre fauvette de ro féaux -, & nous ne 
voyons pas fur quoi M. Briilon a pu l'y 
rapporter; car, fuivanf le plumage même 
que lui donne Schwenckfeld 3 ce feroit 
plutôt une forte de roiîîgnol de muraille 
ou de queue-rouge. 

Si £ oifeau de Jauge ( Jedge bird ) 

m* ■ ' ' ■! " I ii ■ — ■.■ m ' I i M lfc, 

(m) Schwenckfeld > Aviar, S'dtf. pags 330- 



2 10 Uijîoire Naturelle 

d'Albin {n) j eft auffi la fauvette de 
rofeaux , la figure qu'il en donne eft bien 
mauvaife , & toutes les couleurs en font 
fauiîes. Ce n'eft point peindre , c'eft 
mafquer la Nature que de la charger 
d'images infidèles. La figure donnée dans 
AIdrovande, & empruntée de Gefner , 
fous le nom de falicaria , porte un bec 
de beaucoup trop gros t & qui ne peut 
appartenir au genre des fauvettes 5 & fi 
l'oifeau de la page 733 > ( avis confimilis 
Jloparole & magnanimœ ) eft la fauvette 
de rofeaux, comme le dit M. Briflon % Se 
comme on peut le croire , il eft très-diffi- 
cile d'imaginer que la falicaria de h page 
7^7 , foit le même. Tel eft l'embarras 
de démêler dans Aldrovande les efpèces 
qu'il a voulu rapporter à un genre qu'il 
paroît n'avoir pas connu par lui - même -, 
Se on voit, par l'exemple de ce Natura- 
lifte , fi eftimable d'ailleurs , combien il 
eft dangereux de ne parler que fur des 
relations fouvent fautives , fouvent con- 
fufes & qui ne peignent jamais la Nature 
avec la vérité néceflaire pour la reçoit- 
noître & la juger. 

m* wmmmm — ■■ ■ ■ i ■ ■■ ———————— | 

(n) Terne lij,fage 26 , planche 60» 



de la Fauvette. 1 1 i 

w^bmi— mb— m mm h iiiiiiiiiw— 

? LA PETITE FAUVETTE rovssz (*).. 

Huitième efpèce. 

Bé i o n dît avoir pris beaucoup de pe-îne 
à trouver à la petite fauvette roufle , une 
appellation antique ( p ) , & il finit par 
fe tromper en lui appliquant celle de 
troglodyte \ il fembïe même s'en aperce- 
voir quand il rapporte fa fauvette rouffb 
au troglodyte indiqué par JEtius Se Paul 



* Voye\ les planches enluminées, n.° 581 , fîg. i* 
(0) En Allemand , weidai xeijîg , kleinfî gras- 
rnuche* fuivant Friich , qui , dans tordre de fa no- 
menclature , nomme cet oifeau mufeipeta m'wimus , 
avec une figure , tab» 24. — Petite fauvette ou fau- 
vette r oufle. Bèlon, Nat. des Oifeaux, page 341 , 
avec une ligure peu exacte ; la même , Portrait 
d'oi [taux , page %$) 6. — Pajfir troglodytes Bellonïu 
Aldrovande, Avi. tome II, page 656, avec la figure 
copiée de Bélon. — Jonfîv Avi> page 82 ; fa même 
figure, tab* 42. — Ficedula fiipernè grifîo rufa, in- 
fernè dilutè rufifeens ; teewâ ptpra oculos dilutè rufef- 
cente'y re&ricibus grifeo-rufis , oris exterioribus dilutè ru- 

fefeentibus Curruca rufa y la fauvette routfe» 

Brijfon , Ornithoî* tome II /, page 387. 
(pj Nat. des Oifeaux , page 34% 



! i x HiJIoire Naturelle 

JEginete\ car il obferve que leur texte 
s'applique bien mieux au roitelet brun 
qiï'â la fauvette rouffe -, & ce roitelet 
eft en effet le véritable troglodyte , au- 
quel nous rendrons à fon artîcle ce nom 
qui lui appartient de tout tems. 

La fauvette rouffe n'eft donc point le 
troglodyte*, cette dénomination ne peut 
convenir qu'à im oifeati qui fréquente les 
cavernes > les trous des rochers & des 
murs -, habitude qui n'eft celle d'aucune 
fauvette, & que néanmoins Bélori leur 
fuppofe , entraîné par fon idée & par la 
prévention d'une faufle étymologie du 
nom de fauvette àfoveis (q). 

Celle-ci fait communément cinq petits , 
mais ils deviennent fouvent la proie des 
oifeauxennemis, fur-toutdes pie-grièches. 
Les œufs de cette fauvette font fond 



fq) « Car îa fauvette prend ce nom de ce qu'elle 
a entre dedans les foffettes & creux des murailles , 
« retenant le même nom en françois que les Latins 
ont pris des Grecs. » Bélon , Nat. des Oifeaux , 
page 34c — Le nom de fauvette vient de leur 
couleur fauve, qui eft celle de la plupart de ces 
oïfeâux ; & cette étymologie, que JBéîon rejette , 
eft la véritable > dit Ménage. 



de la Fauvette. 1 1 j 

bîanc-verdâtre , & portent deux fortes 
de taches ; les unes peu apparentes Se 
prefque effacées , répandues également 
fur la fur-face -, les autres plus foncées & 
tranchant fur le fond , plus fréquentes 
au gros bout, ce C'eft une chofe infail- 
lible , dit Bélon , qu'elle fait fon nid ce 
dedans quelqu'herbe ou buiiîon parce 
les jardins, comme fur une ciguë ou ce 
autre femblable, ou bien derrière quel- ce 
que muraille de jardin ez villes ou ce 
villages. » Le dedans eft garni de crin 
de cheval, mais le nid dont parle Bélon , 
avoit le fond percé à claire-voie , fur 
quoi il attribue une intention à Toifeau (r) , 
tandis que ce n'étoit apparemment que 
par accident , que ce nid étoit percé : 
une femblable difpofkion ne fe rencon- 
trant dans aucun des nids , étant même 
eflentiellement contraire au but de la 
nidification , qui eft de recueillir & de 
concentrer la chaleur» 

(r) « Elle l'enduit par le dedans de crin de 
cheval, li induftrieufement qu'ileft percé à claire-" 
voie comme un lacet, tellement que quand fesu 
petits fe nettoient, toutes les immondices paf-« 
fent au travers , & par ce point font toujours" 
nets. » Nat. d$s Oiftaux, pag. 341. 



2 1 4 HiJIoire Naturelle 

Le même Naturalifte rencontre mieux, 
lorfqiwl dit que cette petite fauvette eft 
toute d une feule couleur qui eft celle de 
la queue du roffignol -, cette comparaifon 
^ft jufte & nous difpenfe de faire une 
defcriptron plus longue du plumage de 
cet oifeau: nous remarquerons feulement 
qu'il y a un peu de roux tracé dans les 
grandes couvertures de l'aile , & plus 
foiblement fur les petites barbes de fes 
pennes , avec une teinte très- lavée 8c 
très-claire de rouflatre fur le gris du dos 
& de la tête , & fur le blanchâtre des 
flancs. Cen'eft, comme Ton voit, qu'afiez 
improprement que cette fauvette a été 
nommée fauvette roujjk , par le peu de 
traits de cette couleur dont fe peignent 
aflez foiblement quelques parties de fon 
plumage. 

Elle n'a que quatre pouces huit lignes 
cle longueur totale *, fix pouces dix lignes 
de vol *, c'eft une des plus petites , elle 
eft encore moindre que la grifette ; mais 
Bélon femble exagérer la petîteffe quand 
il dit quelle ri eft pas plus grojfe que le 
bout du doigt (J ). 

— — — ■ » — — — — — — — — — mmmmm 

(f) Nat. des Oifeaux, pa&e 3.41, 



de la Fauvette. z i $ 



V9tm 



* LA FAUVETTE tachetée (0- 

Neuvième ejpèce. 

Le plumage des fauvettes eft ordinai- 
rement uniforme & monotone # , celle-ci: 
fediftingue par quelques taches noires fur 
la poitrine , mais du refte fon plumage 
relîemble à celui des autres -, elle eft de 
la petite fauvette , féconde efpèce -, elle 
a cinq pouces quatre lignes de longueur, 



* Voyez les planches enluminées, ru° 581 , fig. 3. 

(t) Boarola , fia boarina. Aldrovande , Avu 
tom. II, pag. 733, avec une figure très-peu ref- 
femblante , page 734. — Boarina» Jonfton , Avi. h 
figure d'Aldrovande répétée, tab. 44. — Boarina 
ALdrovandi. Willughby , Ormth. pag. 158. — Boarina 
dorfo tino.no Alirovanii % idem , pag. 171 , n. 9 6. 
- — Mufcicapa prima Aldrovandi , Ray , Synopfi Avu 
pag 77, n.° 7. — Bec à figue. Albin, tome 111, 
page 1 1 , avec une mauvaife ligure , planche 16. 
— Ficedula fupernè fufco ru fe fiente , flavicante £f 
cineteo varia , infernè alba ; peStore fiavicantt . mac dis 
nigris infignito ; recïncibus nigricantious , oris extefiori-* 
bus athis.* Curruca nœvia , la fauvette tachetée * 
Brijfon y Ornkhol. tome ///, page 3^9. 



z i 6 Hïjloin Naturelle 

& les ailes pliées couvrent la moitié de 
la queue : tout le manteau du fommet de 
la tête à l'origine de la queue , eft varié 
de brtin-rouflâtre , de jaunâtre & de 
cendré \ les pennes de l'aile font noirâ- 
tres , bordées extérieurement de blanc ; 
celle de la queue de même *, la poitrine 
eft jaunâtre & marquée de taches noires \ 
la gorge, Ip devant du cou, le ventre & 
les côtés font blancs. 

Cette fauvette eft plus commune en 
Italie , Se apparemment aufïï dans nos 
provinces méridionales , que dans les fep- 
tentrionales , où on la connoît peu. 
Suivant Aldrovande , on en voit bon 
nombre aux environs de Bologne, & le 
nom qu'il lui donne, femble lui fuppofer 
l'habitude de fuivre les troupeaux dans 
les prairies & les pâturages (u). 

Elle niche en effet dans les prés , 8c 
pofe fon nid à un pied de terre , fur 
quelques plantes fortes, comme de fe- 
nouil , de mirrhis , &c. elle ne fort pas de 



(u) In agro nojîro à perfequendo Boves , vulgo 
Boarolam , feu Boarinàm nuncupanu .Aldrovande f 
Zom.Il 9 pa S .m. 

ion nid 



de la Fauvette. nj 

fon nid Iorfqu'ôn en approche , & fe 
laiiîe prendre delîus plutôt que de l'a- 
bandonner , oubliant le foin de fa vie 
pour celui de fa progéniture : tant efl: 
grande la force de cet inftindt qui d'ani- 
maux foibles, fugitifs, fait des animaux 
courageux , intrépides ! imt il eft vrai 
que, dans tous les êtres qui fuîvent la fage 
loi de la Nature , l'amour paternel eft 
le principe de ce qu'on peut appeler 
vertus ! 




Ofîauxj Tome IX. 



K 



z i 8 Hijloire Naturelle 

* LE TRAINE - BUISSON 

ou MOUCHET (*), 

mi 14 FAUVETTE d'hiver. 

Dixième ejpèce* 

Xoutes les Fauvettes partent au mr- 
îieu de l'automne -, c'efl; alors ai,i contraire 



* Voyz\ îes planches enluminées,/*. 615,$*. 1. 

fxj En Anglois, hedge fpamv , & fuivant Char- 
îeton 9 tlttinS' En Suédois , jaern fpart. Linnseus* 
JEn Allemand , braunffleckige gras-mucke , dans Frifch, 
& prunell dans Gefnei> En Italien , paffara favatica* 
Dansfe Boulonois, magnanima <Sc paffcre matto, au 
rapport d'Aldrovande. A Marfeille, pajferon; dans 
nos provinces feptentrionales, fauvette des haies ; 
pajfi-bufe , traîne - èuijjbn , rojfignal d'hiver 9 gratte- 
paille en Brie ; burette en Beny ; en Normandie , 
fouette eu piutôt brunette, comme dit Cotgrave *, 
en Anjou, .pajfi ou paijfebuijjonnière; en Périgordj 
pajfe-fourde ; en Lorraine , ftizf de fon cri , ou roffi- 
gnol d'hiver j en quelques endroits, petite paijjè pri- 
vée , apparemment a caufe de fa familiarité & de fa 
fréquentation à Pentour des maifons en hiver; en 
Provence , grajfet & chic-d'avaujjh , fuivant M. Guy.% 

Cumica fufca ? Frifçhe , avec une belle figure > 



de la Fauvette. 1 1 9 

qu'arrive celle-ci ; elle pafle avec nous 
toute la mauvaife faîibn , & c eft à jufte 



pi. ai. — Curruca hypolaïs , pajjèr fepiarius* Char- 
leton, Exercit. pag. 95, n.° 111- Idem. Onomaft. 
pag. 89 , n.° III» — Curruca diotœ. WiiJughby t 
Ornitholog. pag* 157 — Ray, Synopf. Avi. pag. 79- 
11. a , 6. — iSy/Wfl gu/4 plumbeâ. Kïein , ^yi. pag. 77, 
n.° 111,4. — PaJJerrubi. Aldrovande , Avi. tom. II, 
page 738 , avec la figure empruntée de Réion, 
page 739; & page 736, ce même oifeau fous le 
nom de magnauima vulgo dicla , avec une figure 
aufiï mauvaife. — Magnauima Aldrovand. Willughby, 
OrnithoL page 158. — Mufcicapa altéra» Jonfton , 
Avi* pag. 87, idem y ibidem* Mufcicapa quinte/. — Pra~ 
mlla. Gefner, Avi* pag. 653, avec une mauvaife 
figure; ia même, Icon. Avi* pag. 42. — Jonnon , 
Avu ia figure empruntée de Gefner, tab* 36. — Rzac. 
AuB* pag. 416. — Pajfer canns. Linnacus, Syfi. Nat. 
éd. VI, Gen. 82 7 Sp. 10- — Motacilla fupra griflo^ 
fufca , te&ricibus alarma apice alèis ; petlore earakf*. 
cente cinereo* Motacilla modulari. Idem , Syft* Nat. 
éd. Gen. 99, Sp. 3. — Muacïlla fnpra grifeo- 
fujea, te&ricibus alarum apice albis, petlore cœrulef- 
cente cinereo. Idem, Fauna Suecica , n. Q 223. — Fice- 
dula fupernè nigricante' & rufo varia , collo inferiore 
& pedtore plumbeis ; ventre candido; uropygio fordidè 
piridefeente; tetlricibus alarum majoribus apice exteriùs 
fordidè albo maculatis , macula ad aures femicirculari 
rnfe fiente ; redtricibus fufeis * oris exterioribus fodidè 
viridefcentibus. Curruca fcpiaria, ia fauvette de haie 
ealapaffe-bufe, Brjfin , OrnithoL tome III, pag. 394, 

K ij 



no- Hijlolre Naturelle 

titre qu'on Ta nommée fauvette d'hiver; 
on l'appelle aufïï traîne-buijfon , pojfe- 
biifè > rojjignol d'hiver dans nos diffé- 
rentes provinces de France *, en Italie , 
paijje -fauvage ( pajjàra fûlvatica ) 3 & 
en Angleterre, moineau de haie (hedge 
Jparrow)* Ces deux derniers noms défïg- 
i?ent la refiembiance de fon plumage 
varié de noir, de gris & de brun-roux 
avec celui du moineau , ou plutôt du 
Criquet; reflembiance que Bélon trouvoit 
entière (b). 

— - Petit mouchet. Bélon, Hift. des Oi féaux , pag 375, 
avec une mauvaifè figure, page 376. — Mouchet 
au mouchet petit , moineau des haies & gobe-mouche , 
idem. Portrait d'oi féaux , page , 98 , b , avec la même 
figure. — Verdoii. Albin, tome III , page 25, avec 
une figure coloriée , pi. 59 ; c*eft au refte à îa 
notice de cet oifeau & à fes mœurs qu'il faut le 
rtconnoître dans Albin, aucune des couleurs de 
l'enluminure ne répondant à la defcription non 
plus qu'à la Nature. 

(h) a Le mouchet, petit oifiîlon de la grandeur 
** d'une fauvette ; hantant les bluffons 3 qui mange 
9» les mouches, & de~là eft nomme. Il eft fi fem- 
» blable à un moineau ou paille , qu'il n'y a que les 
n mœurs en ceux qui vivent, & le feul bec es 
» morts qui en puilfent faire diftinctton. Il a 
« bonnes jambes & pieds ? qui ne font pas noiisi 



de la Fauvette. 221 

En effet , les couleurs de la fauvette 
d'hiver font d'un ton beaucoup plus 
foncé que celles de toutes les autres fau- 
vettes m , fur un fond noirâtre , toutes fes 
pennes & Tes plumes font bordées d'un 
brun - roux *, les joues , la gorge 5 le 
devant du cou & la poitrine , font d'un 
cendré -bleuâtre -, fur la tempe eft une 
tache roufsâtre-, le ventre eft blanc : fa 
gnfleur eft celle du rouge-gorge -, elle 
a huit pouces de vol. Le mâle diffère de 
la femelle en ce qu'il a plus de roux 
fur la tête & le cou , & celle-ci plus de 
cendré. 

Ces oifeaux voyagent de compagnie •, 
on les voit arriver enfemble vers la fia 
d'oftobre & au commencement de no- 

foa bec eft délié & longuet, comme celui d'un « 

rouge-gorge; fa queue eft afîl-z longuette, fomme << 

que le tout eft fembiable à un friquet, hormis u 

le bec j & que fon chant eft ai fiez pîaliant; il fe » 

va toujours cachant par fes bluffons & haies ; « 

pourquoi hommes d'autorité, doctes & fagësf; u 

qui fe font trouvés tendant Pérignée avec nous 3 %* 

l'ayant vu fi fembîabîe à une paiiTe , lui ont im- a 

pofé le nom de paffer ruhi , comme qui diroit a 

moineau de haie» » BéIon ? Nature des Oifeaux , 
P a S e 375- 

K iij 



22t HiJIoire Naturelle 

vembre -, ils s'abattent fur les haïes -, Se 
vont de buiflon en buiflbn , toujours 
affez près de terre , & c'eft de cette habi- 
tude qu'eft venu Ton nom de traîne-buij- 
fin. C'eft ua oifeau peu défiant & qui fe 
laifle prendre aifément au piège (c). II 
n'eft point fauvage 5 il n\i pas la vivacité 
des autres fauvettes , & (on naturel 
femble participer du froid & de l'en- 
gourdiflement de la faifon. 

Sa voix ordinaire eft tremblante; c'eft 
une efpèce de frémiffement doux., titit- 
tititit > qu'il répète aflez fréquemment \ 
ii a de plus un petit ramage , qui , quoi- 
que plaintif & peu varié , fait plaifïr à 
entendre dans une faifon où tout fe tait : 
c'eft ordinairement vers le foir qu'il eft 
plus fréquent & plus foutenu. Au fort 
de cette faifon rigoureufe 5 le traîne-buiffon 
s'approche des granges & des aires ou 
l'on bat le blé, pour démêler dans les 
pailles quelques menus grains. C'eft ap- 
paremment l'origine du nom de grattz- 



(c) A quibufdam^ pajjere matto fappdlatur) tùm 
propter colorent aut potihs qnod facillimè fi capieudmi 
prœbtau Willughby, Gmithol. page 158, 



de la Fauvette. 223 

paillé qu'on lui donné en Brie *, M. Hê* 
bert dit avoir trouvé dans fon jabot des 
grains de blé tout entiers -, mais fon bec 
menu n'eft point fait pour prendre cette 
nourriture , & la néceffité feule le force 
de s'en accommoder -, dès que le froid fe 
relâche , il continue d'aller dans les 
haies cherchant , fur les branches ,- les 
ehryfilides & les cadavres des pucerons. 
II difparoît au printemps des lieux ou 
on Ta vu Fhiver , foit qu'il s'enfonce alors 
dans les grands bois , & retourne aux 
montagnes , comme dans celles de Lor- 
raine, ou nous fommes informés qu'il 
niche , foit qu'il fe poste en effet dans 
d'autres régions , & apparemment dans 
celles du Nord, d'où il femble venir en 
automne , & où il eft très - fréquent en 
été. En Angleterre , on le trouve alors 
prefque dans chaque buxflbn , dit Al- 
bin ( d ) ; on le voit en Suède, & même 
il fembleroit , à un des noms que lut 
donne M. Linnams (s) , qu'il ne s'en- 

(A) Tome IIT\ page 25. 

fej Pafllr carnis* Syfto Nat. ecL V 1 7 Gen. 827 

K w 



224 Hijioire Naturelle 

éloigne pas l'hiver, & que fon plumage 
fournis à l'effet des rigueurs du climat y 
blanchit dans cette faifon -, il niche éga- 
lement en Allemagne (f) , mais il eft 
très-rare, dans nos provinces, de trouver 
ïe nid de cet oifeau , il le pofe près 
de terre ou fur la terre même , & le com- 
pofe de moufle en dehors , de laine & 
de crin à l'intérieur *, fa ponte eft de 
quatre ou cinq œufs, d'un joli-bleu-clair 
uniforme & fans taches. Lorfqu'un chat 
ou quelqu'autre animal dangereux ap- 
proche du nid , la mère pour lui donner 
le change, par un inftin&femblable à ce- 
lui de la perdrix devant le chien 5 fe jette 
au-devant & voltige terre à terre jufqu'à 
ce qu'elle l'ait iuiïifamment éloigné (g). 
Albin dit qu'elle a , en Angleterre ^ des 
petits dès le commencement de mai , 
qu'on les élève aifément , qu'ils ne font 
point farouches & deviennent même très- 
familiers , & qu'enfin ils fe font eftimer 
* pour leur ramage , quoique moins gai 
que celui des autres fauvettes (h). 

(f) Frifch. 

(g) Idem. 

(h) Une fauvette d'hiver ? gardée pendant cetti 



7 m > JX. ', 



M,ix:.p*p. 224. 




1-E TRAINE BUISSON oarAITVŒTTED'jIIVElL. 



de la Fauvette, 225 

Leur départ de France au printems 5 
leur fréquence dans les pays plus fepten- 
trionaux dans cette faifon eft un fait inté- 
reflant dans Thiftoire de la migration des 
©ifeaux : & c'eft la féconde efpèce à bec 
effilé , après Talouette-pipi , dont il a été 
parlé à l'article des alouettes , pour qui la 
température de nos étés feroble être trop 
chaude , & qui ne redoutent pas les ri- 
gueurs de nos hivers , que fuient néan- 
moins tous les autres oileaux de leur 
genre-, & cette habitude eft peut-être 
fuffifante pour les en féparer , ou du 
moins pour les en éloigner à une petite 
diftance. 



faifon chez .M. Daubenton îe jeune , & prife au 
piège en automne , n'étoit pas plus farouche que û 
on l'eût prife dans ie nid. On î'avoit mife dans une 
volière remplie deferins , de linottes & de chardon- 
nerets : un ferin s'étoit tellement attaché à cette 
fauvette , qu'il ne la quittoït point; cette préférence 
parut allez marquée à M. Daubenton pour les tirer 
de la volière générale , & les mettre à part dans une 
cage à nicher, mais cette inclination n'étoit appa- 
remment que de Pamitié, non de l'amour, & ne 
produifit point d'alliance. H eft plus que probable 
que l'alliance n'eût point produit de génération. 

K y 



n6 Mijloire Naturelle 



TLA FA U VE T TE 
DES ALPES. 

On trouve fur les Alpes 8c fur les 
hautes montagnes du Dauphiné & de 
l'Auvergne cet oiieau, qui eft au moins 
de la taille du proyer, & qui par confé- 
quent furpafle de beaucoup toutes les fau- 
vettes en grandeur , mais il fe rapproche 
de leur genre par tant de caradères , que 
nous ne devons pas l'en féparer. Il a la 
gorge fond blanc , tacheté de deux teintes 
différentes de brun-, la poitrine eft d'un 
gris-cendré -, tout le refte du défions du 
corps eft varié de gris, plus ou moins blan- 
châtre & de roux -, les couvertures infé- 
rieures de la queue font marquées de noi- 
râtre & de blanc -, le defîus de la tête & 
du cou gris-cendré *, le dos eft de la même 
couleur 5 mais varié de brun 5 les couver- 
tures fupérieures des ailes font noirâtres 3 
tachetées de blanc à la pointe; les pennes 

m ■" > ' . ■■■ . m " »« ■' " " * 

* Voyt\ les planches enluminées , h.° 668 ? fig* 2, 



de la Fauvette. zij 

de Taîle font brunes, bordées extérieure- 
ment , les grandes de blanchâtre , les 
moyennes de roufsâtre -, les couvertures 
fupérieures de la queue font d'un brun 
bordé de gris-verdâtre 3 & vers le bout 
de roufsâtre \ toutes les pennes de la queue 
font terminées en-deiîous par un tache 
roufsâtre fur le côté intérieur *, le bec a 
huit lignes de longueur , il eft noirâtre 
deffus, jaune defïous à labafe, & n'a point 
d'échancrure y les pieds font jaunâtres 7 
le tarfe eft long d'un pouce ^ l'ongle 
poftérieur eft beaucoup plus épais que 
les autres y la queue eft longue de deux 
pouces & demi , elle eft un peu four- 
chue & dépafle les ailes de près d'un 
pouce. La longueur entière de l'oifeau 
eft de fept pouces; la langue eft four- 
chue y l'œfophage a un peu plus de trois 
pouces r il fe dilate en une efpèce de 
poche glanduleufe v avant fon infertion 
dans le géfier qui eft très-gros y ayant un 
pouce de long fur huit lignes de large \ 
il eft imifculeux , doublé d'une membrane 
fans adhérence-, on y a trouvé des débris, 
d'infeétes 5 diverfes petites graines & de 
très-petites pierres 3 b lobe gauche dir 



228 Hiftoire Naturelle 

foie qui recouvre le géfier , eft plus petit 
qu'il n'eft ordinairement dans les oifeaux \ 
ïî n'y a point de véficule du fiel , mais 
deux cœcum d'une ligne & demie chacun -, 
ïe tube inteftinal a dix à onze pouces de 
.longueur. 

Quoique cet oifeauhabiteles montagnes 
des Alpes, voifines de Fance & d'Italie 
même celles de l'Auvergne & du Dau- 
phiné, aucun Auteur n'en a parlé. M. le 
Marquis de Piolenc a envoyé plufieurs 
individus à M. Gueneau de Montbeillard, 
qui ont été tués dans fon comté de Mont- 
bel, le 18 janvier 1778. Ces oifeaux ne 
s'éloignent des hautes montagnes que 
quand ils y font forcés par l'abondance 
des neiges •, auffi ne les connoît-on guère 
dans les plaines *, ils fe tiennent commu- 
nément à terre , où ils courent vite en 
filant comme la caille & la perdrix, & non 
•en fautillant comme les autres fauvettes -, fe 
pofe auffi fur les pierres, mais rarement fur 
les arbres, ils vontparpetites troupes , &ils 
ont pour fe rappeler entr'eux un cri fem- 
blable à celui de la lavandière , tant que 
ïe froid n'eft pas bien fort on les trouve 
dans les champs > & lorfqu il devient plus 



Pt.X-mfn^B- 




' Sève èel G San?/? tSculp^ 

X, A Y\V VE T TE DE S ALP E S . 



de la Fauvette. a 29 

rigoureux , ils fe raffemblent dans Ie$ 
prairies humides où il y a de la moufle, 
& on les voit alors courir fur la glace i 
leurs dernières reflburces ce font les 
fontaines chaudes & les ruifleaux d'eau 
vive , on les y rencontre fouvent en 
cherchant des bécaffines -, ils ne font pas 
bien farouches , & cependant ils font 
difficiles à tuer , fur-tout au vol. 




ajo HîJIoire Naturelle 



* LE P I T C H O U.- 

On nomme en Provence pitchou r . un 
très-petit oifeau , qui nous paroît plus 
voifin des fauvettes que d'aucun autre 
genre *, il a cinq pouces im tiers de lon- 
gueur totale y dans laquelle la queue eft 
pour près de moitié : on pourroit croire 
que le nom de pitchou lui vient de ce 

3u'il fe cache fous les choux-, en effet 5 
y cherche les petits papillons qui y 
Baiffent 5 & le foir il fe tapit & fe loge 
entre les feuilles du chou pour s'y met- 
tre à l'abri de la chauve- fouris fon en- 
nemie qui rode autour de ce froid do- 
micile. Mais pluiîeurs perfonnes m'ont 
affuré que le nom pitchou n'a nul rap- 
port aux choux , & fignifîe Amplement en 
provençal petit & menu > ce qui eft con- 
forme à l'étymologie italienne (a) & con- 
vient parfaitement à cet oifeau prefque 
auffi petit que le roitelet. 



* Foye^ks planches enluminées r n£ 655 ? fg. u 
(a) Piccinoj plccimno. 



de la Fauvette. % 3 1 

Le hec du pitchou eft long relative- 
ment à fa petite taille , il a fept lignes 5 il 
eft noirâtre à fà pointe , blanchâtre à fa 
bafe *, le demi-bec fupérieur eft échancré 
vers fon extrémité -, l'aile eft fort courte 
& ne couvre que l'origine de la queue -, 
le tarfe a huit lignes *, les ongles font très- 
minces , & le poftérieur eft le plus gros 
de tous : tout le deffus du corps , du 
front au bout de la queue eft cendré- 
foncé -, les pennes de la queue & les 
grandes des ailes 5 font bordées de cendré- 
clair en dehors 5 & noirâtres à l'intérieur 5 , 
la gorge & tout le deflous du corps v 
ôndé de roux varié de blanc*, les pieds 
font jaunâtres. Nous devons 5 à M. Guys* 
de Marfeille 3 la connoiflance de cet 
oifeatL 




t$i Hijloire Naturelle 
OISEAUX ÉTRANGERS 

Qui ont rapport aux Fauvettes. 

I. La Fauvette tachetée du cap de 
Bonne - espérance. Cette fauvette, dé- 
crite par M. Briflbn ( a ) ,. eft des plus 
grandes , puifqu'il la fait égale en groffeur 
au pinfon d'Ardenne , & lui donne fept 
pouces trois lignes de longueur. Le fom- 
met de la tête eft d'un roux varié de 
taches noirâtres,, tracées dans le milieu 
des plumes -, celles du haut du cou , du 
dos & des épaules font nuées, excepté 
que leur bord eft gris-fale *, vers le crou- 
pion , aux couvertures des ailes & du 
deiTus de la queue elles font bordées de 



s fa) Ficedula fupernè nïgro li rufo aut rufefeente 
paria , infernè fordidè alba rufefeens ; tœniâ utrimque 
fub gutturc nigrâ^ reêtrïcibus jlrifîioribus & acutis , 
quatuor întermediis in medio fufeis , circa margines 
rufis , quatuor utrimque extimis rufis 9 ad f cap os, iwtkm 
fufeis. Curruca tiœvia captis Bonœ-fpei , la f auvette 
tachetée du cap de Bonne-efpérance. BriJJoiij tom* 
III, page 390. 



des Qifeaux étrangers. 233 

roux -, tout le défions & le devant du 
corps efb bknc-roufsâtre , varié de quel- 
ques taches noirâtres fur les flancs -, de 
chaque côté de la gorge eft une petite 
bande noire*, les plumes de l'aile font 
brunes, avec le bord extérieur roux*, les 
quatre du milieu de la queue de même, 
les autres ronfles , toutes font étroites & 
pointues-, le bec eft de couleur de corne, 
& a huit lignes de longueur •, les pieds, 
longs de dix > font gris-bruns. 

IL La petite Fauvette tachetée 
du cap de Bonne-espérance. Cette fau- 
vette eft une efpèce nouvelle , repréfentée 
dans nos planches enluminées , n.° 752, 
& apportée du cap de Bonne-efpérance 
par M. Sonnerat-, elle eft plus petite que 
la fauvette babillarde , & a la queue plus 
longue que le corps -, tout le manteau eft 
brun , & la poitrine eft tachetée de noi- 
râtre fur un fond blanc-jaunâtre. 

III. La Fauvette tachetée de la 
Louisiane (b). Elle eft de la grandeur 



(h) Voyt\\s% planches enluminées, n» Q 752 % 



2 j 4 HlJIoire Naturelle 

de l'alouette des prés, & lui refïemble 
par la manière dont tout le deiîous de 
jfon corps eft tacheté de noirâtre fur un 
fond blanc-jaunâtre : ces taches fe trou- 
vent jufqu'à l'entour des yeux& aux côtés 
du cou -, une trace de blanc part de l'an-*- 
gle du-bec pour aboutir à ' l'œil; tout le 
manteau, depuis le fommet de la tête au 
bout de la queue , eft mêlé de cendré & 
de brun -foncé. 

Nous n'eufïîons pas héfîté de rappor- 
ter à cette e/pèce, comme variété d'âge 
ou de fexe, une autre fauvette qui nous 
a été envoyée également de la Louifïa- 
ïie (c), dont le plumage , d'un gris plus 
clair, ne porte que quelques ombres de 
taches nettement peintes fur le plumage 
de l'autre -, le deflus du corps eft blan- 
châtre -, un foupçon de teinte jaunâtre 
paroît aux flancs & au -.croupion y d'ail- 
leurs ces deux oifeaux font de la même 
grandeur •, les pennes & les grandes cou- 
vertures de l'aile du dernier , font frangées 
de blanchâtre y mais une différence eflen- 
trelle entr'ëux fe trouve dans le bec-, le 
* —" ■■■ ■ '■ * ■ '■'- • " ■ ■ ■ -— ■ ■- — ■■' ' »■■ " ■■■■ " - ■ ■*• 

(cj Voye^ks planches enluminées, «.? 709, jfg. u 



des Oifeaux étrangers. 235 

premier Pa auffi grand que la fauvette 
de rofeaux-, le fécond à peine égal à celui 
de la petite fauvette. Cette diverfïté dans 
la partie principale paroiflant fpécifique , 
nous ferons de cette fauvette une féconde 
efpèce fous le nom de Fauvette ombrée, 
de la Louisiane. 

I V. La Fauvette a poitrine jaune 
de la Louisiane. ( Planche enluminée ,, 
/2. 7C9). Cette fauvette eu une des plus 
jolies, & la plus brillante en couleur de 
toute la famille des fauvettes : un demi- 
mafque noir lui couvre le front & les 
tempes jufqu au-delà de l'œil y ce mafque 
eu furmonté d'un bord blanc-, tout le 
manteau eft olivâtre -, tout le defïous du 
corps jaune , avec une teinte orangée fur 
les flancs-, elle eft de la grandeur de la 
grifette, & nous a été apportée de la 
Louifiane par M. Lebeaiu 

Une quatrième efpèce eft la Fauvette 
verdatre de la même contrée : elle eft 
de la grandeur de la fauvette tachetée 
dont nous venons de parler-, fon bec eft 
auflî long & plus fort-, fa gorge eft blan«* 
ehe-, le deffous de fon corps gris-blanc y 



2 $6 Hifioire Naturelle 

un trait blanc lui paffe fur l'œil & au- 
delà -, le fcmmet de la tête eft noirâtre -, 
le deflïis du cou cendré-foncé-, les côtés 
avec le dos font verdâtres fur un fond 
brun-clair ; le verdâtre plus pur , borde 
les pennes de la queue & l'extérieur de 
celles de l'aile dont le fond eft noirâtre -, 
elle paroît , à caufe de fa calotte noirâ- 
tre > former le pendant de notre fauvette 
à tête noire , qu'elle égale en grandeur, 

V. La Fauvette de Cayenne a 
queue rousse. Sa longueur totale eft de 
cinq pouces un quart -, elle a la gorge 
blanche , entourée de roufsâtre pointillé 
de brun -, la poitrine d'un brun-clair-, le 
refte du deftolis du corps eft blanc avec 
une teinte de roufsâtre aux couvertures 
inférieures de la queue-, tout le manteau , 
du fommet de la tête à l'origine de la 
queue , eft brun , avec une teinte de roux 
fur le dos-, les couvertures des ailes font 
roufles ; leurs pennes font bordées exté- 
rieurement de roux, & la queue entière 
eft de cette couleur. 

yi. La Fauvette de Cayenne a 



des Oifeaux étrangers. 237 

COPvOE BRUNE ET VENTRE JAUNE. La gorge , 

le defîus de la tête & du corps de cette 
fauvette , font d'un brun-verdâtre f , les 
pennes & les couvertures de l'aile , fur le 
même fond, font bordées de roufsâtre ; 
celles de la queue de verdâtre-, la poi- 
trine & le vfentre font d'un jaune-ombré 
de fauve. Cette fauvette , qui eft une des 
plus petites, n'eft guère plus grande que 
lepouliot*, elle a le bec élargi & aplati 
à fa bafe, & par ce cara&ère elle paroît 
fe rapprocher des gobe-mouches, dont 
le genre eft effectivement très-voifîn de 
celui des fauvettes, la Nature ne les ayant 
féparés que par quelques traits légers de 
conformation , & les ayant rapprochés par 
un grand caractère, celui d'une commune 
manière de vivre. 

VII. La Fauvette bleuâtre de 
Saint-Domingue. Cette jolie petite fau- 
vette , qui n'a de longueur que quatre 
pouces & demi , ^ tout le deflus de la 
tête & du corps en entier cendré-bleu-, 
les pennes de la queue font bordées de 
la même couleur fur un fond brun -, on 
voit une tache blanche fur l'aile , dont 



238 Hijïoire Naturelle 

les pennes font brunes*, la gorge eft noire ; 
le refte du deffous du corps blanc. 

Nous ne favons rien des mœurs de ces 
difïérens oifeaux , & nous en avons du 
regret : la Nature infpire à tous les êtres 
qu'elle anime , Un inftind:, des facultés, 
des habitudes relatives aux divers climats , 
& variées comme eux : ces objets font par- 
tout dignes d'être obfervés, & prefque 
par-tout manquent d'Obfervateurs. Il en 
eft peu d'auffi intelligent , d'auffi labo- 
rieux, que celui (d) auquel nous de- 
vons, dans un détail intéreffant Thiftoire 
d'une autre petite fauvette de Saint-Do- 
mingue, nommée cou- jaune dans cette 
île. 



(d) M. le Chevalier Lefevre Deshaie** 



38F 



du Cou -jaune. 239 
* LE COU-JAUNE, 

Lies habit an s de Saint- Domingac 
ont donné le nom de cou-jaune (.a), à 
un petit oifeau qui joint une jolie robe 
à une taille dégagée & à un ramage agréa- 
ble -, il fe tient fur les arbres qui font en 
fleurs -, c'eft de-Ià qu'il fait réfonner fon 
chant -, fa voix eft déliée & foible, mais 
elle eft variée & délicate *,chaquephrafe eft 
compofée de cadences brillantes & fou- 
tenues (b). Ce que ce petit oifeau a de 



* Voyt\ les planches enluminées , n. 9 686 ,fig. i 

(a) Ils l'appellent au&chardonnct ou chardonneret ; 
•mais, par une faufle analogie , le cou-jaune ayant le 
bec aigu de la fauvette ou du rouge-gorge , le port, 
Je naturel & les habitudes de ce dernier oifeau , 
& rien qui rappelle au chardonneret qu'un ramage., 
qui encore eft bien différent. 

(b) « Le chant de V oifeau d'herbe à blé ou oifeau 
de cannes , refiemble 5 pour l'exiguïté des fons & i< 
pour le genre de modulations, au ramage du « 
cou-jaune. n Note de M» Lefevre Deshaies , Obfer- 
-vateur ingénieux &fenfibïe, à qui nous devons 
les détails de cet article , & pluiieurs autres faits 
intérefians de i'Hiftoire Naturelle des oifeaux de 
Saint - Domingu* 



2,40 Uijloire Naturelle 

charmant , c'eft qu'il fait entendre fon 
joli ramage, non-feulement pendant le 
printems , qui cft la faifon des amours, 
mais aufïï dans prefque tous les mois de 
Tannée. On feroit tenté de croire que fes 
defirs amoureux feroient de toutes les 
faifon s *, & l'on ne feroit pas étonné qu'il 
chantât avec tant de confiance un pareil 
don de la Nature. Dès que le tems fe 
met au beau , fur-tout après ces pluies 
rapides & de courte durée qu'on nomme 
aux îles grains > & qui y font fréquentes, 
le mâle déploie fon gofier & en fait bril- 
ler les fons pendant des heures entières ; 
la femelle chante aufïi, mais fa voix n'eft 
pas auffi modulée , ni les accens auflî ca- 
dencés , ni d'auffi longue tenue que ceux 
du mâle. 

La Nature, qui peignit des plus riches 
couleurs la plupart des oifeaux du nou- 
veau monde , leur refufa prefque à tous 
l'agrément du chant , & ne leur donna , 
fur ces terres défertes , que des cris fau- 
vages. Le cou-jaune eft du petit nombre 
de ceux dont le naturel vif & gai s'ex- 
prime par un chant gracieux, & dont en 
même-tems le plumage eft paré d'affez 
belles couleurs; 



du Cou- jaune. 241 

belles couleurs -, elles font bien nuancées 
& relevées par le beau jaune qui s'étend 
fur la gorge , le cou & la poitrine : le 
gris-noir domine fur la tête ; cette cou- 
leur s'éclaircit en defcendant vers le cou, 
& fe change en gris-foncé fur les plumes 
du dos : une ligne blanche , qui couronne 
Fœil, fe joint à une petite moucheture 
jaune placée entre l'œil & le bec \ le 
ventre eft blanc , & les flancs font gri- 
velés de blanc & de gris noir *, les cou<- 
vertures des ailes font mouchetées de noir 
& de blanc par bandes horizontales *, 011 
voit auflï de grandes taches blanches fur 
les pennes , dont le nombre eft de feize 
à chaque aile , avec un petit bord gris- 
blanc à l'extrémité des grandes barbes y 
la queue eft compofée de douze pennes , 
dont les quatre extérieures ont de gran- 
des taches blanches *, une peau écailleufe 
& fine , d'un gris-verdâtre > couvre les 
pieds*, i'oifeau a quatre pouces neuf lignes 
de longueur*, huit pouces de vol , & pèfe 
un gros & demi. 

Sous cette jolie parure on reconnoît , 
dans le cou- jaune, la figure & les pro- 
portions d'une fauvette \ il en a auffi ie§ 

Oijeaux 3 Tome IX 1 



2>4 2. Hifloire Naturelle 

habitudes naturelles. Les bords des rûif- 
feaux, les lieux frais Se retirés près des 
fources & des ravines humides , font ceux 
qu'il habite de préférence -, foit que la 
température de ces lieux lui convienne 
davantage, foit que plus éloignés du bruit, 
ils foient plus propres à fa vie chantante : 
on le voit voltiger de branche en branche, 
d'arbre en arbre , Se tout en traversât 
les airs il fait entendre fon ramage-, il 
chafTe aux papillons , aux mouches, aux 
chenilles , Se cependant il entame , dans 
ïa faifon , les fruits du goyavier, du fil- 
erai , Sec. apparemment pour chercher 
dans l'intérieur de ces fruits les vers qui 
s'y engendrent 5 îorfqu ils atteignent un 
certain degré de maturité. II ne paroît 
pas qu'il voyage ni qu'il forte de l'île de 
SZ-Domingue*, fon vol, quoique rapide, 
îveft pas aflez élevé , afîez foutenu pour 
pafier les mers (c), Se on peut avec rai- 
fon îe regarder comme indigène dans 
cette contrée. 



fcj M. Deshaies compare ici fe vol du cou- 
jaune à celui de i'oifeau qu'on nomme à Saint- 
Domingue, <k ta ToujfiintSf apparemment parce 



du Cou- jaune. 243 

Cet oifeau déjà très-intérelTant par la 
beauté & la fenfibilité que fa voix expri- 
me , ne l'eft pas moins par fon intelli- 
gence , & la fagacité avec laquelle on lui 
voit conftruire & difpofer fon nid*, il ne 
îe place pas fur les arbres , à la bifurca- 
tion des branches , comme il eft ordi* 
naire aux autres oifeaux ; il le fufpend à 
des lianes pendantes de Tentrelas qu'elles 
forment d'arbre en arbre , fur-tout à celles 
qui tombent des branches avancées fur 
les rivières ou les ravines profondes *, il 
attache, ou pour mieux dire 3 enlace avec 
la liane le nid, compofé de brins d'herbe 
sèche , de fibrilles de feuilles", de petites 
racines fort minces , tilTues avec le plus 
grand art \ c'eft proprement un petit ma- 
telas roulé en boule , allez épais & allez 
bien tiiTu par-tout pour n'être point percé 
par la pluie *, & ce matelas roulé eft atta- 



que c'eft vers ce tems qu'il y arrive : <« iï eft h 
peu -près, dît if ^ de ïa corpulence de ce cou- u 
jaune; mais celui-ci eft fort délicat en comn r 
raiion, & îes mufcîes de tes ailes n'approche, 
point pourïa force de cea^des ailes de i'oifiq 
dt la TGUjJahts, ?* 

Lij 



244 Hijloire Naturelle 

clié au bout du Cordon flottant de îa 
îîane 5 & bercé au gré des vents , fans en 
recevoir d'atteinte. 

Mais ce feroit peu pour la prévoyance 
de cet oifeau de s'être mis à l'abri de 
l'injure des élémens > dans des lieux où 
il a tant d'autres ennemis. Auffi femble- 
t-il employer une induftrie réfléchie pour 
garantir fa famille de leurs attaques •, fon 
nid au lieu d'être ouvert par le haut ou 
dans le flanc , a fon ouverture placé® au 
plus bas , l'oifeau y entre en montant , 
& il n'y a précifément que ce qu'il lui 
faut de paffage pour parvenir à l'intérieur 
où eft la nichée , qui eft féparée de cette 
efpèce de corridor par une cloifon qu'il 
faut furmonter pour defeendre dans le 
domicile de la famille -, il eft rond Se 
tapifle mollement d'une forte dte lichen 
qui croît fur les arbres , ou bien dé la 
foie de l'herbe nommée par les Efpagnols, 
mort à cobaye (e), 



(t) *< C'eit une plante qu'on trouve dans Tes 
#> favaanes à S.*int-Domingue , & qui fe ptaîi parti» 
m culièrement ie Ions; des canaux d'arrofage 
t* dans les endroits frais & humide » 



du Cou- jaune, 2-4.5 

Par cette difpofition induftrieufe 5 le 
fat, l'oifeau de proie ni la couleuvre ne 
peuvent avoir d'accès dans le nid , & la 
€ouvée éclôt en fureté. Auffi le père & la 
mère réuflïfîent-ils affez communément à 
élever îeurs petits jufqu'à ce qu'ils foiewt 
en état de prendre î'effor. Néanmoins 
c'eft à ce moment qu'ils en voient périr 
plufîeurs', les chats-marrons , les frefayes* 
ïes rats leur déclarent une guerre cruelle, 
& détruifent un grand nombre de ces 
petits oiieaux 3 dont l'efpèce refte toujours 
peu nombreufe, & il en eft de même 
de toutes celles qui font douces & foi- 
blcs , dans ces régions où les efpèces mal- 
faifantes dominent encore par le nombre. 

La femelle du cou- jaune ne pond que 
trois ou quatre œufs -, elle répète fes 
pontes plus d'une fois par an ,; mais on 
ne le lait pas au jufte ^ on voit des petits 
au mois de juin, & Ton dit qu'il y en a 



tient cette pfante, eft un poifon très-piriïFant pour ** 
ïes animaux; c'eft fans doute d'où fui vient fon « 

le M. k 

L iij 



Au» diniiiuuA^ c en îansuuuie u uu lui vient îun « 
nom de mon à caèaye.-» Note de M. le chevalier 

JDïshaUs* 



246 Hijloire Naturelle 

dès le mois de mars \ il en paroît auffî à 
îa fin d'août, & jufqu'en feptembre*, iîs 
ne tardent pas à quitter leur mère, mais 
fans s'éloigner jaruais beaucoup du lieu 
de leur naiflance. 




du RoJJignol de muraille. 247 



* LE ROSSIGNOL 
DE M URAÎLLE (a); 

Le chant de cet oifeau n'a pas l'éten- 
due ni la variété de celui du roffignoî , 



* Voyz\ les planches enluminées, n.° 351 9 fig. i f 
le mâle; fg. 2 , la femelle. 

(a) En Grec çoiv/x^S-. Arrftote r Uifl. Anvm&U 
ïib. IX, cap. 49» — En Latin, phœnicurus , danfc 
Pline, #3- X, c«p- 29,* & en Latin moderne ^ mti- 
cilla (phœnicurgus en diction grecque , dit Béîon, 
figni fiant qui a la queue phénicée. . . .qui eft de 
couleur entre jaune & roux)- En Italien, co<Hrc£b 9 
xorojjolo , revexpl : Dans le Boufonois , cuhojjb. En 
.Anglois, ndflart. En Suédois, roedftjeft* En Alle- 
mand, rot - fcàwentxel , rot-jlerti^ wein-wogel, rot" 
fchwanii , Jchwantikehlei» ; & la femeîle, roth fchwen- 
Ifteiffr Ces noms font pris dans fes couleur*, les 
iuivans de fes habitudes; haujfrocteU , rouge-queue 
des rnaifons ; fummer roetele, rouge-queue d'été. 
Dans la Siiéfie , wuftling; dans la Pruife , fauhcker , 
en Pologne , cçerwony ogonek* 

Ruticilla, Wiiiug'by, OrnithoU pag. 159, avec 
une figure empruntée d'Oïina, tab. 39. — Béîon , 
Obfiry. pag. 6 17. — Ray, Synopf- Avi* pag. 78 r 
n.° a , 5. — Sibbalde, Scot. illufir. part-Il , Ub. îïl , 
pag. 18*- -Linnaeus, Syfi> JSat. ed^ VI > G* 82 >• 

L iv 



248 Hijîoire Naturelle 

mais il a quelque chofe de fa modulation, 
ïl eft tendre & mêlé d'un accent de trif- 



Sp. 11.*— Rubecula, idem, Syt.Nat.ecl. VI, G. 82, 
.Sp. 14 (la femelle). — MotacilU gulâ nigrà, abde- 
mine rufo , capite dorfoque cano, idem. Fauna Suecica , 
H.° 224. — MotaciUa cinerea ; Temigiètis nigricanti- 
bus ; reàricibus ru fis ; intermediis pari nigro extror/um 
rufefcente* idem, ibidem, n.° 227 (ïa femelle). 
■ — MotaciUa gulâ nigrâ, ab domine rufo; capite dorfo- 
que cano. Phœnicurus , idem , Syfl- Nat. éd. X , G. 99 , 
Sp. 21* — MotaciUa remigibus nigricantibus > rt&rici- 
lus rufis : intermediis pari nigro extrorfum rufefcenïe, 
Titys. Idem, ibid. Sp. 23. (la femelle). — Sylvia 
ruticilla. Klein, Avi. pag. 78 , n.° 2. — - Sylvia tho- 
race argentata. Klein, Av'u pag. 78, n.° 10 ( la 
femelle). — Rubecula gulâ nigra. Frifch , pi. 19. 
■ — Phœnicurus média pennâ caudœ fubnigrâ , idem , 
j)l. 20 ( la femelle ). * — Ruticilla feu phœnicurus» 
Gefner , Avu pag. 729, avec une figure excefH- 
vement mauvaife. — Charieton y Exeiciu pag. 97 , 
lî.° x. — Idem y Onomajl. pag. 91 , n.° x. — Phœni- 
curus five ruticilla* Aidrovande, Avi. tom. II, pag, 
746 , avee de très-mauvaifes figures du mfde , de 
la femelle & de deux variétés. ■ — Phœnicurus Arifla-r 
teli ruticilla gz\<z. Gefner , Icqu. Avi. pag. 48 , avec 
une très-mauvaife figure. — Phœnicurus Jeu ruticilla. 
Jonfton, Avi. pag. 88 , avec la figure prife d* Aï- 
drovande , pi. 45, fous le titre de rubecula l'irrhola 
phœnicurus; & une autre figure empruntée d'Glina, 
pi. 43. — Rnbicilla. Schwenckfeîd , Aviar. Silef. 
pag. 346. — Rubicilla Schwenckfeldii^ ruticilla ga%œ ; 
tubecula domefîka œfriya j Uifcinia muroruj/h Rzaczy nskîj 



du RoJJîgnol de muraille. 245? 

teffe -, du moins c eft ainfi qu'il nous 
afte&e,. car il n'eft fans doute, pour le 
chantre lui-même , qu'une exprefïion de 
joie & de plaifir, puifqu'il eft l'expref- 
fion de l'amour, & que ce fentïment îiv 
time eft également délicieux pour tous les 
êtres. Cette reflemblanee , ou plutôt ce 
rapport du chant, eft le feul qu'il y* ait 
entre leroflîgnol &cet pifeau>càrcerteft 
point un roilignol , quoiqu'il en porte le 
nom , il n'en a ni les moeurs , ni la taille. 



Audi* pag. 418. — Fktdula feu rubecula phœnicums. 
Barrère , OmithoU daff. III \ G- 18 , Sp. 6. — 
Codlwjp) ordinario. Olin a , pag. 47 , avec une figure* 
de la femelle. — Rojfignol de muraille. Béion , Hifi* 
Net. des Oifeaux , page 347 r avec une mauvaife 
figure qui paroît être celle tîe ia femelle. — ldem* 9 
Portraits d'oifeaux , page 87, b, où eft fa même 
figure. — Rojfignol de muraille ou noigc-queu* , Albin > 
tome I s pagâ 44. avec une figure mal coloriée & 
de faslTes teintes , pi. 50. — Ficzdula fupernè cinerca , 
infernè ru fa; fyncipile candi do, genis , gutture & collo 
inferiore nigris ; uropygio rufo ; imo ventre aibo ; 
reftricibus binis intermediis grifeo-fufcis , lateralibr/s 
rufis (mas). Ficedula fupernè grifea ^ infernè dilutè 
riifa ; uropygierufo , reStricihus binis wtermed'ùs grifto- 
fufcis, lateralibus rufis ( faemina ). Rutiatla , le 
roffignol de muraille, .griffon } OrnithoU tome II l^ 



2 5 o Hijïoire Naturelle 

ni le plumage (b)\ cependant nous fom- 
mes forcés par Tufage de lui laiffer la 
dénomination du rojjignol de muraille, 
qui a été généralement adoptée par les 
Oifeleurs & les Naturaliftes. 

Cet oifeau arrive avec Jes autres au 
printeins , & fe pofe fur les tours & les 
combles des édifices inhabités *, c'eft de-Ià 
qu'il fait entendre fon ramage \ il fait 
trouver la foiitude jufqu'au milieu des 
villes y dans lefquelles il s'établit fur le 
pignon d'un grand mur, fur un clocher ,. 
fur une cheminée, cherchant par -tout 
ïes lieux les plus élevés & les plus inaccef- 
fibles^ on le trouve auflî dans répaifîeur 
des forêts les plus fombres*, il vole légère- 
ment , & lorfqu'il s'eft perché , il fait en- 
tendre irn-petet cri (c) , fecouant incef- 
famment la queue par un trémou/Tement 
allez fîngulier , non de bas en haut, mais 
horizontalement & de droite à gauche. 
II aime les pays de montagne , & ne paroît 

(3) On ïe voit de corpulence beaucoup moin- 
dre que ie roflignel des bois, étant de mœurs &; 
de voix différentes* Bélon ? Nature des Qifeaux. 

(c) Béien». 



du RoJJîgnoî de muraille. 251 

guère dans les plaines ( d) ; il cfl beau- 
coup moins gros que le roffignol , 3c 
mime un peu moins que le rouge- gorge *, 
ix taille eft plus menue , plus alongée \ 
un plaftron noir lui couvre la gorge , le 
devant & les côtés du cou 5 ce même noir 
environne les yeux , & remonte jufque 
fous le bec -, un bandeau blanc mafquc 
fon front , le haut , le derrière de la. tête , 
le defïus du cou & le dos font d'un gris- 
luftré, mais foncé 5 dans quelques indivi- 
dus , apparemment plus vieux , tout ce 
gris eft prefque noir 5 les pennes de l'aile 
'fcendré-noirâtre ont leurs barbes extérieu- 
res plus claires 3 & frangées de gris-blan- 
châtre : au - deflous du plaftron noir un 
beau roux de feu garnit la poitrine au 
large, fe porte, ens'éteignantun peu fur 
les flancs & reparoît dans fa vivacité fur 
tout le faifeeau des plumes de la queue , 
excepté les deux du milieu qui font: 
brunes \ le ventre eft blanc , les pieds 
font noirs -, la langue eft fourchue au bout 
comme celle du rofïignol (#)„ 

(<0 Olina. 

Ce) Mon» 

L vj, : 



2$ i HiJIoire Naturelle 

La femelle eft allez différente du mâle 
pour exeufer la méprîfc de quelques Na- 
turaliftes qui en ont fait une féconde es- 
pèce (f) ; elle n'a ni le front blanc , ni 
la gorge noire -, ces deux parties font 
d'un gris mêlé de roufsâtre & le refte 
du plumage eft d'une teinte plus foible. 

Ces oi féaux nichent dans des trous de 
murailles , à la ville & à la campagne ou 
dans des creux d'arbres & des fentes 
de rocher 5 leur ponte eft de cinq ou fix 
œufs bleus *, les petits ëclofent au mois 
de mai (g); le mâle pendant tout le 
tems de Ja couvée fait entendre fa uoix 
de la pointe dune roche ou du haut de 
quelque édifice ifolé (À) , voîfin du 
domicile de fa famille •} c'eft fur -tout 
îe matin fk dès l'aurore qu'il prélude à fes 
chants (*'). 

ÇfJ Linnaeus, Klein. 

(g) Schwenckfeld,^jw Silef. page 346. 

£1) Canta il bofiareccio la primavera , fin ail' entrai 
iell' efîate , Icfciando ai cantare covato che hà* Il fuo 
folito è cantaralta buon ora , qnanâo ut le f rat te , quaudo 
sa qualche fabrica difabitata». Oiina , Uccell» page 47. 

(i) Mas fubinde cantillat 9 canitque in fnblimi eii- 
ficio , ut pinnafinlis & fummis çaminh. Prijno dilw* 



du Rojfignol de muraille. 2j 3 

On prétend que ces oîfcaux craintifs 
& foupçonneux , abandonnent leur nid 
s'ils s'aperçoivent qu'on les oblerve pen- 
dant qu'ils y travaillent ; & ion affure 
qu'ils quittent leurs œufs fi on les touche ^ 
ce qui nel'eft point du tout , ccftce qu'a- 
joute Albin , que, dans ce même cas, ils 
délai fient leurs petits oh les jettent hors 
du nid(£). 

Le rofïignol de muraille , quoiqu'ha- 
bitant près de nous ou parmi nous , rien 
demeure pas moins fauvage *, il vient dans 
îe féjour de l'homme fans paroître le 
remarquer ni le connoître -, il n'a rien de 
la familiarité du rouge-gorge, ni de la 
gaieté de la fauvette , ni de la vivacité du 
rofïignol \ fon ïnftînét eft folitaire , fon 



euh prœapuè fuaviter caniillat* AIdrovande , Avi* 
tome 1 1 , page 750- 

(k) C r eft aufii le plus retenu de tous îes oifeaux, 
car s'il s'aperçoit que vous le regardiez pendant le 
tenns qu'il fait fon nid , il quitte fon ouvrage, & 
û on touche un dehs œufs, il ne revient jamais 
dans fon nid ; û on touche fes petits, il ies affa- 
mera ou les jettera hors du nid , & leur cafTera le 
cou; ce qu'on a expérimenté plus d'une fois. Alèifij 
teme l y page 44* 



2 j'4 Hijîoïre Naturelle 
naturel fauvage ( /) , & Ton caraétère trille j 
fi on le prend adulte , ii refufe de manger 
& fe Iaifïe mourir , ou s'il furvit à la 
perte de la liberté , fon iilence obftiné 
marque fa trifteiîe & fes regrets ( m ) : 
cependant en le prenant au nid & rele- 
vant en cage , on peut jouir de fon chant % 
il le fait entendre à toute heure & même 
pendant la nuit (/z),il le perfectionne,, 
foit par les leçons qu'on lui donne, (oit 
en imitant celui des oiieaux qu'il eft à 
portée d'écouter (o). 

f //Leurs petits refTembïentbeaucoup-à ceux de^ 
rouge gorges; on ne peut les élever aifément ; j'en 
ai confervé un tout l'hiver;, ii paroiifoit d'un natu- 
rel timide, & cependant étoit toujours fautant, & 
avoitïe coup-d'œil vif; il apercevoit d'un bout de 
Ja chambre h l'autre le plus petit infecte, & s'éîan* 
çoit fur fui dans un initiant en faifant un cri. Acte 
communiquée par M* le vicomte de Querhoënt. 

(m) Cet oîfeau eiî fort bourru , de mauvaife hu- 
meur & rechigné , car il on le prend à un âge avancé r 
xi ne jettera p*s l'œil fur fa nourriture pendant quatre 
ou cinq jours, & forfqu'on lui apprend à fe nourrir 
lui-même, if refte un mois entier fans gazouiller. 
Albin, tome I, page 44. 

(n) UalLvato in cafa canta d'ogn'ora , eiiandio la 
notte^ e impara à fifehiare, e à contra far gt'altri uccelii 3 
fiirche gli vengainfignato. Oiina , Uccelieria : , page 47* 

(0) Les petits attrapés tout jeunes deviennent 



du Roffignol de muraille., 2j£ 

On le nourrit de mie de pain & de la 
même pâtée que le roffignol; il eft encore 
plus délicat (p). Dans ion état de liberté,, 
il vit de mouches , d'araignées , de cryfa- 
lides , de fourmis & de petites baies ou 
fruits tendres. En Italie, il va béqueter 
les figues*, Olina dit qu'on le voit encore 
dans ce pays en novembre , tandis que 5 . 
dès le mois d'octobre, il a déjà difparu de 
nos contrées» Il part quand le rouget- 
gorge commence à venir près des habita- 
tions *, c'eft peut-être ce qui a fait croire 
à Ariftote & Pline, que c'étoit le même 
oifeau qui paroiffoit rouge - gorge en 
hiver & roffignol de muraille en été (q)~ 



doux & apprivoifës ; ifs gazouilfent pendant la nuit 
auflî bien que pendant ïe jour; ils apprennent même 
â fiffler & k imiter d'autres oîfeaux. Albin , tome 1 r 
page 44. 

(p) Et de fait, ceux qu'on a nourri en cage ne 
fe font trouvés de chant guères moins pîaifansque 
les vrais roflignols. Ceux-ci font plus difficiles à 
élever que les vrais roflignols. Bilan, ubi fupra. 

(q) Rubecula & qu<z ruticillœ ( phœnkwi ) appel- 
lantiir, invice:n tranfeunt : eftque rubecula hiberni tem~ 
j30ris , rutioilla œjl'ivi , nec allô ferè inter fe diffèrunt > 
îiifi peftoris colore & caudœ. Ariftote, H/J?. animai, 
lib. IX, cap. 45*- — Erithaçus hume, idem Ph&ni°* 



ij6 Hiftoire Naturelle 

Dans leur départ > non plus qu'à leur 
retour, les roiïignois de muraille ne dé- 
mentent point leur inftind folitaire \ ils 
ne paroiflent jamais- en. troupes & paflent 
feul à feul (r'). 

On en connoît quelques variétés , dont 
les uns ne font vraifemblablement que 
des variétés d'âge, & les autres de climat. 
Aldrovande fait mention de trois , mais 



eurus œfîate. Pline, lib. X , cap. 29. — « Que îe 
t* roflignol de muraiile n'eft point tout un avec h 
99 rouge-gorge , leurs pieds nous le font a fa voir. . . 
» joint auffi qu'ayant tendu l'efté par les forefts, 
r> en avons prins des- uns & des autres. Le roflignol 
^ de. muraille apparoift au printems dedans las 
51 villes & villages , & fait Tes petits dedans les per- 
« tuis, lorfque la gorge-rouge s'en elt allée au 
bois. » Bèloii * Nature des Oiieaux -, pages 347 , 348. 
(r) Je me promenois cette année au parc , un 
jour qu'il yen avoit vraifemblablement une nom- 
l>reufe paffée, car j'en faifois lever dans les char- 
milles à tout inftant, & prefque toujours feul à 
ieuf. J'en approchai piufieurs afîez près pour les 
très-bien reconnoître ; e'etoit vers le 15 de fep- 
temfcre. Cet oifeau , très-commun à Nantua pendant 
le printems & l'été , quitte apparemment les 
montagnes au commencement de l'automne, fans 
fe fixer cependant dans nos plaines, où il eft très- 
rare de le voir dans une autre failon. Note commu- 
niqués par M» Hébert* 



au Roflîgnol de muraille. 257 

fa première n'eft que la femelle -, il donne 
pour la féconde la figure très-imparfaite 
de Gefner, & ce n'eft que le roflîgnol de 
muraille lui-même défiguré -, il n'y a que 
îa troisième qui foit une véritable variété-, 
Toifeau porte un long trait blanc fur le 
devant de la tête -, c'eft celui que M. Brit 
fon appelle rojjighol de muraille cen- 
dré (f) y 8c que Willughby & Ray indi- 
quent d'après AIdrovande (./).. Frifch 
donne une autre variété de la femelle du 
roflîgnol de muraille , dans laquelle la 
poitrine eft marquetée de taches rouf- 
fes(u) y .8c c'eft de cette variété que Klein 
fait fa féconde eipèce (x). Le rouge- 
queue gris d'Edwards {the grey redflart) 
envoyé de Gibraltar à M. Catefby (y) , & 
dont M. Briflon fait fa féconde efpèce (^), 



(f) Omithoï. tome III , page 406. 
(t) WHÎughby,/tfge 160. Ray,Sytwj>f. page 78, 
n.° 1. 

(u) Tabïe 20. 

(x) Avi. page 78, n.° 10. 

(y) Tome I 5 planche 2ç« 

(l) Ficedtila cinerea; fynàplu candi do ; genh , 
gnuuiz , 6* collo iaferiore aigris ; uropigio rufo ; imo 
feutre dho j reclricihs binis inurmediis fuftis, latera* 



2 5 8 Hijloire Naturelle 

pourroit bien n'être qu'une variété de 
climat. La taille de cet oifeau eft la même 
que celle de notre rofïignol de muraille \ 
la plus grande différence confifte en ce 
qu'il n'y a point de roux fur ia poitrine , 
& que les bords extérieurs des pennes 
moyennes de l'aile font blancs. 

Encore une variété à peu -près fem* 
fcîable , eft l'oifeau que nous a donné 
M. d'Orcy , dans lequel la couleur noire 
de la gorge s'étend fur la poitrine & les 
côtés , au lieu que , dans le rofïignol de 
muraille commun, ces mêmes parties font 
rouffes y nom ne farons pas d'où cet 
oifeau a été envoyé à M. d'Orcy , il avoit 
une tache blanche dans l'aile 3 dont les 
pennes font noirâtres \ tout le cendré du 
îfefTus du corps eft plus foncé que dans 
le rofïignol de muraille, & le blanc du 
front eft beaucoup moins apparent. 

De plus , il exifte en Amérique une 
telpcce de roflîgnol de muraille que dé- 

libus ru fis fufco terminais , utrimque extimâ penitus 
rtifà. RhûcMci Gihraltarîenjis , le rofïignol de mu-- 
rallie de Gibraltar. Brijfon ? OrnithoL tome lllA 
jage 407. 



au Rojfïgnol de muraille. 2^9 

txiX Catefby (a)> & que nous tariferons 
indécife , fans la joindre expreffément à 
celle d'Europe , moins à caufe des diffé- 
rences de cara&ères , que de celle du cli- 
mat. En effet, Catefby prête au roffignol 
de muraille de Virginie , les mêmes ha- 
bitudes que nous voyons au nôtre -, il 
fréquente , dit-il , les bois les plus cou- 
verts , & on ne le voit qu'en été -, la tête , 
le cou > le dos & les ailes, font noires , 
excepté une petite tache de roux vif dans 
Faile -, ïe roux de la poitrine eft féparé 
en deux par ïe prolongement du gris de 
reftomac \ la pointe de la queue eft noire : 
ces différences font -elles fpécifiques & 
plus fortes que celles que doit fubir un 
oifeau fous les influences d'un autre hé-, 
mifphère ? 

Au refte , le Charbonnier du Bugey s 
fuivant la notice que nous en donne 
M. Hébert (b) , eft le roffignol de mu*- 



(a) The reds tajl , fe rofiignoî de muraille d'A- 
mérique. Catesèy , Caroiin, tome I, page 6*]. 

(b) Il me iembîe qu'on peut donner ïe nom 
de queue-rouge, (roffignol de muraille) à un oifeau 
de la grofifeur d'une fauvette 7 qui eft très-commua 



i6o Hifloire Naturelle 

raille. Nous en dirons autant du cul roujï 
Jet ou cul-roujjet farnou de Provence que 
nous a fait connoître M. Guys (c). Nous 
penfons de plus , que Toifeau nommé 
dans le même pays, fourme trou &:four~ 
neirou de cheminée > n'eft également qu'un 
rofïïgnoî de muraille y du nsfcins l'analo- 
gie de mœurs &c d'habitudes , autant que 
la reflemblance des caractères nous le font 
préfumer ( d}. 

- »W i nn i m nm * <mmw» tm m * r* *m ia i n n iiiiii ,Wi i » i ■ n iiBM nxn . wmnw i um m u m , , im 

en Bugey, & qu'on y appelle charbonnier; on le 
voit également dans la ville & fur les rochers; il 
niche dans des trous. Chaque année , il s'en troû- 
vok un nid au haut d'un pignon deia maifon que 
j'occupob, dans un trou très-élevé; pendant que 
la feme : couvoit ,.Ie mâle fe tenoit fort près d'elle 
fur quelque pointe de pignon , vu fur quelque arbre 
très-élève», ce rt'peîroit fans cefîe un ramage allez 
plaintif, qui n'a que deux variations, fefqueïles fe 
lu c céder c toujours dans le même ordre à intervalle 
e'gaf. Ces cifeaux ont dans la queue uneefpèce de 
tremblement convulfif ; j'en ai vu quelquefois à 
Paris aux Tuileries, jamais en Brie, &je n'ai en- 
tendu leur ramage qu'en Bugey. Note communiquée 
par M. Hébert, Receveur-général d&s Fermes à Dijon. 

(c) Ce cuî-roufiet de Provence ( rofTgnol de 
muraille) eft fort différent du cul-rouffit donné 
tome IV, page 3,68 de cette Hiftoire des Oifeaux ? 
qui eit un bruant du Canada. 

(d) Voyei k l'article du traqueu 



du Rouge -queue. z6t 



LE ROUGE- QUEUE (a). 

Aristote parle de trois petits oifeaux , 
lefquels fuivant l'énergie des noms qu'il 
leur donne, doivent avoir pour [trait le 



fa) Phmxùcuri fpecies altéra. Gefner , Icon. Avu 
page 48 , avec une très-mauvaife figure. — Rotfih- 
weatiel , idem , Avi. pag. 731 , avec une figure 
âuffi défeclueufe. — Phxnicuros alter OmithoL Al- 
drovande , Avu tom. II , pag. 748 , avec fa ligure 
de Geiher. — Rotfchwcntqtl Gefneru Wiilughby , 
■OmithoL pag 160. — 'Ray, Synopf. Avi. pag. 78, 
n. 4 * 2. — Pyrrhulas. Jonlton , Avi. avec la ligure 
empruntée de Gefner, pi. 45. — Rubeaila fiu phœ- 
mculis , idem , ibidem , avec la figure répétée d'Aï- 
drovande. — Phœnicurus rubicilla. Frifçh., avec une 
bonne figure , tab. 20. — Phœnicurus. Linnaeus, Syft. 
Nau éd. VI, G. 82, Sp. 12. — Motacilla dorfo 
remigibufque cinereis. 9 abdomine rectricibufque rufis ; 
extimis duabus cinereis. Eiithacus. Idem , td, X, G, 99, 
Sp. 22. — Motacilla remigièus cinereis , reèlricibus 
rubris'y intermediis duabus cinereis , idem. Fauna 
Suecica , n.° 225. — Sylvia gulâ grifeâ , caudâ totâ 
rubra. Klein, Avi. pag. 78 , n.° 4, — Ficeduhfu- 
pernè grifea^ infernè cinereo alba, rufefcente admixto ; 
uropygio recîriçibufque rufis. Phœnicurus , le rouge* 
c[ueue« Brifion , OmithoL tome III; pag. 405, 



i6z Hijîoire Naturelle 

plus marqué dans leur plumage du rougé- 
fauve ou roux de feux. Ces trois oifeaux 
font phœnicuros que Gaza traduit ruticilla •-> 
erithacos qu'il rend par rubecula (b); 
enfin pyrrhulas qu'il nomme rubicilla (c); 
nous croyons pouvoir aflurer que le pre- 
mier eft le roffignol de muraille , & Je 
fécond le rouge-gorge : en effet , ce que 
dit Ariftote que le premier vient pendant 
l'été près des habitations , & en diiparoît 
à l'automne quand le fécond s'en appro- 
che (d) 9 ne peut ^ entre tous les oifeaux 
qui ont du rouge ou du roux dans le plu- 
mage , convenir qu'au rouge-gorge & an 
roffîgnol de muraille, mais il eft plus 
difficile de reconnoître le pyrrhulas ou 
rubicilla. 

Ces noms ont été appliqués au bou- 
vreuil par tous les Nomenclateurs : on 
peut le voir à l'article de cet oifeau où 
Ton rapporte leurs opinions fans les dif- 
cutar, parce que cette difeuffion ne pou- 



i . ■ -...-. — n m m .;— ■_«-» 



(b) Ariftote, Hift. JmmaU iib, IX 9 cap.. 49, 

(c) ïddmylïh* VIII, cap. 3, 

(à) Voyex citdewm . ' du rofTïgs&o! dô ' 

muraille* 



du Rouge -queue. 265 

voit commodément fe placer qu'ici -, mais 
il nous paroît plus que probable que le 
pyrrhulas d' Ariftote ^ le rubicilla de Théo- 
dore Gaza , loin d'être le bouvreuil eft: 
d'un genre tout différent. Ariftote fait en 
C€t endroit un dénombrement des petits 
oifeaux à bec fin , qui ne vivent que d'in- 
feétes , ou qui du moins en vivent prin- 
cipalement *, tels font , dit-il , le cygalis , 
(le bec-ligue), le melancoryphos (e)> 



(t) Je fais que Béîon & plufîeurs Naturalises 
après fui, ont appliqué auffi au bouvreuil ie nom de 
melancoryphos , &je fuis convaincu encore que ce 
nom lui eft mai appliqué. Ariftote parie en deux 
endroits du melancoryphos > Se dans ces deux en- 
droits de deux oifeaux différens , dont aucun ne 
peut être le bouvreuil ; premièrement dans ie paf- 
ïage que nous examinons , par toutes les raifons qui 
prouvent qu'il ne peut pas être ie pyrrhulas : le 
fécond paflage où Ariitote nomme le melancoryphos, 
que Gaza traduit atrkapilla, eft au livre IX, cha- 

Eitre 15 ; Se c'eft celui que Béion applique au 
ouvreuii (Nature des Oifeaux 9 page 359;; mais 
il eit clair que Patricapilfa qui pond vingt œufs, qui 
niche dans les trous d'arbres , Se fi nourrit d'infecJes 
(Ariftote, loco cltato} n'eft point ie bouvreuil*, & 
ne peut être que îa petite méfange à tête noire 
ou normme , t#$C comme Vatricapilla qui fe 
frouvf -• ■..,-. igiaer lé rouge-gorge ? ie roft* 



2 6 4 Hifîoire Naturelle 

(la fauvette à tête noire) le pyrrhulas ; 
Yerithacos , Vhypoldis ( la fauvette babil- 
larde) &c. (/*); or je demande fi Ton 
peut ranger le bouvreuil au nombre de 
ces oifeaux à bec effilé , & qui ne vivent 
en tout ou en grande partie que d'infec- 
tes ? -Cet oifeau eft au contraire un des 
plus décidément granivores -, il s'abftient 
de toucher aux infe&es dans la faifon ou 
la plupart des autres en font leur pâture -, 
& paroît aufîî éloigné de cet appétit par 
fon inftinét , qu'il Teft par la forme de 
fon bec , différente de celle de tous les 
oifeaux en qui Ton remarque ce genre de 

gnoî de muraille & le bec-figue , ne peut être que 
la fauvette a tête noire. Cette petite difcufîïon nous 
a paru d'autant plus nécefîaire , que Béion eit de 
tous les Naturalises celui qui a rapporté générale- 
ment avec plus de fagacité les dénominations an- 
ciennes aux efpèces connues des modernes ; & que , 
d'un autre côté , la nomenclature du bouvreuil eft 
une de celles qui font demeurées remplies déplus 
d'obfcurité & de méprifes ; ( voyei ï hifîoire du 
èec-figuej & qui jetoient le plus d'embarras fur 
ceile de plufreurs autres oifeaux, & en particulier 
dû rougè queue. 

nflqtla iâ geims , vermicnlh partim ex 
* parte aluntur. Lib. VIII, 

vie-' 



du Rouge-queue. z6$ 

vie. On ne peut fuppofer qu'Ariftote art 
ignoré cette différence dans la manière de 
fe nourrir , puifque c'eft fur cette diffé- 
rence même qu'il Te fonde en cet endroit ; 
par conféquent ce n'eft pas le bouvreuil 
qu'il a voulu défigner par le nom de 
pyrrhulas. 

Quel eft donc l'oifeau , placé entre le 
rouge-gorge & la fauvette , autre néan- 
moins que le rofïignol de muraille , au- 
quel puiffent convenir à-Ia-fois ces carac- 
tères, d'être à bec effilé , de vivre princi- 
palement d'infeéies, & d'avoir quelque 
partie remarquable du plumage d'un roux 
de feu ou rouge fauve ? je ne vois que 
celui qu'on a nommé rouge- queue , qui 
habite les bois avec le rouge-gorge, qui 
vit d'înfe&cs comme lui pendant tout 
l'été , & part en même-tems à l'automne. 
Wuotton (g) s'eft apperçuque le pyrrhu- 
las doit être une efpèce de rouge-queue, 



(g) Apvd Gefmmm^ pag. 701. Pyrrhulas eadtm 
videtur quœ phtznicurus : quamquam Tàeodorus rubicil- 
lim interpreretur, Jî cul ficus videatur , non contendo. 
Wuothonus. 

Oifèaux; Tome IX. M 



i66 HiJIoirc Naturelle 

Jonfton paroît faire la même remarque (h) \ 
mais le premier fe trompe , en difant que 
cet oifeau eft le même que le rofïignol 
'de muraille , puifqu'Ariftote le diftingue 
très-nettement dans la même phrafe. 

Le rouge-queue eft en effet très-diffé- 
rent du roffignol de muraille : Aldrovande 
& Gefner l'ont bien connu en l'en répa- 
rant (i). Le rouge-queue eft plus grand, 
il ne s'approche pas des maifons , Se ne 
niche pas dans les murs , mais dans les 
bois & bluffons comme les bec-figues & 
ïes fauvettes-, il a la queue d'un roux de 
feu clair & vif', le refte de fon plumage 
eft compofé de gris fur tout le manteau > 
plus foncé & frangé de roufiatre dans les 
pennes de Taile , & de gris -blanc mêlé 
confufément de rouffâtre fur tout le de- 
vant du corps*, lecroupion eft roux comme 
la queue y il y en a qui ont un beau col- 
lier noir & dans tout le plumage des cou- 
leurs plus vives & plus variées. M. Brifc 
fon en a fait une féconde efpèce ( k ) \ 

m* f i. i n ■ i i , i - ■ i i i — ii ii—— —f» 

(h) Pyrmlas Jonfton, Avï, pî. 45? 
(i) Gefner fui donne le nom caractéristique de 
tQtfdiwmt\d, Aldrovande en fait un fécond rouge- 



du Rouge-queue. z6j 

mais nous croyons que ceux-ci font les 
mâles ; quelques Oifeleurs très-expérimen- 
tés nous l'ont afluré. M. Brifton dit que 
le rouge-queue à collier fe trouve en Alle- 
magne , comme s'il étoit particulier à cette 
contrée -, tandis que par-tout où l'on ren- 
contre le rouge-queue gris , on voit éga- 
lement des rouge-queues à collier -, de 
plus, il ne le dit que fur une méprife, 
car la figure qu'il cite de Frifch , comme 
celle du rouge-queue à collier (/) , n'eft 
dans cet Auteur que celle de la femelle 



queue (le roflrgnoï de muraille eft fe premier) fous 
fe nom de pkœnicurus alter, & tous deux le décri- 
vent de manière à îe diftinguer clairement du rofifr- 
gnol de muraille. Gefner, Avu page 700. Aldro- 
vande, tome II , page 748. 

(k) Ficedu'a fupernè fufîa, infime fordidè alba , 
maculis fit fois in.pe&ore & lateribns varia; co/h ii-> 
feriore macula fufcâ ferri equini amulà , infignito ; 
uropygh rufo ; reStricibus biais intermediis f 11 fus , la- 
teratibus in exortu rufis , in apice fufeis, Pàœnicums 
torquatus, le rouge-queue à collier. Briffa , tom. III, 
page 411. 

(I) Phœniajrus in feriore parte cauda nigra, Rotfch- 
wétt^ilrs Frifch, Deu II , haupt* iv , abrlml 11 j 
plate, fig. 2* 

M ij 



2 68 Hijloirc Naturelle 

de Torfeau que nous appelons gorge- 
bleue (m). 

Nous regarderons donc le rouge-queue 
à collier comme le mâle , & le rouge- 
queue gris comme la femelle-, ils ont tous 
deux la queue rougede même », mais , outre 
le collier , le mâle a le plumage plus foncé , 
gris-brun fur le dos, & gris tacheté de 
brun fur la poitrine & les flancs. 

Ces oifeaux préfèrent les pays de mon- 
tagne , & ne paroiffent guère en plaine 
qu au pafiage d'automne (n) \ ils arrivent 
au mois de mai en Bourgogne & en Lor- 
raine, & fe hâtent d'entrer dans les bois, 
où ils paflent toute la belle faifon -, ils 
nichent dans de petits bluffons , près de 



(m) Dus xweite rotfchwent%tein hat euiem kalb 
fchwartien , fchwanî^ von unteni en , and ift das w&ihlzhi 
des blatifcchleins- Frifch , ibid. 

(//) J'ai (ou vent vu en Brie , en automne, un 
oîfeau qui avoit également la queue fort roufle, 
mais différent de celui-ci ( le rofîignol de muraille); 
j'avois cru que c'étoit le même que le charbonnier 
de Nantua dans la première année. Prefque tous les 
oifeaux changent de couleur à la première mue , 
& tous les oileaux , qui fe nourriilent d'înfecles, 
font fujetsà des migrations en automne» Note çom? 
muniquéz par A/, Hébert. 



du Rouge*queue. 169 

terré , & font leur nid de moufle -en-de- 
hors, de laine & de plumes en-dedans-, 
ce nid eft de forme fphérique , avec une 
ouverture au coté du levant , le plus à 
l'abri des mauvais vents 5 on y trouve cinq 
à fix œufs blancs , variés de gris. 

Les rouge-queues fortent du bois le 
matin g y rentrent pendant la chaleur du 
jour & paroîflent de- nouveau fur le foir 
dans les champs voifiïis ', ils y cherchent 
les vermîffeaux & les mouches -, ils ren- 
trent dans le bois la nuit. Par ces allures 
& par plufïeurs traits de refïembïance , 
ils nous paroifïerit appartenir au genre du 
roffignol de muraille. Le rouge-queue n'a 
néanmoins ni chant ni ramage , il ne fait en- 
fendre qu'un petit fon flûte , fuit, en alon- 
geant & filant très-doux la première fyl- 
îabe 5 il eft en général affez filencieux & 
fort tranquille (o) *, s'il y a une branche 



(0) Un rouge-qu^ue pris en automne, & lâché 
flans un appartement, ne fit pas entendre le moin- 
dre cri , volant , marchant* ou en repos. Enfermé 
dans fa même cage avec une fauvette , ceife-ci s 3 c- 
îançoit à tout inftant contre les barreaux ; ie rouge- 
queue non-feulement ne s'éfançoit pas, mais ref- 
toit immobile des heures entières au même ea- 

M xi j 



270 Hifîoire Naturelle 

ifolée qui fort d'un buiiîon ou qui tra- 
verfe un fentier, c'eft-Ià qu'il le pofe en 
donnant à fa queue une petite fecouffe 
comme le roffignol de muraille. 

II vient à la pipée , mais fins y accou- 
rir avec la vivacité & l'intérêt des autres 
oîfeaux, il nefemble que fuivre la foule*, 
on le prend auffi aux fontaines fur la fin 
de l'été -, il eft alors très-gras & d'un goût 
délicat -, fon vol eft court & ne s'étend 
que de buriibn en buiflon. Ces oifeaux 
partent au mois d'Gétobre, on les voit 
alors fe fuivre le long des haies pendant 
quelques jours , après lefquels il n'enrefte 
aucun dans nos provinces de France. 



droit, où la fauvette retomboit fur îui à chaque 
faut; & iï le la (Ta ainfi fouîer pendant tout le 
tems que vécut la fauvette y c'eft-à-dire , pendant 
trente-ûx heures. 



*JfP 



du Rouge-queue, 2 7 1 



LE ROUGE-Q UEUE 

DE LA G UYANE. 

'Hovs avons reçu de Cayenne un Rouge- 
queue 5 qui eft repréfenté dans les planches 
enluminées, n>° 6%6,jîg. z; il aies pennes 
de Paile du même roux que celles de la 
queue -, le dos gris & le ventre blanci 
On ne nous a rien appris de Tes habi- 
tudes naturelles -, mais on ne peut les 
croire à peu-près femblables à celles du 
rouge-queue d'Europe , dont celui de 
Cayenne paroît être, une efpèce voifine. 



4 



M. ir 



zji Hijîoire Naturelle 

* ■ - .< I ■ - I ■■! ■■<! I II ■ | ,| 

* LE BEC-FIGUE (a). 

Cet oiseau qui , comme l'ortolan ? fait 
les délices de nos tables , n'eft pas auffi 



* Voyei les planches enluminées , //.° 668 , fig. i. 

faj Ficedula* Aldrovande , AvU tom. II, page 
758 , avec des figures peu reconnoiflabies du mâle, 
page 758 , de la femelle , page 75^. — Gefner- 
Avi* page 384, idenu Icon» Avi. page 47* — Jonfton» 
Avi. avec une figure,;?/. 33, empruntée d'Olina* 
— Charleton. Bxer'ciu page 88, n.° 9, avec une 
figure défeclueufe, page $y. Idem. Onomafi. page 80 , 
li. 9,avecia même figure, page 82. — Rzaczynski, 
77//?. ]\Wf. Po/o//*. page 280. — Ficedula quart a Aldro- 
vandi Willughby. Ornith. pag. 163. — Ray , Synopf. 
page 81 , n.° 12- — Cunuca fufca , albâ macula in 
<ilis* Friich , avec une figure exacle du mâîe,^/. 22. 
- — Ficedula quarta. Linnseus, Syft. Nat. éd. VI % 
G. 82 , èp. 18 , idem. — Motacilla fub fufca , fub- 
îus alba ; pecfore c'wereo maculaw* Fauna Suecica , 
li#° 231. ■ — Sylvia re&rïcibus alaiurn macula albâ* 
Kiein , AvU page 79 , n.° 13. — Becafico ordinario. 
Oiina , page 11. Sa figure a tout l'air d'une petite 
fauvette, ou même, li elle eft de grandeur natu- 
relle, du pouiiot ou chantre , & point du tout du 
bec-figue. — Ficedula roftrâ & pedibus luteis* Barrère , 
Crmtkol. ciaff. 3 , Gen. 18, Sp. I. Ficedula fu- 
pemè grifeç fufca, infime diierco - alba ; ventru & 



du Bec-figue. 275 

beau qu'il eft bon-, tout Ton plumage eft: 
de couleur obfcure ; le gris , le brun & 
îe blanchâtre en font toutes les nuances 3 
auxquelles le noirâtre des pennes de la 
queue & de l'aile fe joint fans les rele- 
ver j une tache blanche , qui: coupe l'aile 
tranfverfalement, eft le trait le plus appa- 
rent de (es couleurs , & c'eft celui que 
la plupart des Naturalises ont fairî pour 
ïe cara&érifer (b) y le dos eft d'un gris- 

oculorum ambita albo-Tufefcentibus ; tœniâ in alis tranj^ 
verfâ alb a-ru fefc ente. ; re&ricibus nigricantibus 5 oris exie- 
rloribus grifeo-fufcis ,. hinis utrimque extimis exterius ah 
exortu ferè ad apicem albis* Ficeduia , ïe bec-figue. 
Briflbn, OrmthoL tom. III, page 369. 

Les Grecs l'appellent ^vaaxk; les Italiens, becca-* 
fico; & aux environs du Lac-majeur ^ficca-figa 1 
les Catalans, becca-figua , papafigo ; les Allemands., 
grafi-moch , fui van t Geiuer ; & wujliing , félon 
Rzaczynski ; les Polonois , fîgoiailca. Bélon , en 
conféquence de l'erreur qui lui fait appliquer au 
bouvreuil ou à ion pivoine (Nature des Oifeaux „ 
page 359), le nom Italien de beccafigi , fui donne 
de même ceux de cicalis & de ficeduia , qui ap- 
partiennent au bec-figue. 

(b) Cunuca fufca , albà macula in alis, Frifcru 
Sylvia ndtricibas alarum macula alb a* Klein ? Fice- 
duia t&niâ in alis tranfoerfâ. Brififon , Jlartnm 

rémiges in mare nigrœ ? cum quibufdam iuwcumuùbu& 
albh* Aidrovande* 

Mv 



274 Hijloire Naturelle 

brun qui commence fur le haut de la tète 
& s'étend fur le croupion ^ la gorge eft 
blanchâtre \ la poitrine légèrement teinte 
de brun, & le ventre blanc ainfî que les 
barbes extérieures des deux premières 
pennes de la queue -, le bec long de fix 
lignes eft effilé. L'oifeau a fept pouces 
de vol 5 & Ta longueur totale eft de cinq -, 
la femelle a toutes les couleurs plus trif- 
tcs & plus pâles que le mâle (c). 

Ces oifeaux , dont le véritable climat 
eft celui du Midi , femblent ne venir dans 
le nôtre , que pour attendre la maturité 
des fruits fuccuîens dont ils portent le 
nom *, ils arrivent plus tard au printems , 
& ils partent avant les premiers froids 
d'automne. Ils parcourent néanmoins une 
grande étendue dans les terres feptentrio- 
naîes en été, car on les a trouvés en An- 
gleterre ( d) , en Allemagne (e), en 
Pologne (/*), & jufqu'en Suède (g) \ ils 



(c) Fœmina penè tota albicat. Aldrovande 
tome 1 1 , page 758. 



(à) Willughby. 
fe) Klein. 

(f) Rzaczynsky. 

(g) Linnsevis* 



du Bec-figue. ijf 

reviennent dans l'automne en Italie & en 
Grèce , & probablement vont pafler l'hi- 
ver dans des contrées encore plus chaudes. 
ÏIs femblent changer de mœurs en chan- 
geant de climat , car ils arrivent en trou- 
pes aux contrées méridionales, & font au 
contraire toujours difperfés pendant leur 
féjour dans nos climats tempérés-, ils y 
habitent les bois, fe nourriffent d'infec- 
tes , & vivent dans la folitude ou plutôt 
dans la douce fociété de leur femelle \ 
leurs nids font fi bien cachés qu'on a beau- 
coup de peine à les découvrir ( h ) ; le 
mâle dans cette faifon fe tient au fom- 



(A) « Le bec- figue niche dans nos forêts, & à 
juger par l'analogie , dans des trous d'arbres & <* 
à une grande ditïance de terre , comme les gobe- <« 
mouches à coiiier ; c'eit la raifon pourquoi on u 
les découvre très-difficilement. En 1767 ou 1768, « 
ayant vu & ouï chanter un de ces oifeaux, qui u 
fe tenoit perché à l'extrémité d'un arbre fort « 
éle^vé r je le fuivis avec giande attention, & j'y « 
revins à plusieurs fois fans pouvoir trouver ce & 
nid, quoique toujours je retrouvante i'oifeau ; il 1* 
avoit un petit gazouillis à-peu-près comme le « 
jnotteux , & fort peu agréable ; il fe perchoit ex- «^ 
trêmement haut, & n'ap prochoit guères de terre. « 
JV'ore communiquée par M- Lattinger* 

M vj 



276 Hifioire Naturelle 

met de quelque grand arbre, d'où il fait 
entendre un petit gazouillement peu 
agréable & afîez femblable à celui du 
motteux. Les bec-figues arrivent en Lor- 
raine en avril , & en partent au mois 
d'août , même quelquefois plutôt (i). 
On leur donne dans cette province les 
noms de mûriers & de petits pinçons des 
bois ; ce qui n'a pas peu contribué à les 
faire méconnoître \ en même-tems on a 
appliqué le nom de bec-figue à la petite 
alouette des prés 5 dont l'efpèce eft très- 
différente de celle du bec-figue -, & ce ne 
font pas-là les feules méprifes qu'on ait 
faites fur ce nom. De ce que le bouvreuil 
paroît friand des figues en Italie , Béion 
dit qu'il eft appelé par les Italiens becca- 
figi (JE ) ,. lui-même le prend pour le vrai 
bec-figue dont parle Martial -, mais le bou- 
vreuil eft auffi différent du bec-figue par 
ïe goût de fa chair qui n'a rien que d'a- 
mer] 5 que par le bçc , les couleurs & le 
refte de la figure. Dans nos provinces 
méridionales & en Italie , on appelle cour 



(i) Note communiquée par M* Lottinger t . 
(kj Nature des Qifeaux ? page 361* 



du Bec-figue. 277 

fufcment bec-figue , toutes les différentes 
efpèces de fauvettes , & prefque tous les 
petits oifeaux à hec menu & effilé (/) *, 
cependant le vrai bec -figue y eft bien 
connu , & on le diftingue par-tout à la 
déiicateiïe de fon goût. 

Martial , qui demande pourquoi ce pe- 
tit oiieau qui béquete également les rai- 
fins & les figues ,. a pris de ce dernier 
fruit fon nom , plutôt que du premier (m) 5 
eût adopté celui qu'on lui donne en Bour- 
gogne, où nous l'appelons yinette^ parce 
qu'il fréquente les vignes & fe nourrit de 
raifîns \ cependant avec les figues & les 
raifins on lui voit encore manger des in- 
fectes , & la graine de mercuriale. Oa 
peut exprimer fon petit cri par b^i, h[ii 
il vole par élans , marche & ne faute 
point , court par terre dans les vignes ,, 
fe relève fur les ceps & fur les haies des 
enclos. Quoique ces oifeaux ne le met- 
tent en route que vers le mois d'août* 



(l) Ornithol. de Saïerne, page 237. 
(m) Cum me ficus alat ; cùm pafcar dukibus um >- 
Car jfotiùs uomen non. dédit uva. mihi ? 
Martial.- 



i 7 3 Hifioire Naturelle 

Se ne paroiflent en troupes qu'alors dans 
la plupart de nos provinces , cependant 
on en a vu au milieu de l'été en Brie , 
où quelques-uns font apparemment leurs 
nids (n)s dans leur paflage, ils vont par 
petits pelotons de cinq ou fix \ on les 
prend au lacet ou au filet , au miroir en 
Bourgogne & le long du Rhône, ou ils 
paflent fur la fin d'août & en feptembre. 
C'eft en Provence qu'ils portent à jufte 
titre le nom de bec-figue , on les voit 
fans cefle fur les figuiers , béquetant les 
fruits les plus mûrs \ ils ne les quittent que 
pour chercher l'ombre à l'abri des buif* 
fons & de la charmille toufîue \ on les 
prend en grand nombre dans le mois de 
feptembre en Provence & dans plufieurs 
îles de la Méditerranée , fur-tout à Malte , 
ou ils font alors en prodigieufe quantité , 
êc où l'on a remarqué qu'ils font en beau- 
coup plus grand nombre à leur pafîage 
d'automne qu'à leur retour au prin- 
tems (o) : il en eft de même en Chy- 



(nj Note communiquée par M. Hébert* 
(o) M. le Chevalier de Mazy. 



du Bec figue. 27.9 

pre , où Fon en faifoit autrefois com- 
merce : on les envoyoit à Venife dans des 
potsremplis de vinaigre & d'herbes odori- 
férantes (p ) # , lorfque l'île de Chypre ap- 
partenoit aux Vénitiens 3 ils en tiroient 
tous les ans mille ou douze cens pots rem- 
plis de ce petit gibier (q) , & Ton con- 
noifloit généralement en Italie iebec-figue 
fous le nom d'oifeau de Chypre , ( Cy- 
prias > uccelli di Cypro ) # , nom qui lui fut 
donné jnfqu'en Angleterre 3 au rapport 
de Willughby ( r). 

JI y a long-tems que cet oifeau ex- 
cellent à manger eft fameux*, Apicius nom- 
me plus d'une fois le bec-figue avec la 
petite grive 5 comme deux oifeaux égale- 



(?) Voyage de Pietro délia Vaïïe, tome VUT, 
page 153. Il ajoute que, dans quelques endroits, 
comme à Agio, nappa, ceux qui mangent des béc- 
ffgues s'en trouvent quelquefois incommodés, à 
caufe de ïa feamonée qu'ils béquetent dans les 
environs ; ils mangent auîîi dans ces iles de l'Ar- 
chipel les fruits du lentifque. 

(q) Dapper. Description des ïks de l'Archipel 9 
page 51. 

(r) Cyp rus-fard* Willughby 9 page 163= 



280 Hi/toire Naturelle 

ment exquis. Euftathe& Athénée parlent 
de la chaile des bec-figues (/') , & Héfy- 
chius donne le nom de filet avec lequel 
on prenoit ces oifeaux dans k Grèce : à 
la vérité rien n'eft plus délicat, plus fin-, 
plus fucculent que le bec-figue mangé 
dans lafailon-, c'eft un petit peloton d'une 
graiffe légère & favoureufe , fondante , 
aifée à digérer *, e'eft un extrait du fuc des 
excellens fruits dont il vit. 

Au refte-, nous ne connoiiîons qu'une 
feule efpèce de bec-figue (t) , quoique 
Ton ait donné ce nom à plufieurs autres. 
Mais fî Ton vouloit nommer bec-figue 
tout oifeau que Ton voit dans la failon 
béqueter les figues , les fauvettes & prêt 



</) Jpui Gefner, page 384. 

(*) Àldrovande donne ( tome II, page 759 ) > 
deux figures du bec-figue, dont la féconde, félon 
lui-même, ne préfente qu'une variété de îa pre- 
mière, peut-être même accidentelle , & qu'on 
pourroit, dit • il , appeler bec- figue varié; le blanc 
& U noir étant mêlés dans tout fou plumage , comme la 
figure l'indique; mais cette figure ne montre que le 
blanc de l'aile un peu plus large , & du bianc fur le 
devant du cou & fa poitrine, ce qui ne conftitue 
en effet qu'une variété purement individuelle; 



du Bec- figue. 281 

que tous les oïfeaux à bec fin , plufieurs 
même d'entre ceux à bec fort feroient de 
ce nombre*, c'eft le fens du proverbe Ita- 
lien , net mefe d'agqfto ogni uccello è bec- 
cafico y mais ce dire populaire , très-jufte 
pour exprimer la délicateiie de fuc que 
donne la chair de la figue à tous ces petits 
oïfeaux qui s'en nourrirent , ne doit pas 
fervir à clafler enfemble , fur une fimple 
manière de vivre paffagère & locale, des 
efpèces très-diftindtes & très-déterminées 
d'ailleurs \ ce feroit introduire la plus 
grande confiifïon , dans laquelle néan- 
moins font tombés quelques Naturaliftes* 
Le bec-figue de ehanvre d'Olina ( becca- 
fico canapinà) , n'eft point un bec-figue, 
mais la fauvette babillarde. La grande 
fauvette elle-même , fuivant Ray , s'ap- 
pelle en Italie becwjigo. Bélon applique 
également à la fauvette rouffette le nom 
de beccafigha ; & nous venons de voir 
qu'il fe trompe encore plus en appelant 
bec-figue fon bouvreuil ou pivoine , au- 
quel en conféquence de cette erreur , il 
applique les noms de cycalis & dejice- 
dula qui appartiennent au bec-figue. En 



2/8 1 Hifloire Naturelle 

Provence, on confond fous le nom de bec- 
figue plufieurs oifeaux différens. M. Guys 
j&ous en a envoyé deux eiitr'autres, que 
nous ne plaçons à la fuite du bec-* figue 
que pour obferver de plus près qu ils lui 
font étrangers* 




eu Fiji de Provence, 2 8 5 



LE FIST dm Provence* 

Le F/st, ainfï nommé d'après fon cri , 
& qui nous a été envoyé de Provence 
comme une efpèce de bec-figue , en eft 
tout différent & fe rapporte de beaucoup 
plus près à l'alouette, tant par la grandeur 
que par le plumage*, il n'en difière eflen- 
tiellement que parce qu'il n'a pas l'ongle 
de derrière long. Il eft repréfenté dans nos 
planches enluminées , n.° 654 , fi g. z. 
Son cri eft fifi , fifi ; il ne s'envole pas 
lorfqu'il entend du bruit , mais il court 
fe tapir à l'abri d'une pierre iufqu'à ce 
que le Bruit cefle , ce qui fuppole qu il 
fe tient ordinairement à terre , habitude 
contraire à celle du bec-figue. 



WS&k 



m> 



TQffF 



284 Hijîoire Naturelle 

% ■■■■'■■■ ■«■^— » 

LA PIVOTE ORTOLANS.* 

La Pivote ortolan e, autre oifeau 
de Provence 3 n'eft pas plus un bec-figue 
que le fift , quoiqu'il en porte auffi le 
nom dans le pays. Cet oifeau eft fidèle 
compagnon des ortolans , Se fe trouve 
toujours à leur fuite , il reflemble beau- 
coup à l'alouette des prés , excepté qu'il 
n'a pas l'ongle long & qu'il eft plus 
grand. Il eft donc encore fort différent 
du bec-figue» 

* Foyei les planches enluminées ? n.° 652 , fig*2 




du Rpuge-gorgf. 2 8 j 



* LE RO UGE-GORGE ( a ), 

Ce petit oiseau paffe tout Tété dans 
ho$ hois ? & ne vient à l'entour des ha- 
bitations qu'à Ion départ en automne & 



* V.oye\ les planches enluminées, n»° $6i,fig. i« 
(a) En Grec, Ep<9 xqs ; en Latin moderne , 
rjihecula ; en Italien , pettiroffh , pettajjb , pechietto ; 
en Portugais , pïtiroxo ; en Catalan , /?/ta /o/fy ; en 
Suédois , rot-gel; en Angîois , red-breafl , robin-red , 
breafl , ruddock ; en Allemand , roth-brtujllin , waW- 
roetele , rot-kmpjf, rot-bru (lie , winter-roetelè , roM- 
kehlein ; en Saxon, rot-kdchyn , ron-kaehlichen ; en 
Polonois # g#J en Illyrien , ciier-wenka, icr-wer.kn. 
On l'appelle en Bourgogne, bofote, nom qui vient 
probablement de bofcore, oiieaux des bois; en Vn- 
jou , rubiette ; dans ie Maine , rubienne ; en Auver- 
gne, jaunar ; en Saintonge , rc/$e ; en Normandie , 
ïerJe ; en Sologne & en Poitou , ruche ; en Picar- 
die , frilkuft (iuivant M. Sa'erne); ailleurs roupie \ 
u pour ce y dit Béton , qu'on le voit venir aux villes & 
pillages , lorfque les roupies pendait au «eç. »» 

Rubccula. Frifch, avec une bonne figure, tab. 19. 
— Jonfton, A»U page 87, avec la figure emprun- 
tée d'Olina , planche 43. — Sjbbalde , Scot* îlluflr. 
part. II, lib. in, page 18. — Schvvenckfeld, AvU 
S'dpft page 345, — Rubecula, erithacus, Charieton , 



z$6 Hijloire Naturelle 

à fon retour au printems*, mais, dans ce 
dernier paflage , il ne fait queparoître, 
& fe hâte d'entrer dans les forêts pour y 



Exercit. page 79, n«° 8. idem. Onomajl. page 91 , 
ïi.° &• — Rubecula , vel erithacus. Gefner, Ain? page 
729 ^ avec une très-mauvaife figure, page 130. 
• — Rubecula five erithacus Aldrovandi. Wilîughby , 
Ormtkol- page 160. Ray , Synopf. Av'u page 78 , 
lî.° a , 3. — Rubecula Schwenckfeldii ; erithacus , 
futicltla ga%œ\ Syfoia. Rzaczynski , Auftuar. Hift. 
J\ f at. Polon. page 418- — Erithacus. Lin nie us. Syft. 
Jslat* éd. V I , G. 82 , Sp. 13. — Motacllla grifea , 
gulâ pccloreque falvis. Fauna Suec* n.° 226. — Entha- 
eus ,five rubecula. Aldrovande , Avi. tome. II , pag- 
741 , avec une ligure méeonnoiiTabie , page 742. 
• — Erithacus Atiftoteli , rubecula ga%#, Gefner, Icon. 
j£*L page 4S , avec une trèr-mauvaife figure, — 
Erithacus ; phœnicurus Piinio ; rubrica Gefnew ; rube- 
cula & ruticiila ga^ce; fylvia aiiis. Rzaczynski, Hift. 
hlat. Polon. page 279. — Sylvia fylvatica. Klein , 
Av. 77, n»' 1* — Ficeduïa fulva , pe&ore rubro. 
Barrère, OnnthoL cïafT. ni, Gen. 18 , Sp. 4. — m 
Pettiroflo. Olina , Uccelleria , pag. 16, SHTfcC une 
figure a fiez bonne* — Rouge-gorge ou rwge-bourfi. 
Albin , tome /, avec une ligure mal coloriée, /?/. 5 t. 
— Gorge- rouge ou rubeline. Bélon , f///?. IMat d&£ 
Oifcaux , page 348 , avec une mauvaife figure, 
page 349 , i</ew. — Portrait d'Oife^ux , page 88 , a. 
Gorpe reuge, rubeline 9 godnlle, roupie , £erJe , rouge* ■ 
bourfe , avec la même figure, zVem. Obferv pag. 16. 
Rubeline , five rouge-gorge ; Rubecula latuus* — Fiu~ 



du Rouge-gorge. i g y 

retrouver , fous le feuillage qui vient de 
naître , fa folitude & fes amours. II place 
fon nid près de terre fur les racines des 
jeunes arbres , ou fur des herbes aflez 
fortes pour le foutenir -, il le conftruit 
de moufle entre-mêlée de crin & de 
feuilles de chêne, avec an lit de plumes 
au -dedans-, fouvent , dit Willughby # 
après l'avoir conftruit, il le comble de 
feuilles accumulées , ne laiflant fous cet 
amas qu'une entrée étroite oblique, qu'il 
bouche encore d'une feuille en lortant y 
.on trouve ordinairement dans le nid du 
rouge-gorge cinq & jufqu'à fept œufs de 
couleur brune -, pendant tout le tems 
des nichées P le mâle fait retentir les bois 
d'un chant léger & tendre*, c'eft un ra»- 
mage fuave & délié , animé par quelques 
modulations plus éclatantes , & coupé 
par des accens gracieux & touchans , qui 



èula fupemè grifeo-fufca, ad olwaceum inclin ans; 
fyncipite , oculorum ambitu , gatture , collo irtferiore , 
& peftore fupremo rnfis ; veutie albo; remigibus minoribus 
macula rufe fiente terminât is ; tedtricibus grïfto- fufco 
ol'paceis , lattralibus intmàs gr'tfa - fufcis* Rubzcuia. 
griffon, tome Il l, page 41 il. 



288 Hiftoire Naturelle 

femblent être les expreffions des defirs 
de rameur -,1a douce fociétéde fa femelle, 
non-feuiementles remplit en entier, mais 
femble même lui rendre importune toute 
aytre compagnie -, il pourluit avec viva- 
cité tous les oiieaux de fou efpcc.e , Se les 
éloigne du petit canton qu'il s'eft choifi -, 
jamais le même b-iiiion ne logea deux 
paires de ces oifea.ix auiîî fidèles qu'a- 
moureux (b). 

Le rouge -gorge cherche l'ombrage 
épais & Les endroits humides -, il le nourrit 
dans le printems de vermiffeaux & d'in- 
iedtes qu'il çhafle avec adrefîe & légè- 
reté*, on le voit voltiger comme un pa- 
pillon autour d'une feuille fur laquelle il 
aperçoit nue mouche : à terre, il s'élance 
par petits faute & fond far fa proiç en 
battront des ailes. Dans l'automne, il mange 
aufîî des fruits de ronces , des raiiîns à 
fon paflage dans les vignes , & des alifes 
dans les bois, ce qui le fiit donner aux 
pièges tendus pour les grives qu'on 
amorce de ces petits fruits fuivages j il 
va fouyent aux fontaines , loit pour s y 



(bj Unum aj-hujîum non dit duos erithaecs. 

baigner 



du Rouge- gorge. 289 

fcaïgner, foitpour boire, & plus fouvent 
dans l'automne, parce qu il eft alors plus 
gras qu'en aucune autre faifon, & qu'il a 
plus befoin de rafraîchïffement. 

Il n'eft pas d'oifeau plus matinal que 
celui-ci. Le rouge-gorge eft le premier 
éveillé dans les bois, & fe fût entendre 
dès l'aube du jour*, il eft auffi le dernier 
qu'on y* entende & qu'on y voie voltiger 
îe foir -, fouvent il fe prend dans les 
tendues , qu'à peine refte-t-il encore aflez 
de jour pour le ramaiîer *, il eft peu dé- 
fiant , facile à émouvoir , & fon inquié- 
tude ou fa curioiité fait qu'il donne aifé- 
ment dans tous les pièges (c) ; c'eft tou- 
jours le premier oifeau qu'on prend à la 
pipée -, la voix feule des pipeurs ou le 



(e) De tous les oifeaux, qui vivent dans l'état 
de liberté, le rouge-gorge eft pe^t-être celui qui 
eft le moins fauvage ; il fe faille fouv-.nt ^pprocheje 
de û près, que l'on croiroît pouvoir le prendre 
avec la main ; mais, dès qu'on en elt à portée f 
il va fe pofer plus loin , ou il fe faifie encore appro- 
cher, pour s'éloigner en fuite de même. Il femble 
auffi fe plaire quelquefois à faire compagnie aux 
■voyageurs qui patient dans les forêts , on ie voit 
fouvent les précéder ou les il; ivre pendant un ailes 
long tems. Note communiquée par lefitur Trécourt» 

Oijeaux Tome IX. N 



l$o HiJIolre Naturelle 

bruit qu'ils font en taillant les branches, v 
l'attire, & il vient derrière eux fe prendre 
à la laiïterelle ou au gluau prefqu'auffîtôt 
qu'on Ta pofé -, il répond également à 
l'appeau de la chouette & an fon d'une 
feuille de iière percée (d) *, il fuffit mêmç 
d'imiter , en fuçant le doigt , fon petit 
cri mp , ulp , ou de faire crier quelque 
oifeau pour mettre en mouvement tous 
les rouge-gorges des environs: ils vien?* 
nent , en faifant entendre de loin leur 
cri 5 tirity tirititj tirititit d'un timbre fo- 
nore, qui n'eft point leur chant modulé, 
mais celui qu'ils font le matin & le foir, 
&dans toute oçcafionoùils font émus par 
quelque objet nouveau -, ils voltigent 
avec agitation dans toute la pipée jufqu'à 
ce qu'ils foient arrêtés par les gîuaux 
■fur quelques-unes des avenues ou per^ 
chées y qu'on a taillées bafles exprès pour 
îes mettre à portée de leur vol ordinaire, 
qui ne s'éiève guère au-deffus de quatre 
ou cinq pieds de terre -, mais s'il en eft 
un qui s'échappe du gluau 3 il fait enten- 
dre un troifième petit cri d'alarme , 

.* ; . ' ■ ■ * *• * > » , f ■■ ■ ' ! .. ■■ ■ * 

( dj Ce que les pipeurs appellent fmâtu 



du Rouge -gorge. 291 

t7-7, &/, auquel tous ceux qui s'appro- 
choient fuient-, on les prend auffi à la 
rive du bois fur des perches garnies de 
lacets ou de gluaux , mais les rejets ou 
fauterelles fournirent une chafle plus 
fure & plus abondante 3 il n'eft pas 
même befoîn d'amorcer ces petits pièges , 
il fuffit de les tendre au bord des ciarières 
ou dans le milieu des fentîers , & le 
malheureux petit oifeau , pouflé par fa 
curiofité i va s'y jeter de .lui-même. 

Par-tout où il y a des bois d une grande 
étendue, Ton trouve des rouge-gorges en 
grande quantité , & c'eft fur -tout en 
Bourgogne & en Lorraine que fe font 
les plus grandes chaffes de ces petits oi- 
feaux excellens à manger-, on en prend 
beaucoup aux environs des petites villes 
de Bourmont, Mirecourt & Neufchâteau-, 
on les envoie de Nanci à Paris. Cette 
province fort garnie de bois & abon- 
dante en fources d'eaux vives , nourrit une 
très-grande variété doifeaux \ de plus , 
fa fituation entre TArdenne d'un coté \ 
& les forêts du Suntgau , qui joignent le 
Jura de l'autre , la met précifément dans 

Nij 



2$z Hifloire Naturelle 

ïa grande route de leurs migrations ; 
& c'eft par cette raifon qu'ils y font fi 
nombreux dans les tems de leurs pafîages ; 
ies rouge-gorges en particulier viennent 
en grand nombre des Ardennes , où Bélon 
en vit prendre quantité dans la faifon (e). 
Au refte , l'espèce en eft répandue dans 
toute l'Europe de TEfpagne & d'Italie , 
jufqu'en Pologne & en Suède -, par- 
tout ces petits oifeaux cherchent les 
montagnes & les bois pour faire leurs 
nids & y pafler l'été. 

Les jeunes , avant la première mue £ 
n'ont pas ce beau roux-orangé fur la gorge 
& la poitrine , d'où, par une extenfion un 
peu forcée , le rouge-gorge a pris fon 
Itiom (f). Il leur perce quelques plumes 



(a) *t Les payfans des villages fîmes en quel 
M ques endroits fur les confins de fa forêt d'Ar- 
99 denne , nous ont apporté tint l'un que l'autre 
99 (le rofïïgnol de muraille & le gorge-rouge) à 
m douzaines, en liafïesfé parées, qu'ils prenoient en 
99 été aux lacets, aux mares lorfqu'ils venoient y 
fcoire Bélon , Nat. des Oifeaux , page 348? 

(f) " £'?$ m ^l fait de la nommer gorge-rouge f 
»t car ce que nous lui penfons rouge en la poitrine 
99 eft orangée , couleur qui lui prend depuis les deux 
w côte's du deflbus de fon bec , qui eft greile , déijé & 



du Rouge <gorge. 29 3 

dès la fin d'août , à la fin de feptembre 
ils portent tous la même livrée & on 
ne les diftingue plus. C'eft alors qu'ils 
commencent à fe mettre en mouvement 
pour leur départ , mais il fe fait fans 
attroupement j ils paffent feul à feul , les 
uns après les autres , & dans ce moment 
où tous les autres oifeaux fe raffemblent 
& s'accompagnent . le rouge-gorge con- 
ferve fon naturel folitaire. On voit ces 
oifeaux pafler les uns après les autres ; ils 
volent pendant le jour de buiïTon en 
fcuilîbn , mais apparemment ils s'élèvent 
plus haut pendant la nuit & font plus 
de chemin , du moins arrive -t- il aux 
Oifeleurs , dans une forêt qui le foir étoit 
pleine de rouge-gorges & promettait 
ïa meilleure chaiïè pour le lendemain , de 
les trouver tous partis avant l'arrivée de 
l'aurore (g). 

noir j & par fe deflous des (kwx cantons de yeux , H 
lui répond par Je deilbus de la gorge jufqu'à w 
i'eftomac. n Idem , ibii* 

(g) Ii me fouvient qu'une certaine année je 
faitois la tendue aux rouge-gorges, c 'étoit en avril t 
le paflage étoit des meilleurs. Content de mesprifes 
je continuai la chafle ; pendant trois jours, avec W 

Niij 



294 Hifîoiré Naturelle 

Le départ n'étant point .indiqué , St 
pour aînfi dire proclamé parmi les rouge- 
gorges comme parmi les autres oifeaux 
alors attroupés , il en reftc plufieurs en 
arrière, foit des jeunes que l'expérience 
n'a pas encore inftruits du befoin de 
changer de climat , foit de ceux à qui 
fuffifent les petites reffources qu'ils ont 
fa trouver au milieu de nos hivers. 
C'eft alors qu'on les voit s'approcher 
des habitations , & chercher les expo- 
rtions les plus chaudes (h) ï s'il en eft 
quelqu'un qui foit refté au bois dans 
cette rude faifon , il y devient compa- 
gnon 4u bûcheron , il s'approche pour fe 
chauffer à fon Teu , il béquete dans (on 

m * ' ■ " '■ — i ■ " ■ ■ " ■ ■ i ■■' "■" ' ■ ■■—'■' i i i ■— 

même fuccès ; Je quatrième, le ibïeif s'étant îevé 
plus beau que jamais & îe jour étant très-doux, 
je comptois fur la meilleure chafle ; mais l'on avoit 
formé le départ pendant mon abfence ; tout était 
difparu, &je n'en pris aucun. Note de M. Lottinger» 
(h) Fer ejfer quefi'uccello gentiâffimù , e nemîco de- 
gl'eccejji , fi di caldo , che ai freddo j perd Vefate fi 
ritira alla macchia , o al manie , dopé (î a perdura e 
frefce;e l'ujixmo saccofta ail' akitalo , facendofî pcdere 
su le frotte > & per gl'crti , maffimé dové batte il fuie , 
che va diûgentemeua cercando* Oiina } Uculitrla ; 
cage 16. 



du Rouge- gorge. ï*)$ 

pain & voltige toute la journée à Tentour 
de lui en faifant entendre fon petit 
cri ; mais lorfque le froid augmente , & 
qu'une neige épaifie couvre la terre, il 
vient jufque dans nos maifons , frappe 
du bec aux vitres , comme pour deman- 
der un afyle qu'on lui donne volontiers (i) > 
& qu'il paie par la plus aimable fami- 
liarité, venant amafler les miettes de la 
table ( k ) ; paroiiîant reconnoître & 
affectionner les personnes de la maifan ^ 
& prenant un ramage moins éclatant > 



( i) Hyberno tempere ad vi&um quznvâum e/iam 
àomos fubimrat , homïnïbus chara & focia. Wiîlughby y 
OtnithoL page 160. 

(k) Dans une Chartreufe du Bugey, j'ai tu 
des rouge-gorges dans des cellules de religieux , 
où on les avoir, fait enrrer, après qu'ifs avoieçt 
erré quelques jours dans les cloîtres. Il ne £aîloit 
que deuK ou trois jours pour les y naturaliser, au 
point de venir manger fur la table. Ils s'accommo- 
doient fort bien de l'ordinaire du Chartreux, 8c 
pafioient ainfi tout l'hiver à l'abri du froid & de 
h faim , fans montrer la moindre envie de fortir ; 
ruais, aux approches du printems, de nouveaux 
hefoins fe faifoient fentir , ils alloient frapper h 
k fenêtre avec leur bec , on leur donnoit la 
liberté, & ils s'en alloient jufqu'à l'hiver pro- 
chain. JYote d& M, Hébert* 

Niv 



29 6 Hljîoire Naturelle 

mais encore plus délicat que celui du 
•printems & qu'il foutient pendant tous 
ies frimats ., comme pour faluer chaque 
jour la bienfaifance de fes hôtes & la 
douceur de fa retraite ( / ). Il y refte 
avec tranquillité jufqu'à ce que le prin- 
tems de retour lui annonçant de nou- 
veaux befoins & de nouveaux plaifirs , 
l'agite & lui fait demander fa liberté. 

Dans cet état de domefticité paffagère, 
le rouge-gorge fe nourrit à-peu-près de 
tout*, on lui voit amafler également les 
mies de pain , les fibres de viande & 
les grains de millet. Ainii , c'eft trop gé- 
néralement qu'Olina dit qu il faut , foit 
qu'on le prenne au nid ou déjk grand 
dans les bois , îe nourrir de la même 
pâtée que le roiïîgnol (m) \ il s'accom- 



(l) J'ai vu, chez un de mes amis, une rouge- 
gorge à qui on avoit ainli donné afyie au fort de 
l'hiver, venir fe pofer fur l'écritoire tandis qu'il 
écrivoit; ii chantoit des heures entières, d'un petit 
ramage doux & mélodieux. 

(m) Vivt da quattro e cinque anni ( apparem- 
ment dans i'état de domefticité ), e tal* volta plu y 
fecundo la diligenfa con che è tenuto. Volendolo alle- 
vare di nidv fi richiede çhe habbi Un fpuntau h penne ? 



du R ouge-gorge. 297 

mode 5 comme on voit, d'une nourriture 
beaucoup moins apprêtée \ ceux qu'ont 
laiiïe voler libres dans les chambres ny 
caufent que peu de faieté , ne rendant 
qu'une petite fiente affez sèche. L'auteur 
de l'^EdonoIogie prétend ( n ) , que le 
rouge-gorge apprend à parler -, ce pré- 
jugé eft ancien, & l'on trouve la même 
chofe dans Porphire (o) \ mais le fait 
n'eft point du tout vraifemblable > puis- 
que cet oifeau a la langue fourchue* 
JBélon qui ne l'avoit ouï chanter qu'en 
automne , tems auquel il n'a que fon 
petit ramage , & non l'accent brillant & 
affectueux du grand chant des amours ^ 
vante pourtant la beauté de fa voix en la, 
comparant à celle du roiîîgnol (p ). Lui- 



governandolo o fia nidiace ? o bofcareccio v coîl ifîejfâ 
jegola ial rujjïgnuofo , Oiina , page 16. 

00 Pagt 93. 

(o) Lib. ni , de abflin* Animal* 

(p) " Elle s'en retourne aux villes dès h ûm 
de feptembre , auquel tems elle chante û méïo *<* 
dieufement, qu'on ne l'eftinne guère moins bien N 
chanter, que Je roiîîgnol fait au printems*- >•> Bélon* 
En piufieurs endroits ? on appelle I-e rouge-gQrgry 
fojfiffiol tfkivw* 

N r 



398 Hijloire Naturelle 

même, comme il paroît par fon récit , a 
cm que le rouge- gorge étoit le même 
oifeau que le roflîgnol de muraille*, maïs 
mieux infïruit enfuite il les diftingua par 
leurs habitudes aufîl-bien que par leurs 
couleurs ( q ). Celles du rouge-gorge 
font très-fimples *, un manteau du même 
brun que le dos de la grive , lui couvre 
tout le deflus du corps & de la tête y 
Teftomac & le ventre font blancs -, le 
roux-orangé de la poitrine eft moins vif 
•dans la femelle que dans le mâle -, ils ont 
îes yeux noirs, grands & même expref- 
iïfs , & le regard doux -, le bec eft foible 
& délié tel que celui de tous les oifeaux 
qui vivent principalement d'infeâes -, le 
tarfe très-menu eft d'un brun-clair, ainiî 
que le deflus des doigts qui font d'un 
jaune pâle par-deffous. I/oifeau adulte a 
cinq pouces neuf lignes de longueur , 8c 
huit pouces de vol j le tube inteftinal eft 



(^) « Le roflîgnol de »muraiïle apparoift su 
.?* printems dedans les villes & villages, & fait 
99 fes petits dans les pertuis , forfque ia gorge- 
louge s'en eft allée au bois* n Bélou ? Nat t des 
Oifeaux ? j âge 348.. 



>/// . IX. 



~Pr.AV. F a, I .2 9 $. 



0:*>- 



:>/.-#>-"' 




4e/. 



X.E IROCGE- GORGE . 



du Rouge-gorge. 299 

îong d'environ neuf pouces ; le géiîer 
qui eft mufculeux , eft précédé d'une 
dilatation de Tœfophage^ îe cœcum eft 
très-petit , & quelquefois nul dans cer- 
tains individus. En automne , ces oifeaux 
font très-gras , leur chair eft d'un goût 
plus fin que celui de la meilleure 
grive dont elle a îe fumet , fe nour- 
riffant des mêmes fruits > <k fur -tout 
des alifes, 




NvJ 



300 Bijloire Naturelle 



* LA GORGE-BLEUE {a). 

Par la proportion des formes , par la 
grandeur & la figure entière , la gorge- 



* Voye\ les- planches enluminées, n° 361 , fig. 2* 
îa gurge-bleue à tache blanche; n.° 610, fig. 1 , 
ïa gorge -bleue fans tache blanche; fig. 2, la fe*» 
méfie ; fig. 3, jeune gorge-bieue. 

(«) Phmicnrus peêtore cœmleo, Frifch , éiit. de 
Berlin, 1733, avec deux belles figures, pU 19, 
Tune de l'adulte , l'autre du petit. — Phœnicurus 
citer. Jonfton, Avi. avec une figure empruntée de 
Gefner , tab. 45. — Sylvia gulâ cœruleâ ; thorace ex 
clbo variegato. Klein, An. page 77, n.° 111 , 2. 
— Motacilla peêtore cœruleo , macula flavefeente albe- 
dine cindta. Fautta Suec. Linnaeus, n.° 220. — Mota- 
cilla pe&ore ferrugineo fafciâ cœruleâ , re&ricibus fufeis 

yersùs ba\un , ferrugineis Motacilla Suecica. 

Linnaeus, Syfî. Nat. éd. X, G. 99, Sp. 24. Avis 
Carotina. idem , éd. VI, G. 82. Sp. 7. — Motacilla 
Pyrenaica , cinerea , jugulo & petlore cœfiis* Barrère ,. 
ÔrnithoL claif. ni, G. 19, Sp. 6. — JVegfleckluu 
Gefner,^/. page 796, avec une figure mécon- 
noiifable , idem , Icon. Avi* pag. 51- — Aldrovande , 
tome II y page 749, avec la figure copiée de Gefner , 
— - W.illughhy , Omithologia , page 160. — Ruticilla 
wegfiecklin. Ray , Synopf. Av. page 7.8 , n.° a , 5* 
ï— Rojpgnol de mur ou rouge - queue à gorge- bleue. 



de la Gorge-bleue. 3 ! 

Lieue femble n'être qu'une répétition du 
rouge-gorge \ elle rien diffère que par 
le bleu brillant & azuré qui couvre fa 
gorge, au lieu que celle de l'autre effc 
d'un rouge-orangé -, il paroît même que 
la Nature ait voulu démontrer l'analogie 
entre ces deux oifeaux jufque dans leurs 



Edwards, tome I, page z8 , avec une figure exacle 
de fâ femelle que Klein défîgne page 80, n.° 24 
de i'Ordo Avium, fous le nom de Sylvia feu ruti- 
cilla gutture albo , %onâ caeruleâ fimbriato. — • Ficedula. 
fupernè cinereo fufca , infernè fordidè gr'ifeo -rufefcens ; 
taenia fupra oculos fordide albo - rufefcente ; colio infe- 
riore fplendidè caerulto m&êulâ in medio argent atâ inf- 
guito ; taenia tranfverfâ in peâtore nigrâ , re&ricibus 
biids intermediis in medio fufco nigricandbus , circa 
m ar gin es grifiis lateralibus in exortu ru fis , in apice 
tiigricantibus. Cyanecula* Briifon , OmithoU tome. III r 
page 413, & page 416. La femelle donnée fous fe 
nom de gorge-bleue de Gibraltar , eft défigne'e par fa 
phrafe fui vante: Ficedula fupernè fufca , marginibus 
pennarum ditutioribus , infernè alb a , taenia infra oculos 
dilutè cœlulea\ corlo inferiore taenia tranfversâ lunulatâ 
cœruleâ inpgnito ; re&ricibus binis intermediis ohfcurè 
fufcis , lateralibus in êxortu rufis , in apice nigricantibus- 
Cyanecula Gibrakarienfis. 

Le gorge-bleue fe nomme en latin moderne, 
cyanecula ; en Allemand , wegflecklin > fuivant Gefne ; 
blau-kehlein y félon Klein &Frifch;en Suédois > 
taris - vogel ? Linnseus, 



302 Uifloire Naturelle 

différences ; car au-deffous de cette plaque 
bleue , on voit un ceintre noir & une 
zone d'un rouge-orangé , qui furmontelc 
haut de la poitrine: cette couleur orangée 
reparoît encore fur la première moitié 
des pennes latérales de la queue •, de 
l'angle du bec pafle par l'œil un trait 
de blanc-roufsâtre : du refte les couleurs , 
quoiqu'un peu plus (ombres > font les 
mêmes dans la gorge-bleue & dans le 
rouge-gorge. Elle en partage auffi la 
manière de vivre*, mais en rapprochant 
ces deux oifeaux par les refïemblances , 
la Nature femble les avoir féparés d'ha- 
bitation -, le rouge -gorge demeure au 
fond des bois 3 la gorge-bleue fe tient à 
leurs liiières , cherchant les marais , les 
prés humides , les oferaies & les rofeaux -, 
& avec le même inftinét folitaire que le 
rouge-gorge , elle femble avoir pour 
l'homme le même fentiment de fami- 
liarité -, car , après toute la belle faifon 
paflée dans ces lieux reculés , au bord 
des bois voifins des marécages 5 ces oi- 
feaux viennent 3 avant leur départ , dans 
les jardins , dans les avenues , fur les 
haies & fe laiflent approcher affez pour 



de la Gorge-bleue. 505 

qu'on puiiTe les tirer à la farbacane. 

Ils ne vont point en troupes , non 
plus que les r.ouge-gorges , & on en 
voit rarement plus de deux enfembïe. 
Dès la fin de l'été , les gorge-bleues fe 
jettent , dit M. Lottinger , dans les 
champs Cernés de gros grains •, Frifch 
nomme les champs de pois y comme ceux 
où elles fe tiennent de préférence , & 
prétend même qu'elles y nichent -, mais 
on trouve plus communément leur nid 
fur les failles , les oziers & les autres 
arbuftes qui bordent les lieux humides : 
il eft conftruit d'herbes entrelacées à 
l'origine des branches ou des rameaux. 

Dans le tems des amours 3 le mâîe 
s'élève droit en l'air, d'un petit vol , en 
chantant *, il pirouette & retombe fur 
fon rameau avec autant de gaieté que la 
fauvette , dont la gorge - bleue paroît 
avoir quelques habitudes -, elle chante ia 
nuit, & fon ramage eft très-doux, fuivant 
Frifch y M. Herrna#n (b) , au contraire, 

(rf)Doéteur & Profefleur en Médecine, & en 
Hïftoire Naturelle à Strasbourg, qui a bien voulu 
nous communiquer quelques faits de l'hiftoire na^ 
turelje de en oûcaiu 



304 HiJIoire Naturelle 

nous dit qu'il n'a rien d'agréable : oppo- 
fition qui peut fe concilier par les difîé- 
rens tems où ces deux Obfervateurs ont 
pu l'entendre •«, la même différence pouvant 
fe trouver au fu jet de notre rouge-gorge, 
pour quelqu'un qui n'auroit ouï que Ton 
cri ordinaire, & non le chant mélodieux 
& tendre du printems 5 ou fon petit 
ramage des beaux jours de l'automne. 

La gorge-bleue aime autant à fe bai- 
gner que le rouge-gorge , & fe tient plus 
que lui près des eaux : elle vit de vermif- 
feaux & d'autres infeéfces , & 5 dans la fai- 
fon de fon paflage, elle mange des baies 
de fureau (c). On la voit par terre aux 
endroits marécageux > cherchant fa nour- 
riture & courant aflez vite , e» relevant 
la queue, le mâle fur-tout lorfqu'il entend 
le cri de la femelle vrai ou imité. 

Les petits font d'un brun noirâtre & 
n'ont pas encore de bleu fur la gorge y 
les mâles ont feulement quelques plumes 
brunes dans le blanc de la gorge & de 
la poitrine , comme on peut le voir dans 
la figure enluminée , (/2. 610 , fig. 5),- 

■ ' i r ' f n t w un mm mmmmmmmwmmmm »< m n i ■ ■ ■ m m 

Ce) Frifch. 



de la Gorge-hleue. 30J 

qui repréfente la jeune gorge-bleue , avant 
la première mue. La femelle ne prend 
jamais cette gorge-bleue toute entière: 
elle n'en porte qu'un croiflant ou une 
bande au bas du cou , telle qu'on peut la 
voir dans h figure 2 de la même planche ; 
& c'eft fur cette différence Se fur la figure 
d'Edwards , qui n'a donné que la fe- 
melle (d) , que M. Brîffon fait une fé- 
conde efpèce de fa gorge bleue de Gibral- 
tar (e) , d'où apparemment l'on avoit 
apporté la femelle de cet oifeau. 

Entre les mâles adultes , les uns ont 
toute la gorge bleue , 8c vraifemblable- 
ment ce font les vieux , d'autant que le 
refte des couleurs & la zone rouge de \z 
poitrine, paroiffent plus foncées dans ces 
individus -, les autres , en plus grand nom- 
bre, ont une tache comme un demi -col- 
lier , d'un beau blanc , dont Frifch com- 
pare l'éclat à celui de l'argent poli (f) \ 

(d) Tome I , page 28 , planche xxriii* 
• (e) Ornithologie, tome II , page 416. 

(jf) Apparemment M. Linnseus fe trompe ea 
donnant cette couleur comme un blanc terne & 
' jaunâtre : Macula flavefcente albedine ciiidta. Fàuna 
Suecica» 



3o6 Hijloire Naturelle 

c'eft d'après ce caractère que les Oifeleurs 
du Brandebourg ont donné à la gorge- 
bleue le nom d'oijeau à miroir. 

Ces riches couleurs s'effacent dans l'état 
de captivité, & la gorge-bleue mife eh 
cage commence à tes perdre dès la pre- 
mière mue. On la prend au filet comme 
les rofïignols & avec le même appât (g). 
Dans la faifon où ces oifeaux deviennent 
gras , ils font , ainfî que tous les petits 
oifeaux à chair délicate, l'objet des gran- 
des pipées : ceux-ci font néanmoins affez 
rares & même inconnus dans la plupart 
de nos provinces*, on en voit au tems 
dn paffage dans la partie baffe des Vof- 
ges vers Sarebourg,fuivantM. Lottinger-, 
mais un autre Obfervateur nous affure que 
ces oifeaux ne remontent pas jufque dans 
Tépaiffeur de ces montagnes au midi •, ils 
font plus communs en Aiface , & quoi- 
que généralement répandus en Allemagne 
& jufqu'en Pruffe , nulle part ils ne font 
bien communs , & l'efpèce paroît beau- 
coup moins nombreufe que celle du rou* 
ge-gorge 3 - cependant elle s'eft afïez éteny 

{§) Le ver de farine» 



/v:r/ Z . /w<v ^ 




XA GOIRGE-JttLEVE. 



de la Gorge - bleue. 307 

due. Au nom que lui donne Barrère (h) , 
on peut croire que la gorge-bleue eft fré- 
quente dans les Pyrénées -, nous voyons , 
par la dénomination de la féconde efpèce 
prétendue de M. Briflbn, que cet oifeau 
Te trouve jufquà Gibraltar. Nous favons 
d'ailleurs qu'on le voit en Provence , ou 
le peuple l'appelle cul-roujfet-bleu , & on 
le croiroit indigène en Suède au nom que 
lui donne M. Linnxus (i ) -, mais ce nom 
mal appliqué prouve feulement que cet 
oifeau fréquente les régions du Nord \ il 
les quitte en automne pour voyager & 
chercher fa nourriture dans des climats 
plus doux : cette habitude ou plutôt cette 
néceffité eft commune au gorge-bleue & 
4 tous les oifeaux qui vivent d'infe&es & 
de fruits tendres. 



(/;) Motacilla Pyrenaïca. Ornithol* clajf in , G. 
3 9 , Sp. 6. 

(i) Motacilla Suecica* Syft. Nat. éd. .X, G. 99 ^Sp- 
24 Àvh Carolma, éd. VI , G, 8*2, Sp. 7 \ & en 
Suédois., caris- veget. 



*K# 



308 Hijloire Naturelle 

gggg —■ — ■ m m ■ ■■ii i i iiiim 

OISEAU ÉTRANGER 

Qui a rapport au Rouge-gOrge 

& à la Gorge-bleue. 

*LE RO UGE-G ORGE BLE U (a) 

de V Amérique Septentrionale. 

Notre rouge-gorge eft un oifeau trop 
foible & de vol trop court pour avoir 
pafle en Amérique par les mers \ il craint 



* Voyei les planches enluminée^,//. 390,/^. i, 
le mâle ; & fig. 2 , la femelle. 

(a) Rouge- gorge de la Caroline, Catesby , tome I, 
page 147, avec une belle figure,^?/. 47. — Rouge- 
gorge bleu, Edwards ? tome 7, page 24 , avec un$ 
ligure moins bonne que celle de Catesby* — Syh 
via gulâ cœruleà', rubecula Americana ccerulea. Klein , 
Avi. page 77 , n.° 3. — Idem, page 80 , n.° 21. 
S) Ivia thorace rubro , fupero corpore & caudâ cœru- 
leis. — Motacilla fupra ccerulea , fubtus nota rubra. 
Sialis. Linnseus, Syfi. Nat. éd. X, G. 99, Sp. 25» 
■ — Les Ang'ois de la Caroline l'appellent blew bird , 
Toileau bleu. — - Ficedula fupernè fplendidè cœrulea 5 
infime m fa ; ventre candido ', gutture rufo , maculis cœ- 
ruleis vario\ remigibus c&ruleis , apice fufeis ; reclrici- 
bus caruleis , fupeinè faturatius , infemè dilutius* Rube- 
cula CarolinenJiscœruUa* Hïiffoïi) Omithol. tome II l y 
page 423. 



des O ifeaux étrangers. 3 c 9 

trop les grands hivers pour y avoir pénétré 
par les terres du Nord -, mais la Nature 
a produit dans ces vaftes régions une efpèce 
analogue & qui le repréfente , c'eft le 
rouge-gorge bleu , qui Te trouve dans les 
parties de l'Amérique feptentrionale , de- 
puis la Virginie, la Caroline & la Loui- 
iîane , jufqu'aux îles Bermudes. Catefby 
nous en a donné le premier la defcrip- 
tion -, Edwards a repréfente cet oifeau , 
& tous deux conviennent qu'il faut le rap- 
porter au rouge-gorge d'Europe , comme 
efpèce très-voihne (b). Nous l'avons fait 
repréfenter dans nos planches enlumî* 
nées , n. Q 3 90 ', il eiï un peu plus grand que 
le rouge-gorge , ayant fîx pouces trois, 
lignes de longueur , & dix pouces huit 
lignes de vol. Catefby remarque qu'il 
vole rapidement , & que fes ailes font 
longues (c)\ la tête, le deffus du corps , 
de la queue & des ailes font d'un très- 

(£) M. Catesby, hascaWdhis bird, rubecula Jme- 
ricana ; wiçh his a pwper nazne enough , Jînce both his bird 
and mine ar: certïuiy of that genus , Qfw'içh t'he robin- 
red-breaft is a fpecies. Edwards. 

( c ) Cet oifeau vole fort vite , Tes aiïes e'tant très- 
longues ; en forte que Le faucon le pourfuit envain. 
Gatesày* IJift. Nat. de la Caroline ? tvml> page 47* 



3 i o Hifîoire Naturelle 

beau bleu , excepté que la pointe del'aile 
cft brune •, la gorge & la poitrine font d'un 
jaune de rouille affez vif*, le ventre eft 
blanc. Dans quelques individus , tel que 
celui que Catefby a repréfenté , le bleu de 
!a tête enveloppe auffi la gorge , dans les 
autres , comme celui d'Edwards & celui de 
nos planches enluminées , figure 1 , qui eft 
ïe mâle , le roux couvre tout le devant du 
Corps jufque fous le bec. La femelle, n. Q 2 
de la même planche , a les couleurs plus 
ternes, le bleu mêlé de noirâtre-, les petites 
pennes de l'aile de cette dernière couleur 
& frangées de blanc : au refte , cet oifeati 
eft d'un naturel très-doux (d), Se ne fe 
nourrit que d'infe&es-, il fait fon nid dans 
les trous d'arbres -, différence de mœurs 
peut-être fuggérée par celle du climat où 
les reptiles plus nombreux , forcent les 
oifeaux à éloigner leurs nichées. Catefby 
afîure que celui-ci eft très -commun dans 
toute r Amérique feptentrionaîe. Ce Ma- 
tpralifte & Edwards font les feuls qui en 
aient parlé , & Klein ne fait que Findi* 

quer d'après eux (e). 

*, "" ' " ■ " ' ■■ ■ ■ - ' f » ii ■ » ■ ■■ 

(d) Cat#sby. 



-du Traque t. 3 r 1 

* LE T RAQUE T (a). 

Cet oiseau , très-vrf & très-agile , n'eft 
jamais en repos •, toujours voltigeant de 



* l^oyeiles planches enluminées, //.° 678 , fîg. 1. 

(a) Rubetra. Aidrcrvande. Avi. tome II, pag. 739, 
ayec deux figures aufîi peu reconnoiflables l'une que 
l'autre; fa première prifedeBélon, l'autre de l'Au- 
teur. — Jonfton, Avi, page 87, avec les deux 
figures d'Aïdrovande , pL 45. — Rubetra , rufd* 
cola. Charleton , Exercit. page 79 , n.° vu, idem , 
Onomâfl. pag£ 91 , n.° y 11. —-Œnanthe ténia* Sib- 
Laide, Scot. iliufir. part. 1 1 , lib. 1 1 1 , page 18. — 
Œnantht noftra tertia. Willughby, Ornith. pag. 169, 
avec une bonne figure, pi, 41. --■ Ray, SynopJ* 
Avi. page 76 , n?° a 4. - — Traquet , grorjlar4. Bélon , 
Ilift. Nat. des Oi féaux , page 360. Idem, Portrait 
d'pifeaux , page 92. — Aibin , tome I, page 48 , 
avec une figure mal coloriée , pi. 52- — Ficedula 
fupernè nigricante & rufefçente varia , infernè rufa ; 
gutture dilutè rufefçente ( fcemina ) nigro , marginibus 
p&marum in api ce rufefcentibus ( mas. ) \ tœniâ infra, 
gitttur tranfverfâ alb'idâ ; macula in alis candidâ; rec~ 
tricibus nigncantibus , apicis margtne alèo- rufefçente , 
m$ exterioribus txtimœ (mas), omnium ( fœmina ) , 
albo rufefcentibus ...... Rubetra. Briflon , Ormth. 

tome III, page 428, 

EnGrec?BaT;çj en Italien; barai& 7 & aus envi*» 



3 1 1 Uijîoire Naturelle 

buiflbn en buiflbn , il ne fe pofe que pouf 
quelques inftans , pendant lefquels il ne 
cefle encore de foulever les ailes pour 
s'envoler à tous momens : il s'élève en l'air 
par petits élans , & retombe en pirouet- 
tant fur lui-même. Ce mouvement conti- 
nuel a été comparé à celui du traquet d'un 
moulin > & c J eft-là , fuivant Bélon, Tori- 
gine du nom de cet oifeau (b). 

rons de Bologne , piglia mofche ; en Angleterre , 
floue- fmick , flone-chatter & moor titling, fuivant Ray 
& Willughby ; mortetter , blackbeny-eater , black-cap , 
fuivant Charleton; tracas, en Bourgogne; tourtrac, 
à Semur : martelât aux environs de Langres; ce 
dernier nom paroît dériver de fon cri ouiflra ouiftra- 
tra , dont la répétition fucceflive & afïez fubite 
repréfente les coups d'un petit marteau; groullard, 
fuivant Bélon : pour ce , dit- il , qu'il groulle fins cejfe, 
& grouller efl à dire fe remuer. Il ajoute que les habi- 
tans des environs de Metz, le nomment Jemetro : 
nous ne retrouvons plus dans le pays de trace de 
cette dénomination. 

( b ) a II y a un petit oyfillon différent en fon 
»> genre de tous autres ; on le voit fe tenir fur les 
•> hauïtes fummités des buiflbns , & remuer tou- 
»> jours les aelîes, & pour ce qu'il eft ainfi inconf- 
» tant on l'a nommé un traquet.. . . & comme 
w un traquet de moulin n'a jamais repos pendant 
» que la meule tourne, tout ainfi cet oifeau ; r«» 
confiant remue toujours fes aeiles. Bélon , » NatJ. 
des Oifeaux 9 page 360. 

Quoique 



du Traquer. 3 1 3 

Quoique le vol du traquet foit bas & 
qu'il s'élève rarement jufqu'à la cime des 
arbres, il fepofe toujours au fommet des 
bluffons & fur les branches les plus élan- 
cées des haies & des arbriffeaux, ou fur 
la pointe des tiges du blé de Turquie dans 
les champs, & fur les échalas les plus 
hauts dans les vignes *, c'eft dans les ter- 
reins arides , les landes , les bruyères & 
les prés en montagne qu'il fe plaît davan- 
tage , & où il fait entendre plus fouvent 
fon petit cri ouiftratrdj d'un ton couvert 
& fourd (c). S'il fe trouve une tige ifo- 
ïée ou un piquet au milieu du gazon dans 
ces prés , il ne manque pas de fe pofer 
defîus , ce qui donne une grande facilité 
pour le prendre , un gluau placé fur un 
bâton fuffit pour cette chafie bien con- 
nue des enfans. 

D'après cette habitude de voler de bui£« 
fon en buiflon fur les épines & les ronces , 
Bélon , qui a trouvé cet oifeau en Crète 
& dans la Grèce , comme dans nos pron 



(c) In ericetis vi&itat & valdè querula eft. WH* 
Jughby, Ornlthol. page 170. 

Olfiaux , Tome IX. O 



3 î 4 Hifloire Naturelle 

vinces (rf), lui applique le nom bâtis»* 
oifeau de ronces*, dont Ariftote ne parle 
qu'une feule fois (e)., en difant qu'il vit 
de vermifleaux. Gaza a traduit bâtis par 
rubetra , que tous les Naturalifïes ont rap* 
porté au traquet (f) y d'autant que rube- 
tra pourroît auffi fïgnifier oifeau rougeâ-- 
ire (g) y & le rouge * bai de la poitrine 



(à) On ïe voit tout auffi- bien en Crète & en, 
Grèce, comme en France & en Italie. Béion 7 loco 
çitato, 

(e) Hifr. Animal. lib. VIII, cap. 3, 

(fj ii II me femble, le voyant fi fréquent en 

V tous lieux, que c'eft celui qu'Ariftote, au troi- 
?> fié me chapitre du huitième "livre des animaux, 
99 nomme en fa langue batïs , lignifiant qu'on pour- 

V roit bien dire ronceite ; car bâtis en grec eft ce 
w qu'on dit en latin ruhus 9 & en françois une ronce. 
9* Gaza tournant ce mot , a dit en latin rubetra. Notre 
99 conjecture eft que le traquet hantant toujours 
m fur les ronces, vit de verms, ne mangeant au- 
cun fruit» » Bélon , Nat. des Oi féaux , page 360. 

(g) Dans cette idée, ce nom paroît plus appro- 
prié au traquet ; car Aldrovande obferve l'équivo- 
que du mot rubetra dans îe feus d'oifeau de ronces 
appliqué à cet oifeau, y en ayant plufieurs autres 
qui fe pofent comme lui fur les ronces ; & ce 
nom d'oifeau de ronces ayant effectivement été 
donné par Longolius à la miliaire , qui eft 1-ortCH 
lan, & par d'autres à la petite grive» 



du Traquet. 3 1 j 

du traquet eft fa couleur la plus remar- 
quable. Elle s'étend en s'aftoibliflant juf- 
que fous le ventre -, le dos fur un fond 
d'un beau noir eft nué par écailles bru- 
nes , & cette difpofîtion de couleurs s'é- 
tend jufqu'au-defîus de la tête (h), ou 
cependant le noir domine ; ce noir eft 
pur fur la gorge , quoique traverfé très-* 
légèrement de quelques ondes blanches , 
& il remonte jufque fous les yeux. Une 
tache blanche fur le coté du cou confine 
au noir de la gorge & au rouge-bai de Ix 
poitrine 5 les pennes de l'aile & de là 
queue font noirâtres frangées de brun ou 
deroufsâtre-clair -, fur l'aile, près du corps , 
eft une large ligne blanche , & le crou- 
pion eft de cette même couleur -, toutes ces 
teintes font plus fortes & plus foncées dans 
le vieux mâle que dans ïe jeune-, la queue 
eft carrée & un peu étalée *, le bec eft 
effilé & long de fept lignes -, la tête aiîez 

(h) « On fui voit le defîus de la tête noire 
comme au pivoine, qui fut caufe que l'ayons u 
quelquefois foupçonné, melancoryphus, joint que « 
ce qui nous augmentoit l'opinion , eit que le u 
vulgaire, au mont Ida de Crète, fe nomme mt- « 
iancocephalU *> Bélon, JVaf* des Qifeaux. 

O ij 



$ 1 6 Hijîoirc Naturelle 

arrondie & le corps ramaffé \ les pieds 
font noirs , menus & longs de dix lignes-, 
il a fept pouces & demi de vol , & qua- 
tre pouces dix lignes de longueur totale : 
dans la femelle, la poitrine eft d'un rouf* 
sâtre fale -, cette couleur fe mêlant à du 
brun fur la tête & le deflus du corps , à 
cîu noirâtre fur les ailes , & fe fond dans 
du blanchâtre fous le ventre & la gorge , 
ce qui rend le plumage de la femelle trifte, 
décoloré & beaucoup moins diftinét que 
celui du mâle. 

Le traquet fait fon nid dans les terreins 
incultes , au pied des buiflbns , fous leurs 
racines ou fous le couvert d une pierre (i) -, 
il n'y entre qu'à la dérobée , comme s'il 
ç raignoit d'être aperçu *, auflî ne trouve- 
t-on ce nid que difficilement ( k ) ; il le 
i> , i ■ , i ' i ■ ■ ■ .i 

(ï) Le fied-nou (traquet) fait fon nid dans des 
endroits cachés ; j'en ai trouvé un coîïé contre une 
loche, à deux pieds de terre, dans lequel il y 
avoit cinq petits couverts d'un duvet noir ; ce 
nid étoit caché par un houx , & le père & la 
mère ne s'épouvantoient pas des befuaux qui en 
approchoient ; mais ifs crioient beaucoup de defîus 
lies arbres prochains îorfque j'y allois. Note com- 
muniquée par M. le marquis de Piofcnc. 

(k) * H$ font leur nid û finement & y vont 



du Traquet 3 1 y 

conftrurtdèslafinde mars (/). La femelle 
pond cinq ou fix œufs d'un vert-bleuâtre , 
avec de légères taches ronfles peu appa-^ 
rentes, mais plus nombreufes vers le gros 
bout; le père& la mère nourriflent leurs 
petits de vers & d'infeétes qu'ils ne cef* 
fent de leur apporter -, il femble que leur 
follicitude redouble lorfque ces jeunes 
oî féaux s'élancent hors du nid; il les rap- 
pellent, les rallient , criant fans cède ouif 

& en fortent fi fecrettement , qu'on a moult grand « 
peine à le trouver. Il tait grand nombre de petits, « 
iefqueîs iî abèehe des animaux en vie. » Bélon , 
Nat. des Oi féaux, page g6c. — Le nid du traquet 
elt très- difficile à découvrir, parce que ies détours 
qu'if fait, foit pour en fortir, Toit pour y entrer, 
fur-tout dans le tems où ii a des petits , en ren- 
dent fa recherche prefque toujours infruétueufe 
ou inutile. Iï n'y entre jamais qu'après avoir paifé 
au travers de quelques bluffons du voiiinage ; & 
îorfqu'il en fort, ii file de même dans les buiflons 
jufqu'à une petite diitance. On imagineroit, en 
voyant cet oifeau entrer brufquement dans une; 
broufîaiiie, & ayant dans ie bec un ver ou un in- 
fecte , qu'il porte à fes petits , que fon nid doit fe 
trouver dans cet endroit; mais on y cherche en- 
vain , & ce n'eit qu'au pied des huilions voiiins 
qu'on peut efpérer de le trouver. Note commune 
quie par le fieur Trécourt. 
v ( Ij Nid trouvé à Montbard ïe 30 mars. 

O iij 



5 i 8 Hijloire Naturelle 

tratra ; enfin ils leur donnent encore S 
manger pendant pïufieurs jours. Durefte > 
le traquet eft très-folitaire, on le voit ton- 
jours feul-, hors le tems ou l'amour lui 
donne une compagne (m). Son naturel 
eft fauvage & Ton inftrnd paroît obtus -, 
autant il montre d'agilité dans fon état de 
liberté , autant il eft pefant en domefti- 
cité -, il n'acquiert rien par l'éducation (ri) ; 
on ne l'élcve même qu'avec peine & tou- 
jours fans fruit (o). Dans la campagne , il 



(m) a II ne voie guère en compagnie , ains fe 
99 tient toujours feu!, finon au tems qu'il fait fcs 
petits, qu'ils s'accouplent mâle & femelle. » Bélon, 
Nat. des O'i féaux , page 360. Ram gregatlm volât, 
femper folitarla degens. Aldrovande , tome I 1 , 
page 739 ; du relie il n'en parle que d'après 
Béïon. 

(n) « Le traquet eCî réfléchi : ayant ouvert îa 
»» cage à un de ces oifeaux dans un jardin, au 
*> milieu des arbriiTeaux & au grand foleil , il vola 
99 bientôt fur la porte ouverte , & de-îà regarda plus 
99 d'une minute autour de lui , avant de prendre fa 
9> volée; fa défiance fut fi grande, qu'elle fufpen- 
dit en lui l'amour de la liberté. »» Note commune 
quée par Nf. Hébert. 

( 0) u Les traquets font fauvages, on les élève 
s» avec peine. Ceux que j'ai nourris avoient l'air 
î9 pefant; quelquefois ils avoient des mouvement 



du Traquèt. 3 \ $ 

fe laixTe approcher de très-près , ne s'éloi- 
gne que d'un petit vol fans paroître re- 
marquer le chafleur ; il femble donc ne 
pis avoir aflez de fentiment pour nous 
aimer ni pour nous fuir. Ces oifeaux font 
très-gras dans la faifon $ & comparables , 
pour la délicate/Te de la chair ^ aux bec- 
figues , cependant ils ne vivent que d'in-> 
fe6tes, & leur bec ne paroît point fait 
pour toucher aux graines. Bélon Se Aï- 
drovande ont écrit que le traquet n'eft 
point un oifeau de partage , cela eft peut* 
être vrai pour la Grèce & l'Italie , mais il eft 
certain que, dans les provinces feptentrio* 
nales de France , il prévient les frimats 
& la chute des infeâes , car il part dès le 
mois de feptembre. 

Quelques perfonnes rapportent à cette 
efpèce , l'oifeau nommé en Provence four- 
meiron , qui fe nourrit principalement de 



brufques, mais ils ne fortoient de leur état d'af- *$ 

fo'jpiiîement que pour un inftant; ifs fautoient m 

de tems en tems' fur quelque chofe d'élevé, h 

& y faifoient entendre, à piufieurs reprifes,en «« 

agitant les aiîes & la queue, leur cri de trac , $ 
trot. Note GQmmmiiguée par M, de Qnerhoënt. 

Q iv, 



320 Hijloin Naturelle 

fourmis (p). Le fourmeiron paroit foîr- 
taire & ne fréquente que les mafures 8c 
les décombres -, on le voit , quand il fait 
froid, fe pofer au- deiïus des tuyaux des 
cheminées 3 comme pour fe réchauffer (q). 
A ce trait nous rapporterions plutôt le 
fourmeîron au rofïignol de muraille qu'au 
traquet, qui fe tient conftamment éloigné 
des villes & des habitations (r). 

«!■ . i ■! ■■■ <■■ . i > ■ ,~ - „m .. nu. — 

(p) « Le fourmeîron fe pîace à l'ouverture de 
» la fourmilière, de façon qu'il la bouche entière- 
99 ment avec ion corps, & que les fourmis preffées 
99 de fortir s'embarraifent dans les plumes; alors il 
99 prend i'eflbr, & va dépofer 9 en fecouant fes 
» plumes fur un terrein uni, toute la provifïon 
« dont il eft chargé ; alors la table eft miië pour 
?> lui , & il mange à fon aife tout le gibier de fa 
chafie. Il eft lui-même bon à manger, n Note de 
jV/. Guys, de Marfijlk. 

(q) Suivant M. rs Guys & de Pïo!enc; maïs îe 
dernier, en attribuant cette habitude au fourmeî- 
ron, la juge étrangère aux traquets : & voici fà- 
defîus ce qu'il nous marque. «* Je n'ai pas ouï 
99 dire qu'ils ai marient a fe chauffer ; je crois 
j» même ru être aperçu qu'ils s'éloignent des four- 
99 neaux que l'on fait dans les champs pour brûler 
a» le gazon, ce qui indiqueroit que la fumée leur 
déplaît. 99 Voye\, t f article du rnQîgnol de muraille. 

(r) «« On le voit communément en tous lieux % 
99 mais il ne vient jamais par les haies des villages 
ne des viiiec*» Békm, Nat. des Qi féaux , page 360. 



du TraqueU $ïi 

' ïî y a auffi en Angleterre , & particu- 
lièrement dans les montagnes de Derby- 
shyre, unoifeau que M. Brîïïon a appelé 
le t raque t d'Angleterre (f). Ray dit que 
cette efpèce femble particulière à cette 
île ^ Edwards a donné les figures exa&es 
du mâle & de la femelle ( t ) , & Klein 
en fait mention fous le nom de rojjignot 
à ailes variées ( 0). En effet , le blanc qui 
marque ^ion-feulement les grandes cou- 
vertures , mais auffi la moitié des petites 
pennes les plus près du corps , fait dans 
l'aile de cet oifeau une tache beaucoup 
plus étendue que dans notre traquet com- 
mun. Du refte , le blanc couvre tout le 
devant & le rîelîbus du corps , forme une 
tache au front, & le noir s'étend de-là 



(f) Ficedula fupernè n'gra , infertic alba ; uropy*> 
gio alh & nigio variegaté; macula in fyncipiu can- 
dide , in alis alh à ; remi gibus muioribus exferiàs cl- 
ùis, interiiis aigris, extimâ ex'terms albâ (mais) /i- 
pernè Jordidè fufco virefcens, iïiférnè aléa; macula in 
alis albo flauicante ; nmigihus extériorisas albo-flavi* 
cantibus > interiàs nigricantibus 5 retlncibus Mgricanti- 
bus, extimâ ex tenus albo fimbriatâ, Le traquet d'An- 
gleterre. BriJJbn, tome III, page 436 

(t) Nat. hifi. of Birds , tome I, page 30. 

(uj Lufiiniaalis yariegatis* Kiein, Jy. p. 5.2, n.° i%, 

O Y 



322 Hiflolre Naturelle 

fur le defllis du corps, jufqu'au croupion 
qui eft traverfé de noir & de blanc -, les 
pennes de la queue font noires , les deux 
plus extérieures blanches en dehors & les 
grandes pennes de l'aile brunes. Tout ce 
qui eft de noir dans le mâle , eft dans la 
femelle d'un bru n-verdâtre terni, le refte 
-eft blanc de même *, dans l'un & l'autre le 
bec & les pieds font noirs : Ce traquet 
eft de la gro fleur du nôtre, quoiqu'il pa- 
aroifle particulier à l'Angleterre , & même 
aux montagnes de Derhy , il faut néan- 
moins qu'il s'en éloigne dans la faifon du 
g)aflage , car on a vu quelquefois cet 
oifeau dans la Brie. 

On trouve l'efpèce du traquet depuis 
l'Angleterre (x) & l'Écofle (y), juf- 
qu'en Italie & en Grèce -, il eft très-com- 
mun dans plufieurs de nos provinces de 
France. La Nature paroît l'avoir repro- 
duit dans le Midi fous des formes variées. 
Nous allons donner une notice de ces 
ixaquets étrangers , après avoir décrit une 
efpèce très-femblable à celle de notre tra- 
quet, & qui habite nos climats avec lui, 

(x) Wiliughby. 

(y JSibbald, Scot. îltafe 



m . JX. 



jP/^xizr.^iv. 3 22. 




JL TJlAQraT.j.Li: 3^TTEUXoiLCViIÎI*AKC 



du Tarief. 323 

* LE TARIER (a). 

L'espèce duTarier, quoique trcs-voi-* 
fine de celle du traqtlet ( b ) , doit néan- 



* Voye\ (es planches enluminées, iu° 678, fig. % m 
(a) Motacilla nigticans , fuperciliis albis , macula 
alarum albâ, gulâ flavcfcente. Linnseus, Fauna Sues* 
n.°2i8. Ruhetr. idem, Syjl. Nat. éd. VI, G. 8a 5 
Sp. g é — Idem, Syft* JSIat. éd. X , G. 99, Sp* 18*' 
-— Œnanthe fecunda. WiHughby, Ornit/wl. p$g- 168* 
— r Œnanthe fecunda noftra, feu rubicola. Ray , Synopfl 
Avi* pag. 76, n.° a^ 3. — Curruca major alterz* 
Frifch, avec une belle figure, tab. 22. — Sylvia 
petrarum* Klein, Avi. pag. 78:, n.° 11* — Montai 
mllus Bonomenfium. Aldrovande , tome 1 l } pag* 735 7 
avec une figure peu reconnoiffable. — Mufcicapa 
quart a* Jonfton > Avi* pag- 87. — Mufcipeta unia* 
Schwenckfeïd , Avi. Silef. page 307. — Mufiip&ta 
quarta Jonjïitri. Rzaczynski; Au8t* Bijl. Nat* PoIon m 
pag. 397. — Pajferculi genus folitarium* Gefner, Jccw* 
Jvi. page 50 , avec une mauvaife figure. La même, 
Avi* tous le nom de avicuîa parva. *-r* Tarier, Béïon , a 
fiât, des Oi féaux y page 361. — Ficedula Juperu 
mgricante & rufefcenre paria 'wferuè rufefcens ; venir a 
albo rufefcente j tœniâ fi/pra oculos candidâ- ; guttuie 
Ma , macula duplici iu ails caniidà' r reclricibus late~ 
ralihus prima medietate albis , altéra nigricantibus y 
vpice margint grifeQ-rufefcwtê \ cxtimâ exteriàs $%&* 



324 Hifîoire Naturelle 

moins en être féparée , puifque toutes 
deux fubfîftent dans les mêmes lieux fans 
fe mêler , comme en Lorraine où ces deux 
oifeaux font communs & vivent féparée 
ment-, on les diftingue à des différences 



hriatâ. Rnbetra major Jïve rubicola* BriflTon , Ornith 
«tome III, page 432. 

Le tarier fe nomme en Angleterre, whinchaty 
en Allemagne > flugen - flakerle , flugen - ftakerlin * 
ttodten-vogel; en Siléfie , noeflel-fincke. 

(b) « L'on trouve un autre oyfillon de la graiî- 
9> deur du traquet , différent à tous autres oyfeaux, 
» en mœurs, en vol & en façon de vivre & de 
»> faire fon nid, que les habitans de Lorraine nom- 
99 ment un tarier, vivant par les buifîbns comme fe 
>y traquet, ayant le bec grefle & propre à vivre de 
9$ mouches & vermines comme le deflufdit ( le trar 
55 quet)* Ses ongles, jambes & pieds font noirs, 
9* mais le refte du corps tire au pinçon montain ; 
*» car il a une tache bïanchette au travers de Paelle , 
** comme le pinçon 6c le traquet; toute fois fon 
99 bec Se fa manière de vivre ne permettent pas 
» qu'on le mette entre les montains , parquoi ne 

•>* l'avons voulu féparer du traquet Le mâle 

99 a des taches fur le dos & autour du col r & fa 
» tête comme la grive , & les extrémités des aelles 
« & de la queue quelque peu phénicées, comme 
» au montain ; mais il eft moins moucheté , fomme, 
» que prétendons qu'if foit efpèce de traquet* 9* 
2kion 3 Nau des Oifeaux, pag. 561* 



du Tarier. 525 

d'habitudes, autant qu'à celles du plumage. 
Le tarier fe perche rarement & fe tient le 
plus fouvent à terre fur les taupinières , 
dans les terres en friches , les pâquis éle- 
vés à coté des bois *, îe traquet au contraire 
eft toujours perché fur les buiffons , les 
échalas des vignes > &c. Le tarier eft aufîl 
un peu plus grand que le traquet*, fa lon- 
gueur eft de cinq pouces trois lignes ^ 
leurs couleurs font à peu-près les mêmes y 
mais différemment diftribuées s le tarier a 
le haut du corps coloré de nuances plus 
vives , une double tache blanche dans 
i'aile , & la ligne blanche depuis le coin 
du bec s'étend jufque derrière la tète (c) ; 
une plaque noire prend fous l'œil & cou- 
vre la tempe , mais fans s'étendre comme 
dans le traquet , fous la gorge , qui eft 
d'un rouge - bai clair ; ce rouge s'éteint 
peu-à-peu & s'aperçoit encore fur le fond 
blanc de tout le devant du corps -, le crou- 
pion eft de cette même couleur blanche 5 
mais plus forte & grivelée de noir *, tout 
le deffus du corps jufqu'au fommet de la 
tête > eft taché de brun fur un fond noir s 

m ■ 

(c) Wiilughby, OrmtkoL pag. i6S % 



$i6 Hifloire Naturelle 

les petites pennes & les grandes Couver-* 
tures font noires. Willughby dit que le 
bout de la queue eft blanc : nous obier- 
vons au contraire que les pennes font 
blanches dans leur première moitié de- 
puis la racine -, mais ce Naturalifte lui- 
même remarque des variétés dans cette 
partie du plumage du tarier, & dit qu'il 
a vu quelquefois les deux pennes du mi- 
ïieu de la queue noires avec un bord roux , 
8c d'autres fois bordées de même fur un 
fond blanc. La femelle diffère du mâle 
en ce que fes couleurs font plus pâles, & 
que ïes taches de fes ailes font beaucoup 
moins apparentes. Elle pond quatre ou 
cinq œufs d'un blanc-fale piqueté de noir ; 
du refte , le tarier fait fon nid comme le 
traquet } il arrive & part avec lui y partage 
fon inftinâ folitaire 5 & parok même d'un 
naturel encore plus fauvage \ il cherche 
les pays de montagne -, &, dans quelques 
endroits , on a tiré fon nom de cette habi- 
tude naturelle. Les Oifeleurs Bolonois 
l'ont appelle montanello (d) ; les noms que 

( d ) Montanello 9 montanoro* AIdrovande 3 tom. U > 
r*g- 735- 



du Tarier. yiy 

lui appliquent Klein & Gefner , marquent 
fon inclination pour la folitude dans les 
lieux rudes & fauvages (e). Son efpëcc 
eft moins nombreufe que celle du tra- 
quet (f); il Te nourrit comme lui de- 
vers , de mouches & d'autres infe&es ; 
enfin le tarier prend beaucoup de graiffe 
dès la fin de Tété , & alors il ne le cède 
point à l'ortolan pour la délicateffe. 



(e) Sylvia petrarum* Klein , Avu pag. 78 , n.° 1 r. 
PaJJèrcuU genus.foiitarium. Gefner , Icott. Avu pag. 50* 

( f) « C'eft un oifeau rare à trouver r & quaâ 
auffi difficile à prendre comme le traquet, » Béloa, 
JXat. des Qifcaux , pag. 361, 




328 Hijloire Nature fie 



OISEAUX ÉTRANGERS 

Qui ont rapport au Tr aqu ET 

& au Ta ri e r* 

I. 

Le Traquet ou Tarier du Sénégal.* 
Cet oifeau eft de la grandeur du tarier y 
& paroît fe rapporter plus exaétement à 
cette efpèce qu'à celle du traquet -, il a 
en effet , comme le premier y îa double 
tache blanche fur l'aile, & point de noir 
à la gorge *, mais il n'a pas comme lui la 
plaque noire fous l'œil, ni les grandes 
couvertures de l'aile noires , elles font 
feulement tachetées de cette couleur fur 
un fond brun : du refte, les couleurs 
font à peu-près les mêmes que dans le 
tarier ou le traquet \ feulement elles font 



* Voyei îes planches enluminées, v.° 583 > fig. 1. 
— - Ficedula faturate fnfia ; remigibus inwioribus rufisy 
nctricibus nigris, lattralibus apice alùis. Rubetra Sene~ 
gaknfis. Le traquet du Sénégal. BriJJou ? Ornith. 
tome i H, pagt 441. 



des Oifeaux étrangers. $19 

plus vives fur toute la partie fupérieure 
du corps -, le brun du dos eft d'un roux 
plus clair, & les pinceaux noirs y font 
mieux tranchés. Cette agréable variété 
règne du fommet de la tête jufque fur 
les couvertures de la queue > les pennes 
moyennes de l'aile font bordées de roux, 
les grandes de blanc > mais plus légère- 
ment*, toutes font noirâtres. Les couleurs 
plus nettes au-defîus du corps dans ce 
traquet du Sénégal , que dans le nôtre , 
font au contraire plus ternes fous le corps , 
feulement la poitrine eft légèrement 
teinte de rouge - fauve entre le blanc 
de la gorge & celui du ventre. Cet 
oifeau a été apporté du Sénégal par 
M. Adanfon. 

I I. 

* Le Traquet de i/isle de Luçon (a). 
Ce traquet eft à peine aulîî grand que 
celui d'Europe ? mais il eft plus épais & 



* Voyei les planches enluminées ? n.° 235, fig* 1 , 
îe maie; & fig. 2, ia femeife. 

fa) Ficedula fufco mçricans , macula in alis can- 
àidà ; tadtricibus cauâ<z fuperioribus & infarioribuz 
dèis'f re&ricibus nigriçantibus (mas) ? fupcmè fufca* 



3 30 Hifloïre Naturelle 

plus fort -, il a le bec plus gros &: les 
pieds moins menus-, il eft tout d'un brun- 
noir, excepté une large bande blanche 
dans les couvertures de l'aile, & un peu 
de blanc fombre fous le ventre. La fe- 
melle pourroit , par fes couleurs > être 
prife pour un oifeau d'une toute autre 
efpèce -, un roux-brun lui couvre tout le 
defîous du corps & le croupion 5 cette 
couleur perce encore fur la tête à travers 
les ondes d'une teinte plus brune qui fe 
renforce fur les ailes & la queue , & 
devient d'un brun - roux très - fombre. 
Ces oifeaux ont été envoyés de l'île de 
Luçon , où M. Briilbn dit qu'on les appelle 
maria-capra. 

III. 

Autre Traquet des Philippines. 
Cet oifeau eft repréfenté , n. î8$;fïg.z 
de nos planches enluminées (b). Il eft 



infernè fufco-rufefcevs ; guttare ad albidum verçcnte ; 
uropygio & teêtricièus caudâ fuperioribus dilaté rufis , 
inferioribus firdidè albo-rufefcentibus ', re&ric/bus fuf- 
cis ( faemina ). Le traquet de l'île de Luçon. 
BriJJon , Ornithof. totiu III , page 442. 

(b) Ficedula fupernè irigficans 9 marginlbus pejm$* 



des Oijeaux étrangers. 331 

cFun noir encore plus profond que le 
mâle de Tefpèce précédente -, il a la taille 
plus grande ayant près de lîx pouces y & 
la queue plus longue que tous les autres 
traquets *, il a aufïï le bec & les pieds 
plus forts, la tache blanche de l'aile perce 
feule dans le fond noir à reflets violets de 
tout fan plumage. 

I V. 

* Le grani> Traquet des Philip- 
pines (c). Ce traquet , plus grand que 
le précédent , a un peu plus de iix pouces 
de longueur \ fa tête & la gorge font d'un 



nm uigro-violaceis ? in ferrie nigro-violacea » ca flânes 
n imo ventre admixto ; capte ô* collo nigro-violaceis : 
naculà in dis candidà ; te&ricibus caadœ inferioribia 
ïilutè caftan eh ; reclricibus fplendidè nigricantibas» Le 
;raquet des Philippines, BrijjGii 7 Ornitkol, tom-HI, 
7ag. 444. 

* Voyei les planches enluminées, n.° 185, fig. 2. 

(c) Ficedula fupemè nigro - violacea , ittfernè for- 
ïidè albo - rufefeens ; capite fordidè albo rufefeente ; 
ollo inferius & ad latera dilate caftan eo ; petiote 
inereo fu/co, macula in alis fordidè albâ^ reclricibus 
ïigro viridefeentibus , lateralibus in tenus nignSj extimâ 
ixterius fordidè albo-rufefeente. Le grand traquet des 
Philippines, BriJfon P Ornithol, tonu IU 7 f&g* 446, 



j 3 * Uifîoire Naturelle 

blanc lavé de rougeâtre & de jaunâtre 
par quelques taches. Un large collier 
d'un rouge de tuile lui garnit le cou -, 
fous ce collier une écharpe d'un noir 
bleuâtre ceint la poitrine ., fe porte fur 
le dos & s'y coupe en chaperon aflez 
court par deux grandes taches blanches 
jetées fur les épaules -, du noir à reflets 
violets achève de faire le manteau fur 
tout le defîus du corps jufqu'au bout de 
4a queue de cet oifeau; ce noir cft coupé 
dans l'aile par deux petites bandes blan- 
ches , Tune au bord extérieur vers l'é- 
paule j l'autre à l'extrémité des grandes 
couvertures \ le ventre & l'eftomac font 
du même blanc-rougeâtre que la tête & 
la gorge -, le bec qui a fept lignes de Ion» 
gueur, & les pieds épais & robuftes font 
couleur de rouille. M. BriiTon dit que les 
pieds font noirs, apparemment que ce 
caradlère varie -, les ailes étant pliées , 
s'étendent jufqu'au bout de la queue , 
au contraire de tous les autres traquets , 
où les ailes en couvrent à peine la 
moitié. 



des Oifeaux étrangers. 33$ 
V- 

Le Fitert ou le Traquet de Mada- 
gascar (d). M. Briffon a donné la 
description de cet oifeau, &nous l'avons 
trouvée très-exa&e en la vérifiant fur un 
individu envoyé au Cabinet du Roi ; cet 
Auteur dit qu'on l'appelle jîfcrf à Mada- 
gafcar, & qu'il chante très-bien -, ce qui 
lembleroit l'éloigner du genre de nos 
traquets à qui on ne connoît qu'un cri 
défagréable, & auxquels cependant il 
faut convenir que le fitert appartient par 
plusieurs caractères qu'on ne peut mé- 
connoître. Il eft un peu plus gros que 
le traquet d'Europe : fa longueur eft de 
cinq pouce? quatre lignes; la gorge, la 
tête, tout le defîus du corps jufqu'au 
bout de la queue font noirs -, on voit 
feulement au dos & aux épaules quelques 
ondes roufsâtres; le devant du cou, l'ef- 
ftomac, le ventre font blancs ; la poitrine 

(à) Ficeduk fupernk nigra, permis in apice nfek 
tente fimfnatis, infenè albâ; p^ore rufo , macula in 
«Us candidâ-, rcHridbm nigris. Le traquet de Macla- 
galcar. Bnfon, Ornithol, tom. UI, F ag. 439. 



334 Hiftoire Naterdle 

eft rouflc y le blanc du cou tranche entré 
le noir de la gorge & ie roux de la 
poitrine , & il forme un collier -, les 
grandes couvertues de l'aile les plus près 
du corps font blanches , ce qui fait une 
tache blanche fur l'aile -, un peu de blanc 
termine aufîi les pennes de l'aile du coté 
intérieur , & plus à proportion qu'elles 
font plus près du corps. 

V L 

Le grand Traquet. C'eft arec raifon 
que nous appelons cet oifeau grand tra* 
quet : il a fept pouces un quart du bout 
du bec à l'extrémité de la queue , & fix i 
pouces & demi du bout du bec jufqu'au 
bout des ongles *, le bec eft long d'un 
pouce , il .eft fans échancrures -, la queue, 
d'environ deux pouces , eft un peu four- 
chue, l'aile pliée en couvre la moitié*, le 
tarfe a onze lignes -, le doigt du milieu 
fept , celui de derrière autant , & fon 
ongle eft le plus fort de tous. M. Com- 
merfon nous a laiffé la notice de cet oi- 
feau fans nous indiquer le pays où il Ta 
VU; mais la defeription que nom en don* 



des Oifeaux étrangers. 3 3 y 

nom ici, pourra fervir à le faire recon- 
noî.tre & retrouver par les Voyageurs. 
Le brun eft la couleur dominante de fon 
plumage *, la tête eft variée de deux teintes 
brunes -, un brun-clair couvre le deffu-s du 
cou & du corps ; la gorge eft mêlée de 
brun & de blanchâtre ; la poitrine eft 
brune , cette couleur eft celle des cou- 
vertures de l'aile & du bord extérieur des 
pennes , leur intérieur eft mi-partie de 
roux & de brun , & ce brun fe retrouve 
à l'extrémité des pennes de la queue , & 
couvre la moitié de celles du milieu , le 
refte eft roux , & le dehors des deux plu- 
xnes extérieures eft blanc ;, le deflous dii 
corps eft roufsâtre, 

V I I> 

Le Traquet du cap de Bonne-espe- 
îiance. M. de Rofeneuvetz a vu au cap 
de Bonne -efpérance , un traquet qui n'a 
pas encore été décrit par les Naturaliftes. 
Il a fix pouces de longueur*, le bec noir, 
long de fept lignes , échancré vers la 
pointe *, les pieds noirs r, le tarfe long 
il un pouce ) tout Iç deflus du corps, y À 



3 5 S Hifîoire Naturelle 
compris le haut du cou & de la tête , eft 
d un vert très-brun -, tout le deflous du 
corps eft gris , avec quelques teintes de 
roux-, le croupion eft de cette dernière 
couleur -, les pennes & les couvertures de 
l'aile font brunes avec un bord plus clair 
Jans la même couleur*, la queue a vingt- 
deux lignes de longueur, les ailes pliées 
la recouvrent jufqu au milieu, elle eft un 
peu fourchue -, les deux pennes du milieu 
font d un brun noirâtre -, les deux latérales 
font marquées obliquement de brun fur 
un fond fauve , & d'autant plus qu elles 
font plus extérieures- Un autre individu 
de la même grandeur , rapporté égale- 
ment du cap de Bonne - efpérance par 
M. de Rcfeneuvetz , & placé au Cabinet 
du Roi , n eft peut-être que la femelle-, 
du précédent. Il a tout le defliis du corps 
Simplement brun-noirâtre -, la gorge blan- 
châtre, & la poitrine ronfle : nous n'a- 
vons rien appris des habitudes naturelles 
de ces oifeaux-, cependant cette connoif- 
fance feule anime le tableau des êtres vi- 
vans, & les préfente dans la véritable 
plaçe qu ils occupent dans la Nature 
Mais combien de fois, dans Thiftoire de: 

animaux . ' 



des Oifeaux étrangers. 337 

animaux , n'avons-nous pas fenti le regret 
■d'être ainiî bornés à donner leur portrait 
& non pas leur hiftoire ! cependant tous 
ces traits doivent être recueillis & pofés 
au bord de ia route îmmenfe de l'obfer- 
vation , comme fur les cartes des Navi- 
gateurs font marquées les terres vues de 
loin -, & qu'ils n'ont pu reconnoître de 
plus près* 

VIII. 

Le CtIGNOT ou Traquet a lunette. 
Un cercle d'une peau jaunâtre pliflée tout 
autour des yeux de cet oifeau , & qui: 
femble les garnir de lunettes , eft un carac- 
tère fi fingulier qu'il fuffît pour le difthi- 
guer. M, Gommer fon l'a rencontré fur la 
rivière de la Plata vers Montevideo , & 
les noms qu'il lui donne, font relatifs à 
cette conformation fingulière de l'exté- 
rieur de (es yeux (e). Il eft de la gfàn* 



(t ) Perfpiciltarias, ui&itarius ? Uchenops ; Clignât* 

Oifeaux, Tome IX P. 



338 Bijîoire Naturelle 

deurdu chardonneret, mais plus épais de 
corps -, fa tête eft arrondie , & le fommet 
en eft élevé -, tout fon plumage eft d un 
beau noir , excepté la tache blanche dans 
i'aile qui l'affimiie aux traquets : cette 
tache s'étend largement par le milieu des 
cinq premières pennes, & finit en pointe 
yers l'extrémité des fix , fept & huitième. 
Dans quelques individus, on voit auiïikiti 
blanc aux couvertures inférieures de la 
queue *, dans les autres , elles font noires 
comme le refte du plumage -, 1 aile pliée 
n'atteint -qu'à la moitié de la queue qui 
eft longue de deux pouces , carrée lorf- 
qu'elle eft fermée , & formant ,, quand 
elle s'étale , un triangle prefque équila- 
iéral -, elle eft compofée de huit pennes 
égales*, le bec eft droit, effilé, jaunâtre à 
la partie fupérieure , légèrement fléchi en 
crochet à l'extrémité -, la langue eft mem- 
braneufe , taillée en flèche à double pointe •, 
îes yeux font ronds avec l'iris jaune & la 
prunelle bleuâtre. Cette fingulière mem- 
brane, qui fait cercle à l'entour, n'eft appa- 
remment que la peau même de la pau- 
pière nue & plus étendue qu'à l'ordinaire ^ 



des Oifeaux étrangers. 359 

& par conféqueiit affez ample pour for- 
mer plufieurs plis -, c'eft du moins l'idée 
que nous en donne M. Commerfon , lors- 
qu'il la compare à du lichen ridé (/) , 
& qu il dit que les deux portions de cette 
membrane frangée par les bords , fe rejoi- 
gnent quand i'oifeau ferme les yeux -, on 
doit remarquer de plus dans l'œil de cet 
oifeau la membrane clignotante qui part 
de l'angle intérieur -, les pieds & les doigts 
aflez menus, font noirs -, le doigt de der- 
rière eft le plus gros , & il eft auffi long 
que ceux du devant, quoiqu'il n'ait qu'une 
feule articulation -, & fou ongfë eft le plus 
fort de tous* Cet oifeau auroit-il été pro- 
duit feui de fon genre & ifolé au milieu 
du nouveau continent ? c'eft du moins le 
feul de ces régions qui nous foit connu , 



(f) Crlfpatur in marglne fimbriata ( membrana civ- 
ctim-ocularis ) eodem plané modo ac ea lichenis fpecies 
qu& veterum te&orum tegulas lateritias obfiiet. Oculis 
conniventibus, hœc membrana horizon taliter deprimitur , 
& utraque medietate collimat. îta ut trans ejufdem ri- 
mam , avis , fi luhet, aliquatenus perfpicere poffit. Prœ- 
tzrea adefi membrana , nidthans , ex interiore oculi can* 
tho deducenda , pellucida , fubtilijjima. 

p fj 



3 40 JJiJlolre Naturelle 

comme ayant quelque rapport avec nos 
traquets*, mars Ces reffeinblances avec eux 
font moins frappantes que le caractère 
qui l'en diftingue , & que la Nature lui 
a imprime comme le fceau de ces régions 
étrangères qu il habite. 




du Motteux. 3 4 1 

— ■■ ... ■ ■ ■*■ i i lr i m. . i ■ i .... ii ..,..-. imm 

* LE MOTTE UX, 

ANCIENNEMENT VITREC > 

vulgairement CUL-BLANC (a)< 

Kjvt oiseau eft commun dans nos cam- 
pages , fe tient habituellement fur les 



* Voyz\ les planches enluminées,/;. 554 ,jÇg. 1, 
le mâie ; & figure 2 , la femelle. 

( a ) En Grec , ©'ivàvSa , fuivant Béîon ; en Latin, 
vitiflora; en Italien * culo biarïco', en Ànglois., white* 
tait , falhw-fmiter , wheat-ear , horfe-matcA ; en Sué^ 
dois iftenfguetta ou fîenfgwaata , félon M. Linnaeus ; 
en Sologne, traîne - charrue , garde- charrue , tourne- 
motte , cajjè-motte ou motteux ; trotte-chemin , aux 
environs de Romorentin ; en Beauce , artile , ar~ 
guille , moterelk ; & {es petits, mottereaux. ( Salerne.) 

Œnanthe. Gefner , Av'u pag. 629. — Jonfton , AvL 
page 88- — Linnaeus, Syfl. Nat. éd. VI, G. 82 , 
Sp. 4. Œnanthe fîve vitiflora. Aidrovande , Avi* 
tome II, page 762, avec une mauvaife figure, 
■— Ray,5ytt0/?/T pag. 75,n.%, 1. — Wiîlughby, 
Ornithoi page 168 , avec fa figure empruntée d\Ai- 
drovande, pi 41. Œnanthe Jriflotelis ; vitiflora fm 
vitifera. Charîeton , Exercit page 97, n° 13. Idem 1 
Onomafi. page 91 , n.° 13. *-— Sylvia buccis nigrh° 
Klein , AvU page 78^ n.° 9. — Motaciila iorfocano, 

F iij 



34* Hijloire Naturelle 

mottes dans les terres fraîchement labou- 
rées, & c'eft de-là quil eft appelé mot- 
teux ; il fuit le Cillon ouvert par la char- 
me pour J chercher les vermifleaux dont 
il fe nourrit-, lorfqu'on le fait partir, il 
ne s'élève pas , mais il rafe la terre d'un 
vol court & rapide , & découvre en fuyant 
îa partie blanche du derrière de fon corps , 
ce qui le fait diftinguer en l'air de tous 
les autres oifeaux, & lui a fait donner , 
par les chafîeurs, le nom vulgaire de ad» 



fronte albâ , oculomm , regionibus aigris. Linnseus , 
Fauna iuzcca^ n° 217. — Motacilla darjo cajio , 
f rente albâ , oculorum fafciâ nigrâ , Œiianthe, Idem^ 
£yft. Nat. éd. X, G. 79, Sp. 17. Currua major 
pe&ore fubluteo. Frifch , avec deux belles figures , 
f une du maie , l'autre de la femelle. — Od-èlanc 
eu pitrec. Bélon ? Nat. des Oifeaux , page 352, avec 
■une mauvaife figure. Idem* Portrait d'oif pag. 88. 
— Coul-blanc. Aibin , tome. I , page 49, avec une 
ligure très-mal coloriée du mâle ; & tome 111 , 
page 23 , avec une figure aufîi mauvaife , fous le 
nom de femelle du cou-blanc. — Ficedula fupemè 
grifa , fnlvo ad umbrata , ivfemè rufefeens ; fyncipiîe 
& taenia fbpra oculos àlbo-iufefcentibus' 9 ( taenia infra 
eculos , mas ) refir'xibus prima medietate albis , altéra 
mgricatitibus , vitiflora. Le cul -blanc ou vitrée ou 
motteuxo Bnfibfl, prnithol tome III 9 page 449* 



du Motteux. 34 j 

blanc ( b ) -, on le trouve aufîî affez fou- 
vent dans les jachères & les friches , où 
il vole de pierre en pierre , & fembïe 
éviter les haies & les huilions fur lefquels 
il ne fe perche pas aufîi fouvent qu'il 
fe pofe fur les mottes. 

Il eft plus grand que le tarier & plus 
haut fur les pieds , qui font noirs & grê- 
les : le ventre eft blanc, ainfi que les cou-v 
vertures inférieures & fupérieures de la 
queue , & la moitié à-peu-près de fes 
pennes , dont la pointe eft noire -, elles 
s'étalent quand il part, & offrent ce blanc 
qui le fait remarquer*, l'aile dans le mâle 
eft noire, avec quelques franges de blanc- 
roufsâtre-, le dos eft d'un beau gris-cen-* 
dré ou bleuâtre , ce gris s'étend jufque 
fur le fond blanc y une plaque noire prend 
de l'angle du bec, fe porte fous l'œil 6c 
s'étend au-delà de l'oreille -, une bandelette 
blanche borde le front oc paffe fur les 
yeux. La femelle n'a pas de plaque ni de 



(b) <* Tout le deftbus du ventre, comme anOï 
çfefTous & deOus le croupion , & partie d^ la « 
queue font blancs , dont if a prins le furnom de %% 
cul- blanc* » Bélon, Nat. des i féaux , page 352. 

F iv 



344 Hi/Ioire Naturelle 

bandelette -, un gris-roufsâtre règne fur fou 
plumage , par-tout où celui du mâle eft 
gris-cendré -, fon aile eft plus brune que 
noire , & largement frangée jufque def- 
icus le ventre-, en tout, elle refîemble au- 
tant ou plus à la femelle du tarier qu'à 
fon propre mâle *, & les petits refïemblent 
parfaitement à leurs père & mère dès l'âge 
de trois femaines 5 tems auquel ils pren- 
nent leur eflbr. 

Le bec du mottenx eft menu à la pointe 
& large par fa bafe, ce qui le rend très- 
propre à faifir & avaler les infe&es fur 
ïefquels on le voit courir , ou plutôt s'é- 
lancer rapidement par une fuite de petits 
î mts (c) y il eft toujours à te*re , fi on le 
fait lever , il ne s'éloigne pas & va d'une 
motte à l'autre, toujours d'un vol affez 
court & très-bas -, fans entrer dans les bois - 
ni fe percher jamais plus haut que les haies 
Jbafîes ou les moindres huilions : pofé a iï 

fc— — i » m ii i n m < m i iiiiw , il n ■ il n i il M 

( c ) t< Iïs courent mouît vite fur îa terre 

« fon manger eft tant de verms de terre que de 
99 chenilles qu'il trouve fur fes herbes, li fuit com- 
« munément les charrues & ie labourage pour 
r> manger les vermines qu'il trouve en ïa terre ren- 
verfée du foc» » Béiçn Nat. desOiieaux ; /wg. 352, 



du Motteux. 3 4 y 

balance fa queue & fait entendre un fou 
affez fourd , titreu , tïtrtû , & c'eft peut- 
être de cette expreffion de fa voix qu'on 
a tiré fon nom de vitrée ou titrée; & tou- 
tes les fois qu'il s'envole , il femble aufîî 
prononcer affez diftin&ement & d'une 
voix plus forte far-far > far-far \ il répète 
ces deux cris d'une manière précipitée. 

II niche fous les gazons & les mottes 
dans les champs nouvellement labourés y 
ainfi que fous les pierres dans îes friches, 
auprès des carrières, à l'entrée des terriers 
quittés par les lapins (d) , ou bien entre- 
les pierres des petits murs à iec dont on 
fait les clôtures dans les pays de monta- 
gnes -, le nid fait avec foin, eft compofé 
en-dehors de mouffe ou d'herbe fine, & 
de plumes ou de laine en-dedans , il eft 
remarquable par une efpèce d'abrit placé 
au-deffus dîii nid & collé contre la pierre 
ou la motte fous laquelle tout l'ouvrage 
eft confinait*, on y trouve communément 
cinq à lïx œufs (e) , d'un blanc-bleuâtre 



(à) Tn cuniculoTum foiamlmbus définis nidifiect* 
_WiHughby, page 56g* 
(<t) Héioiu 



346 Hiflolre Naturelle 

clair, avec un cercle au gros bout d'un 
bleu plus matte. Une femelle prife fur 
fes œufs, avoit tout le milieu de Tefto* 
mac dénué de plumes , comme il arrive 
aux couveufes ardentes -, le mâle affec- 
tionné à cette mère tendre , lui porte pen- 
dant qu'elle couve , des fourmis & des 
mouches*, il fe tient aux environs du nid , 
& lorfqu'il voit un pallant, il court ou 
vole devant lui , faifant de petites pofes 
comme pour l'attirer , & quand il le voit 
affez éloigné , il prend fa volée en cercle 
& regagne le nid. 

On en voit des petits dès le milieu de 
mai y car ces oifeaux, dans nos provinces, 
font de retour dès les premiers beanx 
jours vers la fin de mars (f) \ mais s'il 
lurvient des gelées , après leur arrivée , ils 
périiîent en grand nombre y comme il 
arriva en Lorraine en 1767 (g) *, on en 
voit beaucoup dans cette province , fur- 
tout dans la partie montagneufe 5 ils font 
également communs en Bourgogne & en 
Bugey , mais en Brie on n'en voit guère 

mm. ■ ..m i ■!■■■■■ IMIWIWINH »mrm .i OT— m 

(f) M. Lottinger* 

(g) 1dm. 



du Motteux. 347 

que fur la fin de l'été (A) : en général , 
ils préfèrent ies pays élevés , les plaines 
en montagnes & les endroits arides. On 
en prend grand nombre fur les Dunes 
dans la province de Suflex vers le com- 
mencement de l'automne 5 tems auquel 
cet oifeau eft gras & d'un goût délicat. 
Willughby décrit cette petite chafïe que 
font dans ces cantons les bergers d'Angle- 
terre ( i :) \ ils coupent des gazons & les 
couchent en long à côté & au-deflus du 
creux qui refte en place du gazon enlevé , 
de manière à ne laifïer qu'une petite tran- 
chée , au milieu de laquelle efî tendu un 
lacet de crin. L'oifeau entraîné parle dou~ 
ble motif de chercher fa nourriture dans 
une terre fraîchement ouverte , & de fe 
.cacher dans la tranchée, va donner dans 
ce piège -, l'apparition d'un épervier & 
même l'ombre d'un nuage, -fiiSît pour IV 
précipiter •, car on a remarqué que cet 
oifeau timide fuit alors & cherche à fe 
cacher (£). 

f i ■•■■■* m ; ii- n -r i m ii i ■ ■ y 

(h) M. Hébert. 

(i) Ornithologie,^^ 1 68» 

(kj Albin, tome. J , page 49. 

Ftj 



3 4& HiJIoire Naturelle 

Tous s'en retournent en août & fep- 
tembre, & l'on n'en voit plus dès la fin 
de ce mois*, ils voyagent par petites trou- 
pes j & du refte ils font aflez folitaires *, il 
irëxifte entr'eux de fociété que celle du 
mâle & de la femelle. Cet oifeau a l'aile 
grande (/) , & quoique nous ne lui 
voyons pas faire beaucoup d'ufage de fa 
puiiïance de vol , apparemment qu'il 
ïcxcrce mieux dans Ces migrations •, il 
faut même qu'il Tait déployée quelque- 
fois , puiïqu'il eft du petit nombre des 
oifeaux communs à l'Europe & à l'A fie 
méridionale > car on le trouve au Ben- 
gale (m) 9 & nous le voyons en Europe 
depuis l'Italie (72) jufqu'en Suède (o). 

(/) M- Briilbn dit que la première des pennes 
c!e Paile eft extrêmement courte; mais la plume 
qu'il prend pour la première des grandes pennes 
n'eft que la première des grandes couvertures, im- 
plantée fous la première penne , & non à côté. 

(/?r) Edwards, Préface, page 12. IVlieah-ear. 

( // ) Quc-e culo bianco apud nos appdlatur prorfus 
quidem deferiptioni Bellonii correfpondet. Aldrovande, 
jivi. tome II, page 762. — îtatfs circa Ferrariam 
ùv.s quceâam culo bianco appdlatur vu! go ? quœ vermi- 
lus , muftis y cV al'dè in fiel' s ve futur \ ut audio > & 
degit in agris procifeis. Geiner .* page 604. 

(0) Linn^us, Fauna Suecica 7 iu° 217, 



du Motteux. î45> 

On pourroit le reconnoître par les 
feuls noms qui lui ont été donnés en 
divers lieux v on l'appelle dans nos pro- 
vinces j motteux , tourne-motte 5 brife- 
motte & terraffbn , de fes habitudes de 
fe tenir toujours à terre & d'en habiter 
les trous , de fe pofer fur les mottes , & 
de paraître les frapper en fecouant fa 
queue. Les noms qu'on lui donne en 
Angleterre, défignent également un oi- 
ieau des terres labourées & des friches , 
& Un oifeau à croupion blanc (p) v mais 
le nom grec œnanthe , que les Natura- 
liftes , d'après la conjecture de Bélon 3 
ont voulu unanimement lui appliquer 3 
n'eft pas auffi car*iâ:ériftique ni auffi ap- 
proprié que les précédens. La feule ana- 
logie du mot œnanthe à celui de vitiflora, 
& de celui-ci à fon ancien, nom vitrée % 
a déterminé Bélon à lui appliquer celui 
& œnanthe (q) 3 car cet Auteur ne nous 



Cp ) Whcat-ear , failow-fmiter , whire-talL 

(<7) « Si ce n'euit eité que l'avons veu voler 

par-deiïus les bluffons de Crète, n'euflïons « 

ofé l'affermer avoir quelque nom ancien , & «* 

de fait ne lui en trouvons aucun plus conve* <* 



3J0 Hijîoire Naturelle 

explique pas pourquoi ni comment en 
l'a dénommé oijeau de fleur de vigne 
(œnanthe). II arrive d'ailleurs avant le 
tems de cette fîoraifon de la vigne , 
il refte long-tems après que la fleur eft 
paffée-, il n'a donc rien de commun avec 
cette fleur de la vigne. Àriftote ne carac- 
térife l'oifeau œnanthe «, qu'en donnant 
à fon apparition & à Ton départ , les mêmes 
tems qu'à l'arrivée & à l'occultation du 
coucou (r). 

M. BrifFon compte cinq efpèces de 
ces oifeaux -, i.o le cul-blanc -, 2.° le 



99 nabîe que de îe nommer en grec œnanthe , que 
99 Gaza tourne en latin vitiflora, qui eft appellation 
99 conforme à ce queles François îe difent un vitrée. » 
Bélon, Nat. des Oifeaux, page 352. 

(r) Cuculus immutatur colore & vocem nimis expia- 
uat , cum fe abditurus efl , quod facere exortu cankulœ 
fokt ; apparere antem iucipit ab uieunte père ad eju$- 
fyderis ertunu Ahditur & ea quam tenant ham guident 
appellani , ac Ji vitifloram dixeris , exortu ejufdem fyderis r 
tecafu veto appartt. Vitat enim interdum frigora^ alias 
éeftum- Ariftote , Hifi. Animal, lib. IX, cap- XLIX. 
Pline parle de même de l'occultation de Pœnanthe 
( lib. X , cap. 29 ). Et îe P. Hardouin fur ce paf- 
iage eft ii éloigné de croire que le cul-blanc foit 
J'œnamhe ? qu'il penfe que c'eft un oifeau de 
nuit. 



du Motteux.. 5 5 1 

cul-blanc gris qu'il ne diftingue de 
l'autre que par cette épithète , quoique 
le premier foit également gris *, la ditté- 
rence prife d'après M. Linnams , qui en 
fait une efpèce particulière (f) , eon-fifte 
en ce qu'il a de petites ondes de blan- 
châtre à travers le gris teint de fauve, 
qui les couvre également tops deux» 
M. Briiîon ajoute un autre petite diffé- 
rence dans les plumes de la poitrine , 
qui font, dit- il,, piquetées de petites 
taches grifes-, & dans celles de la queue, 
dont les deux du milieu 11 ont point de 
blanc , quoique les autres en aient jus- 
qu'aux trois qliarts -, mais les détails mi- 
nutieux de ces petites nuances de cou- 
leurs y feroient aifément plufieurs efpèces 
d'un feul & même individu -, il fuflîroit 
pour cela de les prendre un peu plus 
près ou un peu plus loin du tems de 



(f) Motacilia pe&ore abdomineque palli'o ? re&ricir 
bus exteriàs albis , dorfo uiidulato, Fauna Suecica 7 
v.° 219. — Motacilia fubtus pallida r re&ricibus intror- 
fum albis , dorfo undulato. Linnaeus, Syft* Nat. éd. X ? 
Gen. 99, Sp. 17 >vawu u 



3 J z Uijîoire Naturelle 

îamtie (r). Ce n'eft point faiiîr la touche 
de la Nature que de la confidérer ainfi \ 
les coups de pinceau dont elle fe joue à 
ïa fuperfice fugitive des êtres, ne foot 
point le trait de burin fort & profond 
dont elle grave à l'intérieur le cara&ère 
de l'efpèce. 

3. Après le cul-blanc gris , M. Brîflbn 
fait une troifième'efpèce du cul -blanc 
cendué (u); mais les différences quil 
indique font trop légères pour les féparer 
l'un de l'autre 5 d'autant plus que l'épi- 
thète de cendré , loin d'être diftinétive 3 



(t ) Des petits cul-bîancs pris ïe 20 mai, avoîent 
Je deffus du corps brouillé de roufsâtre & de biun ; 
les plumes du croupion font blanchâtres, rayées 
légèrement de noir; la gorge & le de flous du corps 
roux, pointillé de noir, toute cette livrée tombe à 
la première mue. 

(u) Ficedula fupernè cinereo alba , grifeo-fufio ad- 
mixto > infernè aiba ; uropygio grifeo-ftifeo ; collo info- 
rme albo ru fe fiente ; fyucipite cendido ; macula infra 
vculos nigrâ , rectricibus binis intermediis prima medic- 
tate albis , altéra uigricantibus , lateralibus albis , ni- 
grlcante terminatis , tribus utrimque extimis in apice 
albido fimbriatis. Vitiflora cinerea , le cul -blanc cen- 
dré. Briffon , Ornithoh tome 1U 7 f*g e 457» 



au Motte ux. 353 

convient pleinement au cul-blanc com- 
mun 5 dont celui-ci ne fera qu'une fimple 
variété. Voilà donc trois prétendues es- 
pèces qu'on peut réduire à une feule. 
Mais la quatrième & la cinquième efpèces 
données de même par M. Brifîon , ont 
des différences plus fen(ible$-, favoir , le 
motteux ou cul-blanc roufs âtre (x) > 8c 
le motteux ou cul-blanc roux. 

Le motteux ou cul-blanc roussatre 
qui fait la quatrième efpèce^de M, Brifîon , 
eft un peu moins gros que le motteux 
commun , & n'a que fîx pouces trois lignes 
de longueur -, la tête, le devant du corps 
& la poitrine 5 font, d'un blanchâtre mêlé 
d'un peu de roux*, le ventre & le crou- 
pion font d'un blanc plus clair ; le defîus 
du cou & du dos eft roufsâtre-clair -, on 
pourroit aifément prendre cet oifeau pour 



(x) Fkeâtda alha , veriice dorfo fuperlere & pec~ 
tare dilutè rufefcentièus : tœniâ per oculos nigrâ ; reâtri- 
cibus duahus intermediis nigris, lateralibus alhis ». utnrn* 
que vtrsîis aplcem nigro fmbriatis. Vivflora ru fe fans ». 
ïe cui-btanc roufsânre. Briffon, Ornithol. tome III % 
p*ge 457. 



354 Hifloire Naturelle 
la femelle du cul-blanc commun , s'il ne 
fe trouvoit des individus avec le caraâère 
du mâle , la bande noire fur la tempe 
du bec à l'oreille 5 ainiî , nous croyons 
que cet oifeau doit être regardé comme 
une variété , dont la race eft confiante 
dans Tefpèce du motteux. On le voit en 
Lorraine vers les montagnes , mais moins 
fréquemment que le motteux commun (y) -, 
il fe trouve aux environs de Bologne en 
Italie -, Aldrovande lui donne le nom de 
Jhapaiiino (jj). (M. Briflbn dit auffi 
qu'il fe trouve en Languedoc , & qu'à 
Nîmes on le nomme raynauby. 

La cinquième efpèce donnée par 
M. Briflon , eft le motteux ou cul- 
*lanc roux {a); le mâle & la femelle 
ont été décrits par Edwards (b) \ ils 

m * ■ i ■ '■ ..i m .. i .... i .i i ■ ii i m 11 

(y) M. Lottinger. 

(l) Aldrovande, Av'u tome II, page 764. 

(a) Ficedula rufo flavefcens; uropygio & imo ventre" 
fitbis f genis & gutture nigris , masy ; ( tamâ per oc//-' 
los nigrâ gutture albo , feemina ) \ reâfricibus duabui 
iutermediis mgris , lateralibus alhis nigw fimbtictisï 
Vitiftora rufa, le cul -blanc roux. Brijjbn, Ornithofë 
Unie IIÏ, page 459. 

(b) Ti-e redor rujfet-cohltr'd , n>!ieat-ear t Edwards , 



du Motteux. 5jj 

ttvoïent été envoyés de Gibraltar en 
Angleterre. L'un de ces oifeaux a non- 
feulement la bande noire du bec à To^ 
reille, mais auflî toute la gorge de cettQ 
couleur , caradtère qui manque à l'autre 
dont la gorge eft blanche, & les couleurs 
plus pâles *, le dos, le cou & le fommet de 
la tête, font d'un roux-jaune -, la poitrine 3 
ïe haut du ventre & les côtés , font d'un 
jaune plus foible *, le bas-ventre & ïe 
croupion font blancs*, la queue eft blan- 
che , frangée de noir , excepté les deux 
pennes du milieu qui font entièrement 
noires*, celles del'aii x e font noirâtres, avec 
leurs grandes . couvertures bordées de 
brun-clair. Cet oifeau eft à-peu-près de 
ïa grofleur du motteux commun. AIdro- 
vande (c)> Willughby (d)ôcRay(e), 



Hift. of.Birds, pag. 31.—- Motacilla ferruginea^ areâ 
ocufonim , cl s , caudâque fufcâ , reStricibus extunls la- 
tere albis. Motacilla Hifpanica. Linnaeus, Syft, NaU 
éd. X, Gen. 99, Sp. 16. 

(c) Avi. tome 1 1 , pa«e 763. 

(</) Omithvl. page 168. 

(e) Synopf. p^ge 76, n. e 2. Ceft îe fyhn& y feu 
nigricilla guitare nigro , mgnfqiu aiis corpors, aruginofi 
de Klein 7 Avi* page 80 , n.° 26- 



35^ ÏJijloire Naturelle 

en parlent également fous le nom d'eenan* 
the altéra* On petit regarder cet oifeau 
comme une efpèce voiïine du motteux 
commun , mais qui eft beaucoup plus rare 
dans nos provinces tempérées. 




des Oifeaux étrangers. 557 
OISEAUX ÉTRANGERS 

Qui ont rapport cm Motteux* 

I. Le grand Motteux ou cul-blanc 
du cap de Bonne- espérance. M. de 
Rofeneuvetz nous a envoyé cet oifeaii 
qui n'a été décrit par aucun Naturalifte , 
il a huit pouces de longueur -, fon bec a 
dix lignes -, fa queue treize , & le tarfe 
quatorze j il eft, comme Ton voit, beau- 
coup plus grand que le motteux d'Eu- 
rope-, le delfus de la tête eft légèrement 
varié de deux bruns dont les teintes fe 
confondent-, le refte du deflus du corps 
eft brun-fauve jufqu'au croupion , où il y 
a une bande tranlveriale de fauve-clair* 
la poitrine eft variée comme la tête de 
deux bruns brouillés &.peu diftinéts -, la 
gorge eft d'un blanc-fale ombré de brun v 
le h-iutdii ventre & les flancs font fauves y 
le bas-ventre eft blanc-fale, & les couver- 
tures inférieures de la queue fauve-clair, 
mais les fupérieures font blanches 9 ainft 
que les pennes jufqu à la moitié de leur 






3 5 8 J&ijloire Naturelle 

longueur -, le refte eft noir terminé de 
blanc-fale , excepté les deux intermédiai- 
res , qui font entièrement noires & termi- 
nées de fauve -, les ailes , fur un fond 
brun, font bordées légèrement de fauve- 
clair aux grandes pennes , & plus légère- 
ment fur les pennes moyennes & fur les 
couvertures. 

II. Le mottïux ou cul-blanc 
brun-verdatre. Cette efpèce a été rap- 
portée, comme la précédente, du cap de 
Bonne-efpérance, par M. de Rofneuvetz ; 
elle eft plus petite , l'oifeau n'ayant que 
/ix pouces de longueur *, le defiiis de la 
tëtc & du corps eft varié de brun -noir 
& de brun-v.erdâtre \ ces couleurs fe mar^ 
quent & tranchent davantage fur les cou- 
vertures des ailes : cependant les grandes, 
comme celles de la queue, font blanches, 
la gorge eft d'un blanc-fale-, enfuite on 
voit un mélange de cette teinte & de 
noir fur le devant du cou -, il y a de l'o- 
rangé fur la poitrine qui s'afFoibiit vers le 
bas du ventre -, les couvertures inférieures 
de la queue font tout-à-fait blanches -, les 
pennes font d'un brun-noirâtre , & les 



des Oifeaux étrangers. 359 

latérales font terminées de blanc. Cet 
oifeau a plus encore que le précédent , 
tous les caraétères de notre motteux 
commun , & l'on ne peut guère douter 
qu ils n'aient à-peu-près les mêmes habi- 
tudes naturelles. 

III. Le Motteux du Sénégax , re- 
pré fente dans nos planches enluminées , 
n.° $83 y fig- 1 , eft un peu plus grand 
que le motteux de nos contrées , & ref- 
femble très-exaéfcement à la femelle de 
cet oifeau , en fe figurant néanmoins la 
teinte du dos un peu plus brune, & celle 
de la poitrine un peu plus rougeâtre ; 
peut-être aufïï l'individu fur lequel a été 
gravée la figure 5 étoit dans fon efpèce 
une femelle. 




$6o Hijîolre Naturelle 



LA LAVANDIERE 

ET LES 

BERGERETTES ou BERGERONETTES. 

L'on a souvent confondu la Lavan- 
dière & les Bergeronettes -, mais la pre- 
mière fe tient ordinairement au bord 
des eaux, & les bergeronettes fréquen- 
tent le milieu des prairies & fuivent les 
troupeaux : les unes & les autres volti- 
gent fouvent dans les champs autour du 
laboureur , & accompagnent la charrue 
pour faifir Les vermiffeaux qui fourmil- 
lent fur la glèbe fraîchement renverfée* 
Dans les autres faifonS , les mouches que 
le bétail attire & tous les infedtes qui 
peuplent les rives des eaux dormantes 
font la pâture de ces oifeaux \ véritables 
gobe- mouche s à ne les confidérer que 
par leur manière de vivre, mais difîérens 
des gobe-mouches proprement dits , qui 
attendent & chaflent leur proie fur les 
arbres, au lieu que la lavandière & les 
bergeronettes la cherchent & la pour- 

fuivent 



de la Lavandière. $6t 

fuivent à terre. Elles forment enfemble 
une petite famille d'oifeaux à bec fin, à 
pieds hauts & menus , & à longue queue 
qu'elles balancent fans ceife 5 & c'eft de 
cette habitude commune 3 que les unes & 
les autres ont été nommées motacilla [a) > 
par les Latins , & que font dérivés hs dif- 
férens noms qu'elles portent dans nos 
provinces (b). 



(a) Varron, lïb. IV ^ de Ling. lat. 

(b) Voyzxi ci-après, îa note de nomenclature* 
fous l'article de la lavandière. 




Oifccux j tome IX. Q 



3<>z Hijloire Naturelle 



* LA LAVANDIÈRE {a). 

Bel on & Turner , avant lui, appli- 
quent à cet oifeau le nom grec de kni- 
pologos j rendu en latin par celui de 



* Voye\ les planches enluminées, w,° 652, fig. 1 

(a) En Latin, motacilla; en Italien, ballonna , 
codatremula , codinxin\ola , cutretola^ bovarina ; en Cata- 
lan, cugtimela , marllenga ; en Portugais, apeloa ; en An- 
gïois, wag tail) water-wagtail , white-water-wagtail , 
common iish-washer \ en Allemand, M^/è wajjèr-fteltz, 
bach-fteltz , weffi und fchwaTt%e bach-flelt^e , wege- 
fiertz, klojler freulin ; en Flamand, quick-fîertz; en 
Suédois., aerla-i faedes-aerla ; & en Oitrobothnie ., 
waeftraeckia ; en Polonois , pliska, tr^efiogonek bialy ; 
en Provence, waccerono ; vers Montpellier, enguane- 
paflre; en Guyenne , peringleo', en Saintonge, bâta- 
jajfe ; en Gafcogne , battiquoûe ; en Picardie , femeur, 
à Nantes & dans l'Orléanois , bergeronettc ou pa- 
chette', en Lorraine, hoche-queue ; en Bourgogne , 
aojje-queue , branle-queue ; en Bugey, dament ; dans 
Je refte de nos povinces , lavandière. 

Motacilla. Frifch , ta£. 23.' — Moehr. >4w. Gen. 
g 3. — Motacilla alba. Schwenckfeld , >4W. &7e/I 
pag. 306. — Jonfton, Av'u pag. 86. — Willughby, 
OrnithoL pag. 171. — Ray, Synopf pag, 75, n. J a, 1. 
— Sibbalde, Jcor. illuft. part, IJ, lib. m, pag, 18. 






de la Lavandière, 3 6 $ 

culicilega , oifeau recueillant les mou- 
cherons ; ce nom ou plutôt cette déno- 
mination femble convenir parfaitement à 

mi m 11 1 m 1 ii ' ' ' ■ ■ 1 1 

— Linnaeus, Syft. Nat* éd. VI , G. 82 , Sp..i- 

— Motacilla peclore nigro , rectricibus duaèus latérale 
bus dimiiiato oblique albis. Motacilla alba , idem , 
éd. X, Gen. 99 , Sp> 12- — Motacilla pedtore nigro , 
idem, Fauna Suec. n.° 214. — Motacilla qua.r. nofiri 
olbam cognominant. Gefner. Av'u pag. 618. — Idem , 
Icon. Av'u pag. 124. — Motacilla commuais quant 
vulgo albam vocanu Aidrovande, Av'u tom. II, page 
726. — Motacilla alba Geflieru Barrère Ornithoiog. 
claiT. III, G. 19. Sp. 1. — Motacilla alba, albicuk* 
Charieton , Exercit. pag. 96 , n.° 1. — Idem, Onomaft. 
pag. 90, n.° 1. — Motacilla alba feu codatremala ; 
mipologus Turneri , cinclus Spontin'u — Rzaczynski , 
Au&uar. pag. 396. — Motacilla codatremala cinclus 
grœcis, idem, Mifî. Nau Polon, page 288. — Cnipè* 
logus ., quem culicilegam Ga^a interpretatur. Gefner , 
Av'u pag. 275. — Budyta, idem , ibid. page 240*. 

— Sylvia pedtore nigro- Klein, Av'u pag. 78, n.° 6. 

— Ballarina. Olina , Uccell. pag. 43. — Culicilega* 
Bélon , Obferv. pag. 16. Lavandière cendrée, idem, 
Nat. des Oifeaux , pag. 349. — Lavandière , tote- 
queue y batte-lejjive ; haujje-qneue , idem , Port. d'Oifl 
pag. 88, 6. — Bergeronette. Albin , to/72e i", jp^. 43. 

— Ficedula Jupernè cinerea , infernè alba , occipitio & 
collo fuperiore nigris; collo inferiore vel candido , macula, 
nigrâ , ferri cquini œmula infigmto , vel totaliter nigro ; 
redtricibus binis utrimque extimis plufquam dimidia- 
tim exterïks albis. Motacilla , {a lavandière, Brijfon , 
tome III, page 461, 



3^4 Hijioire Naturelle 
îa lavandière *, néanmoins il me parojt 
certain que le knipclogos des Grecs eft un 
tout autre oifeau. 

Ariftote ( Ub. VIII j cap. 3 ) , parle 
cle deux pics ( dryocolaptas ) & du loriot 
( galgulus ) , comme habitans des arbres 
qu ils frappent dubec : il faut leur joindre , 
dital , le petit oifeau amaffeur de mou- 
cherons ( knipologos ) qui frappe auffi 
îes arbres ( qui & ip/è lignipeta eft) , qui 
eft gris tacheté {colore cinereus, maculis 
àiftinclus ) , & à peine auffi grand que 
îe chardonneret (magnitudine quanta Jpi~ 
nus ) 5 & dont la voix eft foible ( voce 
parvâ ). Scaliger obferve avec raifon (b)> 
qu'un oifeau lignipète 5 ou qui béquete 
les arbres ( Xvkokq<7tc*v ) ne peut être la la- 
vandière. Un plumage fond gris & poin- 
tillé de taches (c) > n'eft point celui de 
la lavandière qui eft coupé par grandes 
bandes, & par majfîes blanches & noires \ 
le car?. aère de la grandeur, celui de la 
voix ne lui conviennent pas plus \ mais 
nous trouvons tous ces traits dans notre 



(£) In An flot. pag. 888. 

( 6 ) Scaliger traduit , jjuu&is diflhi&ut* 



de la Lavandière. 3 6 y 

grïmpereau , voix foible , plumage ta- 
cheté fur un fond brun ou gris-obfcur , 
habitude de vivre à i'entour des troncs 
d'arbres 5 & d'y recueillir les moucherons 
engourdis ; tout cela convient au grinv- 
pereau (d), & ne peut s'appliquer à la 
lavandière 5 de laquelle nous ne trouvons 
ni le nom ni la description dans les au- 
teurs Grecs. 

Elle îvéft guère plus grofTe que la 
méfange commune, mais fa longue queue 
femblc agrandir fon corps , & lui donne 
en tout fept pouces de longueur ; la 
queue elle-même en a trois & demi , 
î'oifeau l'épanouit & l'étalé en volant -, il 
s'appuie fur cette large rame , qui lui fert 



(<f) Turner lui-même , au rapport de Gefner , 
finit par reconnoître le knipologos pour un oifeau 
du genre des pics. Turnerus in Ufoo de Avibns , 
enipologon Àrijlotelis , id efl , cukciligam interprète* 
Ga\a , hanc Avem ( Motacillam) ejje putau Seâ poflea 
in epifloîâ ad me , culicikgam Jriftotelis fe vidifje aitl 
tota cinerei ferè coloris , &r fpeciem habens pici martiim 
Gefner, pag. 593. Et Aïdrovande relevant l'erreur 
qui faifoit du cnipokgos une lavandière , penfe qa'A- 
riftote désigne par ce nom le plus petit des pics 
p\xh grïmpereau. De Avïb* tome II, pag. 726* \ 

Qiij 



366 Hijîoire Naturelle 

pour fe balancer , pour pirouetter , s 5 é~ 
lancer , rebrouffer & fe jouer dans le 
vague de Fair -, & 5 lorfqu'il eft pofé , il 
donne inceffamment à cette même partie 
un balancement aiîez vif de bas en haut 
par reprifes de cinq ou fix fecoufles. 

Ces oifeaux courent légèrement à pe- 
tits pas très-preftes fur la grève des riva- 
ges -, ils entrent même au moyen de 
leurs longues jambes à la profondeur de 
quelques lignes dans l'eau de la lame 
afïoiblie , qui vient s'épandre fur la rive 
baffe en un léger réfeau , mais plus fou- 
vent on les voit voltiger fur les éclufes 
des moulins , & fe pofer fur les pierres -, 
ils y viennent, pour ainfi dire , battre la 
ïeffive avec les laveufes, tournant tout le 
jour à Tentour de ces femmes , s'en ap- 
prochant familièrement , recueillant les 
miettes que par fois elles leur jettent > 
Se femblant imiter , du battement de leur 
queue , celui qu'elles font pour battre 
leur linge (e): habitude qui a fait donner 
à cet oifeau le nom de lavandière. 

(t) La lavandière tient cette appellation fran- 
$oife ? pour ce qu'elle eft fort familière aux ruifr 



de la Lavandière Q $6 y 

Le blanc & le noir jetés par mafles & 
par grandes taches , partagent le plumage 
de la lavandière -, le ventre eft blanc j la 
queue eft compofée de douze pennes f 
dont les dix intermédiaires font noires, 
les deux latérales blanches jufqu' auprès 
de leur naiflance ; l'aile pliée n'atteint 
qu'au tiers de leur longueur *, les pennes 
des ailes font noirâtres & bordées de 
gris-blanc. Bélon remarque à la lavandière 
un petit rapport dans les ailes qui l'ap- 
proche du genre des oifeaux d'eau (/). 
Le deffus de la tête eft couvert d'une 
calotte noire qui defeend fur le haut du 
cou *, un demi-mafque blanc cache le 
front, enveloppe l'œil & tombant fur les 



féaux , où eïîe remue toujours fa queue en hochant 
le derrière , comme une lavandière qui bat fes 
drapeaux. Bélon , Nat. des Oifeaux, page 349. 

(f) Eile a une enfeigne particulière , par la- 
quelle on la voit enfuivre les oifeaux de rivière , 
c'eft qu'elle a les dernières plumes de fes aeîes , 
joignant le corps, auffi longues que les premières 
du devant, îefquelîes on trouve aulïï en tous au- 
tres oifeaux qui vivent de mouches & vernies de 
terres, pluviers 6c vanneaux. Bélon 9 Nat. des Oif, 
t a B* 349- 

iv 



368 Hifloire Naturelle 

côtés du cou , confine avec le noir de 
!a gorge qui eft garnie d'un large plaftron 
noir arrondi for la poitrine. Piuiicurs 
individus , tels que celui qui eft repré- 
senté , fig. z de la planche enluminée * 
/z.° €%%> n'ont de ce plaftron noir qu'une 
ionc en demi-cercle au haut de la poi- 
trine, & leur gorge eft blanche *, le dos 
grïs-ardoifé dans les autres, eft gris-brun 
dans ces individus qui paroifTent former 
mie variété , qui néanmoins fe mêle & fe 
confond avec Tefpèce (V) , car la diffé- 
rence dit mâle à la femelle , confifte en 
ce que , dans celle-ci, la partie du fommet 
de la tête eft brune , au lieu que dans le 
mâle cette même partie eft noire (/z). 



(g) Coïor plumaginis in hoc genus ave fubïnde 
variai; alias magk cimreus , allas nrgmr* Wiiiughby, 
pag. 172. Albin dit la même chofe, toim l , pag* 43. 
Quelques Obfervateursfernblent attribuer cette dif- 
férence à celle de Page , & afiurent qu'à îeitr 
retour au printems ia plupart des lavandières font 
plus blanches* & prennent du noir dans le cours 
de ia faifor?. T-felon paroît de cet avis, <« les jeunes 
» lavandières de lix mois , dit-il, font d'une autre 
» couleur que les vieilles d'un an, qui ont mué 
leur premier plumage. » Nat. des Oi féaux. 

(h) In quijla fptek la fmmina è différents dùU 



de la Lavandière. 369 

La lavandière eft de retour dans nos 
provinces à la fin de mars ; elle fait fon 
nid à terre , fous quelques racines oa 
fous le gazon dans les terres en repos \ 
mais plus fouvent au bord des eaux , 
fous une rive creufe & fous les piles de 
bois élevées le long des rivières *, ce nid 
eft compofé d'herbes sèches , de petites 
racines , quelquefois entre - mêlées de 
moufle , le tout lié aflez négligemment, 
& garni au-dedans d'un lit de plume ou 
de crin ; elle pond quatre ou cinq œufs 
blancs , femés de taches brunes , & ne 
fait ordinairement qu'une nichée , à moins 
que la première ne foit détruite ou in- 
terrompue avant l'excliifion & l'éducation 
des petits -, le père & la mère les défen- 
dent avec courage ïorfqu'on veut en ap- 
procher •, ils viennent au-devant de l'en- 
nemi plongeant & voltigeant , comm® 
pour l'entraîner ailleurs ; & , quand on 
emporte leur couvée, ils fuivent le ravif- 
feur, volant au-deflus de fa tête , tour- 



mafchio fola ndl'avtr fopra il capo macchia non ai 
tteW) ma- di bigio, Olina. — Ftmdla ift cineno ver* 
$ict. Schweackfçld, pag, 306* 

Qy 



3 70 Hljloire Naturelle 

joant fans cefîe , & appellant leurs peths 
avec des accens douloureux *, il les foignent 
aufTï avec autant d'attention que de pro- 
preté , & nettoient le hid de toutes ordu- 
res \ ils les jettent au-dehors & même les 
emportent à une certaine diftance -, on les 
voit de même emporter au loin les mor- 
ceaux de papier ou les pailles qu'on aura 
femés pour reconnoître l'endroit où leur 
nid efî caché ( i ). Lorfque les petits 
font en état de voler , le père & la mère 
les conduifent & les nourriffent encore 



(i) J'obfervoîs des lavandières qui avoient placé 
îeur nid dans fe trou d'un mur que baignoit la 
rivière ; eiies avoient foin de nétoyer le nid de 
leurs petits, & d'en emporter toutes les ordures à 
plus de trente pas ; il s'arrêta au plateau du pilotis , 
qui foutenoit fe mur à fleur -d'eau, un papier 
blanc. Je remarquai que ce papier déplaifoit aux 
lavandières , & qu'elles faifoient l'une après l'autre 
d'inutiles efforts pour i'enïever ; il étoit trop pe- 
iant , je l'ôtai & j'y iubftituai de petites bandes de 
papier également blanc; elles ne manquèrent pas 
de les enlever les unes après les autres 3 & de les 
porter à la même diitance qu'elles portaient les 
ordures de leurs petits > trompe'es par la conformité 
de couleur. Je répe'tai plusieurs fois la même expé- 
rience. Noie communiquée par M* Héforu 



de la Lavandière. 371 

pendant trois femaines ou un mois ; 
on les voit fe gorger avidement d'in- 
fe&es & d'œufs de fourmis qu'ils leur 
portent (k). En tout tems , on ob~ 
ferve que ces oifeaux prennent leur 
manger avec une viteffe iingulière , & 
fans paroître fe donner le tems de l'a- 
valer *, ils amaflent les vermi fléaux à terre ; 
ils chaflent & attrapent les mouches en 
l'air j ce font les objets de leurs fréquentes 
pirouettes \ du refte , leur vol eft ondoyant 
& fe fait par élans & par bonds -, ils 
s'aident de la queue dans leur vol en la 
mouvant horizontalement, & ce mouve- 
ment eft différent de celui qu'ils lui 
donnent à terre , & qui fe fait de haut 
en bas perpendiculairement. Au refte > 
les lavandières font entendre fréquem- 
ment, & fur-tout en volant, un petit cri 
vif & redoublé , d'un timbre net & clair 



(£) Je mis des œufs de grofles fourmis dans 
un endroit où les lavandières fepromenoient volon- 
tiers ; elles en prenoient à chaque fois jufqu'à 
quinze & feize y tant que leur gêner étoit rempli 9 
& les partageaient à leurs petits. Non du mâm% 
Qbferpateur* 



3 7 2 ÏÏijîoire Naturelle 

gui giûtj gui gui guït, c'eft une voix de 
ralli ement ( / ) , car celles qui font à terre 
y répondent-, mais ce cri n'efl: jamais plus 
bruiant & plus répété , que lorfqu'elles 
viennent d'échapper aux ferres de Yè- 
pervier ( m ) ,* elles ne craignent pas au- 
tant les autres animaux ni même l'homme , 
car, quand on les tire au fufil , elles ne 
fuient pas loin & reviennent fe pofer à 
peu de diftance du chafleur: on en prend 
quelques-unes avec les alouettes au filet 
à miroir-, & il paroît au récit d'Oîrna , 
qu'on en fait en Italie une chaffe particu- 
lière vers le milieu d'odtobre (/i). 

Ceft en automne qu'on les voit en plus 
grand nombre dans nos campagnes (o). 



( /) «• Font une voix haultaine & claire en volant , 
9) ou quand elles ont peur, qui eft pour s'entr'ap- 
peler. » Béton '- 

(m) Olina. 

( n ) Si fuol tender à queJTucceUo dà metfottobre , 
centinuaiido fin per tutto novembre. Olina , pag. 51 ; 
!a figure, page 43. Cette chafîe dure depuis quatre 
heures du foir jufqu'à Centrée de fa nuit; on fe 
place au bord des eaux , on attire ies lavandières 
par un appelant de feur efpèce, ou iî Pon n'en a 
pas encore, avec quelqu'autre petit oifeau. 

(0) Kn Brie, en Bourgogne ,, en Bugey , & 



de la Lavandière. 575 

Cette faifon qui lesraffemble, paroîtleur 
infpirer plus de gaieté *, elles multiplient 
leurs jeux , elles fe balancent en l'air , 
s'abattent dans les champs, fepourfuivent, 
s'entr'appellent, & fe promènent en nom- 
bre fur les toits des moulins & des vil- 
lages voifins des eaux , où elles femblent 
dialoguer entr'elles, par petits cris coupés 
& réitérés *, on croiroit à les entendre , 
que toutes & chacune s'interrogent , fe 
répondent tour- à-tour pendant un certain 
tems, & jufqu'à ce qu'une acclamation 
générale de toute l'aflemblée donne le 
fignal ou le confentement de fe transpor- 
ter ailleurs. C'eft dans ce tems encore 
qu'elles font entendre ce petit ramage 
doux & léger à demi-voix, & qui n'eft 
prefque qu'un murmure (p ) , d'où ap- 



dans îa plupart de nos provinces, on en voit, en 
certains tems de Pannée, une quantité prodigieulë 
près des îieux habités, dans fes champs à la fuite 
des troupeaux , d'où il paroît que c'eft un oifeau 
de paffage. Note de M. Hébtrt. 

(/> ) Encore favent roffignoïer du go-fier mélo- 
dieufement, chofe qu'on peut fou vente- fois ouïr 
fur le commencement de l'hiver, Bélon , Nat. des 
Oifeaux. 



374 Hiftoire Naturelle 

paremment Bélon leur a appliqué le nom 
italien defujurade (à fiifurro). Ce doux 
accent leur eft infpiré par l'agrément de 
la faifon & par le plaifîr de la fociété ,.. 
auquel ces oifeaux femblent être très- 
feniîbles. 

Sur la fin de l'automne , les lavandières 
s'attroupent en plus grandes bandes -, le 
foir, on les voit s'abattre fur les failles & 
dans les oferaies 5 au bord des canaux & 
des rivières, d'où elles appellent celles 
qui paffent , & font enfemble un chamail-- 
lis bruiant jufqu'à la nuit tombante. Dans 
les matinées claires d'oâobre , on les en- 
tend pafler en l'air 3 quelquefois fort haut , 
fe réclamant & s'appelantfans ceffe: elles 
partent alors (^), car elles nous quittent 
aux approches de l'hiver , & cherchent 
d'autres climats. M. de Maillet dit qu'il 
en tombe en Egypte vers cette faifon , 
des quantités prodigieufes, que le peuple 
fait fécher dans le fable , pour les confèr- 



es ^) In fiptentrionali angliœ parte hieme non ap- 
parat , atque rarior etiam in meridionali. WiUughby 9 
pag. 172. — Motacillœ albœ autumno awlant* Gefner 
F a E- 593- 



de la Lavandière. 375 

ver & les manger enfuite ( r). M. Adan- 
fort rapporte qu'on les voit en hiver au 
Sénégal avec les hirondelles & les cailles 
qui ne s Y trouvent également que dans 
cette faifon (f). 

La lavandière eft commune dans toute 
l'Europe, jufqu'en Suède, & fe trouve 
comme Ton voit en Afrique & en Afie. 
Celle que M. Sonnerat nous a rapportée 
des Philippines , eft la même que celle 
de l'Europe. Une autre apportée du cap 
deBonne-efpérance, par M. Commerfon 3 
ne difîéroit de la variété repréfentée fig» 
z j de la planche n.° 6$%, qu'en ce que 
le blanc de là gorge ne remontoit pas au- 
deffus de la tête, ni fi haut fur les cotés 
du cou , & en ce que les couvertures 
des ailes moins variées , n'y formoient 



(r) a Depuis îe Caire jufqu'à îa mer , l'on 
voit tout le long du Nil , principalement aux « 
environs des lieux habités, un grand nombre de « 
bergeronettes ou lavandières , de l'efpèce qui w 
eit d'un gris-bleuâtre , avec un demi-collier noir « 
en forme de fer-à-cheval. L'on n'a pu me dire fi « 
ces oileaux reftoient toute l'année en Egypte, n 
Note envoyée du Caire far M. SoninL 

C/V Voyage au Sénégal, pag. 67. 



3 7$ Hijîoire Naturelle 

pas deux lignes tranfverfales blanches. 
Mais Olina ne fe méprend-il pas , lorfqu'il 
dif: que la lavandière ne fe voit en Italie 
que l'automne & l'hiver (t) , & peut-on 
croire que cet oifeau paiîe l'hiver dans 
ce climat , en le voyant porter fes mi- 
grations fi loin dans des climats beaucoup 
plus chauds ? 



(f) La bianca (Motacilla) non Ji vede quà trâ 
vm Jl non l'automne e livtrm. Uccelleria, pag> 51% 




0/;i ■ IX . 



y Y. xi r. /,«<?. ï-l?- 




J, A J, A VAMJXŒRE . 2.UX BERGERCmE T TE . 



des Bergeronettes. 377 

LES BERGERONETTES 

ou BERGERETTES. 

* LA BERGERONETTE GRISE {a). 

Première efpèce. 

L'on vient de voir que Yefpcee de la 
lavandière eft (impie & n'a qu'une légère 
variété : mais nous trouvons trois efpèces 



* Voye\ ïes planches enluminées, 77. ° 674 > fig. 1* 
(a) Motacilla cinerea* Barrère, Ornithol. claflT. m, 
G. 19, Sp» 2. — Mufcipata prima , myocopos, knipo* 
logos , peuceri , fliegenftecher . mencktnfiecher , ftichtr* 
ling. Schwenckfeîd , Aviar.Sikf. pag. 307. Il paroît 
que Schwenckfeîd confond ici îabergerônette avec 
le véritable knipologos dont iî lui donne le nom , 
puifqu'il lui attibue de vivre dans ïes bois & de 
le prendre à la gîue ; caractères qui conviennent 
bien au knipologos , mais non à la bergeronette. 
— Ficedula fapernè cinerea , infemè alba ( tœniâ tranf- 
versâ in collo iufcriore cinerco fufcâ , mas) ; retiriez 
extimâ albâ , interiiis in exortu nigricante fimbriatâ 9 
proximè fequeiiîi in exortu alba cV nigricante longitudi- 
lialiter paria , apice albâ. Motacilla cinerea, La ber- 
geronette grife- Brij]on 7 Ornithol. tom. lll 7 pag* 465. 



378 Hijloire Naturelle 

bien diftinétes dans la famille des berge- 
ronettes , & toutes trois habitent nos 
campagnes fans fe mêler ni produire en- 
femble. Nous les indiquerons par les dé- 
nominations de bergeronette grife , berge- 
ronette de printems & bergeronette jaune y 
pour ne pas contredire les nomenclatures 
reçues -, & nous ferons un article féparé 
des bergeronettes étrangères 8c des oi- 
féaux qui ont le plus de rapport avec 
elles o 

L'efpèce d'affe&îon que les bergero- 
nettes marquent pour les troupeaux : leur 
habitude à les fuivre dans la prairie*, leur 
manière de voltiger, de fe promener au 
milieu du bétail paiflant -, de s'y mêler 
uns crainte, jufqu'à fe pofer quelquefois 
fur le dos des vaches & des moutons -, leur 
air de familiarité avec le berger qu'elles 
précèdent , qu'elles accompagnent fans 
défiance & fans danger, qu'elles avertie 
fent même de l'approche du loup ou de 



• — Autre forte de lavandière. Béton , Nat. des Oi- 
féaux , pag. 351. — ■ La bergeronette grife eft Je 
mofquillon de Provence , fuivant la note que nous 
a envoyée M- Guys de Marfeiile. 



des Bergeronettes y &c 375^ 

l'oifeau de proie (b) , leur ont fait don- 
ner un nom approprié , pour ainfi dire , 
à cette vie paftorale (c). Compagne 
d'hommes innocens & paifîbles , la ber- 
geronette femble avoir pour notre efpèce 
ce penchant qui rapprocheroit de nous 
la plupart des animaux s'ils n'étoient 
repouffés par notre barbarie , & écartés 
par la crainte de devenir nos viétimes. 
Dans la bergeronette , l'affection eft plus 
forte que la peur *, il n'eft point d'oî- 
feau libre dans les champs qui fe mon- 
tre auiïî privé (d), qui fuie moins & 
moins loin, qui foit aufîi confiant, qui fe 
laifle approcher de plus près, qui revienne 



( b ) Lorfque ces oifeaux vont en troupes à ïa 
fuite des troupeaux, ils font les efpions ou plutôt 
les fentinelles du berger , car iis l'avertiffent lorf- 
qu'ifs aperçoivent fe loup ou un oifeau de proie. 
Note communiquée par M* Guys. 

( c ) « La bergeronette qui auffi fe repaît de mou- 
ches, fuit voiontiers les bêtes, fâchant y trouver « 
pâture, & pofïible eft de-là que Pavons nommé « 
bergerette. » Béton, Nat. des Oifeaux, pag. 351. 

(à) « De tous oyfillons fauvages , H n'y en a 
aucun qui foit fi privé que les bergeronettes, car « 
elles viennent jufque bien près des perfonnes fans «< 
en avoir peur. » Béton , Nat. des Oifeaux, pag* 351, 



380 Hijîoire Naturelle 

plutôt à portée des armes du chafîetir : 
quelle n'a pas l'air de redouter , puif- ! 
qu'elle ne fait pas même fuir (e). 

Les mouches font fa pâture pendant 
îa belle faifon , mais quand les frimats 
ont abattu les infecStes volans & renfermé 
les troupeaux dans l'étable , elle fe retire 
fur les ruiiïeaux , & y pafle prefque toute 
ïa mauvaife faifon. Du moins la plupart 
de ces eifeaux ne nous quittent pas pen- 
dant l'hiver -, la bergeronette jaune eft la 
plus conftamment fedentaire-, la grife eft 
moins commune dans cette mauvaife 
faifon. 

Toutes les bergeronettes font plus pe- 
tites que la lavandière, & ont la queue 
à proportion encore plus longue. Bélon, 
qui n'a connu diftinâement que la ber- 
geronette jaune, femble défigner notre 
bergeronette grife , fous le nom de autre 
farte de lavandière (/*). 



(e) Quand elle s*eft abattue dans un troupeau , 
occupée à gober les mouches, elle fe laifie appro- 
cher de très -près. Salerne» 

(/) «Encore y a une autre forte de lavandière qui 
n eft moindre que la fufdite j qui n'eft pas plus 



des Bergeronettcs > &C. 381 

La bergeronette grife a le manteau 
gris*, le deflous du corps blanc, avec une 
bande brune en demi-collier au cou \ la 
queue noirâtre, avec du blanc aux pennes 
extérieures *, les grandes pennes de l'aile 
brunes, les autres noirâtres & frangées de 
blanc comme les couvertures. 

Elle fait fon nid vers la fin d'avril , 
communément fur un 0(1 er, près déterre , 
à l'abri de la pluie -, elle pond & couve 
ordinairement deux fois par an. La der- 
nière ponte eft tardive , car Ton trouve 
des nichées jufqu'ea Septembre ^ ce qui 
ne pourrait avoir lieu dans une famille 
d'oifeaux qui feroient obligés de partir , 
& d'emmener leurs petits avant l'hiver : 
cependant les premières couvées & les 
couples plus diligens des bergeronettes 
fe répandent dans les champs dès les mois 
de juillet & d'août : au lieu que les lavan- 
dières ne «'attroupent guère que pour le 



grofîe qu'une bergerette. Il femble que c'eft quel- <t 
que efpèce entre les deux, » Bèion, Nat* des Oifeaux. 



382 Hifîoire Naturelle 

paflage, fur la fin de feptembre Se en 
octobre (g). 

La bergeronette il volontiers amie de 
l'homme , ne fe plie point à devenir fon 
cfclave -, elle meurt dans la prifon de la 
cage -, elle aime la fociété & craint l'étroite 
captivité j mais laiflée libre dans un ap- 
partement en hiver , elle y vit , donnant 
ïa chaffe aux mouches & ramaffant les 
mies de pain qu'on lui jette (h ). Quel- 
quefois les navigateurs la voient arriver 
fur leur bord, entrer dans le vaîfleau, fe 
familiarifer , les fuivre dans leur voyage 
•Se ne les quitter qu'au débarquement (i) y 



(g) « La lavandière n'eft pas de ïa nature de 
99 îabergerette; car mefmement l'on prend fi grande 
99 quantité de bergerettes durant les mois de juillet 
?♦ & d'aouft » comme au contraire en feptembre 
99.de en octobre l'on prend des lavandières & point 
de bergerettes. » Béton , Nat. des Ojfeaux. 

(h) Gefner, Schwenckfeld. 

( i) Le 8 Juin, nous étions environ à ïa hau- 
teur des côtes de Sicile , à douze ou quinze lieues 
de toute terre. On prit fur ïe vaifleau une berge- 
ronette, on lui donna la liberté, elle refta cepen- 
dant avec nous ; on lui avoit mis à boire & à 
manger fur une des fenêtres où elle ne manquoit 



des Bergeronettes, <Stc. 385 

fi pourtant ces forts ne doivent pas plutôt 
s'attribuer à la lavandière, plus grande 
voyageufe que la bergeronette , & fu- 
jette dans fes traverfées à s'égarer fur les 
mers. 



pas de venir prendre fes repas. Elle nous accom- 
pagna fidèlement jufqu'a ce qu'elle fe vit très- 
près de terre de l'île de Candie. Elle nous aban- 
donna lorfque nous étions dans ïe port de la Sonde* 
JNote communiquée far M* de Manoncour* 




384 Hijloire Naturelle 

■MMMWB— !!■ !!!■■■ Illlll ■■H IIII B —!■ M I1BM — — » 

t LA BERGERONETTE 

DE PRINTEMS (k). 

Seconde efpèce. 

Cette Bergeronette eft la première à 
reparoître au printems dans les prairies 

# y yei les planches enluminées, ;/.° 674 , fig. 2. 

(k) En Allemand , gei ! hr fticherlin g ; lrlin 9 fuivant 
Schwenckfeid ; gelbruftige ,bach ftelt^e , félon Frifch ; 
en Anglois ,yeU.ow water wagtaiL Wiiiughby , Ray , 
Edwards; en Suédois, faedefaerla. Linn. — Motacilla 
flava. Wiiiughby , Qrnitlu pag> 127. — Ray, Synopf. 
pag. 75 , n.° a a.— • Linnaeus, Syfl* Nat. éd. VI, 
Gen. 82 y Spi 2. — Motacilla. peclore abdomincçue 
flavo ; nèHricibus duabus exterioribus dimidiato obliqué 
albis. Idem, Fauna Sutcica , n.° 215; & Syfi» Nat. 
éd. X, Gen. 99, Sp. 13. — Motacilla flava altéra. 
Aldrovande, JpL tom. II, pag. 729. — Jonfton , 
AvU pag. 87. — Motacilla lutea. Frifch , avec une 
bonne figure, ph 23. — Sylvia lutea capite nigro. 
Klein, Avi. page 78, n.° 8- — Mufcipeta fecunda. 
Schwenckfeid , Av'u Siief. page 307. — Ficedula 
fupemè ohfcurc viridi-olivacea •> infernè flava ; capite 
cinereo ( maculis infra gênas & in collo inferiore lunu- 
Ictis nigris , mas); taenia fhpra oculos flavâ ( mas ) 
dbidû (fœmina); re&ricièus duabus uirimqut extimis 

& dans 



dzs Bergeronettes 3 <Bcc. 385 

& dans les champs, où elîc niche au mi- 
lieu des blés verts. A peine néanmoins 
a-t-elie difparu de l'hiver , (i ceneft du- 
rant les plus grands froids-, fe tenant ordi- 
nairement, comme la bergeronette jaune, 
au bord des ruiffeaux & près des fources, 
tjui ne gèlent pas. Au refte , ces déno- 
minations paroiiTent affez mal appliquées „ 
car la bergeronette jaune a moins de jaune 
que la bergeronefte de printems ( / ) *, 
elle n'a cette couleur bien décidée qu'au 
croupion & au ventre *, tandis que la ber- 
geronette de printems a tout le deffous 
& le devant du corps d'un beau jaune. 
Se un trait de cette même couleur tracé 
dans l'aile fur la frange dçs couvertures 



plufqaam dimldiaûm olliquà albis* Motacllla vertta? 
Briiîbn , fo/fl. 7/7 , pag. 468. -—Bergeronette jaune* 
Edwards, Gian. pag, ..102., avec une belle figure 
au mâle , pi. 158. 

(I) Aldrovande Pobferre déjà , moucilla flava 
alia***.* in ten fias quant procédais (la bergeronette 
jaune; Flava & AvL tom. II, pag. 729, auffî Edwards 
donne-t-il cette bergeronette de printems fous le 
nom de bergeroncttt jaune* Gfanures , page 102 , 
^ 253. 

Oifèaux t Tome IX. R 



3 8 6 Hijloire Naturelle 

moyennes \ tout le manteau eft olivâtre- 
obicur -, cette même couleur borde les 
huit pennes de la queue , fur un fond 
noirâtre -, les deux extérieures font plus 
d'à-moitié blanches; celles de l'aile font 
brunes , avec leur bord extérieur blan- 
châtre , & la troitième des plus voifines 
du corps s'étend , quand l'aile eft pliée, 
aufîi loin que la plus longue des grandes 
pennes *, caractère que nous avons déjà 
remarqué dans la lavandière -, la tête eft 
cendrée , teinte au fommet d'olivâtre -, 
au-deiïus de l'œil pafle une ligne blanche 
dans la femelle , jaune dans le mâle , qui 
ie diftingue de plus par des mouchetures 
noirâtres , plus ou moins fréquentes , 
femées en croifl'ant fous la gorge , & mar- 
quées encore au-deffus des genoux. On 
voit le mâle, lorfqu'il eft en amour, cou- 
rir , tourner autour de fa femelle , en ren- 
dant les plumes de fon dos , d'une ma- 
nière étrange , mais qui , fans doute , 
exprime énergiquement à fa compagne la 
vivacité du defir. Leur nichée eft quelque- 
fois tardive & ordinairement nombreule; 
ils fe placent Couvent le long des ruif- 
féaux , fous une rive, & quelquefois au 



des Bergeronettes , &c. 387 

milieu des blés , avant la moîflbn (m). 
Ces bergeronettes viennent en automne 
comme les autres au milieu de nos trou- 
peaux. I/efpèce en eft commune en An- 
gleterre, en France (n) , & paroît être 
répandue dans toute l'Europe jufqu'en 
Suède (o). Nous avons remarqué , dans 
plufieurs individus, que ronglepoftérieur 
eft plus long que le grand doigt anté- 
rieur : obfervation qu'Edwards & Wiî- 
lughbjr avoient dé'jk faite , & qui contredit 
l'axiome des nomenclatures dans les- 
quelles le cara&ère générique de ces 
oifeaux eft d'avoir cet ongle & ce doigt 
égaux en longueur (/?). 

*"" " » » ■ ■ « « ■ ■ <• « m i— i mmm m\ nu n i nm 

(m) Wilîughby , Edward 

(n) Edwards. 

(0) Linnaeus. 

(p) Briffon-, Omthol tome III, page gSp* 



3 8 3 Hiftoire Naturelle 

* LA BERGERONM TTE TA UNE ($ 
Troifième e/pèce. 

QtfAND LES LAVANDIÈRES s'eilVOÏeilt en 

automne, les bergeronettes fe rappro 



(h) Foye^les planches enluminées,/?, 28 ,fig. 1. 

(q) Motacilla flava* Gefner , AvU page 61 8» 
*— Idem , IçGih Avi. page 124. — Aldrovande , AvU 
tome II , page 728, avec la figure , page 859, 

— Jonfton, Avi. page 86. — Schwenckfeld, Avi* 
Silef page 307. — Sibbalde, $cot. illuftr. part. II, 
ïib. in , page 18. — Charleton , ExeTciu page 96 , 
ï\° 2. -•*- Idem, Onomaft* yag. 90,13.° 2. — Rzaczyn» 
IHift. Nat. PoIoju page 288. — Idem, Aufiuar. page 
396 , & dans la même page le même oifeau une 
ieconde fois, fous le nom de metaçilla cinerea* 
o—Mptadlla cinéma. Willughby, Ornithol. pag. 172. 
-? Ray, Synepf page 75. n.° 3. — Sylvia flava 
Jonfto.ri Barrère, Ornithol- clafl*. ni, G. 19, Sp. 3* 

— Sylvia flava* Klein , Avi. pag. 78, n.° 7. — Fice- 
iula fupernè ex cinereo ad plivaceum inclïnans , infemè 
pallidè flava ; uropygio flavq - olivaçeo \ tctniâ fupra 
oculos albidà (macula in gutturt nigrâ, mas; ) refîne e 
txtimà aloâj fequentibus binis interihs & apice albis^ 
tzîziius mgrknntttm , marginz interiore tertix nigri- 
tante, Motacilla flava > la bergeronette jaune. Brifon, 
OxnirttoJ. wms 111, pag. ^i.-^Bergereue wiber* 



des BergeronetteSi &C. 389 

tlient de nos habitations, dit Gefner, & 
viennent durant l'hiver jufqu au milieu 
des villages -, c'eft fur-tout à la jaune que 
Ton doit appliquer ce paflage & attribuer' 
cette habitude (r). Elle cherche alors fa 
vie fur les bords des fources chaudes & 
fe met à l'abri fous les rives des rui/Teaux; 
elle s'y trouve affez bien pour faire en- 
tendre font ramage dans cette trifte faifon , 
à moins que le froid ne foit exeeffif -, c'eft 
un petit chant doux , êc comme à demi- 
Voix , femblable au chant d'automne de 



geronette Janine* Selon , Nat> des Oifeaux , pag* 351. 
•— Bergeronette jaune. Albin , tome II, page 38 ^ 
avec des figures mai coloriées de la femelîe , pi 01 
— - Bergeronette grife. Edwards , Glan. pige 105 , 
avec une beile figure du mâle , pU 1$$. — Boarula 
arift. Schwenckfeld & Klein. En Allemand, giclée 
bach fielt\e , kkine bach fielt%e ; en Polonois , pliska 
Xpilta ; en Angîois-, vellow water wagtail ; & grey 
water wagtail fuivant Wiîîughby , Edwards. 

(r) Motacillœ allas, automno ovulant ; flavœ non 

item Même per vkos , apparent. Gefner , A vu 

pag. 593. — Motacillas migrare aiunt^ hane(flûvam ) 
apud nos manere. Aldrovande , tome 1 1 9 page 728. 
• — Uinvemo s'arrijehia a venir nell* abitato^ lafcïandofi 
vedere per i giardini àclk çafi , & etiandio m' cortilu 
Oiina ? Uccellma, 

R iij 



390 HiJIoire Naturelle 

h lavandière , & ces fons fî doux font 
bien différens du cri aigu que cette ber- 
geronette jette en pafîant pour s'élever 
en l'air. Auprintems, elle va nicher dans 
les prairies, ou quelquefois dans des taillis 
fous une racine, près d'une fource ou 
d'un ruifleau -, le nid eft pofé fur la terre 
& conftruit d'herbes sèches ou de moufle 
en-dehors , bien fourni de plumes , de 
crin ou de laine en-dedans , & mieux tiflu 
que celui de la lavandière ; on y trouve 
fix , fept ou huit œufs blanc-fale, tache- 
tés de jaunâtre -, quand les petits font 
élevés , après la récolte des herbes dans 
les prés , le père & la mère les conduifent 
avec eux à la fuite des troupeaux. 

Les mouches Se les moucherons font 
alors leur pâture , car tant qu'ils fréquen- 
tent le bord des eaux en hiver , 8s vi- 
vent de vermiffeaux , & ne laifîent pas 
aufîî d'avaler de petites graines s nous en 
avons trouvé avec des débris de fearabées 
& une petite pierre dans le géfier d'une 
bergeronette jaune, prife à la fin de dé-r 
cembre-, Tœfophage fe dilatoit avant Ion 
infertion, le gé/ier mufculeux ctoit dou- 
blé d'une membrane sèche > ridée ^ fans 



des Bergeronetres * &C. 391 

adhérence % le tube inteftinal long de dix 
pouces , étoit fans cœcum & fans véïicule 
de fiel 5 la langue étoit cfrangée par le 
bout comme dans toutes les bergeronet- 
tes -, l'ongle poftérieur étoit ïe plus grand 
de tous. 

De tous ^es oifeaux à queue longue , 
la bergeronette jaune eft celui où ce ca- 
ractère eft le plus marqué ( f) -, fa queue 
a près de quatre pouces , & fon corps 
n'en a que trois & demi \ fon vol eft de 
huit pouces dix lignes -, la tète eft grife \ 
îe manteau jufqu'au croupion olive-foncé, 
fur fond gris*, le croupion jaune -, le def- 
fous de la queue d'un jaune plus vif , le 
ventre avec la poitrine jaune -pâle dans 
des individus jeunes , tels apparemment 
que celui qu'a décrit M. Briflbn -, mais 
dans les adultes , d'un beau jaune écla- 
tant & plein (r) j la gorge eft blanche-, 



(/*) Edwards, Glan. page 259* 

(*) Edwards 9 ibidem. — « Ii y a difthuTrion en 
fa bergerette, du mâle & de îa femelle; c'eft « 
que le mâle eft fi fort jaune par-deflbus îe ventre « 
{ju'on ne voit aucun oifeau qui le foitplus. >? Bél<m 9 
îtfat. des Oifeaux , page 351. 

R iv 



392. - HiJIolre Naturelle 

une petite bande longitudinale blanchâ- 
tre prend à l'origine du bec & paffe fur 
l'œil-, le fond des .plumes des ailes eft 
gris-brun , légèrement frangé fur quel- 
ques-unes de gris-blanc -, il y a du blanc 
à l'origine des pennes moyennes , ce qui 
forme fur l'aile une bande tranfverfale 
quand elle eft étendue ; de plus , le bord 
extérieur des trois plus proches du corps 
eft jaune-pâle , & de ces trois la pre- 
mière eft prefqueauffi longue que la plus 
grande penne *, la plus extérieure de celles 
de la queue eft toute blanche , hormis 
une éehancrure noire en-dedans -, la fui- 
vante i'eft du côté intérieur feulement, 
la troifième de même *, les fix autres font 
noirâtres. Les individus, qui portent fous 
la gorge une tache noire furmont^e d'une 
bande blanche fous la joue , font les mâ- 
les (u) ; fuivant Bélon , ils ont auffi leur 



(//) Wilïughby n'a décrit que la femelîe, qu'il 
appelle bergeronette grifc ( Motacilla cinerea , Ornith. 
page 172 ), & Albin, qui donne deux figures de 
cet oifeau, donne deux fois la femelle, n'y ayaitf 
de noix fur la gorge de l'une ni de L'autre* 



des Ber girouettes y &C- 59.^ 

jaune beaucoup plus vif , & ia ligne des 
fourcis également jaune*, & Ton obferve 
que la couleur de tous ces oifeaux parait 
plus forte en hiver après la mue. Au refte ,- 
dans la figure de la planche enluminée it 
la couleur jaune eft trop foibie , & la 
teinte verte eft trop forte, 

Edwards décrit notre bergeronnette 
jaune fous le nom de bergeronette grijè (x) 9 
& Gefner lui attribue les noms de batte-* 
queue * batte- Icjjiye , qui équivalent à 
celui de lavandière ( y ) # , cfîeâîvemeiat 
ces bergeronettes ne fe trouvent pas 
moins fouvent que la lavandière fur les 
eaux & les petites rivières pierreufes te) , 
\ elles s'y tiennent mente plus conftim* 
ment y puïfqu*on les y voit encore pen- 
dant l'hiver 5 cependant il en déierte 
beaucoup plus qu'il n'en refte au pays * 



(x) The grey water- wagtaiL Glan» ubi Tupra* 
Dénomination peu. exacte, & qui vient originai- 
rement de Wiiïughby, qui reconnoît Jui-mêins.- 
Savoir décrit que la femelle (7oco- citato, ) 

(j) Gefner > Avi. page 594* 

il) Flmos lapdofos fréquentât. Wi8ugf>By^ 



3 94 Hijlolre Naturelle 

car elles font en bien plus grand nombre 
au milieu des troupeaux en automne , 
qu'en hiver fur les fources & les ruH- 
feaux (à): M. rs Linnams & Frifch ne font 
pas mention de cette bergeronette jau- 
ne > ioit qu'ils la confondent avec celle 
que nous avons nommée de printems > 
loit qu'il n'y ait réellement qu'une de ces 
deux efpèces qui fe trouve dans le nord 
de l'Europe. 

La bergeronette de Java de M. Bri£ 
fon {b) y reilemble fi fort à notre ber- 



(a) « L'on en voit prendre au mois d'aouft * 
>* rî grande quantité qu'on les apporte à la ville à 
»» centaines, & toutefois en autres faifons font û 
>» rares , qu'on n'en p^ut recouvrer. *> Bèlon , Nat, 
des Oifeaux , page 351. — M. Adanfon a trouvé 
h bergeronette jaune au Sénégal. «* On trouve fur 
?> cette île (de Corée ) de petites poules-d'eau, 
» de$ bécafles de plusieurs efpèces, des alouettes, 
m des grives, des perdrix de mer & des lavandières 
» jaunes, ou, pour mieux dire, les ortolans du 
» pays ; ce font de petits pelotons de graifîe d'un 
goût excellent. » Voyage au Sénégal, page 169. 

( b ") Ficedula fhpernè ex cinereo fufco ad o//Va- 
ctum inclinant infctnè flava ; collo inferiore & pe8ort 
fi;&dè gifêis j ftaviçênu admixta 'm peftore J rtttrice 



des Bergeronnettes , &CC. 3 9 j 

geronette jaune-, tes cuflérences en font 
h foibles ou plutôt tellement nulles , à 
comparer les deux descriptions -, que nous 
n'hé.fiterons pas de rapporter cette efpèce 
d'Àfïe à notre efpèce Européenne , ou 
plutôt à ne faire des deux qu'un feul & 
mêpie oifeau* 



extimâ albà , duabui proxlmè ftqutntibus êntmits & 
apice albis. Motacilla Javenfis , ta bergeronette de 
Java- Brijfon^ QrnitfiQÎ. tom- i//, ^age 474. 




ri '• 



R t) 



3 9 6 Hifioirc Natunlk 

. i - 1 ■ ""*' ,ii " - — 

OISEAUX ÉTRANGERS 

Qui ont rapport aux Bergeronettes* 

L 

LA BERGERONETTE 

du cap i>e Bonne -espérance. 

Xjss Bergeronettes étrangères ont tant 
de rapport avec les bergeronettes d'Eu- 
rope , qu'on croiroit volontiers leurs, 
tfpèces originairement les mêmes y . & 
modifiées feulement par l'influence des. 
climats. Celle du cap de Bonne- efpé— 
rance , reprifentée dans nos planches en- 
luminées y nP z8 , figure z , nous a été 
apportée par M. Sonnerat j e'eft la même 
que décrit M. Briflon (a). Un grand 



(a) Ficeiula fîtperitè fufca , infernè Jbrdidè alba ^ 
txniâ tranfiersâ nigricarrte in ptdtore ; lincolâ fupra 
eculos Jbrdidè albâ r re8ncièus âuabus utrimque extimis , 
obliqui dimidiadm albis. Motacilla capiîis Bonœ-fpei r 
h bergeronette du cap de Bonne-efpérance t Brifièn} 
OiûithgL tfra* UL> gage 436* 



des Oifiaux étrangers. 397 

manteau brun qui Te termine en noir 
fur la queue , & dont les deux bords font 
liés fous le cou par une écharpe brune , 
couvre tout le deiîus du corps de cette 
bergeronette,qui eftprefque aulïï grande 
que la lavandière , tout le defious de 
fon corps eft blanc-fale -, une petite ligne 
de même couleur , coupe la coiffe brune 
de la tête & pafîe du bec fur l'œil -, des 
pennes de la queue > Ieshuit intermédiaires 
font noires en entier -, les deux extérieures 
de chaque côté font largement échan- 
crées de blanc v l'aile pliée paroît brune , 
mais, en la développant, elle eft blanche 
dans la moitié de fa Longueur. 

IL 

LA PETITE BERGERONETTE 

DU CAP DE BoNNE-ESVERANCE*^ 

Deux caractères nous obligent de 
féparer de la précédente cette hergero- 
nette qui nous a également été rapportée 
du Cap par M. Sonnerat: premièrement, 
La grandeur, celle-ci ayant moins de cinq 
pouces * fur quoi la queue eu a deux &" 



398 Uijloire Naturelle 

demi -, fecondement , la couleur du ventre 
qui eft tout jaune, excepté les couvertures 
inférieures de la queue qui font blanches ; 
une petite bande noire pafle fur l'œil & 
fe porte au-delà -, tout le manteau eft d'un 
brun jaunâtre -, le bec large à fa bafe va 
en s'aminciflant dans le milieu & fe ren- 
flant à l'extrémité -, il eft noir ainfi que la 
queue , les ailes & les pieds -, les doigts 
font très-longs , & M. Sonnerat obferve 
que l'ongle poftérieur eft plus grand que 
les autres -, il remarque encore que cette 
cfpèce a beaucoup de rapport avec la 
fuivante , qu'il nous a auffi fait connoî- 
tre , & qui peut-être n'eft que la même , 
modifiée par la diftance de climat du Cap 
aux Moluques. 

III. 

LA BERGERONETTE 

DE LiLE DE TlMOR* 

Cette Bergeronette a , comme la 
précédente , le deilous du corps jaune -, 
fur l'œil un trait de cette couleur -, le 
deflus de la tête & du corps eft gris- 
cendré -, les grandes couvertures termi- 



des Oifeaux étrangers. 399 

nées de blanc , forment une bande de 
cette couleur fur l'aile, qui eft noire ainfî 
que la queue & le bec -, les pieds font 
d'un rouge-pale *, l'ongle poftérieur eft 
plus long du double que les autres -, le 
bec y comme dans la précédente , eft large 
d'abord, aminci, puis renflé-, la qu>eue a 
vingt-fept lignes , elle dépafle les ailes de 
dix-huit , & ï'oifeau va la remuant fans 
ceife , comme nos bergeronettes. 

IV. 

LA BERGERONETTE 
j> jet Madras. 

Ray a donné cette efpèce (5), & c'eft 
d'après lui que M. Briflon l'a décrite (c) \ 
mais ni l'un ni l'autre n'en marquent les 



(3) Mo tac H ia MaJerafpatana nigro alhoquc mixta* 
Hay , Sympf. Âm* page 194, avec une figure peu 
exacte au mâîe ; & dans fa même planche la femelle : 
Motacilla Madcrafpatana , ex dbo ciutrta caudâ for* 
cipatâ. 

(c) Ficedula nigra (mas) cîtierea (faemina); w»- 
tre albo ; tœnia in alis longitudinal! candidâ , rt&ricibus 
binis intermtdiis aigris, la te rai "ib us albis. Motacilla M& 
diraftatana, h berger onetu de Madras. 



400 Hifïoire Naturelle 

dimenfions -, pour les couleurs 5 elîes ne 
font compofées que de noir & de blanc > 
ïa tête y la gorge , le cou & tout le man- 
teau > y compris les ailes, font noirs ; 
toutes les plumes de la queue font blan- 
ches , excepté les deux du milieu , celles- 
ci font noires & un peu plus courtes 
que les autres , ce qui rend la queue 
fourchue*, le ventre eft blanc -,.Ie bec , les 
pieds & les ongles font noirs : tout ce 
qu'il y a de noir dans le plumage du 
j»ate 3 eft gris daris celui de la femelle. 







des Figuiers. 40 ï 

g i m f ■■ ■ 11 1 n m mu n- MàM t mmmu i n ÊttÊÊËKÊÊÊÊaÊm 

LES FI G UÏERS* 

Les Oiseaux , que Ton appelle Figuiers ,• 
font d'un genre voifin de celui des bec- 
figues , & ils leur reffemblent par les 
cara&ères principaux -, ils ont le bec droite 
délié & très -pointu, avec deux petites 
échancrures vers l'extrémité de la man- 
dibule fupérieure \ caractère qui leur eft 
commun avec les tangaras , mais dont 
le bec eft beaucoup plus épais & plus 
raccourci que celui des figuiers •> ceux-ci 
ont l'ouverture des narines découverte , 
ce qui les diftingue des mélanges;. ils ont 
l'ongle du doigt poftérieur arqué , ce qui 
les- fépare de^ alouettes-, airifr, Ton ne 
peut fe difpenfer d'en faire un genre 
particulier. 

Nous en connoiflons cinq efpèces dans 
les climats très-chauds de l'ancien con- 
tinent, & vingt-neuf efpèces dans ceux 
de l'Amérique ; elles diffèrent des cinq 
premières par la forme de la queue -, celle 
des figuiers de l'ancien continent eft ré- 
gulièrement étagée 9 au lieu que celle 



402 Hijîoire Naturelle 

des figuiers d'Amérique eft échancrée à 
l'extrémité. & comme fourchue, les deux 
pennes du milieu étant plus courtes que 
les autres , & ce cara&ère fuiîit pour recon- 
jioître de quel continent font ces oifeaux* 
Nous commencerons par les efpèces qui 
fe trouvent dans l'ancien. 




des Figuiers. 40 j 



LE FIGUIER vert & JAV&1L (a)< 
Première ejpèce. 

Cet Oiseau a quatre pouces huit fignes 
de longueur •> le bec , fept lignes \ h, 
quelle , vingt lignes -, & les pieds , fept 
lignes & demie -, il a la tête & tout le 
defîus du corps d'un vert d'olive , le 
deflousdu corps jaunâtre -, les couvertures 
fupérieures des ailes font d'un brun-foncé, 
avec deux bandes tranfverfales blanches j 
les pennes des ailes font noirâtres , & 
celles de la queue font du même vert 

( a ) Green indian fly-catcher , mufcicapa indica vi- 
r'îdk. Edwards , Hift. of Birds > pag. 79. Lufciuia 
Bengalenfîs. Klein, Jvi. pag. 75, n.° 17. 

Ficedula fupernè viridi- olivacza , infernè flava , 
pauco viridi adumbrata ; tœiriâ duplici tranfiersâ in 
ûlh candidâ , oris quarumdam exterioribus flavis ; rec- 

tricibus viridi- olivaceis Ficedula Bengalenfîs* 

Biiflbn, OwithoL tome III, page 484. 

Motacilla viridis , fubtus flaefccns, aiis nigris : faf* 
dis duabus albis. ...... Motacilla Tipàa, Linnaus 7 

Syfl. Nat* ed, XII ? page 331. 



40 4 Uijîoirc Naturelle 

que le dos -, le bec, les pieds & les ongïeâ 
font noirâtres. 

Cet oifeau donné par Edwards , eft 
Venu de Bengale , mais cet Auteur Ta 
appelé moucherolle y quoiqu'il ne foit pas 
du genre des gobe-mouches ni des mou« 
cherolles qui ont le bec tout différent. 
Linnxus s'eft aufîï trompé en le prenant 
pour un motacilla y hoche-queue, lavan- 
dière ou bergeronette 5 car les figuiers 
qu'il a tous mis aîvec les hoche-queues 
ne font pas de' leur genre , ils ont Li 
queue beaucoup plus courte , ce qui feuî 
eft plus que fuffifant pour faire diflinguej; 
ces oifeaux. 




mm zr. 



Xf^jtqp.jof. 




J.K TTGVJEll. 3.XE PITPJLT. 7>, n^r.21 



des Figuiers. 405 

LE C HÊ RI C(a). 

Seconde ejpèce. 

Dans l'île de M&dagafcar , cet oifeau eft 
connu fous le nom de tehcric\ il a été 
tranfporté à l'île de France, où on l'ap- 
pelle œil blanc , parce qu'il a une petite 
membrane blanche autour des yeux \ il 
pt plus petit que le précédent, n'ayant 
que trois pouces huit lignes de longueur, 
|& les autres dimenfïons proportionnelles -, 
il a la tête , le defîus du cou , le dos 
ÏSc les couvertures fupérieures des ailes 
d'un vert d'olive; la gorge & les cou- 
vertures inférieures de la queue jaunes; 
<le defious d\i corps blanchâtre -, les pen- 



(5) Ficedula fupernè viridl-olivacea , infernè cint* 
Teo alba ; oadorum ambitw càndido j gutture & teftri- 
cibus caudœ. inférioribus fulphnreis ' 9 re&ricibus latera- 
libas dliutè fufeis , cm extmoribus viridi olivaceis. . . » 
Ficedula Madagafearienjh minor. Briiibn , OmithoL 
tome 111, page 498; & ph 28, flg. 2. 

JMotacilla viridefiens , fubtus albida , gulâ anoque 
flavis , palpebris albis. ...... Motacilla Maderajpa- 

wm. Li$n%us 9 Syjl. Hat, éd. XJI, page 334, 



40 6 HiJIoire Naturelle 

nés des ailes font d'un brun -clair 8c 
bordées de vert d'olive fur leur côté exté- 
rieur-, les deux pennes du milieu de la 
queue font du même vert d'olive que le 
deflus du corps ; les autres pennes de la 
queue font brunes & bordées de vert 
d'olive ; le bec eft d'un gris -brun -, les 
pieds & les ongles font cendrés* M. le 
vicomte de Querhoënt , qui a obfervé cet 
oifeau à l'île de France , dit qu'il eft peu 
craintif, & que néanmoins il ne s'approche 
pas fouvent des lieux habités \ qu'il vole 
en troupe & fe nourrit d'infe&es. 




des Figuiers. 407 



* LE PE TIT SIMON (c). 
Troijième tfpècc. 

On appelle , à l'îîe de Bourbon , cet 
oifeau petit Jïmon ; mais il n'eft pas 
originaire de cette île , & il faut qu'il y 
ait été tranfporté d'ailleurs , car nous fota- 
mes informés par les Mémoires de gens 
très-dignes de foi , & particulièrement 
par ceux de M. Commerfon , qu'il n'exif- 
toit aucune efpèce d'animaux quadrupèdes 
ni d'oifeaux dans l'île de Bourbon & 
dans celle de France lorfque les Portugais 
en firent la découverte. Ces deux îles 
paroiflent être les pointes d'un continent 
englouti , & prefque toute leur furface 
eft couverte de matières volcan ifées ; en 
forte qu'elles ne font aujourd'hui peuplées 
que des animaux qu'on y a tranfportés. 
Cet oifeau eft précifément de la -même 

* Voyex les planches enluminées , n.° 705,, fig$ 2 9 
fous fa dénomination de figuier de Madagafcau 

(û) Fictdula fupernè grifeo-fujea, infernè fordidè 
Xinereo-nlbo flavicans; reôtriciùus fufeis , oris extçriori* 

bus grifeo- fufeis Ficedula Borbomca. Briflbn p 

qrnithoL tome III, page 510; &/?/. 27 , j?£. 3. 



40 8 ÎTlJIoire Naturelle 

grandeilr que le précédent-, il a le defliis 
du corps d'une couleur d'ardoife claire; 
ie deffous gris-blanc -, la gorge blanche -, 
îes grandes plumes de la queiie d'un brun- 
foncé , bordées d'un côté d'un peu de cou- 
leur d'ardoife ; le bec brun , pointu & 
affilé-, les pieds gris, & les yeux noirs; 
les femelles , & même les petits , ont à-peu- 
près le même plumage que les mâles : 
on le trouve par-tout en grand nombre 
dans Tile de Bourbon, où M. le Vicomte 
de Querhoënt Ta obfervé. Ces oifeaux 
commencent à nicher au mois de feptem- 
bre -, on trouve communément trois œufs 
dans leur nid, & il y a apparence qu'ils 
font plufieurs pontes par an-, ils nichent 
fur les arbres ifolés , & même dans îes 
vergers \ le nid eft eompofé d'herbes sè- 
ches & de crin à l'intérieur ; les œufs font 
bleus : cet oifeau fe laifle approcher de 
très-près , il vole toujours en troupe, vit 
d'infe<5tes & de petits fruits mous \ lors- 
qu'il aperçoit dans la campagne une pci> 
drix courir à terre , un lièvre , un chat , 
Sec, il voltige à l'entour en faifant un cri 
particulier , auffi fert-il d'indice au chaf- 
feur pour trouver le gibier, 

LE FIGUIER 



dcé Figuiers. 405 

-*£,£■ FIGUIER BLEU, 

Quatrième efpèce. 

Cette epsèce n'a été indiquée par auciiff 
.Naturalifte , elle eft probablement origi-, 
flaire de Madagafçar. Le mâle ne paroît 
différer de la femelle, que par la queue 
qui eft un tant foit peu plus longue, 8c 
par une teinte de bleuâtre fur le defîous 
du corps , que la femelle a blanchâtre fans 
mélange de bleu. Au refte 5 ils ont la tète 
.& tout- le defîus du corps d'un cendré- 
bleuâtre s les pennes des ailes & de la 
queue noirâtres , bordées de blanc .; le 
hec & les pieds bleuâtres. 



* l'oyeiles planches, enluminées, n.\ 705, fig. 3; 
îe mâle fous la dénomination de figuier de Madagaf- 
çar, fig i ; la femelle fous la dénomination ds 

figuier de l'île de France* 



Oifeaux , Tome IX. 



4io Hijîoire Naturelle 



? LE FIGUIER du Sénégal* 

Cinquième efpèce. 

Nous présumons que les trois oifeaux 
repréfentés dans la planche enluminée , 
n.° $8zj, ne font qu'une feule & même 
çfpèce , dont le figuier tacheté ieroit le 
mâle , & les deux autres des variétés de 
fexe ou d'âge. Ils font tous trois fort pe« 
titSy Se celui de la figure première eft le 
plus petit de tous. 

Le figuier tacheté, n.° £, n'a guère que 
quatre pouces dé longueur , fur quoi fa 
queue en prend deux # , elle eft étagée, & 
les deux plumes du milieu font les plus 
longues y toutes ces plumes de la queue 
font brunes, frangées de blanc-rouflâtre \ H 
en eft de même des grandes pennes de 
l'ûlcjlçs autres plumes de l'aile, ainfî que 

m »■ ■ ■ ■■ , ■ . i '.in m, < 

* Vayt\ les planches enluminées , n.° 582, fig, i 9 
ibus la dénomination' de figuier du Sénégal; fig f 1, 
fous la dénomination de figuier tacheté du Sénégal; 
ifc fig* 3 ? *° us h dénomination de figuier à venir* 
jaune dn SsnégqL 



des Figuiers. 4 1 1 

«elles du defïus du dos & de îa tète, font 
noires, bordées d'un roux-clair 5 le crou- 
pion eft d'un roux plus foncé, & le de-, 
vant du corps eft blanc. 

Les deux autres diffèrent de celui-ci^ 
mais Ce reffemblent beaucoup entr'eux. Le 
figuier, fig. 3t n'a pas la queue étagée* 
elle eft d'un brun-clair, & plus courte à 
proportion du corps ; le haut de la tête 
& du corps eft brun -, l'aile eft d'un brun- 
noirâtre, frangée fur les pennes , & ondée 
iur les couvertures d'unbrun-roufsâtre -, le 
devant du corps eft d'un jaune-clair, & il 
y a un peu de blanc fous les yeux. 

Le figuier, fig. %i e ft plus petit que 
les deux autres , tout fon plumage eft à 
peu-près le même que celui de la fig. fc 
à l'exception du devant du corps quin'eft 
pas d'un jaune-clair, mais d'un rouge- 
aurore. ° ' 

On voit déjk que, dans quelques efpè^ 
ces du genre des figuiers, il y a des in- 
dividus dont les couleurs varient fenfn 
clément. 

II en _ eft de même de trois autres 
cifeaux indiqués dans la planche ealll« 

S ij 



'4 ï t Hijïoire Naturelle 

minée, n.° $84*, nous préfumons qtf& 
tous trois ne font aufïi qu'une feule 8c 
même efpèce , dans laquelle le premier 
nous paroît être le mâle , & les deux 
autres de variétés de fexe ou d'âge; le 
troisième fur-tout femble être la femelle: 
tous trois ont la tête & le defllis du 
corps brun, le deflbus gris avec une 
teinte plus ou moins légère, & plus ou 
moins étendue de blond-, le bec eftbnm 
& les pieds font jaunes, 

Maintenant nous allons faire rémuné- 
ration des efpèces de figuiers, qui fe 
trouvent en Amérique, Ils font en gé? 
néral plus grands que ceux de l'ancien 
continent,* il n'y a que la première efpèce 
.de ceux-ci qui foient de même taille j 
nous avons donné ci-rdevant les carac^ 
<tères par lefquels on peut les diftinguer, 
& nous pouvons y ajouter quelques petits 



i £ Voyt\ les pjanches enluminées ? //,° $ 4 , fig. 1, 
fous là dénomination de figuier brun du Sénégal ; 
jtg. 2, fous la dénomination de figuier blond du Si* 
)iégal; & fig. 3 , fous la dénomination de figuier 4 
yentre gris du Sénégal, 



des Figuiers. 413 

feîfs au fujet de- leurs habitudes natu- 
relles. Ces figuiers d'Amérique , font des 
ôifeaux erratiques, qui pafîent en été 
dans la Caroline & jufqu'en Canada, & 
qui reviennent enfuite dans les climats 
plus chauds pour y nicher & élever leurs 
petits j ils habitent les lieux découverts 
& les terres cultivées-, ils fe perchent iur 
les petits arbriffeaux, fe nourrirent d'in-* 
feâes & de fruits mûrs & tendres , tels 
que les bananes, les goyaves & les figues 
qui ne font pas naturelles à ce climat, 
niais qu'on y a tranfportées d'Europe*, ils 
entrent dans les jardins pour les béque* 
ter, & c'eft de-là qu'eft venu leur nom; 
cependant à tout prendre , ils mangent 
plus d'infedes que de fruits , parce que 
pour peu que ces fruits foicnt durs ils ne. 
peuvent les entamer. 



S iïj 



4 t 4 Hijioire Nature fie 



U-E FIGUIER TACHETE (à). 

'Première ejpèce. 

Cet oiseau fe voit en Canada pendant 
fêté , mais il n'y fait qu'un court féjour, 
n'y niche pas & il habite ordinairement 
les terres de la Guyane & des autres 
contrées de l'Amérique méridionale. Son 
ramage eft agréable & affez femblable à 
celui de la linotte. 

II a la tête & tout le deflbus du corps 
d'un beau jaune, avec des taches rou- 
geâtres fur la partie inférieure du cou , 
Se fur la poitrine & les flancs -, le deffus 
du corps & les couvertures fupérieures 
«des ailes font d'un vert d'olive-, les 
pennes des ailes font brunes & bordées 



* Voyei ïes planches enluminées, n.° 58, fig. 2, 
fous la domination de figuier de Canada» 

f d) Ficedula fupeniè viridi-olivacea , infernè flaua 
collo inferiore & pedtore maculis longitudlnalibus rubef- 
cent! bus pariegatis ; reâtricibus lateralibus interius 
iuteis. . . . Ficedula Canadenjis. Briflbn, OrnithoL 
tome lllp page 492 > & p L 26 , fig. 3. 



des Figuiers. 41^ 

extérieurement du même vert; les pennes 
de la queue font brunes & bordées de 
jaune*, le bec, les pieds & les ongles font 
noirâtres. 

Une variété de cette efpèce ou peut- 
être la femelle de cet oifeau, eft celui 
qui eft repréfenté dans la même plan- 
che, n.° $8jjig. ij car il ne diffère de 
l'autre qu'en ce qu'il n J a point de taches 
rougeâtres fur la poitrine, & que le 
deflus de la tête eft comme le corps 
d'un vert d'olive -, mais ces petites diffé- 
rences ne nous paroiffent pas fuffifantes 
pour en faire une efpèce particulière. 




Si> 



4 1 6 Hijhire Naturelle 

fc» m m ». .. i i .1 mm 

LE FIG UIER 

A TÊTE R O UGE{e)r 

Seconde efpèce* 

drr oiseatx a lefommet de la tète d'un 
beau rouge # , tout le deffus du corps 
vert d'olive; le deflbus d'un beau jaune >. 
avec des taches rouges fur la poitrine & 
le ventre ; les ailes & la queue font 
Ibrunes ; le bec eft noir & les pieds font 
jougeâtres. La femelle ne diffère du mâle 
qu'en ce que fes couleurs font moins 

(e) Ydlow > red-pote. Tête-rouge au corps jaune. 
Edwards, GHan- page 99 , avec une bonne figure 
coloriée , pi. 256. 

Ficedula fupernè viridl olivacea , infernè flava ,. ma- 
culis longitudînalibus rubefientibus variegata ; vertice 
rubro ; reftrkibus fupernè fufcis 5 marginibus luîeis 

infernè penitus luteh*- Ficedula Penfi'vanica 

erythrocep halos. Briffon > Qrnithol. tome Itl > 
page 488. 

Motacilla olivacea , fubtus flava rubro gutîata , pile» 

rubro Motacilla petechia, Umusus, Syjl* JVtffc 

ei XII, page 334. 



des Figuiers. 4 1 7 

Vives. Ceft un oifcau folitaire & errati- 
que *, il arrive en Penfilvanie au mois de 
mars, mais il n'y niche pas*, il fréquente 
les brouffailles , fe perche rarement 
fur les grands arbres, & fe nourrit 
des infeâes qu'il trouve fur les arbrif* 
féaux (/). 

— — —— — «i — — — — i m < ■ n u i— imtmm — 1 m nn'W i i 11 ai « ii w i 11 m 

(f) Edwards Glatiures, page 99, 




s 



4 1 8 Hijloire Naturelle 

""-■■' ■ " ' -^ 

L£ FIGUIER 

A GORGE BLANCHE (g). 

Troijîème efpèce. 

Cet oiseau fe trouve à Saint-Domin- 
gue -, le mâle a la tête, tout le deffus du 
corps & les petites couvertures fupé- 
rieures des ailes d'un vert d'olive-, les 
côtés de la tête & la gorge blanchâtres \ 
3a partie inférieure du cou & la poitrine 
jaunâtres , avec des petites taches rouges -, 
le refte du deffous du corps eft jaune y 
les grandes couvertures fupérieures des 
ailes , les pennes des ailes & celles de la 
queue font brunes & bordées de jaune- 
olivâtre -, le bec , les pieds & les ongles 
font d'un gris-brun. 

La femelle ne diffère du mâle qu'en 
ce que le vert de la partie fupérieure du 
cou eft mêlé de cendré. 



(g) Ficedula fhpernè vindi olivacea , infemè fui- 
jjhurea ; collo iuferiore & peâfore Jbrdidè albo-flavicanti- 
bus , maculis longitudinalibus rubefcentibus vanegatis ; 
re&ricibus lateralibus interius dimidiatim fulphureis. . . . 
Ficedula Dominicenfis. Briflbn, Qriùthol* tome III? 
page 494, & pL z6,jig- 5, 



des Figuiers, 419 



LE FIG UIER 
A G O R G E J A UNE (h). 

Quatrième efpèce. 

Cet oiseau fe trouve à la Louiiïane 5c 
à Saint-Domingue-, le mâle a la tête & 
tout le deflus du corps d'un beau vert 
d'olive, qui prend un légère teinte de 
jaunâtre fur le dos^ les côtés de la tête 
font d'un cendré léger y la gorge , la 
partie inférieure du cou & la poitrine 
font d'un beau jaune, avec des petites 
taches rougâtres dellus la poitrine -, le refte 
du deflus du corps eft d'un blanc jau- 
nâtre -, les couvertures fupérieures des 
ailes font bleuâtres & terminées de blanc» 
ce qui forme fur chaque aile deux bandes 

(h) Ficeduîa fîipernè viridi-olivacea, ivfernè alba 7 
luteo admixto ; coilo inferiore & peêtore flapis ( pec~ 
tore maudis rubefcenùbus vario , mas^ ; taniâ duplici 
tranfvcrfâ in alis candidâ ; reâtricibus duabus utnmque 
extimis apice interius albis , proximè fequenti macula 

TOtundâ alhà interius notatâ. Ficeduîa Luim** 

ciaiw, 13rifibn ? ' QmithoL tome Ilî^page 500-. 

S vj 



420 Hlfloire Naturelle 

tranfverfales blanches -, les pennes <îes 
ailes font d'un brun-noirâtre , & bordées 
extérieurement de cendré-bleuâtre & de 
blanc fur leurs côtés intérieurs -, les trois 
premières pennes de chaque côté ont 
île plus une tache blanche fur V extrémité 
de leur côté intérieur -, la mandibule 
Supérieure du hec eft brune, l'inférieure 
eft grife } les pieds & les ongles font 
cendrés. 

La femelle ne diffère du mâle , qu'en 
ce qu'elle n a pas de taches rouges fur la 
poitrine. 

Nous ne pouvons nous difpenfer de 
Temarquer que M. Briflbn (i) a confondu 
cet oifeau avec le grimpereau dejapin y 
donné par Edwards ( 1t Y , qui eft ew 
effet un figuier, mais qui n'eft pas celui- 
ci : Nous en donnerons la defcription dans 
les articles fuivans. 

■ n i " ■ m i m 

(/*) Supplément d'Ornithologie 7 page çp» 
( k) Glanures , page. 139. 



des Figuiers. 42, 



LE FIGUIER y eut & blanc®, 

Cinquième efpèce* 

Cette espèce fe trouve encore à Saint* 
Domingue \ le mâle a la tète & le deffous 
du cou d'un cendré-jaunâtre j, les petites 
couvertures fupérieures des ailes & tout 
iedeffus du corps d'un vert d'olive-, ia 
gorge & tout le deiîus du corps d'urç 
blanc-jaunâtre, les grandes couvertures 
fupérieures des ailes, & les pennes des 
ailes font brunes & bordées de vert- jau- 
nâtre ^ les pennes de la queue font tFtm 
vert d'olive très-foncé v les latérales ont, 
fur leur coté intérieur , une tache jaune 
qui s'étend d'autant plus que les pennes 
deviennent plus extérieures • -, le bec, les 
pieds & les ongles font d'un gris-brun. 
La femelle ne diffère du mâle , qu'en 
ce que les teintes des couleurs font plus 
f cibles. 

(I) Flœdula fupernè widi-olivacea ^ iufeniè fir- 
didè albo-flavicans \ capite & collo fuperiore cinerels ,. 
olivaceo flavicante mixiis ; ndtricibus latzralibus in te- 
nus plufquam dimidiatim luteh Ficedula Do- 

mwkenjh minor. Biiflbn , OrnithoL tome III y 
page 4^6; &//. 26 ? J%,2. 



j^iz Uifioire Naturelle 

LE FIG UIER 

A GORGE ORANGÉE {m). 

Sixième efpèce. 

jVl • Brïsson a donné cet oifeau fous le 
nom de figuier du Canada -, mais il eft 
probable qu'il n'eft que de paflage dans 
ce climat comme tous les autres figuiers ; 
celui-ci a la tête , le deffus du cou 3 le 
dos & les petites couvertures fupérieures 
des ailes d\m vert d'olive-, le croupion 
& les grandes couvertures fupérieures des 
ailes cendrées ; la gorge , la partie infé- 
rieure du cou & la poitrine orangées ; 
ie ventre d'un jaune-pâle-, le bas-ventre 
Se les jambes blanchâtres -, les pennes des 
ailes font brunes & bordées extérieure- 



(m) Ficedula fjpemè olivacea , infime flava ; nro- 
vygio cinereo ; collo inferiore & peBore jlavo-auran- 
tiis : imo ventre, fordidè albo ; re&ricibus Iateralibus 

exteriàs in apice nigricantibus iiileiihs albis Fi- 

ctdula Canadenfis major. Briiïbn ? Ornitlu tome III 9 
page 508 ; & j>L 26 , fo u 



des Figuiers. 423 

ment de cendré -, les deux pennes du 
milieu de la queue font cendrées, toutes 
les autres font blanches fur leur côté inté- 
rieur , & noirâtres fur leur coté extérieur 
& à l'extrémité. 

La femelle ne diffère du mâle, qu'en 
ce que les couleurs font moins vives* 




424 HiJIoire Naturelle 

» ■■■■ * ' ■ 3 

LE FIG UIER 

A TE TE CENDREE (n). 

Septième ejpèce* 

Cet oiseau a été envoyé de Penfïlvanie 
en Angleterre, & Edwards Ta donné 
fous le nom de mouche rolle au croupion 
jaunes & il a mal-à-propos appelé mou- 
cherolle tous les figuiers qu'il a décrits & 
deflînés \ celui-ci a le fommet & les côtés 
de la tête cendrés ; le defliis du cou & le 
dos vert- d'olive tacheté de noir', la 
gorge, la poitrine & le croupion d'un 



(n) Yetlow-Tumped fly-catcher. Moucheroïfe au 
croupion jaune. Edwards, Glart. page 97, avec une 
bonne figure coloriée ? fU 255. 

Ficedula fuptmè piridi olivitcea , macuîis nigris in 
iorfo variegata , infernè dira ; colle inferiore & pe&om 
lutzis , maculis nigris pariegatis , c :pite cimreo \ tœniê 
duplici tranficrsâ in alis candirfâ ? re&ricièus lateralikus 
mgricantibus , intérim in medio candïdisi .... Fice.*- 
éula. Penfihanica imvià* Brifibn, Grnith. tome III y 
page 502. 



des Figuiers. 425 

beau jaune , avec des taches noires fur la 
poitrine r, les couvertures fupérieures des 
ailes font d'un cendré-foncé & terminées 
de bîanc , ce qui forme fur chaque aile 
deux bandes tranfverfaies blanches-, les 
pennes des ailes font d'un cendré-foncé, 
bordées de blanc -, les deux pennes du 
milieu de la queue font noires, les autres 
font noirâtres , avec une grande tache 
blanche fur leur côté intérieur*, le bec, 
les pieds & les ongles font bruns. 




42 6 Hijtoire Naturelle 

LE FIG UIER BR UN(f>). 
Huitième efpèce. 

Hans Sloane eft le premier qui ait 
indiqué cet oifeau qu'il dit fe trouver k 
la Jamaïque dans les terreins cultivés > 
Se qu'il appelle oifeau mangeur de vers ; 
il a la tête, la gorge , tout le deflus du 
corps, les ailes & la queue d'un brun- 
clair*, ledëflous du corps varié des mêmes 
couleurs que le plumage des alouettes : 
voilà toute la notice que cet Auteur 
nous donne de ce figuier. 



{o) Mufckapa pallidè fufca , worm eater. Sioane 9 
Voyage of Jamaïc. page 310, n.° 65. 

Mufckapa pallidè fufca. Ray , Synopf Avu pag. 186, 
II.* 38. 

Lufciuia , mnfeicapa pallidè fufca. Klein, Avu 

page 75 ? n -° l 4~. 

Fkedula fupernè dilutè fufca , iufernè nigricante & 
grifeo-rufefeente varia , taenia ptr ocnlos & gutture obf- 
curè fufe/s ; reclrkibut dilutè fufeis .... Fkedula 
Jamaïcenfis* Briflbn , Omith. tome III 3 page 512, 



des Figuiers. 42 7 

L E F I G U I E R 
A UX JOUES NOIRES(p). 

Neuvième efpèce. 

v/est a Edwards à qui Ton doit la con- 
noiffance de cet oifeau , qu'il dit fe 
trouver en Penfilvanie , où il fréquente 
les petits bois arrofés de ruifîeaux, au 
bord defquels on le trouve communé- 
ment -, il ne parte que Tété dans ce cli- 
mat , & s'en éloigne pendant l'hiver, ce 
qui indique que ce figuier n'eft , comme 
les autres dont nous avons parlé , qu'un 



(p) Maryland vellow throat. Avh Marylandlca 
gutture luteo. Petivert- gazophiï. pU 6 , fig* i. 

Maryland yellow throat.. Gorge jaune de Mary- 
îand. Edwards , Glan* page 54, avec une bonne 
figure coloriée , pi. 237. 

Ficedula fupernè faturatè olivacea, infernè albo-fla-* 
vïcans ; gutture & peHore luteis ; fyncipite & tœniâ 
per oculos uigris', vertice fufco-rubejcente; reclricibus 
fitpcrnè faturatè olivaceis , circa margines & fubtu$ 
elivaceo - flavicantibus • . . . Ficedula Marylandica* 
Briflon, OmithoU tome III; page 50$. 



4 2 S Bijloire Naturelle 

oifeau de pafiage dans ces provinces de 
l'Amérique feptentrionale. 

II a les côtés de la tête d'un beau noir, 
& le fommet d'un brun-rougeâtre-, le 
defliis du cou > le dos , le croupion & les 
ailes d'un vert d'olive-foncé; la gorge & 
la poitrine d'un beau jaune -, le refte du 
deiïous du corps d'un jaune pâle*, le bec 
& les pieds font bruns, 




des Figuiers, 429 

LE .FIG Ç7JEA 

TACHETÉ DE JAUNE (q):. 

Dixième efpèce. 

C'est encore à M. Edwards que nous 
devons la connoiflance de cet oîfeau -, le 
mâle & la femelle qu'il décrit, ayoient 
tous deux été pris en mer fur un vaifleau 
qui étoit à huit ou dix lieues des côtes 
de Saint-Domingue -, c'étoit au mois de 
novembre , & c'eft fur ce vaifleau qu'ils 
font arrivés en Angleterre. L'auteur 
remarque , avec raifon 3 que ce font des 
oiieaux de paflage , qui étoient aloss 
dans leur traverfée de l'Amérique fepten* 



(^) Spottcd yeîlow fiyrcatcher. MoucheroïFe 
tacheté de jaune. Edwards, Glati- page 101 , aye ; ç 
une figure coloriée , pi. 257. 

Fictdula fupernè fufco 6V viridi-olivaceo varia , 
infernè flava ; collo in fer tore & pefîore maculis nigri-* 
çantibus varitgatis ; ventre fordidè atbo-flavicante ; 
macula ponè oculos rufâ tœnià tranfversâ in ali$ 
candidat reëtricibus duabus ntrimque ex fi mis apice in* 
lerius alis . . . . Ficedulq Canadenfis fufca- Brifprij 
Onuthol. tome III, page 515; &p£ *???£• 4i 



430 Hijloire Naturelle 

trionale à l'île de Saint-Domingue (rj» 
Ce figuier a la tête & tout le deffus 
du corps d'un vert d'olive-, une bande 
jaune au-deffus des yeux-, la gorge, la 
partie inférieure du cou, la poitrine & 
les couvertures inférieures des ailes d'un 
beau jaune, avec des petites taches noires ; 
ïe ventre & les jambes d'un jaune -pâle 
fans taches -, les ailes & la queue d'un vert 
d'olive-obfcur -, l'on voit une longue 
tacheblanche fur les couvertures fupérieu» 
res des ailes, & des pennes latérales de Iz 
queue font blanches fur la moitié de leur 
longueur. 

La femelle ne diffère du mâle, qu'en 
ce qu'elle a la poitrine blanchâtre , avec 
des taches brunes, & que le vert d'olive 
du defiiis du corps eft moins luifant. C'eft 
cette femelle que M. BrifTon a donnée 
comme une efpcce , fous le nom de 
figuier brun de Saint-Domingue (f). 

m ■ ■ H 

(r) Edwards, Glain pages 92 & 102. 

(f) Fïcedula fupernè fufca infernè albo-flavicansx 
collo infeiiore & pedtore maculis hngitudinalibus fup» 
cis variegatis ; re&ricibus fufcis, . . . Fictdula Do- 
mwicenfîs fufca. Brifibn , Omithoh tome 1 1 1 > 
page 513 J &j>/. 28, fig. 5. 



des Figuiers. 4 j r 



LE FIGUIER brun & jaune. 
Onzième efpèce. 

Cet oiseau fe trouve à la Jamaïque; 
Sloane & Browne en ont tous deux donné 
la defcription , & Edwards a donné la 
figure coloriée fous le nom de roitelet 
jaune > ce qui eft une méprife. Catcfby 
& Klein en ont fait une autre , en pre- 
nant cet oifeau pour une méfange. II fait 
£es petits à la Caroline, mais il n'y reftc 



(t) Œnanthe fufco lutea minor. Sloane , voyage, of 
Sama'ic . p âge 3 tq, n ° 46 . 

Œnanthe fufco lutea mîhor. Ray, Synopf, AvL 
page 186, n.° 39. 

Yelloiv tit-wuCe. Catesby , tome Ijpage 63 . 

Parus iuteus Catolïnenjïs* Klein , Avi page 86 9 

n.* 11. 

Motacilla fub-olwacea , gulâ , pe&ore & remigibug 
exterioribus luteis', ortolan of Jamaïca. Browne 3 Nat* 
Hifif of Jamaïc. page 468. 

Yellow ivreN. Roitelet jaune. Edwards , Glait* 
page 142, avec une figure coloriée, pi 298. 

Fïcedula fupernè viridï-olivacea , infernè flava ] rec* 
tricibus lateralibus intmhs dimidiatlm luteis .... Fïce- 
dula Carolinenjïs , Briflbn, OrnithoU tome III* 
page 486? 



43 * Hijîoire Naturelle 

pas pendant l'hiver -, il a la tête , tout lô 
deflus du corps , les ailes & la queue d'un 
brun - verdâtre *, deux petites bandes bru** 
lies de chaque côté de la tête : tout le 
deflbus du corps d'un beau jaune-, les 
couvertures fupérieures des ailes font 
terminées de vert d'olive^- clair, ce qui 
forme fur chaque aile deux bandes obli- 
ques -, les pennes des ailes font bordées 
extérieurement de jaune *, le bec & les 
pieds font noirs. 







LE FIGUIER 



des Figuiers, 435 



8MH5izr<ut«*MMfcd| 



L E F I G U I E R 

DESSA P INS(u). 

Douzième efpèee. 

C'est celui qu'Edwafds % appelé grimpe* 
reau defapin, maisiln'eft pas du genre 
desgrimpereaux, quoiqu'il ait l'habitude 
de grimper fur les fapins à la Caroline 
& en Penfilvanie, Le bec des grimpe- 
reaux eft, comme l'on fait, courbé en 
forme de faucille, au lieu que celui de 
cet oifeau eft droit , & il reflemble par 
tout le refte fi parfaitement aux figuiers 3 
qu'on ne doit pas le féparer de ce genre. 



, (u) Pine-crêeper.Gnmperem de fapin. Edwards, 
Glan. page 139, avec un figure coîoriée, pi. 277. 

Parus Jmericanus lutefcens. Fine creeper. Catesby* 
tome I , page 46. 

Parus fupernè olipaceus , iufernè albus; colfo infe* 
tiore & peéore luteis; reâtricibus fufcis f extimâ exte~» 
riùs albâ fmas^. Parus in uniperfo corporê fufcus 

ffœmina^ Pqtus Americanus. Brifîbn, OnuthoU 

tome III, page 576. 

Oifeaux , Tome IX* X 



434 Hijloire Naturelle 

Catefby s'eft aufïi trompé lorfqu'H l'a 
mis au nombre des méfanges , vraifem- 
blablement parce qu'elles grimpent auflï 
contre les arbres \ mais les méfanges ont 
le bec plus court & moins aigu que les 
figuiers, & d'ailleurs ils n'ont pas comme 
elles les narines couvertes de plumes, 
M. Brifton a auffi fait une méprife en 
prenant pour une méfange le grlmpereau 
defapin de Catefby, qui eft notre figuier, 
& il eft tombé dans une petite erreur en 
féparant legrimperearu d'Edwards de celui 
de Catefbjr, 

Cet oifeau a la tète y la gorge & tout 
ïe deflbus du corps d'un très-beau jaune, 
une petite bande noire de chaque côtç 
de la tête r, la partie fupcrieure du cou 
& tout le deiïlis du corps d'un vert-jaune 
pu couleur d'olive brillant, & plus vif 
encorç fur le croupion-, les ailes & la 
quçuç font gris-de fer-bleuâtre -, les cou* 
yertures fupérieures font terminées de 
blanc , ce qui forme fur chaque aile deux 
bandes tranfverfales blanches*, le bec eft 
|ioir ? &les piçds font d'un brun- jaunâtres 
. I^a femelle eft entièrement brune. 

Ce figuier pafle l'hiver dans h Çaro* 



des Figuiers, 45 £ 

ïtne , ou Catefby dit qu'on le voit fur 
des arbres fans feuilles chercher des in- 
fectes ', on en voit auffi pendant l'été dans 
les provinces plus ieptentrionales. M. Bar* 
tram a écrit à M. Edwards 5 qu'ils arri- 
vent au- - mois d'avril en Penfïlvanie , 
& qu'ils y demeurent tout l'été *, cepen- 
dant il convient n'avoir jamais vu leur 
nid-, ils fe nourrirent d'infeéfces qu'ils 
trouvent fur les feuilles & les bourgeons 
des arbres (x). 

■w— ■ ■ ■ .i n 1 ■ ■ 1 ,q 

(se) Edwards, Glati, pag. 141, 




Tij 



43 6 Hiftoire Naturelle 

LE F I G U I E R 

r 4 CRA VATTE NOIRE (y). 

Treizième ejpècc. 

Ce Figuier a été envoyé de Penfilvanîe 
par M. Bartram à M. Edwards jc'cft un 
oifeau de paffage dans ce climat, il y 
arrive au meis d'avril pour aller plus au 
Nord, & repafle au mois de Septembre 
pour retourner au Sud. II fe nourrit d'in- 
fc&es comme tous les autres oifeaux de 
te genre. 

Il alefommet de la tête, tout le deiîus 
du corps & les petites couvertures ïupé- 



(y) Black~throated green fly-catcker. MoucheroIIe 
verte à gorge noire» Edwards, Glan. page 190, 
avec une bonne figure c®!oriée , pi. 300. 

Ficedula fupernè vindi-olivacea , infernè alba,ginis, 
colto ad latera & peSibre fuprcmo luteis ; gutturt £f 
colfa inferiore nigris; laterikus nigro variegans ; tœniâ 
duplici tranfvtrîâ in dis candidâ re&ricibus faturatè 
.cinereis, tribus utrimqm extlmis interiùs albo macu" 
lam^iFLceêula Penfilvanica gutturc nigro. Brifïbn# 



des Figuiers, 437 

ïieures des ailes d'un vert d'olive-, les cô- 
tés de la tête & du cou d'un beau jaune -, 
la gorge & le deiïous du eou noirs, ce 
qui lux forme une efpèce de craratte de 
cette couleur^ ta poitrine eft jaunâtre.» 
ïe refte du deflbus du corps eft blanc , 
avec quelques taches noirâtres fur les 
flancs $ les grandes couvertures fupéricu- 
tcs des ailes font d'un brun- foncé & ter- 
minées de blanc , ce qui forme fur chaque 
aile deux bandes tranfverfiles blanches ; 
les pennes des ailes & de la queue font 
d'un cendré-foncé^ les trois pennes exté- 
rieures de chaque côté de la queue ont 
des taches blanches fur leur côté inté- 
rieur -, le bec eft noir de les pieds font 
Bruns. 




Ti 



irj 



43 8 Bijloire Naturelle 



LE FIGUIER 

A TE TE TA UNE '({); 
Quatorzième efpèce. 

3VL Brisson a donné le premier la des- 
cription de cet oifeau , & il dit qu'il fe 
trouve au Canada -, mais il y a apparence 
qu'il neft que de pafîage dans ce climat 
leptentrional , comme quelques autres es- 
pèces de figuiers-, celui-ci a le fommet 
de la tête jaune, une grande tache noire 
de chaque côté de la tête au-defïus des 
yeux , 6c une autre tache blanchâtre au 
deflbus des yeux -, le derrière de la tête t 
ïe deffus du cou & tout le deiîus du 



(l) Ficedula fïip&rnè nigro 6* olivaceo-flavicante 
paria ? i/tfernè fbrdidè alba ; pertice luteo ; macula 
utrimque roftrum inter & oculos nigrâ; taenia dupUcl 
trait fversâ in alk flavicante; rectricibus tribus utrim- 
qm extimis ultimâ medietate ïnteriks albo - flavicanti- 
bus. .. .Ficedula Canadenfis i&erocephalos. BriiTon, 
OrnithoL tome III, pag. 517; & pi 27, fig» 2. 
Motacilla grifea , fub tus albida, pileo luteo fafcià 
$adari nigrâ, duabufque alaribus flavis. , . Motacilla 
tâeiQcephdM. Liïlïiïï\xs 9 Syft.Nat* éd. XII,pag*324* 



des Figuiers. 459 

corps font couverts de -plumes noires > 
bordées de vert- jaunâtre \ la gorge & 
tout le defïous du corps font blanchâ- 
tres , les couvertures fupérieures des ailes 
font noires & terminées de jaunâtre, ce 
qui forme fur chaque aile deux bandes 
tranfverfales jaunâtres-, les pennes des 
ailes & de la queue font noirâtres & 
Bordées extérieurement de vert d'olive 
& de blanchâtre, les côtés intérieurs des 
trois pennes latérales de chaque côté de 
la queue font d'un blanc-jaunâtre , de- 
puis la moitié de leur longueur jufqu'à 
l'extrémité *, le bec, les pieds & les on- 
gles font noirâtres. 

II paroît que l'oifeau repréfenté dans 
îa planche enluminée, n.° j%i jfîg* %, 
fous la dénomination de figuier de Mif- 
fijjipi j n'efl: qu'une variété de fexe ou 
d'âge de celui-ci , car il n'en diffère qu'en 
ce qu'il n'a point de taches aux côtés de 
îa tète , & que fes couleurs font moins 
fortes, 



44^ Hijloire Naturelle 

» <■ " ' ■ ' • ii ■ - ■■■!■ .... i h . — m m 

LE FIGUIER 
CENDRÉ A GORGE JAUNE (a). 

Quinzième efpèce. 

Nous devons au Docteur Sloane , Ta 
connoifiance de cet oifeau > qui fe trouve 
à îa Jamaïque & à Saint-Domingue; il 
a la tête , tout le deffus du corps & 3 es 
petites couvertures iupérieures des ailes 



(a) Mufcicapa è cœruleo, ciiiereo, fufiô & lutta 
varia- Sloane, Voyage of Jamcïc. pag. 31O5I1. 44, 

Mufcicapa è cœruko , cinereo , fufco & iureo varia. 
Ray , Synopf. Avi. page 186, n.° 37, 

Lufcinia diverficolou Klein , Avu page 75 , 
iî.° 16. 

FîceéuU fupernè cinerea infernè alba; gutture & 
vollo inferiore flavis ; macula utrimque rojlrum inter if 
cculo luteâ , infra oculos nigrâ 9 ponè oculos alla , tœniâ 
ditpïiù tranfversâ in alis candidâ; re&ricibtts duabut 
utrimque extimis apice interius albis .... Fieedala 
Domimcenfis cinerea, Briffon > Omithol* tome 1 1 1 y 

Mo tacilla cinerea , fubtus alba 9 macula ante oculos 
luteâ, pcnè alla , infra mgrâ. » . . Motacilla Do- 
muiica,{Lu\nzi\$, fyjl. $at. ed, XII > page 334. 



des Figuiers. 441 

de couleur cendrée -, de chaque côté de 
là tête une bande longitudinale jaune - y 
au-deiïous des yeux une grande tache 
noire*, à côté de chaque œil à l'extérieur^ 
une tache blanche -, la gorge , le deflous 
du cou y la poitrine & le ventre font 
jaunes, avec quelques petites taches noires 
de chaque côté de la poitrine -, les grandes 
couvertures fupérieures des ailes font 
brunes, bordées extérieurement de cendré 
& terminées de blanc , ce qui forme fur 
chaque aile deux bandes tranfverfales 
blanches*, les pennes des ailes & de la 
queue font d\m cendré-brun & bordées 
extérieurement de gris -, les deux pennes 
extérieures de chaque côté de la queue , 
ont une tache blanche vers l'extrémité de 
leur côté intérieur *, le bec , les pieds & 
les ongles font bruns, 



H&tfe^ 



Ty 



44^ Hifîoire Naturelle 

"LE FIGUIER 
CENDRÉ A COLLIER (b). 

Seizième efpèce. 

Nous devons à Catefby la connoif- 
fance de cet oifeau qu'il a nommé me- 
Jangc-pinçon , mais qui neft ni de l'un 
ni de l'autre de ces genres y & qui ap- 
partient à celui des figuiers *, il fe trouve 
dans.rÂmérique feptentrionale 3 à la Ca- 
roline & même en Canada. 

II a la tête , le deffus du cou , le crou- 
pion & les couvertures fupérieures des 
ailes d une couleur cendrée *, le dos vert 



* Voye\ les planches enluminées, n.° 731 , j?g. i, 
fous la dénomination de figuier cendré delà Caroline* 

(b) Fing- cnepeu Méfange - pinçon. Catesby , 
tome 1, page 64. 

Ficedula fupernè cinereo - cerulea , infernè alba ; 
iorfo fuperi&re viridi-oiivaceo flavicante ; collo in fe- 
rme & pedtore flavis; t<znià tranftersâ cinereQ-cœrib- 
le fiente in fummo pe clore; taenia duplici tranfvtrsâ in 
dis candi dâ ; re&ricibus duabus utrimque exrimis 
apice interihs albo notatis .... Ficedula Carolinen- 
{n ciiwe.fr Briffonj QmithoU tome III , page 522» 



des Figuiers. 443 

'd'olive-, la gorge & la poitrine jaunes* 
avec un demi-collier cendré fur la partie 
inférieure du cou *, le refte du defîous 
du corps eft blanc, avec quelques petites 
taches rouges fur les flancs-, les grandes 
couvertures fupérieures des ailes font 
terminées de blanc, ce qui forme fur 
chaque aile deux bandes tranlverfales 
blanches \ les pennes des ailes & de la 
queue font noirâtres-, les deux pennes 
extérieures de chaque côté de la queue, 
ont une tache blanche à l'extrémité de 
leur côté intérieur -, la mandibule fupé- 
rieure du bec eft brune -, la mandibule 
inférieure & les pieds font jaunâtres. 

Ces oifeaux grimpent fur le tronc des 
gros arbres , & fe nourriffent des infeftes 
qu'ils tirent d'entre les fentes de leurs 
écorces-, ils demeurent pendant tout l'hiver 
à la Caroline, 



«3&lt 



vj 



444 Hijloire Naturelle 



«hhsratgrei , iiiiMiimgmraa^Kgsg^aafraaaaraaa 



LE FIGUIER A CEINTURE (c). 

Dix-feptième efpèce. 

jVI. BmssoNa donné cet oifeau fous le 
nom de figuier cendré du Canada; il a 
une tache jaune fur le fommet de la 
têtQ , & une bande blanche de chaque 
côté*, le refte de la tête, le deflus du 
corps , les couvertures fupérieures des 
ailes font d'un cendré-foncé prefque noir ; 
mais fon caraélère le plus apparent eft 
une ceinture jaune qu'il porte entre la 
poitrine & le ventre , qui font tous deux 



fc) Ficedula fupernè faturatè cinereo-eœrulea fmzsj 
fufca (foeminaj infernè aléa; collo inferiore & pec- 
tore maculis longitudinalibus fufeis variegatis', macula 
luuâ in vertice ; tœniâ tranftersâ luteâ in pc&ore in- 
fime; lœniâ duplici tranfversâ in alis candidâ', redtri- 
cibus duabus utrimque extimis apice interiàs albis.. .. 
Ficedula Canadenfis cinerea. Briilbn , OrnithoU 
tome III, page 524; & pU 27 , fig* 1. 

Motacilla cinerefiens , fubtus alba , vertice fafciâ- 
gue abdominali lutcâ, pe&ore fufco maculato . .. 
Mçtacilla Canadenfis. Linnœus, Syfî % Nat. éd. XII* 
P^ 334» 



des Figuiers. 4.^ 

d'un blanc varié de quelques petites 
taches brunes*, les grandes couvertures 
fupérieures des ailes font terminées de 
blanc, ce qui forme fur chaque aile deux 
bandes tranfverfales blanches , les couver- 
tures fupérieures de la queue font jaunes*, 
les pennes des ailes & delà queue font 
brunes*, les deux pennes extérieures de 
chaque côté de la queue , ont une tache' 
blanche vers l'extrémité de leur côté in- 
térieur *, le bec eft noir *, les pieds & les 
ongles font bruns. 

La femelle ne diffère du mâle , qu'en 
ce qu'elle eit brune fur le deflus du corps , 
& que les couvertures fupérieures de U 
queue ne font pas jaunes. 




446 Hiftoire Naturelle 

? LE FIG UIER BLEU Ùh 

Dix- huitième efpèce. 

Cet oiseau eft le moucherolle bleu 
d'Edwards -, il avoit été pris fur mer à 
huit ou dix lieues des côtes du flid de 
Saint-Domingue *, mais il paroît par le 
témoignage de cet Auteur, qu'il a reçu 
de Penfilvaiiiè un de ces mêmes oifeaux-, 
ils y arrivent au mois d'avril pour y 
féjourner pendant l'été, ainii, ç'éft un 



* Voyelles planches enluminées, n.° 685, fig.i ^ 
fous ïa dénomination de figuier cendré du Canada. 

(â) Blac fly-catcher. Moucherolle bleue. Edwards, 
Glan* page yi , avec une bonne figure coloriée, 
pi. 252. 

Ficedula fupernè faturatè cinereo - c&rulca , infernè 
alba; guttuie & collo inferiore nigris ; macula in ails 
candidâ; reâtricibus utrimque tribus txtimis in excriu 
& apice iuteriiis albis^ duabus vroximè feauenfibns 
apice interiùs albo notatis* • * . ficedula Canadenfis 
cinerea minor. Brilïbn , Omith. tome III, page 527 ; 
& pi- 27 , fig. 6. 

Motacilla fupra caruka, fubtus alba jtrgttfej remigi- 
bus re&ricîbufque nigris .... Motacilla Ccuiadenjh* 
Lion. Syjl. IVar. éd. Xll, page 336. 



des Figuiers. 447 

oifeau de paflage dans l'Amérique fep«* 
tentrionale , comme prefque tous les 
autres figuiers, dont le pays natal efl 
V Amérique méridionale. Celui-ci a la 
tête , tout le defîus du corps & les cou- 
vertures fupérieures des ailes d'un bleu 
d'ardoife *, la gorge & les cotés de la tête 
& du cou d'un beau noir *, le refte du 
défions du corps blanchâtre -, les pennes 
des ailes & de la queue noirâtres, avec 
une tache blanche fur les grandes pennes 
des ailes*, le bec & les pieds font noirs % 
ils font jaunes dans la planche enluminée , 
c'eft peut-être une variété ou un change- 
ment de couleur qui eft arrivé par acci- 
aent dans cet individu qui n'a pas été 
deffiné vivant, & dont les petites écailles 
des pieds étoient enlevées. 




448 Efifloire Naturelle' 

LE FIG UIER VARIÉ {*$ 

Dix- neuvième efpèce. 

M. Sloane a trouvé cet oîfeau à la Ja- 
maïque, & M. Edwards Ta reçu dePen- 
fïlvanie où il arrive au mois d'avril , fe 
nourrit d'inledés , & paffe l'été pour re- 



( e) Mufcicapa è fufco & albo varia , fmall black 
atid white bird. Sloane, Voyage, of Jamaïc. page 309, 
n.° 42, avee une figure, pi. 295, w° *> 

Mufcicapa è fufco & albo paria, Ray. Synopf 
Avi. page 186, n.° 36. 

Lu frima, qu<z mufcicapa ex fufco & albo varia. 
Sloane ; Klein, Avi. page 75, n.° 11. 

Black and white creeper. Grimpereau noir & 
blanc. Edwards, Glaa. page 190, avec une figure 
coloriée, pi 300. 

Ficedula albo & nigro varia ; tœniâ duplici tranf- 
versâ in alis candidâ ; redtricibus mgricantibus oris 
exterioribus cinercis , duabus utrimqut extimis apice in- 
térims albis , tribus proxime fquentibus apice ivterihs 
albo notatis .... Ficedula Domimcenfi* varia. Brif- 
fon, Ornithol. tome III, page 529; & pi. 27, 

Motacilla albo nigroque maculata , fafciis alarum 
duabus albis , caudâ bifidâ .... Motacilla varia* 
Linnœus ? Syft. $Jat. éd. XI I, page 333. 



des Figuiers. 449 

tourner, aux approches de l'hiver, dans 
les pays méridionaux du continent de 
l'Amérique. II a le Commet de ■ la tête 
blanc -, les côtés noirs , avec deux pe- 
tites bandes blanches -, le dos & le crou- 
pion d'un blanc rarié de grandes taches 
noires y la gorge noire auffi:, la poitrine 
& le ventre blancs , avec quelques taches 
noires fur la poitrine &. les flancs -, îes 
grandes couvertures fupérieures des ailes 
font noires terminées de blanc , ce qui 
forme fur chaque aile deux bandes tranf- 
verfales blanches : les pennes des ailes 
font grifes & bordées de blanc fur leur 
côté intérieur-, les pennes' delà queue 
iont noires & bordées de gris-de-fer*, 
lés latérales ont des taches blanches fur 
leur côté intérieur*, le bec êc les pieds 
fout noirs. 



^$j£ 



450 Hijîoire Naturelle 



LE FIGUIER 

A TÊTE ROUSSE (f). 

Vingtième efpèce. 

Cet oiseau a été envoyé de la Marti- 
nique à M. Aubry, curé de Saint-Louis-, 
il a la tête ronfle , la partie fupérîeure du 
cou & tout le deffus du corps d'un vert- 
d'olive *, la gorge & la poitrine d'un jaune 
varié de taches longitudinales roufîes*, le 
refte du defîbus du corps d'un jaune-clair 
fans taches -, les couvertures Supérieures 
des ailes & les pennes des ailes & de la 
queue font brunes & bordées de vert- 
d'olive -, les deux pennes extérieures de 
chaque côté de la queue ont îeur côté 
intérieur d'un jaune- clair \ le bec eft 
brun , & les pieds font gris. 

Il nous paroît que Toifeau indiqué par 

( f ) FueJula fupernè viridi - olivacea , înfernè 
flnva; collo in fer tore & piStore maculis longitudinalibus 
rufis variegatis ; vertice rufo \ refîricibus binïs utrrmqut 
extimis interiùs d'dutè luteis» . . . Ficcdula Marti- 
vicana. Briflbn , Omit/ioL tome III, page 490; 
& pi. 22 , fig. 4. 



des Figuiers. 45 1 

ïeP. Feuiîlée, fous la dénomination de 
chloris erithachorides eft le même que 
celui-ci-, «cil a, félon cet Auteur, le 
bec noir & pointu , avec un tant foit c 
peu de bleu à la racine de la mandi- c 
bule inférieure -, fon œil eft d'un beau « 
noir luifant , & fon couronnement , juC s 
qu'à fon parement, eft couleur dec 
feuille-morte ou roux-jaune-, tout fon c 
parement eft jaune moucheté à la façon c 
de nos grives de l'Europe, par de pe- c 
tites taches de même couleur que le c 
couronnement} tout fon dos eft ver- c 
dâtre , mais fon vol eft noir , de même c 
que fon manteau # , les plumes qui les c 
compofent ont une bordure verte -, les c 
jambes & les defl'us de fcs pieds font < 
gris , mais le deiîous eft tout-à-fait blanc < 
mêlé d'un peu de jaune, & fes doigts c 
font armés de petits ongles noirs & fort c 
pointus. c 

Cet oifeau voltige inceffamment , & c 
il ne fe repofe que lorfqu'il mange-, c 
fon chant eft fort petit , mais mélo- c 
dieux (g-). j> 

» » 1 ■ ■ i» « — 

CgJ Obfervations phy fiques du ?. Feuiîîée ? p. 113. 



4J2 Hijloire Naturelle 

""'^Wiinwi 4iiiiiii Hit îm^i'iiitn'^uiJÉaBJiiiiiiiwriiHinmiii iikii w 

LE F IG U 1ER 
f A POITRINEROUGE (h). 

Vingt-unième efpèce. 

Edwards a donné le mâle êc la fe- 
melle de cette^ efpèce, qu'il dit avoir 
reçus de Penfilvanie , où ils ne font que 
paffer au commencement du printems, 
pour aller féjourner plus au Nord pen- 
dant l'été j ils vivent d'infe&es & d'arai- 
gnées. 

Cetoifeau alefommet de la tête jaune 9 



(hj Red-throated fly-CAtcher 9 cock and heiu Mou- 
cheroifeà gorge rowge., mâle & femelle. Edwards , 
Glan. page 193, avec une figure coloriée, pi. 301. 

Ficedula fuptmè vindi-oLvacea ( ntgricante maculaîa 
Td2i%) , iufemè alba; vertice luteo : fafiiâ utùmque 
infra oculos nigrâ ; ( capite pofteriore nigro mas^ 
î&îûà iuplici tranfiersâ in alis albidâ ; latenbus fi- 
' turatè rubris ; reiïricibits nigricantibus , utrimqne ex* 
lima in terùs albo- maculatâ.. . . Ficedula Penfilva- 
nica ïcltrocephala. Briflon y Supplément, page 105. 

Motacilla pileo flavefcente," hypocondriis fangui* 
m* s . . . „ Motacilla Penfilvanka, Linnseus , Syfl< 
$lat. éd. XII, page 333»' 



des Figuiers. 4^ 

du blanc de chaque côté , & une petite 
bande noire au-deflbus des yeux ; le def- 
fus du cou & les couvertures fupérieures 
des ailes font noirâtres-, les plumes du 
deflus du corps & les pennes des ailes 
font noires & bordées de vert-d'olive $ 
le haut de la poitrine & les côtés du 
corps font d'un rouge- foncé *, la gorge 
& le ventre font blanchâtres -, les grandes 
couvertures fupérieures des ailes font ter- 
minées de blanc, ce qui forme fur chaque 
aile deux bandes tranfverfales blanches > 
le bec & les pieds font noirs. 

La femelle diffère du mâle, en ce 
-qu'elle n'a point de noir fur le derrière 
de la tcte, ni de rouge fur la poitrine, 




• 454 HlJIoire Naturelle 

LE FIGUIER GRXS-DE-FER(i). 

Vingt- deuxième ejpèce* 

C'est engoue à M. Edwards qu'on doit 
îa connoiffance de cet oifeair, il a donné 
les figures du mâle , de la femelle & du 
nid ; on les trouve en Penfilvanie , où ils 
arrivent au mois de mars pour y paffer 
l'été, ils retournent enfuite dans les pays 
plus méridionaux. 

Ce figuier a la tête & tout le deflus du 
corps gris-de-fer *, une bande noire de 



ÇiJ Littk bluz-grey fly-catchers , ceck and heih 
Petites moucherolles gris-de-fer , mâle & femelle. 
Edwards, Glan. page 194, avec de bonnes figures 
coloriées, pL 302 

Ficedula fupemè cinereo - cœrulea , infemè alba ; 
(taenia utrimque fupra oculos nigrâ mas ) palpebris 
Caniid'iSj reëtricibus o6to iniermediis cinereo-cœruleis 
(mzsj cimreo-fufcis ffœmina^ biais utrimque exti- 
mis candidis , proximè fequend apice albâ* . . . Fice- 
dula Penfihanica cinerea. Brifibn, OmirboL Supplé* 
ment , page 107. 

Motaciha fupernè cœrulea, fubtus alba, alis eau- 
dâque nigris .... Metacilla cœrulea* Linnœus , Sjft. 
JNat„ éd. XII, page 337. 



des Figuiers. 4^ 

chaque côté de la tête au-deflus des 
yeux : tout le deflbus du corps eft blanc $ 
les ailes font brunes-, les deux pennes 
extérieures de chaque côté de la queue 
font blanches *, la troifième de chaque 
côté a une tache blanche vers fon extré- 
mité; elle eft dans le refte de fa lon- 
gueur , ainfi que des autres pennes de la 
queue , de la même couleur que le def- 
lus du corps •» le bec & les pieds font 
noirs. 

La femelle ne diffère du mâle , qu'et* 
ce qu'elle n*a point de bandes noires fur 
les côtés de la tète. 

Ces oifeaux commencent en avril à 
conftniire leur nid avec la petite bourre 
qui enveloppe les boutons des arbres, 
& avec le duvet des plantes-, le dehors 
du nid eft compofé d'une moufle plate 
Se grifâtre ( lichen ) qu'ils raraaffent fur 
les rochers •, entre la couche intérieure 
du duvet & la couche extérieure de 
pioufie , fe trouve une couche intermé- 
diaire de crin de cheval*, la forme de 
ce nid eft à peu-près celle d'un cylindre 
court, fermé par- deflbus ? & l'oifeau y 
sntre par le deflus, 



45 6 Hijtoire Nature H* 

II nous paroît qu'on doit rapporter à 
cette efpèce, Toileau de la planche en- 
luminée, n.* 704, fig. 1, que Ton a in- 
diqué fous la dénomination de figuier à 
tête noire de Cayenne, car il ne diffère 
de Toifeau mâle, donné par Edwards, 
qu'en ce qu il a la tête , les pennes des 
ailes & celles du milieu de la queue 
d'un beau noir. Ce qui ne nous paroît 
pas faire une différence aflez grande pour 
ne pas les regarder comme deux variétés 
de la même efpèce. 




LE FIGUIER 



des Figuiers. 457 



LE FIGUIER 

<4UX AILES DORÉES (k). 

Vingt- troifihme efpèce, 

Encore un Figuier, de paflage en Pen- 
filvanie, donné par Edwards. II ne s'ar- 
rête que quelques jours dans cette con- 
trée où il arrive au mois d'avril *, il va 
plus au Nord 5 & revient pafler l'hiver 
dans les climats méridionaux. 

Il a la tête d'un beau jaune , & une 
grande tache de cette couleur d'or fur 



(k) Goldcn-wïnged fly-catcher. Moucheroïle aux 
ailes dorées. Edwards, G tan. pag. 189, avec une 
bonne figure coloriée *pt. 299. 

Ficeduta fupernè cinereo-cœrulefcens , infernè alba ; 
veniez & macula in ails tuttis ; fafciâ per eculos , 
gutture & collo inferiore ni gris ; re&ricibus cinereis , 
utrimque extimâ interius albo macutatâ. . . . . Ficedula 
Penfdvanica cinerea gutture nigro. Brilîon , Omithol. 
Supplément , page 109. 

Motacilla fufîa, fubtus alba, pileo macuïâque ala~ 

rum luteis , gulâ nigrâ. Motacilla C/uy /optera 

Linnaeus, Syft. Nat. edit. XII, page 333* 

Oijèaux y Tome IX ~ y 



458 Hifloire Naturelle 

les couvertures fupérieures des ailes ', les 
côtés de la tête font blancs , avec une 
large bande noire qui entoure les yeux ; 
tout le deffus du corps , les ailes & la 
queue font d'un cendré-foncé -, la gorge 
& la partie inférieure du cou font noires ', 
le refte du deflus du corps eft blanc -, Iç 
bec Sç les pieds font noirs^, 




des Figuiers. 459 



LE FIGUIER 
COURONNÉ D'OR(l). 

Vingt- quatrième efpèce. 

Nous adoptons cette dénomination , 
couronné d'or y qui a été donnée par Ed- 
wards à cet oifeau dans ia description 
qu'il a faite du mâle & de la femelle. Ce 
font des oifeaux de paiTage en Penlîlva^ 



(l) Colden-crownzd fly - catcher , cock and lien. 
Moucherolle couronné d'or , mâle & femelle. 
Edwards, Glan> pag. 187 , avec des figures colo- 
riées , pi. 298. 

Ficedula fuperiiè ciueren - cœruleo (mas) fufco tu.- 
fefcens (fœmina) , Piaculis nigricantibus variegata, 
infernè alba 5 mgricante ad laîera maculata ; vertice , 
peftore ad latera & uropygio luteis; ( t&niâ utrimque 
per ocolus nigrâ , fummo pc&ore nipjo , cineno-c<£rtt- 
UJcentê vario mas ) tmiià duplici tranfvevfâ in alis 
candidà'y re&ricibus fupernè nigricantibus , tribus utriw- 

que extimis interius albo maculâtes. . . . Ficedula Pen~ 
filvanica cinerea nœvia. Briffon , Ornithol. Supplément, 

page 110. 

Motacilla nigro maculata, pileo hyvocondii'is uropy- 

gioqut flapis.... Motacilla coron â aureâ. Linnseus , 

Syfl.Nat. éd. XII, pag. 333. 

Vij 



460 Hifloire Naturelle 

nie , où ils arrivent au printems pour 
n'y féjoiirner que quelques jours, & paA 
fer de-là plus au Nord, où ils demeurent 
pendant l'été, & d'où ils réviennent , avant 
l'hiver, pour regagner les pays chauds. 

Ce figuier a fur le fommet de la tête 
une tache ronde d'une belle couleur d'or, 
ies côtés de la tête , les ailes & la queue 
font noirs ; la partie fupérieure du cou , 
le dos & la poitrine font d'un bleu d ? ar- 
doife tachetés de noir -, le croupion & les 
côtés du corps font jaunes, avec quelques 
taches noires^ tout le deflous du corps 
eft blanchâtre-, les grandes couvertures 
fupérieures des ailes font terminées de 
blanc , ce qui forme , fur chaque aile ? 
deux bandes tranfverfajles blanches > le 
bec & les pieds font noirâtres, 

La femelle ne diffère du mâle , qu'en 
ce qu'elle efl: brune fur le deffus du corps , 
& qu elle n'a point de noir fur les çcjté$ 
de h tête ni fur la poitrine. 



des Figuiers. 461 



LE FIGUIER ORANGÉE 

Vingt-cinquième ejpèce. 

Cette espèce eft nouvelle & fe trouva 
à la Guyane , d'où il nous a été envoyé 
pour le eabinet. L'oifeau a le fommet 
Se les côtés de la tête , la gorge , les côtés 
& le deflous du cou d'une belle couleur 
©rangée , avec deux petites bandes brunes 
de chaque côté de la tête } tout le defius 
du corps & les pennes des ailes font d'un 
brun rougeâtre $ les couvertures fupérieu- 
res des ailes font variées de noir & de 
blanc-, la poitrine eft jaunâtre auiîî-bieii 
que le ventre -, les pennes de la queue 
font noires & bordées de jaunâtre , le 
bec eft noir , & les pieds font jaunes. 



* Fbyrçles planches enluminées, iu° 58 $ J%. 3j 
fous la dénomination de figuier étranger* 



Voj 



461 Hijloire Naturelle 



LE FIGUIER HUPPÉ*. 

Vingt-fixième efpèce. 

C>ette espèce fe trouve à la Guyane , & 
jn'a été indiquée par aucun Naturalise ; 
il paroît qu'aile eft fédentaire dans cette 
contrée , car on y voit cet oifeau dans 
toutes les faifons -, il habite les lieux dé- 
couverts, fe nourrit d'infe&es & a les 
mêmes habitudes naturelles que les au- 
tres figuiers : le défions du corps dans 
cette efpèce eft d'un gris mêlé de blan- 
châtre, & le defïus d'un brun tracé de 
vert 5 il fe diftingue des autres figuiers 
par fa huppe , qui eft compofé de petites 
plumes arrondies , à demi-relevées , fran- 
gées de blanc , fur un fond brun-noirâ- 
tre , & hériffées jufque fur l'œil & fur la 
racine du bec : il a quatre pouces de lon- 
gueur en y comprenant celle de la queue j 
fon b^c de fes pieds font d'un brun jau- 
nâtre. 

t m ■■■■!■> m. ■ ■■■' ■ " ■ * 

* Voyt\ les planches enluminées, jù° 391 ,jFg»I«: 



des Figuiers. 463 

*■ s ! — — — ■— ■— ■- ? 

LE FIGUIER NOIR*. 

Vingt-Jeptième ejpèce* 

U ne autre espèce qui fe trouve égale- 
ment à Cayenne , mais qui y eft plus 
rate, eft le figuier noir, ainfi defigné , 
parce que la tête & la gorge font en-* 
Veloppés d'un noir , qui le prolonge fur 
le haut & les cotés du cou , & fur les 
ailes 8ù le dos jufqu'à l'origine de la 
queue -, ce même noir reparoît en large 
bande à la pointe des pennes $ qui font 
d'un roux-bai dans leur première moitié ; 
un trait aflez court de cette même cou* 
leur eft tracé fur les fix ou fept premières 
pennes de l'aile vers leur origine, 8c 
ïes côtés du cou & de la poitrine , le de- 
vant du corps eft gris-blanchâtre \ le bec 
& les pieds font d'un brun-jaunâtre. Au 
refte , ce figuier eft un des plus grands , 
car il a près de cinq pouces de longueur* 



* Voyti ïes planches enluminées , w-° 391 , fig. s? 
fous la dénomination de figuier noir & jauni de 
Cayenne* 

Viv 



464 Hifioire Naturelle 



LE FIGUIER OLIVE*. 

Vingt-huitième efpèce. 

Encore un autre figuier qui fe trouve 
à Cayenne afîez communément, & qui y 
eft fédentaire : nous l'avons nommé figuier 
clive j parce que tout le deflus du corps 
& de la tête font de vert-d'olive , fur un 
fond brun -, cette même couleur olive 
perce encore, dans le brun-noirâtre des 
pennes des ailes & de la queue ; la partie 
de la gorge & de la poitrine jufqu'au ven- 
tre eft d'un jaune-clair-, c'eft auffi un des 
plus grands figuiers , car il a près de cinq 
pouces de longueur. 

* Voyt\ les planches enluminées ê n>° 685 7 fig. 1, 



des Figuiers. 465 

LE FIGUIER FROTONOTAIRE.* 

Vingt-neuvième ejpèce. 

On appelle ce figuier à la Louifiane, 
protonotaire , & nous lui conférions ce 
nom pour le diftinguer des autres , il a 
la tête y la gorge, le cou, la poitrine & 
îe ventre d'un beau jaune-jonquille; le 
dos olivâtre -, le croupion cendré , les cou- 
vertures inférieures de la queue blanches; 
les pennes des ailes & de la queue noi- 
râtres & cendrées : le bec 8c les pieds 
noirs. 

Indépendamment de ces vingt-neuf 
efpèces de figuiers, qui font toutes du 
nouveau continent, il paroît quil y en a 
encore cinq efpèces ou variétés dans la 
leule contrée de la Louifiane, dont on 
peut voir les individus dans le cabinet de 
M. Mauduit , qui lui ont été apportés par 
M. le Beau , Médecin du Roi à la Louî- 



* Voyei les planches enluminées , n.° 704 , fig. 2 j 
fous la dénomination de figuier à rentre Ù têtz 
jaunes* 



^66 Hifîoire Naturelle 
" LE FIGUIER 

A DEMI- COLLIER. 

Trentième efpece. 

Ce petit oiseau eft d'un cendré très- 
clair fous la gorge & tout le deflous du 
corps, avec un demi^collier jaunâtre fur 
la partie inférieure du cou ', il a le deflus 
de la tête olivâtre tirant au jaune , une 
bande cendrée derrière les yeux -, les cou» 
vertures Supérieures des ailes font brunes 
bordées de jaune ; les grandes pennes des 
ailes font brunes bordées de blanchâtre > 
8c les pennes moyennes font également 
brunes, mais bordées d'olivâtre & ter- 
minées de blanc ; le ventre a une teinte 
de jaunâtre ; les pennes de la queue font 
cendrées-, les deux intermédiaires fans 
aucun blanc : les quatre latérales de cha- 
que côté bordées de blanc fur leur côté 
intérieur -, toutes dix font pointues par le 
bout; le bec eft noirâtre en deiTus & blan- 
châtre en deflous :Ioifeau a quatre pouces 
& demi de longueur -, la queue, vingt-une 
lignes , elle dépafle les ailes pliées d'en- 
viron dix lignes -, les pieds font noirâtres* 



des Figuiers. 467 



LE FIGUIER 
A GORGE JAUNE. 

Trente-unième efpèce* 

Cette trente - unième efpèce cft un 
figuier dont la gorge, le cou , le haut de 
la poitrine font jaunes -, feulement le haut 
de la poitrine eft un peu plus rembruni, 
& le refte du deflous du corps eft rouf- 
sâtre tirant au jaune fur les couvertures 
inférieures de la queue*, il a la tête & le 
deflus du corps d'un olivâtre-brun-, les 
petites couvertures inférieures des ailes 
font d'un jaune varié de brun, ce qui 
forme unebordure jaune auez apparente; 
les pennes des ailes font brunes, les 
moyennes font bordées d'olivâtre & les 
grandes d'un gris-clair, qui,s'éclairciflant 
de plus en plus , devient blanc fur la pre- 
mière penne-, celles de la queue font 
brunesbordées d'olivâtre-, le bec eft brun 
en deflus, & d'un brun plus clair en 
deflous j les pieds font d'un brun -jau- 
nâtre. 



468 Hifloire Naturelle 



LE FIGUIER BRUN- OLIVE. 

Trente-deuxième efpècc. 

Ce Figuier a le deiïus de la tête, du 
cou & du corps d'un brun tirant à l'oli- 
vâtre -, les couvertures fupérieures de la 
queue couleur d'olive*, la gorge, le de- 
vant du cou , la poitrine & les flancs font 
blanchâtres & variés de traits gris -, le 
ventre eft blanc-jaunâtre-, les couvertures 
inférieures de la queue font tout-à-fait 
jaunes, les couvertures fupérieures des 
ailes & leurs pennes moyennes font bru- 
nes, bordées d'un brun plus clair & ter- 
minées de blanchâtre -, les grandes pennes 
<îes ailes font brunes 5 bordées de gris- 
clair-, les pennes de la queue font aufîî 
brunes, bordées de gris-clair, avec une 
teinte de jaune fur les intermédiaires-, les 
deux latérales, de chaque côté , ont une 
tache blanche à l'extrémité de leur côté 
intérieur , & la première de chaque côté 
eft bordée de blanc -, le bec eft brun en 
deiïus & d'un brun plus clair en deffous ^ 
les pieds font bruns» 



des Figuiers. 469 



LE FIGUIER GRASSET. 

Trentc^troifième efpèce. 

Cet oiseau a le deflus de la tète & du 
corps d'un gris- foncé ver dâtre, ou d'un 
gros vertr d'olive ^ avec une tache jaiine 
fur la tête, & des traits noirs fur le corps; 
Je croupion eu jaune -, îa gorge & le dek 
fous du cou font d'une couleur roufsâtre, 
à travers de laquelle perce le cendré- 
foncé du fond des plumes*, le refte du 
deffous du corps eft blanchâtre-, les gran- 
des pennes des ailes font brunes , bor- 
dées extérieurement de gris & intérieure- 
ment de blanchâtre*, les pennes moyennes 
font noirâtres, bordées extérieurement 
Se terminées de gris/, les pennes de la 
queue font noires bordées de gris -, les 
quatre pennes latérales ont une tache 
blanche vers l'extrémité de leur côté in* 
teneurs le bec & les pieds font noirs. 



%j* 



4jo Uijîoire Naturelle 

L£ FIGUIER 
CENDRÉ A GORGE 6ENDRÉE. 

Trente-quatrième ejpèce. 

v>E Figuier a la tête & îe deiïusdu corps 
cendrés*, la gorge & tout le deflbus du 
corps d'un cendré plus clair -, les pennes 
des ailes font cendrées, bordées de blan- 
châtre -, les pennes de la queue font noi- 
res , la première de chaque côté eft pres- 
que toute blanche -, la féconde penne eft 
moitié blanche du côté de l'extrémité *, la 
tToifième eft feulement terminée de blanc ; 
ïe bec eft noir en deffus & gris en def- 
fous. 

Ces figuiers s'appellent grajfet à la 
Louifïarie, parce qu'ils font en effet fort 
gras -, ils fe perchent fur les tulipiers , & 
particulièrement fur le magnolia , qui eft 
une efpèçe du tulipier toujours vert. 



des Figuiers. 47 1 



LE GRAND FIGUIER 

J) E LA JA M A I QU E (/7Z). 

Trente-cinquième efpèce* 

3VL Edwards eft le premier qui ait dé- 
crit cet oifeau fous le nom de rojjignol 
d'Amérique \ mais ce n'eft point un rofli- 
gnol, & il a tons^Ies caractères des 
figuiers , avec lefquels M. Briflbn a eu 
raifon de le ranger -, la partie fupérieure 
du bec eft noirâtre % l'inférieure couleur 
de chair -, le deffus du dos , de la tête 
& des ailes eft d'un brun obfcurément 
teint de verdâtre-, les bords des pennes 
font jaune-verdâtre plus clair -, une cou- 
leur orangée règne au-deflus du corps, 
de la gorge à la queue -, les couvertures 
inférieures de l'aile , & toutes celles de la 

m 11 1 11* 1 1 ■■■■ , „ ■ ■ 1.1 . „ . , 1 . nu i, ■ | ,■■ » 

(m) Ficedula fupzrnè obfcurè fufco olipacea , in- 
fime rufa' 9 duplici utrimque taniâ unâ fer oculos , *U 
Wâ infrà oculos fu/câ, reStmibus obfcurè fufco -oli- 
vaceis lateralibus inttrihs rufis, Fictdula Jamaïcenfis 
major. Le grand figuier de !a Jamaïque. Brijfon , 
OrnithoL tome. VI, page loi. 

Motacilla fupra fufco virefcetis , fubtus fufaa^ lineâ 
cculari fubocularique fulvâ. Calidris* Linnseus , Syft. 
Ffat. ed» X. G. 99, Sp. 2. — The American nkhtin gale. 
Roffignol de P Amérique. Edwards, tom. III, p* 121. 



47* Hijioire Naturelle, Sic. 

queue, ainiî que les barbes intérieures de 
fes pennes font de ia aiême couleur. De 
l'angle du bec un trait noir pafle par 
fœil, un autre s'étend défions-, entre- 
deux, & au-deffous l'orangé forme deux 
bandes -, les pieds & les doigts font noi- 
râtres : Toifeau eft à peu-près grand comme 
le rouge-gorge & un peu moins gros. 
M. Edwards remarque qu'il a beaucoup de 
rapport avec celui queSIoane, dansfon 
Hift. Nat. de la Jamaïque ( t. II ' , p. zgg j ) 
appelle iclerus mJLnqr > nidum fufpendens. 

J^ous ne pouvons nous difpenfer de par- 
ler ici de trois oifeautf que nosNomencla- 
teurs ont confondus avec les figuiers, & 
qui certainement ne font pas de ce genre. 

Ces oifeaux font, j.° le grand figuier 
de la Jamaïque , donné par M. Briffon 
dans fon fupplément page 101 ; il dif- 
fère abfolument des nguiers par le bec. 

£.° Le figuier de Penfilvanie, id.p. %o% , 
qui diffère auffi des figuiers par lebec, & pa- 
roît être du même genre que le précédent. 

3. Le grand figuier de Madagafcar; 
Ornithologie du même Auteur , tome III, 
pag. 48 z , qui a plutôt le bec d'un rnerle 
que celui dun figuier. 

Fin du Tome IX. 






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